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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 10:33

le navire-est-voile-3 (Petit)                                                                                  

Bienvenue sur ce blog, où je propose à votre curiosité plusieurs rubriques, dont celles des CINEMAS FRANCAIS, AMERICAIN, EUROPEEN et ASIATIQUE.

 

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Vous trouverez également une rubrique dédiée aux   ACTEURS DU 7e ART  qui ont contribué, par leur talent, à confirmer le succès d'un film et à le rendre plus présent dans nos mémoires.

  

Une autre à mes BILANS CINEMATOGRAPHIQUES et aux articles panoramiques qui font état de l'impact d'un pays dans le monde du 7e Art.


  

Sans oublier celle des  REALISATEURS,  afin de vous entretenir de leur travail, de leur singularité, de leur apport au cinéma international et de leur rayonnement. 

 

 

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J'espère que cette diversité vous plaira. Chacun peut ainsi se promener à sa guise, selon sa curiosité et ses goûts. Bonne visite ! Et faites-moi part de vos commentaires. Ils seront les bienvenus.

 

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 10:30

TFM Distribution TFM Distribution        

 

Il ne faut jamais dire ou écrire " Fontaine je ne boirai pas de ton eau" au risque de se contredire, car il y a peu de jours, je vous confiais qu'avec la saison estivale, il ne fallait pas compter que j'entre dans une salle obscure, préférant de beaucoup les spectacles de la nature. Eh bien ! en une dizaine de jours, et malgré que le calendrier nous certifie que nous sommes bien en été, je suis entrée deux fois dans une de ces salles pour assister à la projection du dernier Woody Allen et hier après-midi - afin d'oublier le spectacle de la nature par temps de chien -pour voir The Reader de  Stephen Daldry, réalisateur heureux de  Billy Elliot ( 1999 ) et de The Hours  ( 2001 ). Et je n'ai pas été déçue. Ce film américain/allemand est également anglais puisque son réalisateur appartient à cette nation. C'est un bon exemple de ce que peut produire le 7e Art quand des talents venus d'horizons différents s'unissent pour le meilleur.

 

 

David Kross et Kate Winslet. SND

 

L'histoire se passe en Allemagne de l'Ouest au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Michaël Berg, lycéen de 16 ans, est pris soudain, alors qu'il rentre chez lui, de fièvre et de vomissements. Comme il pleut, il s'abrite sous un porche et là une femme, qui habite ce quartier populaire et cet immeuble modeste, lui vient en aide et le réconforte. Il ne l'oubliera pas, et, à la fin de sa convalescence, décide d'aller lui porter un bouquet en guise de remerciement. Cette femme, d'une vingtaine d'années son aînée, s'appelle Hanna Schmitz et travaille comme contrôleuse de tramway. Le jeune garçon va vivre auprès de son initiatrice une romance passionnée qui durera ce que durent les roses : un été. Après les étreintes et les séances de lecture qu'Hanna se plaît à lui réclamer et que bien volontiers il lui consacre, rapportant de la bibliothèque des oeuvres aussi différentes que l'Odyssée d'Homère ou La dame au petit chien de Tchékov, la jeune femme disparaît sans laisser d'adresse. Quelques années plus tard, alors qu'il étudie le droit, Michaël assiste, avec son maître de conférence et d'autres étudiants, au procès d'anciennes gardiennes de camps de concentration nazis. Et, parmi elles, figure Hanna.

 


Kate Winslet. SND


 

Cette révélation va le détruire en le privant de repères et d'idéal. A-t-il pu aimer un monstre, c'est-à-dire une personne si dénuée de conscience et de coeur qu'elle pouvait exécuter sans sourciller les ordres les plus abjects, ou bien a-t-il étreint un être sans consistance, sans conscience, sans humanité ? Ce procès, au fur et à mesure de son déroulement, se révèle d'autant plus pénible qu'Hanna concentre sur elle l'antipathie du Tribunal et accepte comme une fatalité d'être chargée de toutes les fautes par ses collègues. Quand on lui demande si c'est elle qui a rédigé un certain rapport accablant, elle répond d'abord par la négative, puis, lorsqu'on la prie de bien vouloir écrire pour vérifier l'identité des deux graphismes, elle se rétracte et dit oui. Ce oui est la clé du secret le plus enfoui d'Hanna. Davantage encore que la honte d'avoir participé de près ou de loin aux crimes nazis, la sienne est personnelle, mais tout aussi nocive, la cloîtrant dans l'ignorance : oui Hanna ne sait ni lire, ni écrire, elle est analphabète. Comme les poupées russes, ses secrets s'emboîtent les uns dans les autres. Peut-on en déduire que l'ignorance conduit aux pires égarements et vous disculpe de toute responsabilité, que quelque chose d'inhumain se dégrade à n'être pas utilisé dans un projet d'évolution culturelle ? Ce serait trop simple ! Car ceux qui donnaient les ordres, ceux qui avaient édifié cet abominable projet de sélection des races n'étaient pas des illettrés mais des hommes cultivés, des pères de famille respectables, des personnages considérés dans la haute société germanique. Alors ?

