22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:47

le navire-est-voile-3 (Petit)                                                                                  

Bienvenue sur ce blog, où je propose à votre curiosité plusieurs rubriques, dont celles des CINEMAS FRANCAIS, AMERICAIN, EUROPEEN et ASIATIQUE.

 

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Vous trouverez également une rubrique dédiée aux   ACTEURS DU 7e ART  qui ont contribué, par leur talent, à confirmer le succès d'un film et à le rendre plus présent dans nos mémoires.

  

Une autre à mes BILANS CINEMATOGRAPHIQUES et aux articles panoramiques qui font état de l'impact d'un pays dans le monde du 7e Art.


  

Sans oublier celle des  REALISATEURS,  afin de vous entretenir de leur travail, de leur singularité, de leur apport au cinéma international et de leur rayonnement. 

 

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QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ? de PHILIPPE de CHAUVERON


LES CHOSES DE LA VIE de CLAUDE SAUTET  

 

APPRENTI GIGOLO de JOHN TURTURRO 

 

 


 

 

       Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

  

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J'espère que cette diversité vous plaira. Chacun peut ainsi se promener à sa guise, selon sa curiosité et ses goûts. Bonne visite ! Et faites-moi part de vos commentaires. Ils seront les bienvenus.

 

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 130-331 01 Catherine Deneuve-jeune- romyschneider rouge-clown-Giulietta Masina--strada-grand


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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:41

Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale, sont des parents plutôt "vieille France". Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit...Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois. Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

 

Sur ce canevas casse-gueule, Philippe de Chauveron qui, jusqu’alors, ne nous avait proposé que des comédies assez plates, nous offre un opus amusant, enlevé et fort bien ficelé qui n’est pas sans rappeler des films, qui furent en leur temps des succès, comme Rabbi Jacob ou La vérité si je mens. Alors, ne boudons pas notre plaisir lorsque se présente à nous un film savoureux, drôle sans jamais être vulgaire, et qui égratigne gentiment toutes les communautés sans jamais être méchant ou blessant. Ici on est dans le gag soft et la caricature plaisante où la xénophobie de chacun n’engage que lui-même sans porter offense à l’autre. Voilà qui nous réconcilie avec le multiracial et le multiculturel revisités de façon burlesque mais volontairement optimiste.

 

Il faut dire que chacun a l’élégance de ne pas se voiler la face et de balayer devant sa porte avant d’accuser quiconque et que les gendres font preuve d’un sens familial évident, acceptant même de passer un Noël chrétien chez les beaux-parents, ce que bien des gendres français oublient de faire. Mais ceux-là ont, à l’évidence,  assez de cœur pour comprendre que leurs beaux-parents ont quelques raisons d’être un peu déboussolés dans leur quotidien. Bien que catholiques  pratiquants, Claude et Marie Verneuil ont eux aussi des vertus de tolérance et l’amour du prochain n’est pas un vain mot selon eux, d’où le côté conciliateur et apaisant de ce film qui nous brosse un  tableau idéal du mélange des peuples, des religions, des coutumes et, ce, avec allégresse. On en aurait presque la larme à l’œil. Aussi faut-il le remercier de nous avoir concocté, à un moment où les tensions sont si grandes, une comédie qui réconcilie au lieu de diviser, qui amuse au lieu de choquer, qui apaise au lieu d’irriter. Un grand bravo pour ce tour de force sans prétention cinéphile peut-être, mais qui nous propose une dose d'euphorisant à moindre prix.

 

Je ne citerai pas chaque acteur car ils sont tous excellents, parfaitement crédibles et visiblement très bien dans leur peau. Christian Clavier en notable bon enfant, auprès d'une Chantal Lauby délicieuse de gentillesse, est simplement formidable, avec ce poids que les ans lui ont donné et qui lui va comme un gant dans ce rôle de père aux prises avec son époque et ses inévitables bouleversements.

