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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 08:40

le navire-est-voile-3 (Petit)                                                                                  

Bienvenue sur ce blog, où je propose à votre curiosité plusieurs rubriques, dont celles des CINEMAS FRANCAIS, AMERICAIN, EUROPEEN et ASIATIQUE.

 

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Vous trouverez également une rubrique dédiée aux   ACTEURS DU 7e ART  qui ont contribué, par leur talent, à confirmer le succès d'un film et à le rendre plus présent dans nos mémoires.

  

Une autre à mes BILANS CINEMATOGRAPHIQUES et aux articles panoramiques qui font état de l'impact d'un pays dans le monde du 7e Art.


  

Sans oublier celle des  REALISATEURS,  afin de vous entretenir de leur travail, de leur singularité, de leur apport au cinéma international et de leur rayonnement. 

 

 

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AVA GARDNER, LA FLAMBOYANTE

 

MOGAMBO de JOHN FORD  

 

LE JOUR SE LEVE de MARCEL CARNE

 

 

 

       Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

  

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J'espère que cette diversité vous plaira. Chacun peut ainsi se promener à sa guise, selon sa curiosité et ses goûts. Bonne visite ! Et faites-moi part de vos commentaires. Ils seront les bienvenus.

 

Egalement mes articles sur mon nouveau blog  :   INTERLIGNE   

 et ma collaboration avec   :

 

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   Henry Fonda 6635_130564850760.jpg ce.jpgMichel-20Serrault.jpg 

 

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 08:38

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Elle n'avait ni le charme d'Audrey Hepburn, ni la délicate élégance de Grace Kelly, ni le talent d'Elisabeth Taylor, ni la vulnérabilité de Marilyn Monroe, elle était seulement, et sans doute pour son malheur, d'une beauté stupéfiante et a probablement été la plus belle femme qui soit, d'une splendeur qui l'apparentait aux déesses de l'Olympe et à leur sombre destin, une somptueuse panthère noire faite pour rugir. D'autant qu'elle ne se contentait pas d'être parfaite, elle possédait le regard, la gestuelle, la sensualité qui faisaient que les autres femmes pâlissaient toutes face à elle et que les hommes ont été probablement effrayés par le magnétisme sensuel qu'elle dégageait et par le désir qu'elle ne cessait d'inspirer. Trois mariages et un grand nombre de liaisons et d'aventures la laisseront seule et désespérée, d'autant qu'elle-même ne s'aimait pas et portait au plus profond du coeur un désarroi inguérissable. Née le 14 décembre 1922 dans une famille d'exploitants agricoles ( plantations de tabac ), elle est la dernière de 7 enfants et ne pourra pas faire d'études, seulement apprendre la sténo-dactylo afin de devenir secrétaire et souffrira toute sa vie de ne pas être cultivée. Si celle-ci était à refaire - écrivait-elle dans ses mémoires - ce serait l'instruction que je placerai en priorité. Le mari de sa soeur aînée, photographe professionnel, va être très tôt subjugué par sa beauté. Alors qu'elle n'a que 17 ans, il la choisit pour modèle et prend des dizaines de photos qu'il s'empresse de placer dans sa vitrine et qu'un employé de la MGM, qui passait par là, remarquera. Si bien que la jeune Ava est convoquée pour des bouts d'essai et qu'elle signe un contrat de 7 ans avec la firme pour 50 dollars par semaine. Mais ses débuts ne seront guère brillants, d'abord parce qu'elle n'a pas la vocation de comédienne, qu'on l'affuble de petits rôles peu exaltants et qu'elle ne parvient pas à se débarrasser d'un redoutable accent du terroir. Son nom n'apparaîtra dans un générique qu'en 1944 dans Trois hommes en blanc

 