 


Kate Winslet. SND


Qu'auriez-vous fait à ma place ? - questionne Hanna à l'avocat général qui la charge. Obéir à son patron, c'est tout ce que savait faire cette pauvre fille. Parce que l'emploie qu'elle exerçait lui permettait de s'assumer matériellement et qu'il ne l'obligeait pas à révéler la honte qui la minait : son inculture. Pourquoi n'avez-vous pas déverrouillé la porte de l'église quand celle-ci a pris feu après l'impact de la foudre, alors que vous saviez que 300 femmes, que vous conduisiez dans un autre camp, s'y trouvaient enfermées ? - hurle le magistrat.
La réponse d'Hanna laisse sans voix, tant il est vrai - comme le dit le professeur à son élève Michaël - qu'aucune société ne s'est fondée sur la moralité. J'étais chargée de les garder -bredouillera l'accusée. Et si j'avais ouvert la porte, elles se seraient enfuies. Réponse logique à un ordre qui, en l'occurrence, ne l'était pas.

 

 

David Kross et Kate Winslet. SND


 

Après les scènes de la romance quelque peu languissantes du début, le film prend de la densité à partir du procès d'Hanna et le face à face qui s'instaure entre les représentants de l'ordre et du droit et ces femmes qui, dans des conditions tragiques, n'ont pas manifesté le moindre sentiment de compassion et que la notion de bien et de mal ne parait pas interpeller. Hanna, comme les autres, semble détachée de toute attraction possible entre ces deux pôles, pour la seule raison qu'elle ne se situe nulle part d'une quelconque perspective morale. Et ce " nulle part" est terrifiant. Où est donc passée sa part irrévocable d'humanité ? Car aussi révoltant que cela soit, une part d'humain reste présent  dans l'inhumain. Hanna, au-delà du bien et du mal, reste une femme qui a  aimé, pleuré, souffert, craint, dissimulé. Désormais Michaël va tout tenter pour restaurer loin d'elle, avec ou malgré elle, cette part d'humanité perdue. Grâce à la lecture, qui avait été leur loisir favori du temps de leur liaison heureuse, il va trouver un exutoire à leur solitude, à leur enfermement respectif, à leur claustration intérieure et amorcer ainsi une fragile et hypothétique rédemption. Rédemption pour l'Allemagne qui essaie de se reconstruire et dont Michaël, devenu avocat, doit assumer sa part de responsabilité ; rédemption également pour Hanna qui, en écoutant les cassettes d'enregistrement qu'il lui adresse en prison, apprend à lire et, par voie de conséquence, à se construire.

 


Ralph Fiennes. SND


 

Je ne dévoilerai pas la fin qui réserve quelques grands moments de cinéma, sans être totalement exempt d'emphase émotionnelle, afin de laisser à chaque spectateur la liberté de formuler ses propres interrogations. Bien entendu si le film soulève bon nombre de questions, il ne les résout pas et ne propose pas de solution. Et comment le pourrait-il ? Si bien que l'on sort de la projection plus embarrassé ou troublé que réellement ému. A la suite du roman de Bernhard Schlink " Le lecteur ", le cinéaste nous invite à une remise en question des faits, non pour les excuser ou les restreindre, mais en les portant à notre connaissance sous un autre éclairage. Est-ce que les victimes de cette horrible tragédie ne sont pas, en définitive, les bourreaux ? Car si les victimes ont porté la douleur jusqu'à l'incandescence, les bourreaux ont plongé l'ignominie jusqu'en ses abîmes les plus sombres.
Admirablement interprétée par Kate Winslet, Hanna Schmitz nous glace et nous touche par son inconscience et le poids de son inculture qui en font la proie de tous les égarements ; elle est tout simplement formidable et a bien mérité l'Oscar qui lui fût attribué pour ce rôle avec, face à elle, tour à tour,  David Kross  dans celui de Michaël adolescent, vivant sa passion avec une ferveur touchante, et  Ralph Fiennes  en Michaël adulte, tout en détresse poignante. Un film qui va peser lourd dans le bilan cinématographique 2009.

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 11:17
UN HOMME IDEAL de YANN GOZLAN

Mathieu, 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car, malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité. En attendant, il gagne sa vie en travaillant chez son oncle qui dirige une société de déménagement…

Son destin bascule le jour où il tombe, par hasard, sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant de s’en emparer et de signer le texte de son nom...un texte fort, à l'évidence, qui relate la vie d'un militaire dans les années 56/60 lors de la guerre d'Algérie 

Devenu d'un coup de baguette magique le centre d'intérêt de la littérature française, couronné, dès ce premier ouvrage, du prix Renaudot, mais incapable de se construire et pas davantage de construire son prochain livre, Mathieu ne se sent jamais à la bonne place. D'ailleurs une place, en a-t-il seulement une et laquelle ? En cela le film est d'une structure narrative d'une étonnante efficacité, nous révélant, au fil des scènes, comment l'anti-héros est peu à peu rattrapé par la fatalité qu'il a contribué à mettre en place. Alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, l'auteur plonge dans une spirale mensongère et criminelle irréversible afin de préserver à tout prix son secret…

 