 

A voir de toute urgence si le quotidien vous a mis l’humeur à l’envers.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ? de PHILIPPE de CHAUVERON
QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ? de PHILIPPE de CHAUVERON
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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 09:30

Pierre (Michel Piccoli), architecte d'une quarantaine d'années, est victime d'un accident de voiture. Éjecté de son véhicule et gisant dans une prairie à peine conscient, il revoit son passé et les deux femmes qui comptent dans sa vie, Catherine (Léa Massari) dont il est séparé et avec qui il a eu un fils et Hélène (Romy Schneider) avec qui sa relation amoureuse est à un tournant.

 

A partir de ce thème, inspiré d’un roman de Paul Guimard, Claude Sautet compose un drame sentimental de belle facture sur un scénario travaillé en collaboration avec Jean-Loup Dabadie , qui a écrit également les dialogues, et sur une musique d’un charme envoûtant que l’on doit à Philippe Sarde. L’ensemble est une réussite d’autant plus appréciable que le montage est un petit chef-d’œuvre d’habileté qui nous conte la vie de Pierre grâce à des flashs- back qui pointent ainsi les moments clés de son existence.

 

Séparé de sa femme, Pierre vit une passion avec la belle Hélène mais on ne tourne pas si facilement une page qui a compté beaucoup de moments heureux, on ne s’éloigne pas de son passé si aisément, si bien que Pierre est à un virage qu’il ne sait pas mieux amorcer que celui où il trouvera la mort sur une petite route départementale, par un jour de pluie, alors qu’il roule à trop vive allure…

 

Ce sont ces choses de la vie, faites de petits riens, de réunions de famille, de rencontres, de bavardages entre copains en buvant un café, ce sont ces visions fugitives d’un passé qui vient soudain percuter le présent et le colorer d’une subtile mélancolie que Sautet hisse à la façon d’un drame antique, d’une caméra sensible et nostalgique. Ce film est également une chronique des années 70, la fin des 30 Glorieuses où l’air semblait plus léger qu’aujourd’hui, où les femmes s’habillaient de couleurs vives, de robes structurées, se coiffaient de chignons bas sur la nuque, où la classe moyenne des cadres étaient plus à l’aise que de nos jours, où l’on fumait beaucoup et où l’insouciance se faisait la part belle aussi bien professionnellement que sentimentalement. On commençait à voir pointer les familles recomposées, les liaisons affichées, mais tout cela restait feutré par une évidente élégance du cœur.

 

Les choses de la vie, par sa composition remarquable, son casting, sa musique sera le premier succès de Claude Sautet et son entrée par la grande porte dans le monde des cinéphiles. Ce film recevra d’ailleurs le prix Louis Delluc 1970 et obtiendra un grand succès en salles. Il est vrai que les acteurs y sont pour quelque chose et que Sautet a su les choisir avec discernement. Michel Piccoli s’impose dès les premières scènes par sa présence, Lea Massari est magnifique et très classe dans le rôle de l’épouse qui ne se laisse nullement abattre par les événements et déchirera au bon moment une lettre compromettante, enfin Romy Schneider est sublime de charme, de tendresse, d’inquiétude, elle est la femme qui se tient en équilibre sur un fil entre espérance et désespoir, cet état qu’elle savait si bien traduire à l’écran avec son beau visage interrogateur. Oui, un film que l’on revoit avec émotion et qui distille une mélancolie poignante car la vie est ainsi faite de ces choses qui ,tour à tour, exaltent et fracassent.

 

 

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LES CHOSES DE LA VIE de CLAUDE SAUTET
LES CHOSES DE LA VIE de CLAUDE SAUTET
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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 10:33

        


Comme le disait Pascal, il n'y a qu'une chose qui intéresse l'homme, c'est l'homme. Tout ce qui entoure l'acteur doit être subordonné à ce but : mettre le public en contact avec un être humain.