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C'est à cette époque qu'elle croise dans les couloirs de la MGM un acteur en vogue et très populaire, à défaut d'être grand et beau : Mickey Rooney. Il lui fait une cour assidue et elle finit par l'épouser le 10 janvier 1942. Mais la cour est une chose, la vie maritale une autre et il semble bien que Mickey n'ait aucune idée de ce que doit être un mari attentif et fidèle. Ils divorceront un an plus tard pour "cruauté mentale". Restée sans argent, l'impétueuse, le coeur chaviré, balade pour 100 dollars la semaine son regard de braise et son corps de déesse dans 17 mélos qui ne feront rien pour l'imposer comme actrice au firmament hollywoodien. John Huston lui fait la cour à son tour et tente de l'hypnotiser, mais la belle n'entend pas se laisser asservir en un lieu où tout est illusion et mensonge. Howard Hugues, producteur outrancier et paranoïaque, prendra la relève sans plus de succès mais la poursuivra durant vingt ans de son assiduité, la faisant suivre et mettre sur écoutes, en proie à une tyrannie sans bornes. Après un mariage éclair avec Artie Shaw qu'elle aimera mais qui la méprisera, ce qui la blesse affreusement, elle rencontre Frank Sinatra. Envoûté par sa beauté et bien que marié à Nancy, il va conquérir le coeur de la rebelle en lui chantant des mélodies de sa voix de crooner, mais là encore leur passion ne sera pas un long fleuve tranquille. Ces deux-là sont jaloux et leur chambre va très vite devenir un ring  où ils ne cessent de s'affronter et de se réconcilier et où les injures et les coups pleuvent, au point que Sinatra feindra le suicide et qu'Ava ira se consoler dans les bras de Mario Cabré, un acteur sans scrupule qui profitera de l'aubaine et entourera leur brève liaison d'une publicité flatteuse pour lui seul. Entre temps, Sinatra a divorcé de Nancy ; il est à nouveau un homme disponible qu'Ava, qui n'a pas encore guéri de lui, accepte d'épouser pour le meilleur et pour le pire... Leur lune de miel ou de fiel se passera dans l'île de Cuba, alors sous l'autorité très permissive de Baptista, casino et lupanar tout ensemble où les "people américains" de l'époque aimaient à  faire la fête.

 

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Le film Mogambo en 1953 ( après Pandora en 1951 ) qu'Ava tourne avec Grace Kelly et Clark Gable rehausse sa côte au box office au point que l'Académie des Oscars nomine enfin l'actrice. Impressionné par sa présence à l'écran, Joseph Mankiewicz  va lui cococter un rôle à sa mesure. Ce sera  La comtesse aux pieds nus, où elle peut enfin donner la mesure de son tempérament dans une Espagne ardente, la chaleur de ses nuits, et qu'elle séduit, dans la foulée, un mythe vivant : le torero Luis Miguel Dominguin. Mais ce dernier, poursuivi par les vindictes de Howard Hugues, préférera épouser la plus reposante et ravissante actrice italienne Lucia Bosè. Il semble bien que les hommes, qui ont croisé sa route, aient tous été paniqués par le désir qu'elle ne cessait de susciter. Désir, mais point amour, passion mais point tendresse. La torride et sensuelle Ava sera certes désirée mais pas aimée et de cela elle mourra à petit feu. Les années passent. L'actrice s'est réfugiée en Angleterre, à Londres, après que Madrid lui ait réclamé un arriéré astronomique d'impôts. Elle semble y mener une vie assez sage, s'étant éloignée du feu des projecteurs et de leurs fatales désillusions pour l'ombre plus propre à l'apaisement. Elle meurt d'une pneumonie le 25 janvier 1990. Elle n'a que 67 ans mais a tout vécu trop vite et trop intensément, âme subversive et tourmentée, rongée par le doute et le scepticisme. Ses films les plus marquants seront Pandora ( 1951), Les neiges du Kilimandjaro ( 1952),  Mogambo (1953), La comtesse aux pieds nus (1954), La croisée des destins ( 1956) et La nuit de l'iguane (1964).

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - ACTEURS DU 7e ART

 

Et pour prendre connaissance de ma critique de Pandora, cliquer    ICI

 

 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 10:40
MOGAMBO de JOHN FORD
MOGAMBO de JOHN FORDMOGAMBO de JOHN FORD

Victor Marswell capture des animaux africains pour les zoos du monde occidental et dirige des safaris. Arrive une Américaine Eloïse, invitée là par un maharadja, reparti sans plus attendre dans son pays... et avec laquelle Victor prend le temps d'une amourette. Survient un couple d'Anglais dont le mari anthropologue veut aller étudier les gorilles, et dont la femme Linda est assez jolie pour donner à Marswell de bonnes raisons de diriger cette expédition risquée. Entre ces deux femmes et les dangers de l'Afrique, de beaux paysages et les atermoiements du coeur ...