Grâce à cet opus, qui fonctionne  comme de l’horlogerie suisse, Yann Gozlan fait une entrée éclatante dans le 7e art et le thriller en particulier, hissant celui-ci au niveau d’un Hitchcock, Chabrol ou Polanski. A la suite d'un premier essai dans le film d’épouvante « Captifs » en 2010, Gozlan décide de passer à nouveau derrière la caméra avec un projet plus ambitieux, cette sombre histoire d’usurpation littéraire qui tient le specateur en haleine de bout en bout et, d'autant plus, lorsqu'un maître-chanteur va se complaire à jouer sur la vanité et la fragilité d'un homme sans structure, sans projet et sans inspiration. « C’est difficile de faire un bon film – confie Gozlan – mais le processus est aussi fatigant que passionnant. Fantasmer quelque chose dans sa tête et le voir se concrétiser, pouvoir contempler un objet fini que vous avez imaginé, il y a là quelque chose de très gratifiant. Cela donne l’impression d’avoir fait quelque chose, comme un artisan peut le ressentir une fois qu’il a terminé une table ou un objet très travaillé. »

 

Il est certain que préférant le travail et l’apprentissage que l’inspiration volatile, ce trentenaire nous propose un film cousu main, d’une parfaite tenue, nourri d’influences diverses mais homogène, qui dresse le portrait d’un ambitieux pétri de duplicité aux prises avec la morale dont il s’efforce de repousser toujours plus loin les limites. Mais celle-ci sera sauve, en quelque sorte, car échappant de peu à la mort, Mathieu perdra son honneur et, par voie de conséquence, le bonheur, condamné à vivre dans la clandestinité un talent venu trop tard. « Il y a bien sûr des films brillants qui regardent froidement leurs personnages se vautrer dans l’immoralité, mais ce n’est pas ce que je voulais faire. Je voulais que le spectateur comprenne mon personnage et accepte de le suivre. Il fallait que cela reste à la fois immersif et ludique, qu’on se demande comment le héros allait s’en sortir » - nous avoue le metteur en scène. Et le résultat est ce film convaincant, ce thriller de haute tenue, mis en scène avec un art consommé de la précision, sans fioritures inutiles, servi par des dialogues sobres mais tout aussi justes et une interprétation de qualité. Pierre Niney la domine dans le rôle-titre qu’il habille d’élégance, de subtilité et des faux-semblants qui inspireront le titre de son second ouvrage, enfin né de sa vie devenue son roman, un roman qui  le condamne à jamais à l’anonymat. Une grande réussite.

 

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UN HOMME IDEAL de YANN GOZLAN
UN HOMME IDEAL de YANN GOZLANUN HOMME IDEAL de YANN GOZLAN

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 11:58
LE DERNIER LOUP de JEAN-JACQUES ANNAUD
LE DERNIER LOUP de JEAN-JACQUES ANNAUD

La Mongolie à perte de vue déroulée devant vous avec ces ciels souvent bas qui semblent l’emporter dans leur mouvement, une terre âpre, solitaire comme une mer minérale arrêtée dans le temps, où une population, les Mongols, vit en étroite intimité avec la nature la plus sauvage qui soit. Voici le décor choisi par Jean-Jacques Annaud pour son dernier long métrage d’une beauté saisissante qui nous sort de nos vies citadines pour nous livrer un magnifique message : l’équilibre si fragile entre la nature et les hommes doit être maintenu si nous ne voulons pas disparaître, car le progrès tel que nous le concevons, n’est sans doute pas celui qui sauvera notre planète. Inspiré du roman de l’écrivain Jiang Rong, cet opus nous explique comment les Chinois de Mao Tsé-toung, au moment de la Révolution culturelle des années 60, tentèrent le remplacement d’une civilisation par une expérience politique. Le héros du roman et du film, l’étudiant Chen Zhen et quelques autres sont chargés de soumettre les Mongols au socialisme, ce qui revient à dire qu’ils doivent cesser d’être eux-mêmes. Mais la civilisation mongole existe depuis la nuit des temps dans ces espaces invincibles où elle cohabite avec les loups qui la précédèrent dans la steppe.

 

Le loup a toujours hanté l’imaginaire humain. C’est un animal mythique que l’on retrouve dans l’inconscient collectif à tous les niveaux, figure emblématique qui terrorise et fascine et que les artistes ont évoquée à maintes reprises dans leurs œuvres, que ce soit roman, conte, poème ( La mort du loup de Vigny ) film ( Danse avec les loups ), elle exprime la force, le courage, la cruauté, la malignité et on ne compte plus les expressions qui ont recours à elle : « l’homme est un loup pour l’homme », « avoir vu le loup », « un froid de loup », « à pas de loup », sans oublier les légendes comme celle de la louve de Rome qui aurait nourri Remus et Romulus. Les Mongols ont su partager les grands espaces de leur pays avec le loup. C’est de lui qu’ils ont appris à combattre, car ce dernier est un guerrier quasi invincible qui préfère se suicider que de se soumettre, sait patienter des heures durant avant de livrer combat pour se nourrir et survivre. Il sait adapter ses méthodes aux circonstances et chasse, soit en solitaire, soit en meute, avec une intelligence de stratège. Les Mongols le respectent et le considèrent non comme un ennemi mais comme un adversaire tant il concoure à l’équilibre de la nature. D’ailleurs lorsqu’ils meurent, leurs cadavres sont enveloppés dans des linceuls et déposés à même la terre afin que leurs corps servent à nourrir les animaux sauvages. Juste retour des choses, pensent-ils, puisqu’eux-mêmes se sont nourris de la chair animale.