                                              Jean Renoir   ( Ma vie et mes films )

 

A propos de Jean Renoir qu'il admirait, François Truffaut disait : Jean Renoir ne filme pas des situations mais des personnages. Effectivement, le cinéaste a toujours considéré le scénario comme quelque chose de relativement accessoire, un instrument parmi d'autres de la mise en scène. Pour lui, l'idéal eut été un film sans sujet, axé prioritairement sur l'acteur auquel il revient d'exprimer la vérité intérieure d'un personnage. C'est la raison pour laquelle il a utilisé fréquemment de longs plans filmés en continu, soit des plans-séquences, afin d'éviter d'avoir à couper une scène en une multitude de plans courts, ce qui aurait pour conséquence de troubler l'inspiration du comédien.
Ne filmant pas des idées- comme le disait encore Truffaut - mais des hommes et des femmes qui ont des idées, Renoir assigne au 7e Art un seul but, apparemment modeste, en réalité infiniment complexe et incertain : mettre le public en contact avec des individus que le dialogue, l'image, la situation, le décor, les éclairages contribuent à révéler.

 


La fonction que Renoir donne à la caméra et à l'art cinématographique est résumée de manière claire dans l'un de ses plus admirables chefs-d'oeuvre La règle du jeu ( 1939 ), où l'auteur devient entomologiste et réussit à constituer, à partir de ses divers personnages, un documentaire aussi fouillé qu'il le ferait dans la nature avec des animaux. Dans un film dramatique, avouait-il - l'acteur ne s'enfuit pas, mais c'est son naturel qui s'enfuit, et c'est pis. Ainsi Renoir sera-t-il toujours en quête de cet homme tout court, démuni, tour à tour ridicule, prétentieux, mégalomane, menteur, parfois criminel, mais si souvent émouvant dans sa recherche obstinée du bonheur. Et c'est cet homme-là, qu'à travers une filmographie exceptionnelle, il tente de saisir. A partir d'un jeu d'associations, d'idées libres, l'auteur donnera corps à un vieux projet, celui de mettre en scène une société riche et complexe et un ensemble de personnages dans un milieu extrêmement élégant et mondain. Le lieu qu'il choisit pour que les acteurs trouvent la vérité de leurs personnages sera la Sologne, région marécageuse entièrement dédiée à la chasse. N'ayant de compte à rendre à personne, puisqu'il vient de fonder sa propre société de production la NEF, Renoir a les mains libres et peut travailler à son rythme, en laissant mûrir ce qui est au départ une idée générale, abstraite et difficilement communicable. Peu à peu, il parviendra à atteindre une sorte d'idéal : un film sans sujet, basé sur les sensations du metteur en scène, traduites à l'usage du public par les acteurs. Bazin écrivait à propos de ce film d'un raffinement rarement égalé : que Renoir était parvenu à se passer totalement de structure dramatique et avait réalisé une oeuvre qui n'est qu'un entrelacs de rappels, d'allusions, de correspondances, un carrousel de thèmes où la réalité et l'idée morale se répondent sans défaillance de signification et de rythme, de tonalité et de mélodie ; mais cependant merveilleusement construite dont nulle image n'est inutile ni placée à contre temps. C'est une oeuvre qu'il faut revoir comme on ré-écoute une symphonie, comme on médite devant un tableau, car on en perçoit mieux chaque fois les harmonies intérieures.


Paulette Dubost et Nora Gregor.  