 

 

Tourné après « Le soleil brille pour tout le monde » et, avant, « Ce n’est qu’un au revoir », « Mogambo » (1953) est une nouvelle version de « Red Dust » (1932), un film de Victor Fleming, en moins bien diront certains critiques. « Mogambo » est l’histoire d’un safari en Afrique (Kenya – Ouganda) au cours duquel  se déroule un marivaudage entre le chasseur de gibier, la séductrice et le couple d’Anglais. L’aventurier (Clark Gable) hésite entre la blonde coincée (Grace Kelly) et la brune allumeuse (Ava Gardner), même si, au final, c’est la femme qui choisit. Le film ne manque pas de surprendre par la désinvolture avec laquelle Ford mêle les prises de vues tournées en Afrique et les sentiments de ses protagonistes. Voilà au moins un pied de nez aux conventions hollywoodiennes car rien ne finira comme on pouvait s’y attendre dans la bible illustrée du 7e Art américain, un trio cornélien s’y alloue la part du lion … nous sommes en Afrique. Et, pour une fois, il n’y a pas que les paysages qui nous séduisent et nous subjuguent comme c’était le cas dans «  La Prisonnière du désert »  ou « L’Homme tranquille ». L’Afrique de Mogambo est certes peu inventive et le film souffre de la comparaison avec  « Hatari », le chef-d’œuvre de Howard Hawks, qui bénéficiait d’un réalisme presque documentaire. Ici, John Ford a cédé à quelques artifices.  Nous sommes également très loin des États-Unis et de l’Irlande, des récits sur l’armée ou les communautés de pionniers qui ont toujours passionné Ford.

 

 

Car dans "Mogambo", la priorité revient à l’aventure des sentiments et aux relations humaines assumés par la théâtralité du cinéma fordien. Si les décors laissent souvent à désirer, le physique des actrices est parfaitement mis en valeur dans leurs oppositions, la brune somptueuse et sauvage comme la faune qui l’entoure, la blonde suave et délicate comme une porcelaine égarée dans cette jungle inquiétante. Par la même occasion, le cinéaste analyse le choc des cultures, vu à travers le comportement d’un petit groupe d’Occidentaux déracinés, et filme avec beaucoup d’amour et de sensualité Ava Gardner dans le rôle d’une femme belle et énergique comme il les aimait, bien que le rôle, au départ, n'ait pas été prévu pour elle.

 

 

La rivalité des deux femmes est l’enjeu de cet opus tourné dans l’atmosphère moite de la forêt tropicale et le triangle amoureux qu’elles forment avec Clark Gable, déjà vieillissant, laisse entrevoir les fêlures de l’une (Eloïse) et le dilemme de l’autre (Linda), partagée entre son désir et les bonnes manières inculpées par son éducation. Pour son interprétation, tout en finesse, Grace Kelly recevra le Golden Globe de la Meilleure actrice dans un second rôle. Par ailleurs, Ford a su créer une ambiance propice à ce jeu subtil sur fond de rythmes tribaux africains, de prises de vue nocturnes dans la savane et de scènes spectaculaires avec les animaux. Il n’oublie pas non plus d’avoir recours à ses motifs visuels de prédilection, soit les cadrages fortuits dans l’embrasure d’une tente ou d’un portail qui saisissent l’intimité de l’une, l’inquiétude de l’autre, clairs-obscurs qui dévoilent ce qui se vit en secret, alors  même que tout veille : les convictions intérieures,  souvent remises en cause, et les réalités extérieures, implacables. Les trois acteurs sont parfaits : Ava Gardner blessée dans sa fierté, Grace Kelly surprise dans sa candeur et Clark Gable toujours flegmatique dans sa mâle virilité.

 

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MOGAMBO de JOHN FORD
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 10:04
LE JOUR SE LEVE de MARCEL CARNE

Difficile d’écrire la critique d’un film lorsque celui-ci n’en mérite aucune et vous subjugue tout au long de sa projection par la perfection des images d’Alexandre Trauner, la qualité de l’interprétation et la richesse des dialogues. L’opus est porté ici à un paroxysme de perfection, même la musique s’accorde pleinement au narratif et le noir et blanc ne fait que souligner l’ambiance dramatique des décors et des scènes dans un quartier populaire de Paris ou le huis-clos d’une chambre-refuge.

 

François, ouvrier métallurgique, tombe amoureux de Françoise qui es comme lu de l’assistance publique et le touche par sa fraîcheur et son innocence. Il semble qu’ils soient faits l’un pour l’autre et François ne rêve plus que de mariage. Mais le sort va en décider autrement et déjouer les espérances et les projets de François en faisant entrer dans cette romance toute simple un sombre personnage, un être manipulateur et cynique, dresseur de chiens, qui emploie des jeunes et belles jeunes femmes pour compléter son spectacle. Clara (Arletty) vient de donner sa démission de façon fracassante à la fin de l’un d’eux et c’est alors que François comprend que Françoise est la nouvelle victime et que sa faiblesse va en faire la proie des noirs projets de cet amateur de chair fraîche. Le malheur est entré dans sa vie et ne va plus en sortir. Après une scène où Valentin (admirable Jules Berry) joue avec le cœur de François, le provoque et l’exaspère, avouant même qu’il est venu pour le tuer, l’irréparable va se produire. Se saisissant du révolver de Valentin, François lui tire une balle fatale et ce dernier meurt dans l’escalier de l’immeuble, alertant le voisinage. Dès lors, François est un homme traqué. Refusant de se livrer à la police, il va vivre un dernier combat enfermé dans sa chambre, hurlant son désarroi à la population qui s’est assemblée sous ses fenêtres. Nous sommes tous des assassins soit au propre, soit au figuré, leur dit-il, nous tuons tous à notre façon par des mots, par des actes et pas forcément par des armes, beau passage où Gabin s’impose déjà comme une grande présence à l’écran face à une Arletty irrésistible et tendrement gouailleuse, un Jules Berry éblouissant de sarcasme, ange noir ricanant et machiavélique et une douce et ravissante Jacqueline Laurent dans le rôle évanescent de Françoise.