 

Dans le film de Jean-Jacques Annaud, nous voyons le gouvernement de la Chine régionale piller les réserves des fauves, affamer les loups qui vont alors s’en prendre aux chevaux, rompant ainsi un équilibre millénaire. Alors que pour les Hans, il s’agit de « recréer les monts et les mers, et les plaines d’après une autre volonté » - comme l’écrivait Emile Verhaeren. Le film souligne le danger et dépeint l’agonie des Mongols livrés à une idéologie en total décalage avec la nature et aux diktats d’un gouvernement totalitaire. Car il ne s’agit plus de chasse mais de l’éradication du loup, cet animal gênant pour l’homme d’aujourd’hui. En effet, il est nécessaire de gommer un passé encombrant pour faire surgir un présent en adéquation avec la modernité ambiante. Il faut effacer à tout jamais ce passé légendaire afin de faire des Mongols des citoyens comme les autres, engager la disparition progressive de leur civilisation avec ses chevauchées fantastiques, son génie du mouvement et son adaptabilité aux conditions d’existence extrêmes. Cela au nom d’une illusion perverse qui entend soumettre la nature aux délires productivistes et consuméristes des lobbies en place

 

Néanmoins, Jean-Jacques Annaud n’a pas voulu conclure sur une note trop pessimiste son film d’une beauté âpre comme les paysages solitaires et sublimes de la steppe mongole. Il laisse filtrer une raie de lumière, fragile certes, mais qui touche : le jeune lettré urbain Chen Zhen, conquis par cette vie en Mongolie- intérieure, adoptera en cachette un jeune loup pour le rendre quelques mois plus tard à la nature, hissant ainsi le film au rang de parabole. Une merveille.

 

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LE DERNIER LOUP de JEAN-JACQUES ANNAUD
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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 10:10
HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

                

Henri-Georges Clouzot, né à Niort en 1907, avait d'abord ambitionné une carrière d'officier de marine mais dut y renoncer pour des raisons de santé et s'inscrivit à l'école des Sciences politiques avec le projet de devenir diplomate. Chroniqueur au journal Paris-Midi, sa rencontre avec Henri Jeanson sera déterminante et l'engagera définitivement sur la voie du cinéma où il affirmera, avec l'éclat que l'on sait, sa forte personnalité. En 1931  il réalise  son premier court métrage La terreur des Batignolles  et travaille avec Victor Tourjansky, Carmine Gallone et Jacques de Baroncelli. Puis il quitte la France pour rejoindre les studios Babelsberg à Berlin. C'est l'âge d'or du cinéma allemand et, pour le jeune homme ébloui, l'occasion inespérée de découvrir et d'approcher l'oeuvre de Fritz Lang , dont l' influence sera bienfaisante. Après quatre années de sanatorium, il revient à Paris en 1938 et en 1941 signe le scénario des Inconnus dans la maison d'après Simenon. L'année suivante, il réalise enfin son premier long métrage :  L'assassin habite au 21 et en 1943  Le corbeau  avec la collaboration du scénariste  Louis Chavance. Malgré ses qualités, ce film s'attire les foudres de la censure des épurateurs de la Libération et le réalisateur se voit exclu temporairement de la profession. Remis de cette navrante affaire, il fait une rentrée fracassante en 1947 avec Quai des orfèvres, couronné par le Grand Prix international de la mise en scène à la Mostra de Venise.

                   

Sur le conseil d'un producteur, il avait choisi de réaliser une histoire visible pour tous, c'est-à-dire une intrigue librement adaptée d'un roman de Steeman, auteur belge auquel il avait déjà emprunté le thème de la fiction de : L' assassin habite au 21. En définitive, l'intrigue n'est qu'un prétexte à l'étude de plusieurs milieux parisiens : celui du music-hall où une chanteuse ambitieuse interprétée par Suzy Delair ( la femme de Clouzot à l'époque ) cherche à se faire remarquer ; le milieu du quartiers des halls où vont habiter l'accompagnateur de cette chanteuse et la photographe amoureuse d'elle ( Simone Renant ), enfin celui du quai des Orfèvres où se trouvent les bureaux de la police. Ces milieux vont être reliés les uns aux autres grâce à l'enquête que mène, avec une froideur impressionnante, l'inspecteur Antoine, magistralement campé par un Louis Jouvet au sommet de son talent. Pour Clouzot, et on le sait depuis Le corbeau, il n'existe pas de frontière précise entre le bien et le mal ; la nature humaine est une brillante et confondante représentation d'un univers ténébreux, un peu à la façon d'un Zola, où les caractères des personnages participent des remous occasionnés par la vie sociale, selon le réalisme propre aux comportements, aux désirs, aux refoulements, aux obsessions et aux passions. Jouvet, en flic cynique et désabusé, semble vider les poubelles d'une société névrotique. Avec ce film, Clouzot se pose en rival d'un Hitchcock comme maître du suspense, avec son sens plastique et sa formidable capacité à arracher à ses acteurs tout ce qu'ils peuvent donner, fût-ce au prix d'une exigence qui pouvait frôler la tyrannie.