 

La situation de départ, basée sur une série d'imbroglios amoureux, peut apparaître comme vaudevillesque. Mais de ce point de vue, elle se distingue de la production française de l'époque parce que la trame est totalement problématique et qu'elle ne décrit que des personnages sympathiques et sincères, non misérables ou tarés, si bien que nous assistons à un vaudeville en quelque sorte inversé, à l'histoire la plus anti-dramatiques qui soit, où des gens sincères, honnêtes et généreux n'ont d'autre souci que de devenir encore plus sincères, honnêtes et généreux...Mais ils n'en dansent pas moins sur un volcan. Dans cette atmosphère de fin de règne pour ne pas dire de fin du monde, Renoir dresse le portrait extrêmement précis et détaillé de ces grands bourgeois d'avant-guerre, dé-synchronisés de leur époque, communauté isolée, coupée de tout, où la règle du jeu n'est fondée que sur une seule obligation qui ne souffre aucune dérogation : tenir son rang. Tout est donc permis à la seule condition que chacun puisse feindre de ne rien voir et de ne rien entendre et ne se livre que très discrètement à son petit jeu d'intrigues et de pouvoir.


Nora Gregor et Jean Renoir.


Leur drame réside dans le fait qu'ils se sont abandonnés, par confort ou paresse, à un courant irréversible qui ne cesse plus de les entraîner dans des marais, eaux stagnantes, eaux mourantes où ils s'enseveliront et disparaîtront corps et biens. Nous ne sommes- dit Renoir - que des jouets, des automates dans la main des dieux qui nous mystifient et que nous cherchons, en retour, à mystifier. La sincérité démontre qu'elle provoque parfois autant de catastrophes que le mensonge. Toute vérité est sans doute bonne à dire, mais encore faut-il qu'elle soit dite au bon moment. Pour vivre ensemble, nous supporter, nous sommes ainsi faits que nous avons besoin d'un ensemble de lois, de codes, de ce que le cinéaste appelle la règle du jeu. Cette règle nous assigne nécessairement des rôles et par là même des costumes que l'on se doit d'endosser. Lorsque l'habit est trop étroit ou trop lourd à porter, il en résulte toutes sortes d'ennuis, de complications, de malentendus, voire de catastrophes. Retrouver l'innocence perdue, vivre sans se travestir est un rêve romantique impossible à atteindre et c'est cette vision prophétique qui fait de La règle du jeu une tragédie sur les limites de toute liberté, de la mort une invitée au bal, du désespoir l'envers fatal des sentiments.

Et que se passe-t-il donc dans cette règle du jeu, sinon des chassés-croisés amoureux, celui de Christine et de Jurieu l'aviateur qui croient s'aimer ; celui de Geneviève et du marquis de la Chesnaye qui s'aperçoivent qu'ils ne s'aiment plus ? Par ailleurs, chez les domestiques, les intrigues vont également bon train entre Marceau le braconnier et Lisette mariée au garde-chasse Schumacher. Tout cela aboutira à des pugilats qui seront brusquement interrompus, lors d'une partie de chasse, par des coups de feu. A l'issue d'épisodes mouvementés et trompés par l'obscurité, les protagonistes finiront par tuer l'aviateur mais la règle du jeu, qui régissait ce petit clan, sera sauve et chacun, déçu et blessé, reprendra le cours habituel de sa vie.

Le film, mal reçu à sa sortie, provoquera un déchaînement de haine et une confusion indescriptible aussi bien dans les milieux populaires que bourgeois. Très affecté, Renoir tentera de sauver son film en supprimant de nombreuses scènes, si bien qu'aucune version intégrale ne subsistera après la guerre et qu'il faudra attendre les années cinquante pour reconstituer, à partir des négatifs, les copies que nous pouvons visionner aujourd'hui avec bonheur.

 

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Jean Renoir - portrait

 

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Roland Toutain et Nora Gregor.

 

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 10:18

On connait l’admiration de John Turturro pour Woody Allen, si bien que son désir de collaboration avec le célèbre et incontournable réalisateur américain  nous vaut aujourd’hui une comédie douce-amère qui n’a certes pas l’envergure des comédies du maître mais nous fait passer un agréable moment avec des actrices en grande forme et deux comédiens qui se donnent la réplique avec une complicité évidente.