 

Voilà un film d’une beauté accomplie, drame romanesque d’une grande intensité servi par des dialogues ciselés grâce à la plume poétique de Jacques Prévert. Les allégories ne cessent de raviver l’émotion du spectateur et de donner à cette œuvre exceptionnelle une ampleur remarquable. Sorti en salles en 1939, il fut d’emblée interdit au moins de 16 ans pour son caractère démoralisant, puis, en 1940, amputé de certaines scènes pour ses allusions au caractère fasciste des policiers. "Le jour se lève" a été restauré en 2014 par Diapason et Eclair en 4K et dans sa version intégrale pour notre plus grand plaisir et existe désormais en DVD pour figurer en bonne place dans nos vidéothèques : chef-d’oeuvre absolu qui honore le 7e Art français.

 

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LE JOUR SE LEVE de MARCEL CARNE
LE JOUR SE LEVE de MARCEL CARNE

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 09:54
1909 - 1996

1909 - 1996

"L'atmosphère et les personnages comptent plus pour moi que l'intrigue elle-même" ; ce propos de Marcel Carné est l'une des clés de son cinéma fondé sur l'articulation du décor et la psychologie de ses héros. Dans les années 1950, "Juliette et la clé des songes" montrera la continuité de son oeuvre et en offrira une illustration plus baroque.

 

Marcel Carné a connu sa période la plus inspirée de 1936 à 1946 avec notamment "Quai des brumes", "Le jour se lève", "Les enfants du paradis", trois chefs-d'oeuvre incontournables. C'est durant cette décade qu'il entretient une intense collaboration avec Jacques Prévert, scénariste et dialoguiste de sept de ses films les plus marquants. Le seul film que n'ait pas dialogué Prévert est "Hôtel du Nord" et il manque, en effet, à cet opus la veine poétique et non-conformiste si attractive dans les autres, le jeu sur les archétypes et l'intérêt pour les marginaux qui en faisaient le charme et la caractéristique. Cette brillante série bénéfiait également de l'apport exceptionnel des décors d'Alexandre Trauner et des superbes images dues à des techniciens formés par le meilleur cinéma muet allemand. Tous les ingrédients du "réalisme poétique" à la française étaient réunis, ainsi que des acteurs à la présence incontestable tels que Jean Gabin, Arletty, Michèle Morgan, Jules Berry, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Louis Jouvet, Michel Simon...

 

En 1938, "Quai des brumes" est le film fondateur de ce style réaliste-poétique qui marquera si fort le cinéma de notre pays. Cette rencontre du déserteur et de la jeune fille perdue permet au style de se mettre en place.On le retrouve dans "Le jour se lève", récit novateur par sa construction en flash-back. Si "Les visiteurs du soir", tourné pendant l'Occupation, s'oriente volontiers vers le mythe et le symbole qui en découle, "Les enfants du Paradis" viendront couronner cet itinéraire créateur et innovant. Ce monument du cinéma français joue sur l'intelligence de la reconstitution de l'ancien Boulevard du Crime et sur l'évocation des spectacles de rue : pantomines doublant les scènes vues par le spectateur, longs monologues à l'écriture rigoureuse, mise en scène du mélodrame au sein du récit, alliance narrative de personnages de fiction et de figures historiques comme le mime Deburau, l'acteur Frédérck Lemaître ou le bandit Lacenaire. Ce film attentif aux visages et à leurs expressions sait susciter l'émotion du spectateur et évolue avec un lyrisme tranquille où les mouvements de foule sont admirablement bien saisis par une caméra légère. L'opus représente l'apothéose de la collaboration Carné/Prévert et d'un cinéma populaire sans concessions.