Après le succès éclatant de Quai des orfèvres, Clouzot, désormais considéré comme un des grands du cinéma, s'attaque à une adaptation modernisée de Manon Lescaut, roman de moeurs du XVIIIè, que nous devons à la plume de l'abbé Prévost. Dans un contexte historique et social défini et ré-actualisé, celui de la guerre de 39/45,  Manon est aussi l'histoire d'un passion charnelle et fatale qui conduira les amants à fuir en Palestine à bord d'un cargo qui transporte clandestinement des juifs. Ce film qui révéla Cécile Aubry ( partenaire de Serge Reggiani ) fut diversement accueilli et il fallut attendre Le salaire de la peur en 1952 pour que Clouzot revienne triomphalement sur le devant de l'écran. Du moins ses films ont-ils eu le mérite de créer  l'événement, et s'ils ne furent pas toujours bien compris dans leur contenu, ils gagnèrent l'estime et l'admiration du public pour  leurs qualités artistiques et leur climat fiévreux et inquiétant. Dès les premières images, le ton Clouzot s'impose et c'est celui d'un authentique créateur et auteur.   

 

Le salaire de la peur, film d'hommes et d'aventuriers, se déroule au Guatemala, et nous racontre l'histoire de deux  personnages, magnifiquement interprétés par Charles Vanel et Yves Montand, unis par une troublante amitié. Leur travail consiste à conduire, sur des pistes presque impraticables, des camions chargés de nitroglycérine, épopée dérisoire et terrifiante qui provoque un suspense impitoyable et joue, en permanence, sur les nerfs du public. Rapports sado-masochistes, réalisme noir proche de celui dans lequel se complaisait Yves Allégret, composent une vision très sombre de l'humanité. Le film reçut un accueil  favorable et peut être considéré comme le second chef-d'oeuvre du cinéaste.

 

La sortie des Diaboliques en 1954 , troisième  chef-d'oeuvre, sera précédée d'une vaste campagne publicitaire. Pour ce long métrage, Clouzot s'est inspiré d'un roman de Boileau-Narcejac mais a inversé la situation initiale : ce sont deux femmes criminelles ( l'une interprétée par son épouse d'alors Véra Clouzot et l'autre par Simone Signoret ) qui se trouvent aux prises avec Paul Meurisse dans une situation que le metteur en scène décrit avec une précision démoniaque. Nous sommes là au coeur d'un bouillonnement  de haines et de rivalités, dans le cadre d'une institution pour jeunes gens : professeurs minables, élèves mal nourris, directeur sadique envers son épouse et sa maîtresse ; les ingrédients sont réunis pour amener ce milieu étroit et obsédé au crime, conséquence inévitable d'un déréglement psychologique.  Le jeu des interprètes, l'atmosphère irrespirable, la pression qui ne cesse de s'intensifier font du  film une incontestable réussite, à la hauteur des meilleurs Hitchcock. La distribution est éblouissante : Pierre Larquey, Michel Serrault à ses débuts, Véra Clouzot, belle et énigmatique, Simone Signoret d'un complaisant cynisme et un Paul Meurisse qui trouve là l'un de ses meilleurs rôles au cinéma. Le succès fut, une fois encore, au rendez-vous. 

 

En 1955, Clouzot quitte la fiction - momentanément -  pour un documentaire sur Picasso :  Le mystère Picasso, centré sur la démarche créatrice du peintre, dessinant et peignant sous le regard introspectif de la caméra et produisant sur le spectateur une sensation étonnante, celle d'un univers pictural en train de se fermer sur lui-même. Clouzot rejoint la conception de René Clément sur l'enfermement de la condition humaine, de même que dans son réalisme noir, il n'a cessé d'être le compagnon de route d'Yves Allégret, dont le propos fut de nous dévoiler la nature de l'homme sous son angle le plus tragique. Certains le lui reprochèrent d'ailleurs, comme ils le reprochèrent à Allégret.  Après Les espions  ( 1957 ) et  La vérité  avec Brigitte Bardot, Sami Frey et Paul Meurisse, de facture plus conventionnelle, ses problèmes de santé ne lui laissent pas le loisir de mener à bien L'enfer ( 1964 ), qui devait être son testament et dont le scénario sera repris, trente ans plus tard, par l'un de ses fils spirituels : Claude Chabrol. Il s'éteint à Paris le 12 janvier 1970. Le metteur en scène, dont l'oeuvre prend place dans le réalisme noir de l'après-guerre, n'en occupe pas moins une situation à part dans le cinéma français : celle d'un réalisateur d'une rare exigence qui fouillait le coeur humain jusqu'au tréfonds et nous le révélait avec l'atroce rigueur du médecin légiste.

Pour lire la critique consacrée à L'assassin  habite au 21, cliquer sur son titre : 

 

 

 L'ASSASSIN HABITE AU 21 d'HENRI-GEORGES CLOUZOT

 

                                     

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 10:41
COLIN FIRTH

Colin Firth est né à Grayshott dans le Hampshire le 10 septembre 1960 au sein d’une famille d’universitaires et passera une partie de son enfance au Nigeria où ses parents sont enseignants, l’un en histoire, l’autre en religions comparées. Sa famille de retour dans la mère patrie, le jeune homme suit une formation classique au Drama Centre de Londres. Après des premiers pas dans une comédie en remplacement d’un acteur malade, il passe devant la caméra sous la direction de Milos Forman dans le rôle-titre de « Valmont ». A partir de là, il enchaîne les rôles et joue en 1997 dans un film culte « Le patient anglais » de Minghella où il interprète le mari de Katarine, second grand coup de chance de sa vie de jeune acteur. Si bien que sa carrière prend bientôt une orientation internationale, d’autant que ses choix sont judicieux et prouvent son discernement. En 1995, son interprétation de Darcy dans « Orgueil et préjugés » en fait une star incontournable du 7e Art britannique mais le personnage lui colle à la peau. Il s’en éloigne avec « La jeune fille à la perle », film qui sera lui aussi plusieurs fois couronné.