 


Certes le résultat n’est pas un chef-d’œuvre, il y manque un rythme plus soutenu et surtout des dialogues plus percutants, mais l’ensemble reste plaisant à regarder, d’autant que les femmes sont belles à damner les saints et que les deux compères Allen et Turturro jouent sur le registre des moeurs avec une retenue pleine de délicatesse et de bonne humeur. Pas de scènes salées, mais une vision de la sexualité nimbée d’une touche de pudeur qui rend l’approche autrement plus fine que l’acte en lui-même ; pour un peu, on se croirait revenu aux années 60. Et pour le même prix, on nous offre une Sharon Stone plus sculpturale que jamais et une Sofia Vergara délivrée de tous tabous et suffisamment sexy pour rester dans les starting-blocks.

 

 

Cependant  la surprise de cette histoire où un libraire propose à son ami fleuriste, afin d’arrondir leurs fins de mois difficiles, d’offrir ses bons services d’amant occasionnel à des femmes friquées et esseulées, l’un devenant le mac de l’autre, est la prestation de Vanessa Paradis absolument délicieuse en veuve d’un rabbin ultra orthodoxe qui s’affranchit enfin de ses peurs et de ses inhibitions auprès de cet homme doté de chaleur humaine et de tact. Il est vrai que John Turturro n’a rien d’une bête de sexe et c’est l’intelligence du film de pianoter sur les touches de la tendresse plutôt que du vice et de ne voir en ces partenaires d’un jour ou d’un soir que les victimes de la solitude. Comédie de mœurs qui délivre un message certes simpliste sur le droit de chacun à goûter au plaisir, elle n’en n’égratigne pas moins la religion juive avec l’humour de bon augure dont a toujours usé Woody Allen. A ce seul détail, nous savons que son influence ne fut pas négligeable.

 

 

Dans son rôle de gigolo doux et rassurant, John Turturro est parfaitement crédible, tandis que Woody Allen en marlou sans scrupules et toujours prêt à délivrer la bonne parole est égal à lui-même et nous amuse sans en faire trop et en restant  le partenaire des enfants qui l’entoure, comme si cette paternité complaisante le lavait d’une partie de sa faute. Il y a toujours de sa part un clin d’œil qui allie les contraires de façon comique. Un film sans prétention, que l’on oubliera vite, mais qui, flirtant avec le vice n'en garde pas moins un peu de vertu

 

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APPRENTI GIGOLO de JOHN TURTURRO
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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 09:42

Un  photographe de guerre à la retraite, Jacques Kaminsky interprété par Johnny Hallyday  buriné à souhait, vient visiter avec sa dernière compagne un chalet alpin qu’il entend acheter pour fuir Paris et ses pompes et se retirer à l’écart du monde. La jeune femme ( Sandrine Bonnaire ), qui lui fait visiter les lieux, dégage un charme auquel cet amoureux des femmes ne résistera pas, si bien que nous le retrouvons, quelques mois plus tard, s’installant en sa compagnie dans ce lieu idyllique veillé par un aigle photogénique et un environnement exceptionnel de cimes enneigées. Bientôt le meilleur ami du photographe, un médecin campé par Eddy Mitchell, lui rend visite et voyant combien son ami souffre de ne pouvoir réunir ces quatre filles, nées chacune d’une mère différente et qu’il a coupablement négligées, imagine de leur faire croire que leur père est très malade, ce qui a pour conséquence immédiate de les faire arriver en catastrophe et de créer une suite d’imbroglios plutôt sympathiques. Malheureusement cette chronique familiale va brusquement virer au polar de façon alambiquée, ce qui enlève au film sa cohésion et surtout le prive de toute crédibilité.

 

Dommage qu’une fois encore Lelouch ait cédé à son travers de faire compliqué alors que la simplicité du début lui seyait autrement mieux et surtout conférait une unité à son film. Mais on ne guérit pas de ses travers. On sait qu’il y a toujours eu chez Lelouch, cet éternel gamin fou de caméra, un petit quelque chose d’amateurisme. Chez lui, les découpages ont trop souvent manqué de nerf et les scénarios de muscle, ce qui les fait partir en vrille comme nous le constatons avec Salaud, on t’aime.