 

"Les portes de la Nuit", réalisé aussitôt après la guerre, n'est pas affecté, au contraire, par les mots d'auteur qui y abondent et son narratif rend compte des échos du contexte social d'alors. Mais Carné n'a pas toujours connu la même réussite, ainsi dans "Les tricheurs" en 1958, variation sur le thème de Roméo et Juliette dont les deux héros se heurtent à des interdits nouveaux dans le cadre de Saint-Germain-des-Prés des années 50, ne fut pas reçu par le public avec enthousiasme, malgré ses indéniables qualités. De même que des films moins célèbres et également contestés comme "L'air de Paris" ( 1954 ), "Terrain vague" ( 1960 ) ou "Trois chambres à Manhattan" ( 1965 ) qui recèlent, de la part de leur auteur, de justes observations sur les milieux décrits et l'évolution de la société d'après-guerre au sein d'un projet purement romanesque. Toujours Marcel Carné, à travers une filmographie choisie et peu abondante mais, ô combien, avisée et vivante, révèlera ses solides qualités de mise en scène, de direction d'acteurs et le souffle d'une sensibilité sans cesse en éveil.

 

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MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUEMARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 10:04
LE PORT DE L'ANGOISSE de HOWARD HAWKS

 En 1942, Harry Morgan, le propriétaire d’un yacht à la Martinique, gagne sa vie en emmenant à la pêche de riches touristes. Gérard, gaulliste convaincu et patron de l’hôtel où il loge, demande à Harry de l’aider à faire entrer clandestinement dans l’île un chef de la Résistance. D’abord réticent, Harry accepte, acculé par le besoin d’argent. Il vient en effet de rencontrer une jeune Américaine, Marie. Ils s’aiment et veulent quitter l’île. Cette histoire, inspirée d’un texte d’Hemingway, est assez mince et le film n’est certes pas l’un des plus réussis de Howard Hawks qui a, à son actif, tant de chefs-d’œuvre, mais le noir et blanc y est sublime, les prises de vue toujours impeccablement cadrées, l’interprétation remarquable et les dialogues vifs et lourds de sous-entendus qu’il suffit de déchiffrer. Et puis il y a Humphrey Bogart et Lauren Bacall lors d’un coup de foudre qui allait faire d’eux l’un des couples mythiques du 7e Art et enflammer le public. Lauren a alors 19 ans ; mannequin elle est totalement inconnue lorsque le metteur en scène la remarque sur une photo de mode, alors que Bogart est déjà une des légendes de Hollywood, presque quinquagénaire et célèbre pour son visage las mais expressif, sa présence, sa cigarette au coin des lèvres et sa façon de se mouvoir qui influencera un acteur français comme Belmondo.

 

 

Tous deux crèvent l’écran et semblent déjà si complices qu’ils donnent au film un charme particulier auquel on ne résiste pas. Et puis il y a l’atmosphère, toujours plongée dans une réalité fictive, une sorte de brume et de mystère qui pèsent sur les lieux et les êtres, un déni permanent d’authenticité que l’on accepte d’autant mieux qu’il participe à la mythologie hollywoodienne. Lauren semble descendue de l’Olympe avec sa coiffure impeccable, ses tailleurs où n’apparaît aucun faux pli même lorsqu’elle est sensée se rendre à l’île du Diable en plein vent et en pleine mer, Bogart semble revenu de toutes les rixes et de tous les barouds, mais qu’importe ! Oui, comment pourrions-nous en vouloir à un cinéma qui a idéalisé ses romances, ses acteurs et nos…attentes ! En ce cas précis, impossible !

 

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Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Howard Hawks, cliquer sur son titre :

 

Howard Hawks, l'homme pressé

 

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LE PORT DE L'ANGOISSE de HOWARD HAWKS
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LE PORT DE L'ANGOISSE de HOWARD HAWKS

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 09:07
INDIAN PALACE - SUITE ROYALE de JOHN MADDEN

Maintenant que l’hôtel Marigold affiche complet, ses directeurs, Muriel Donnelly et Sonny Kapoor songent à l’agrandir. Ils ont justement trouvé l’endroit idéal pour ouvrir un second établissement. Tandis que le projet avance, Evelyn et Douglas, qui travaillent désormais à Jaipur, se demandent où leurs rendez-vous réguliers autour des délices de la cuisine indienne vont les mener. Norman et Carole essaient de maîtriser les difficultés d’une relation exclusive, et Madge hésite entre deux prétendants aussi intéressants l’un que l’autre. Récemment arrivé, Guy Chambers trouve sa muse en la personne de Mme Kapoor, la mère de Sonny, pour écrire son nouveau roman. Sonny doit très bientôt épouser Sunaina, l’amour de sa vie, mais il est de plus en plus absorbé par le nouveau projet d’hôtel, qui exige tout son temps… Seule Muriel pourrait peut-être avoir des réponses : personne n’a de secret pour elle. Alors que le grand jour approche, l’ivresse de la préparation d’un mariage traditionnel indien s’empare de tout le monde…

 

Il est vrai que le scénario est mince et que l’on se demande comment un si faible argument va permettre au film de tenir deux longues heures. Eh bien, il tient et, peut-être, encore mieux que le précédent affirment certains. Ne l’ayant pas visionné, je ne peux donner un avis, mais ce second volet m’a bien plu, on passe un bon moment avec ces personnages qui débordent de dynamisme et de bonne humeur.