 

Il est vrai que Colin Firth est un habitué des trophées. C’est ainsi qu’en 2009 à la Mostra de Venise, il remporte la coupe Volpi du meilleur acteur pour son interprétation de George Falconer dans « A single Man » de Tom Ford. Mais « Le discours d’un roi » va conforter encore son aura et lui vaudra le Golden Globe 2011, le Bafta Award et l’Oscar, un triplé rare. Ce rôle du roi Georges VI prouve à quel point il ne craint pas ceux à contre-emploi et ce personnage de bègue, confronté soudain à d’immenses responsabilités, est certainement l’une de ses interprétations les plus émouvantes. Sachant conserver son élégance et son flegme british, l’acteur se glisse à merveille  dans la peau d’êtres aussi divers que possible, parfois drôles, parfois dramatiques, dont il épouse les inquiétudes avec subtilité et les travers avec un humour jamais pris à défaut. D’autant plus que son charme, son style font de lui un rival de Hugh Grant avec qui il partage une séduction irrésistible et une certaine fausse désinvolture. On l’a vu ainsi quelque peu déjanté dans « Magic in the moonlight » de Woody Allen et rajeuni avec une stature inhabituelle dans « Kingsman » de Matthew Vaughn, où son rôle est beaucoup plus physique que d’habitude et marque un tournant de sa carrière. Il avoue volontiers que jouer « un dur à cuire » est rarement ce que l’on propose à un acteur qui a dépassé la cinquantaine. Aussi a-t-il dû travailler avec un entraineur chevronné pour apprendre à maîtriser les parties de son corps rarement sollicitées. Mais rien ne rebute Colin qui entend assumer ses rôles avec le maximum de réalisme et de conviction. A chaque fois, il touche juste, ne craignant nullement de s’engager à fond pour rendre parfaitement crédibles ses personnages et se plaisant à en varier les facettes. Ce qui semble lui réussir et enchante ses fans, dont je suis.

 

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 11:26
KINGSMAN de MATTHEW VAUGHN

Après les très réussis « X-Men : le commencement » et « Kick-Ass », le cinéaste anglais Matthew Vaughn nous invite à revisiter le blockbuster de façon déjantée mais follement originale et, ce, dans un opus non dénué d’humour trash mais impertinent et inventif, auquel je reprocherai néanmoins une violence souvent excessive en des temps où elle est déjà trop présente dans nos vies. Mais je n’en apprécie pas moins la classe très british qui donne au 7e Art britannique une touche particulière, où le pire sait s’envelopper d’une façade agréablement élégante et sophistiquée, qui procure à l’ensemble une excentricité savoureuse et une raillerie irrésistiblement grinçante et aristocratique.

 

Le scénario est le suivant : un agent secret très gentleman, interprété par le séduisant Colin Firth, prend sous son aile un jeune garçon de la banlieue pour le former et le faire entrer au service de Kingsman, une organisation d’espionnage ultra secrète logée dans le sous-sol de la boutique d’un tailleur de Savile Row. Ce dernier, qui ne répond nullement aux normes habituelles, va être ainsi propulsé dans un univers à l’opposé de celui qu’il connaît et dans lequel il a grandi. Ce jeune cockney va ainsi prendre la relève d’un précédent agent, qui n'était autre que son père mort en service lors de scènes où il se forge au métier sur le tas et en une suite d’images virevoltantes, irrévérencieuses et mouvementées à souhait. En quelque sorte un divertissement ou une parodie qui entend remettre un peu de sel et poivre dans un genre qui n’avait que trop tendance à se scléroser (voir les derniers James Bond).

 

Nous voici donc replongés à la grande époque des James Bond d'antan, ceux interprétés par Sean Connery, qui régnaient alors sur le cinéma populaire d’Outre-Manche. Les clins d’œil ne manquent pas pour que cet hommage soit lisible : notamment les délirants gadgets comme le parapluie, arme redoutable de la panoplie d'alors qui avait fait la notoriété de James Bond. Mais il y a surtout une incontestable inventivité dans la façon de filmer selon un rythme accéléré en des explosions psychédéliques de têtes, par exemple, sur fond de musique classique, ou une scène de massacre totalement décalée dans une église qui n’est pas du meilleur goût, selon moi. Et qui mieux que Colin Firth pouvait incarner à la perfection le flegme britannique et l’élégance sans un faux pli de ce dandy des services secrets ? Personne, je suppose, car il est plus que parfait face à Samuel L. Jackson également excellent et le jeune et prometteur Taron Egerton qui forme avec lui un duo insolent et divertissant à souhait. Un bon film malgré quelques inutiles outrances.