 

Heureusement les images sont belles. Lelouch est un œil, pas toujours une tête, ce qui produit des longs métrages bancals comme ce dernier auquel peu de choses suffisait pour emporter l’adhésion. Reste un casting plaisant, un duo composé des deux ténors de la chanson populaire, le joli sourire de Sandrine Bonnaire, des paysages magnifiques et la dose habituelle, que n’oublie jamais Claude Lelouch, de romanesque composite, de rigolades entre copains, de belles échappées, de quelques larmoiements et d’une bordée de lieux communs, le tout servi sur un lit d’images superbes et de tendresse amusée. Toutefois, le cinéaste aurait été mieux inspiré s'il s'était contenté de nous livrer le bilan d’une vie, qui n’est autre que la sienne, teinté de nostalgie, de plaisirs hédonistes et d’inévitables regrets.

 

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SALAUD,ON T'AIME de CLAUDE LELOUCH
SALAUD,ON T'AIME de CLAUDE LELOUCH
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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 10:16

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Le 14e édition du Festival du film asiatique de Deauville, qui s'était tenue du 7 au 11 mars 2012, avait honoré cette année-là Kiyoshi Kurosawa, après Lee Chang-dong  en 2009, Mendoza en 2010 et Kim Jee-woon en 2011. Kiyoshi Kurosawa, né à Kobé en 1955, à ne pas confondre avec son homonyme Akira Kurosawa,fait partie de la nouvelle vague des cinéastes japonais découverts dans les années quatre-vingt-dix. Durant son enfance, il sera influencé par Godzilla et les films de Don Siegel, Sam Peckinpah, Richard Fleischer ou Robert Aldrich qu’il découvre avec son père. Au lycée, préférant sécher les cours, ce sera Fellini, Oshima et Godard. Inspiré par le style et les préoccupations d'Oshima, il tente de l'imiter dans son premier court-métrage et pose la question de l'affrontement entre professeurs et élèves. A la suite de l'accueil glacial qu'il reçoit de la part de ses proches, Kiyoshi Kurosawa part étudier la sociologie à l'université mais vite désintéressé de ces études, il se dirige  vers le cinéma en suivant les cours de Shiguehiko Hasumi qui ne font que confirmer ses pressentiments. Après une courte période à rédiger des critiques et à produire quelques films en super 8, il est assistant sur des films commerciaux puis se décide à devenir réalisateur.

 

Ses deux premiers films, Kandagawa Wars (1983) et The Excitement of the do-re-mi-fa girl (1985), sont des pinkyu-eiga (film érotique) godardiens et cinéphiles, des délires ludo-érotiques situés entre les expérimentations de Shuji Terayama et La chinoise. Sept ans plus tard, il réalise son premier film abouti The Guard From the Underground  (1992) inspiré du giallo de Bava et Argento. Suivra la série Suit Yourself Shoot Yourself  (1996) dont le dernier opus sera une variation pornographique du film Les proies (1971) de Siegel. En 1997, après The Revenge (entre série B et essai de distanciation),  il tourne Cure dont l’histoire de serial killer hypnotiseur lui ouvre les portes de l’Occident. Après Serpent's path et The Eyes of the Spider  (1998), sur le thème de la vengeance, il réalise Licence to Live (1998), son premier film hors genre. En 1999 suivent Vaine Illusion et l’étrange Charisma, entre conte philosophique et farce absurde. Puis, Séance (2000) et Kaïro (2001), des films de fantômes remarqués pour leur ambition théorique. Depuis Kurosawa s’est spécialisé dans ce genre avec des succès inégaux (Jelly Fish, Doppelganger, Loft ) qui ont fait baisser sa côte de popularité en Occident. Jusqu'à Tokyo Sonata (2009), très beau portrait de famille qui lui vaut le Prix spécial du jury à Cannes.