 

Le jeune Dev Patel est parfait de naturel dans le rôle de Sonny, ainsi que tous les acteurs, qui font d’ailleurs le film, et  nous accrochent par leur façon d’appréhender la vie avec optimisme, générosité et bienveillance, malgré leur âge ou grâce à lui.

 

Il y a évidemment une certaine naïveté à voir ainsi la vie en rose selon les méandres d'un narratif quelque peu décousu mais, qu’importe, l’ambiance est pleine d'allégresse, l’interprétation juste et d’une spontanéité touchante – ce qui est dû au talent de cette pléiade d'excellents acteurs – que l’on passe un bon moment à regarder cet opus plein de défauts. Aussi, est-ce la plus grande réussite du réalisateur d'être parvenu à transformer ses défauts en qualités. Bravo à John Madden qui, au final, nous fait assister à un magnifique mariage indien avec des danses qui nous emportent dans leur rythme endiablé. A voir si l’on a un petit accès de déprime. Très remontant pour le moral de tout âge.

 

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INDIAN PALACE - SUITE ROYALE de JOHN MADDEN
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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 11:39
VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

1910 – 1986

 

Né d’un père italien, violoniste, et d’une mère française et actrice, le petit Vincente grandit dans le monde du théâtre. A l’instar de Charlie Chaplin, il joue dans la troupe itinérante de ses parents et apprend le métier sur le tas. Ses débuts professionnels ont lieu à Broadway où il devient décorateur et costumier, puis s’intéresse à la mise en scène. Invité à Hollywood, il dirige ses premiers films au début des années 1940. Ce sera d’abord « Un petit coin aux cieux », puis « Mademoiselle ma femme ». Mais la comédie musicale fera bientôt sa réputation, ainsi « Le chant du Missouri » en 1944 avec Judy Garland qu’il épousera et « Ziegfeld Follies » ( 1946 ), deux films qui réunissaient déjà les comédiens les plus prestigieux : Fred Astaire, Gene Kelly, Cyd Charisse, Esther Williams, Judy Garland et assureront sa toute nouvelle  notoriété.

 

En 1950, il devient le réalisateur mythique de la comédie musicale et produit des chefs-d’œuvre : « Un américain à Paris », « Tous en scène », « Brigadoon » et « Gigi », une adaptation du roman de Colette. Vincente confère à ses opus une atmosphère enchantée, une humanité attachante et une féerie constante qui enthousiasment le public. Il a le goût du bonheur et le transmet à son public grâce à l’expression musicale et les numéros impressionnants de chorégraphie dont il a le secret. Enrichissant son travail de son expérience théâtrale et de sa sensibilité à fleur de peau, Minelli élabore un jeu scénique qui marquera à tout jamais son style. On reconnait un film de Minnelli dès les premières scènes. Sur le thème du cinéma, « Les ensorcelés » est un modèle du genre.  Mais parallèlement, Vincente Minnelli est attiré par les films comiques ou dramatiques auxquels il confère les qualités esthétiques qui régissent ses comédies musicales. La même exigence s’y retrouve dans l’élaboration des décors, le choix des costumes et les éclairages. De « Lame de fond ", mélodrame criminel aux simples divertissements comme « Allons donc papa », le réalisateur impose sa touche et sait mettre en relief le jeu des protagonistes. Ses personnages sont constamment entraînés dans le réseau captivant que tisse l’objectif  et dans cet univers minnellien qui est sublimé par la musique et les mouvements souples de la caméra. Sa direction d’acteurs est tout aussi efficace et sensible et ceux-ci lui rendent l’attention qu’il leur porte en donnant le meilleur d’eux-mêmes et en éprouvant, à son contact, une semblable exigence. On se souviendra de l’interprétation de Kirk Douglas dans « La vie passionnée de Vincent Van Gogh » en 1956. Pour Minnelli, il faut raconter une histoire de la façon la plus fine, la plus juste, mais aussi la plus élégante, la plus stylisée, et en y introduisant un zeste de magie.