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 10:32
LA BETE HUMAINE de JEAN RENOIR

Jacques Lantier est victime de pulsions meurtrières et en souffre secrètement. Il ne se trouve bien qu’en compagnie de son chauffeur Pecqueux ( Carette ) sur La Lison, la locomotive à vapeur avec laquelle ils font la ligne Paris-Le Havre. Pour son malheur, Lantier ( Jean Gabin ) rencontre Séverine  ( Simone Simon)  alors que son mari Roubaud ( Fernand Ledoux ), sous-chef de gare du Havre, pauvre type jaloux et veule, vient d’assassiner Grandmorin, le parrain de son épouse dont il apprend qu’il l’avait forcée à céder à ses avances au temps où elle était domestique dans son château. Lantier  tombe amoureux de cette jeune femme ravissante et paumée qui a assisté au meurtre avec complaisance dans le train qui la ramenait avec son mari de Paris au Havre et en reste marquée au point de se refuser à toute forme d’amour désormais. Lantier finit par la convaincre de partir avec lui et de quitter un mari qui s’est mis à jouer, à voler, mais, au moment de tuer Roubaud, la jeune femme se dérobe … La fin est aussi tragique que le climat qui règne dans ce clair-obscur admirablement rendu par une caméra feutrée qui évolue en des images d’une puissante beauté et une atmosphère pluvieuse et fondamentalement désespérée.

 

« La bête humaine » est la seconde adaptation de Zola par Jean Renoir. On a dit que le cinéaste appréciait modérément le roman de celui qui avait été l’ami de son père. Même s’il rend explicitement hommage à l’auteur de la saga des Rougon-Macquart, Renoir prend très vite ses distances avec l’œuvre initiale. C’est ainsi que l’époque a été modifiée, le Second-Empire  étant remplacé par le Front Populaire et l’esprit des années d’avant-guerre. Sorti quelques mois après « La Marseillaise », » La bête humaine » est bercé par un certain idéal. Le travail y apparaît salvateur, un travail mené collectivement, l’esprit de camaraderie se prolongeant dans le quotidien. Le mécanicien Pecqueux est davantage qu’un pote et un confident pour Lantier. C’est le régulateur de ses émotions et le symbole de la fraternité ouvrière. À la coopérative ouvrière succède ici la vénérable « Société nationale des chemins de fer français », qui se veut un symbole de progrès et d’unité. Ainsi le film rend-t-il compte du climat qui règne dans cet univers du rail parfaitement évoqué et où évoluent des hommes qui l’ont placé comme un idéal à atteindre en permanence.  

 

Le film souffre cependant d’une certaine théâtralité, même Gabin n’habite pas vraiment son rôle, pas davantage la ravissante Simone Simon qui surjoue le sien et ne parvient pas à nous émouvoir. Seuls Carette, formidable de naturel et de gouaillerie, et Fernand Ledoux sont crédibles et donnent une épaisseur à leurs personnages. Et puis il y a les images sublimes, l’atmosphère morbide, la pluie et les lumières vacillantes de la nuit, les locomotives qui traversent le temps et l’amitié virile de ces hommes en manque de repères affectifs.

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 12:02
KEIRA KNIGHTLEY - PORTRAIT

Née le 26 mars 1985, Keira Knightley n’a pas tardé à se faire un nom dans l’univers cinématographique qui était déjà celui de ses parents, son père l’acteur anglais Will Knightley et sa mère une scénariste écossaise. Si bien que la petite fille apparaît dès l’âge de 10 ans dans une série télévisée « The  Bill » (1995), puis dans plusieurs autres avant d’être choisie pour tenir le rôle de Sabé dans la superproduction « Star Wars », épisode «  La menace fantôme »  en 1999.

 

Son premier rôle important devant une caméra de cinéma sera celui de Juliette dans « Joue-la comme Beckham » qui sera un succès commercial au Royaume-Uni en août 2002. C’est à la suite de ce succès qu’on propose à cette jeune actrice au visage mutin et à l’expression volontiers têtue, un rôle dans une grande production « Pirates des Caraïbes », épisode «  La malédiction du Black Pearl », au côté de John Deep. Le film sera un succès au box-office, faisant connaître le nom de Keira mondialement. Elle sera d’ailleurs élue la star adolescente la plus prometteuse par le journal "Hello". Aussi continue-t-elle à jouer dans l’épisode suivant des Pirates, soit dans « Le secret du coffre maudit » en 2006.

 

Actrice de théâtre, Keira interprétera plusieurs grands rôles à Londres dans « The Children’s Hour », puis participera au « Red Nose Day 2011 », avec Ruper Grint, Tom Felton et Paul McCartney.

 

Mais ce sera dans « Orgueil et préjugés » de Joe Wright qu’elle s’impose vraiment dans le personnage d'Elisabeth Bennet, puis dans « Reviens-moi », toujours de Joe Wright, d’après le roman éponyme de Ian McEwan où elle travaille de nouveau avec Brenda Blethyn. Son interprétation lui méritera une nomination aux Bafta et aux Golden Globes 2011.