 

Le cinéma original et interrogatif de Kiyoshi Kurosawa est de proposer des méditations ouvertes, au sein desquelles chacun peut frayer le chemin de ses propres réflexions. Il s'agit avec Charisma, par exemple, d'une réflexion philosophique aux enjeux métaphysiques et politiques, qu'il appartient à chaque spectateur d'investir à son gré. Je me permettrai toutefois d'attirer l'attention sur une des approches possibles, qui font que l'arbre puis l'homme qui s'appellent "Charisma" dans le film incarnent les multiples formes de la tension entre l'exigence collective et la revendication individuelle. Si bien qu'au début du film, placé sous l'empire d'un autre genre cinématographique, le polar, est affichée une étrange revendication « Il faut rétablir les règles du monde ». La grande force de Charisma est de mettre en évidence de manière dramatique comment ces règles ont été trahies et comment l'homme, livrée à la solitude de sa conscience, ne trouve d'issue ni dans la nature, ni dans la société. Cette ambivalence féconde, qui met en cause tous les grands systèmes binaires, concerne en particulier son rapport aux autres, l'opposition culture/nature, au point que l'on parvient à douter du caractère  "naturel"  de la nature et que l'on se prend à se demander alors ce que peut ou doit  être une attitude civilisée et ce que l'homme est en mesure de faire en tant qu'individu. Cette destructuration va permettre de parvenir à un point incontournable où chaque personnage finit par expliquer, et sans doute par croire, que tous les autres sont fous et que l'être n'est pas davantage capable de sauver la nature que la nature ne l'est de le sauver et de se sauver elle-même. Ce qui a pour conséquence de placer le spectateur dans une posture d'incertitude qui a quelque chose d'inconfortable, mais aussi de stimulant. Cette ambivalence, cette réversibilité de la référence raisonnable est une aubaine pour un cinéaste moderne, qui travaille sur la mise en question de la logique dramatique et sur ce que peut signifier "le destin". Un tel univers permet de rendre imprévisible le plan suivant, de rendre - de manière parfois effrayante et presque toujours onirique et incroyablement brutale et cruelle - le comportement de chacun des protagonistes. C'est une formidable liberté bien qu'elle soit dangereuse, comme toute vraie liberté. Il faut donc un grand artiste pour en user afin que son œuvre ne devienne pas illisible ou incohérente.  Par ailleurs, il y a dans ce film un mystère que Kiyoshi Kurosawa  travaille avec des moyens visuels simples et parfois obscurs aux non initiés. Il n'est pas facile de se frayer un chemin dans ce narratif où, à tout moment, intervient une solution contradictoire. Mais la tentative est intéressante et le film a le mérite d'introduire le questionnement à défaut de proposer des solutions.

 

Ainsi la peur, l'angoisse sont-elles les caractéristiques de l'oeuvre de Kiyoshi Kurosawa. Il ne craint nullement d'aborder des sujets effrayants, des tueurs en série, des hommes dotés de pouvoirs hypnotiques, d'employés atteints de parasites inguérissables qui les transforment en zombies, de kidnappeurs ou d'adolescents enclins au suicide ; oui, les cas les pires animent ses divers films avec un âpre réalisme. C'est en quelque sorte la puissance du négatif, le spectre d'une contamination inexorable qui frappe aussi bien l'homme, condamné à détruire son proche, que la nature produisant ses propres poisons pour mieux s'annihiler elle-même. Visiblement hanté par la bombe d'Hiroshima, le cinéaste considère le Japon comme un monde désertifié, frappé à tout jamais par les traumatismes de son Histoire. Si bien que dans la solitude urbaine, aussi bien que dans l'ennui rural, en l'absence de toute transcendance, la silhouette humaine se voit condamnée à devenir spectre, fantôme, ombre et, ayant perdu jusqu'à sa propre trace, à s'effacer progressivement. En définitive, un cinéma du doute et de la désespérance, une forme de perte d'humanité qui hante le monde moderne.