Par ailleurs, l’utilisation de la couleur contribue à l’aspect flamboyant de la mise en scène. Le cinéaste prolonge ainsi le discours des « Ensorcelés » dix ans plus tard avec « Quinze jours ailleurs », ou adapte des classiques romanesques, ainsi « Comme un torrent » de James Jones en  1959 ou « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » de Blasco Ibanez en 1962, qu’il s’approprie pleinement. Mais c’est sans doute dans « Celui par qui le scandale arrive », en 1960, qu’il atteint le paroxysme de son dynamisme et de sa puissance scénique, capable de peindre dans les tons les plus éclatants une mise en scène lyrique ou une vaste fresque dramatique.

N’oublions pas non plus que Vincente Minnelli est le réalisateur de films intimistes, trop souvent méconnus et rangés à part dans sa brillante filmographie, des films comme « The Clock » ou « Thé et sympathie », enfin « Nina », qui touchent par leur tendresse et leur sincérité et éclairent différemment un créateur aussi divers dans sa production et aussi  inspiré.

 

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VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT
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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 11:17
UN HOMME IDEAL de YANN GOZLAN

Mathieu, 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car, malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité. En attendant, il gagne sa vie en travaillant chez son oncle qui dirige une société de déménagement…

Son destin bascule le jour où il tombe, par hasard, sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant de s’en emparer et de signer le texte de son nom...un texte fort, à l'évidence, qui relate la vie d'un militaire dans les années 56/60 lors de la guerre d'Algérie 

Devenu d'un coup de baguette magique le centre d'intérêt de la littérature française, couronné, dès ce premier ouvrage, du prix Renaudot, mais incapable de se construire et pas davantage de construire son prochain livre, Mathieu ne se sent jamais à la bonne place. D'ailleurs une place, en a-t-il seulement une et laquelle ? En cela le film est d'une structure narrative d'une étonnante efficacité, nous révélant, au fil des scènes, comment l'anti-héros est peu à peu rattrapé par la fatalité qu'il a contribué à mettre en place. Alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, l'auteur plonge dans une spirale mensongère et criminelle irréversible afin de préserver à tout prix son secret…

 

Grâce à cet opus, qui fonctionne  comme de l’horlogerie suisse, Yann Gozlan fait une entrée éclatante dans le 7e art et le thriller en particulier, hissant celui-ci au niveau d’un Hitchcock, Chabrol ou Polanski. A la suite d'un premier essai dans le film d’épouvante « Captifs » en 2010, Gozlan décide de passer à nouveau derrière la caméra avec un projet plus ambitieux, cette sombre histoire d’usurpation littéraire qui tient le specateur en haleine de bout en bout et, d'autant plus, lorsqu'un maître-chanteur va se complaire à jouer sur la vanité et la fragilité d'un homme sans structure, sans projet et sans inspiration. « C’est difficile de faire un bon film – confie Gozlan – mais le processus est aussi fatigant que passionnant. Fantasmer quelque chose dans sa tête et le voir se concrétiser, pouvoir contempler un objet fini que vous avez imaginé, il y a là quelque chose de très gratifiant. Cela donne l’impression d’avoir fait quelque chose, comme un artisan peut le ressentir une fois qu’il a terminé une table ou un objet très travaillé. »

 

Il est certain que préférant le travail et l’apprentissage que l’inspiration volatile, ce trentenaire nous propose un film cousu main, d’une parfaite tenue, nourri d’influences diverses mais homogène, qui dresse le portrait d’un ambitieux pétri de duplicité aux prises avec la morale dont il s’efforce de repousser toujours plus loin les limites. Mais celle-ci sera sauve, en quelque sorte, car échappant de peu à la mort, Mathieu perdra son honneur et, par voie de conséquence, le bonheur, condamné à vivre dans la clandestinité un talent venu trop tard. « Il y a bien sûr des films brillants qui regardent froidement leurs personnages se vautrer dans l’immoralité, mais ce n’est pas ce que je voulais faire. Je voulais que le spectateur comprenne mon personnage et accepte de le suivre. Il fallait que cela reste à la fois immersif et ludique, qu’on se demande comment le héros allait s’en sortir » - nous avoue le metteur en scène. Et le résultat est ce film convaincant, ce thriller de haute tenue, mis en scène avec un art consommé de la précision, sans fioritures inutiles, servi par des dialogues sobres mais tout aussi justes et une interprétation de qualité. Pierre Niney la domine dans le rôle-titre qu’il habille d’élégance, de subtilité et des faux-semblants qui inspireront le titre de son second ouvrage, enfin né de sa vie devenue son roman, un roman qui  le condamne à jamais à l’anonymat. Une grande réussite.