 

En 2011 toujours, elle est choisie pour un nouveau grand rôle ; celui de la psychanalyste  russe Sabina Spielrein dans « A dangerous method » réalisé par David Cronenberg, film qui sera présenté au Festival de Venise et verra les critiques se partager sur son interprétation. En 2012, Keira est choisie pour une version magnifique  d’Anna Karénine  d’après Tolstoï par le metteur en scène Joe Wright et y laissera un souvenir prenant. (Voir ma critique en cliquant ICI ), tandis que 2014 sera une année riche pour cette jeune actrice  avec « New-York melody » de John Carney et « The imitation game »  de Alain Turing qui obtiendra le prix du Public et une ovation des critiques au Festival de Toronto. Par ailleurs, la beauté délicate de Keira a fait d’elle l’égérie des parfums Chanel.

 

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:47
LE PATIENT ANGLAIS de ANTHONY MINGHELLA

1944, en pleine Seconde Guerre Mondiale, un avion vole au-dessus du désert du Sahara, piloté par un homme et transportant une femme morte. Des artilleurs allemands abattent l'avion, qui s'écrase, extrayant de la carlingue le pilote dont le visage et le cors ont été atrocement brûlés. Des bédouins le recueillent, commencent à le soigner, puis le confient aux troupes Alliées en partance pour l'Italie.

 

Octobre 1944, les troupes Alliées se trouvent en Toscane. On progresse vers le Nord en déminant les routes et en recueillant les blessés. L'infirmière canadienne Hana (Juliette Binoche) s'occupe de ces blessés, notamment de l'étrange « homme flambé », déclaré apatride mais fortement supposé anglais (le Patient anglais). Hana, épuisée et désespérée par une guerre qui lui a pris « tous ceux qu'elle aime », décide de s'installer seule, avec le Patient anglais, dans un petit monastère toscan. Désormais va débuter un étrange face à face entre le malade et son infirmière où l'un et l'autre vont tenter de soigner leurs blessures respectives.

 

Hana fait alors la lecture du livre que transportait le patient, un livre d'Hérodote. Cet ouvrage contient bien d'autres documents personnels et va être le support de soudaines et nombreuses réminiscences dans l'esprit du blessé. Le film ouvre alors un flash-back sur la vie de cet homme, juste avant le début de la guerre, aux alentours du Caire...

 

"Le patient anglais" est un film flamboyant de Anthony Minghella inspiré du roman de Michael Ondaatje, d’une beauté cinématographique et d’une qualité narrative remarquables avec des séquences entre passé et présent qui s’emboîtent les unes aux autres sans nous faire perdre le fil de cette aventure à double visage. Finalement nous assistons à des vies superposées mais toujours contrariées par le destin et par cette guerre qui rend chaque personnage…différent, comme étranger à lui-même, brûlé intérieurement par les feux de la guerre, de l’amour impossible, par le déplacement, en quelque sorte le dérangement affectif et moral.

 

Tournées dans des paysages le plus souvent dénudés, ceux du désert du nord de l'Afrique ou de l’Italie du sud livrée à la guerre, les scènes sont d’un réalisme poignant et d’un grand romantisme, car rien n’arrive comme pourraient l’espérer les protagonistes, il y a en permanence une contradiction qui nous fait douter de ce qu’ils sont, quel rôle ils jouent, quelle espérance les guide ou les anime, d’où ils viennent, d’où ils sont. Il semble qu’aucune patrie n’est en mesure de les recevoir, seule Katharine parle de sa maison d’enfance en Angleterre qui ouvrait sur la mer. Mais tout cela est vague, ils semblent tous étrangers dans leur propre vie.

 

Enfin il y a l’histoire d’amour chaotique et tragique qui est celle de cette femme belle et âpre comme le désert et de cet homme Almasy, écrivain et cultivé, qui se cherche à travers elle et dont l’amour va le transformer en torche vive et  brûler son cœur et son corps à tout jamais. Ce film, c’est un "Roméo et Juliette" adulte, revisité et immergé dans une époque en pleine ébullition, en plein remise en cause de ses frontières, où l’ami devient l’ennemi involontaire, le déplacé, le soupçonné, l’incompris et où l’amour n’a plus le temps de s’épanouir que dans le désert de son propre coeur.

 

Film magnifique où les lumières tour à tour s’intensifient et se déclinent, "Le passant anglais" est un chef-d’œuvre réalisé avec une caméra ultra- sensible, une imagerie grandiose et une interprétation de tout premier ordre. Les acteurs se sont investis dans leurs rôles avec une tension qui ne se dément pas d’un bout à l’autre, donnant à cette histoire une dimension humaine bouleversante. On comprend les raisons qui lui a permis d’obtenir 9 Oscars dont celui du Meilleur film, de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Juliette Binoche, parfaite dans son personnage d’infirmière tendre et effacée qui tente de soigner ses propres blessures en soignant les autres, et aidera son malade à s’endormir enfin en paix avec lui-même. Quant à Ralph Fiennes, il est parfait dans celui difficile de cet homme carbonisé au réel et au figuré qui ne parvient pas à trouver sa place dans la société et dans le cœur de celle qu’il aime, tandis que Kristin Scott Thomas n’a jamais été plus belle que dans le personnage de Katharine, femme libre et intelligente qui essaie d’assumer ses propres contradictions.

 

Un film à voir et à revoir tant il est une vision troublante de nos propres contradictions et de nos propres brûlures intérieures.

 

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LE PATIENT ANGLAIS de ANTHONY MINGHELLA
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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