 

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UN HOMME IDEAL de YANN GOZLAN
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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 11:58
LE DERNIER LOUP de JEAN-JACQUES ANNAUD
LE DERNIER LOUP de JEAN-JACQUES ANNAUD

La Mongolie à perte de vue déroulée devant vous avec ces ciels souvent bas qui semblent l’emporter dans leur mouvement, une terre âpre, solitaire comme une mer minérale arrêtée dans le temps, où une population, les Mongols, vit en étroite intimité avec la nature la plus sauvage qui soit. Voici le décor choisi par Jean-Jacques Annaud pour son dernier long métrage d’une beauté saisissante qui nous sort de nos vies citadines pour nous livrer un magnifique message : l’équilibre si fragile entre la nature et les hommes doit être maintenu si nous ne voulons pas disparaître, car le progrès tel que nous le concevons, n’est sans doute pas celui qui sauvera notre planète. Inspiré du roman de l’écrivain Jiang Rong, cet opus nous explique comment les Chinois de Mao Tsé-toung, au moment de la Révolution culturelle des années 60, tentèrent le remplacement d’une civilisation par une expérience politique. Le héros du roman et du film, l’étudiant Chen Zhen et quelques autres sont chargés de soumettre les Mongols au socialisme, ce qui revient à dire qu’ils doivent cesser d’être eux-mêmes. Mais la civilisation mongole existe depuis la nuit des temps dans ces espaces invincibles où elle cohabite avec les loups qui la précédèrent dans la steppe.

 

Le loup a toujours hanté l’imaginaire humain. C’est un animal mythique que l’on retrouve dans l’inconscient collectif à tous les niveaux, figure emblématique qui terrorise et fascine et que les artistes ont évoquée à maintes reprises dans leurs œuvres, que ce soit roman, conte, poème ( La mort du loup de Vigny ) film ( Danse avec les loups ), elle exprime la force, le courage, la cruauté, la malignité et on ne compte plus les expressions qui ont recours à elle : « l’homme est un loup pour l’homme », « avoir vu le loup », « un froid de loup », « à pas de loup », sans oublier les légendes comme celle de la louve de Rome qui aurait nourri Remus et Romulus. Les Mongols ont su partager les grands espaces de leur pays avec le loup. C’est de lui qu’ils ont appris à combattre, car ce dernier est un guerrier quasi invincible qui préfère se suicider que de se soumettre, sait patienter des heures durant avant de livrer combat pour se nourrir et survivre. Il sait adapter ses méthodes aux circonstances et chasse, soit en solitaire, soit en meute, avec une intelligence de stratège. Les Mongols le respectent et le considèrent non comme un ennemi mais comme un adversaire tant il concoure à l’équilibre de la nature. D’ailleurs lorsqu’ils meurent, leurs cadavres sont enveloppés dans des linceuls et déposés à même la terre afin que leurs corps servent à nourrir les animaux sauvages. Juste retour des choses, pensent-ils, puisqu’eux-mêmes se sont nourris de la chair animale.

 

Dans le film de Jean-Jacques Annaud, nous voyons le gouvernement de la Chine régionale piller les réserves des fauves, affamer les loups qui vont alors s’en prendre aux chevaux, rompant ainsi un équilibre millénaire. Alors que pour les Hans, il s’agit de « recréer les monts et les mers, et les plaines d’après une autre volonté » - comme l’écrivait Emile Verhaeren. Le film souligne le danger et dépeint l’agonie des Mongols livrés à une idéologie en total décalage avec la nature et aux diktats d’un gouvernement totalitaire. Car il ne s’agit plus de chasse mais de l’éradication du loup, cet animal gênant pour l’homme d’aujourd’hui. En effet, il est nécessaire de gommer un passé encombrant pour faire surgir un présent en adéquation avec la modernité ambiante. Il faut effacer à tout jamais ce passé légendaire afin de faire des Mongols des citoyens comme les autres, engager la disparition progressive de leur civilisation avec ses chevauchées fantastiques, son génie du mouvement et son adaptabilité aux conditions d’existence extrêmes. Cela au nom d’une illusion perverse qui entend soumettre la nature aux délires productivistes et consuméristes des lobbies en place

 

Néanmoins, Jean-Jacques Annaud n’a pas voulu conclure sur une note trop pessimiste son film d’une beauté âpre comme les paysages solitaires et sublimes de la steppe mongole. Il laisse filtrer une raie de lumière, fragile certes, mais qui touche : le jeune lettré urbain Chen Zhen, conquis par cette vie en Mongolie- intérieure, adoptera en cachette un jeune loup pour le rendre quelques mois plus tard à la nature, hissant ainsi le film au rang de parabole. Une merveille.

 

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LE DERNIER LOUP de JEAN-JACQUES ANNAUD
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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