Avec son avant-dernier film en deux volets Shokuzai, présenté en 2013 et en avant-première à Deauville, le réalisateur nous proposait un monde tout aussi éprouvant mais avec une approche plus classique, très élégante même, un raffinement tout en demi-teinte et fardé d'une subtile poésie et d'une vraie finesse psychologique à défaut d'une réelle espérance. Le dernier d'entre eux, Réal, en avant-première à Deauville pour le 16e Festival du film asiatique 2014, a été projeté en présence du metteur en scène et ne déroge nullement à ses thèmes non-conformistes et à son souci des explorations hors des sentiers battus. Cette fois, Kurosawa nous entraîne dans l'inconscient d'une jeune femme, victime d'un coma prolongé, mais nous déroute aussitôt sur une autre voie qui nous interpelle différemment : en définitive du couple d'amoureux lequel est la victime de l'autre et qui se méprend le plus sur la réalité de leur existence conjugale ? Ainsi, comme à son habitude, le réalisateur japonais prend-t-il un chemin de traverse pour susciter notre surprise et notre interrogation à travers les volutes et méandres de l'esprit, où le réel et l'irréel, le vrai et le supposé se confondent, nous conviant à une aventure métaphysique et onirique surprenante et d'une indéniable efficacité.

 

Pour prendre connaissance du dernier film du réalisateur, cliquer sur son  titre :

 

SHOKUZAI ( PENITENCE ) de KIYOSHI KUROSAWA

 

REAL

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 

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images-copie-3.jpg  penance japan 2012 -40633

 

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 11:24

Atsumi ( Haruka Ayase ) est une jeune et jolie dessinatrice de mangas. Mais, depuis un an, elle est dans le coma après avoir tenté de se suicider. Pour trouver une explication à son geste, son petit ami, Koichi ( Takeru Sato ), rejoint un programme censé lui permettre de pénétrer dans l'inconscient de la jeune femme. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Kurosawa nous invite à un curieux voyage dans le temps et l’inconscient qui, mieux que le conscient, enregistre non le réel supposé mais l'illusoire, l'inexistant, le virtuel, soit notre propre re-création ou, plus précisément, notre propre transposition du monde et de la vie. L’eau omniprésente nous rappelle la profonde réflexion du philosophe Gaston Bachelard dans « L’eau et les rêves » : L’être voué à l’eau est un être en vertige, il meurt à chaque minute.

Oui, l’eau fait tour à tour mourir et renaître et c’est ce qui arrive à Koichi, victime de sa mémoire mais aussi de ses rêves, au point qu’il touche tour à tour au fini et à l’infini, à la mort et à la résurrection. C’est au pays d’enfance que le couple se retrouve en pensée, sur une île aujourd’hui déserte, autrefois paradisiaque, que la réalité brutale des hommes a transformée en un enfer surréaliste.

Film de science-fiction mais d’une science-fiction intime et interrogative sur nos propres dérives mémorielles qui n’est pas sans rappeler L’aventure de Mme Muir de Joseph Mankiewisz, davantage que Inception de Christopher Nolan dont le discours onirique restait en surface, Kurosawa ouvre des pistes en faisant dialoguer le visible et l’invisible, le réel et le fantasmé avec une rigueur d’une rare intelligence.

Familier de l’étrange et du surgissement inquiétant de l’inconnu, Real nous immerge au cœur de cette hantise à travers le dialogue d’un jeune couple dont l’un des deux est dans un coma profond, mais lequel plus que l’autre ? Car le coma semble ici être un refuge, peut-être davantage une voie pour déchiffrer l’incompréhensible, le subjectif, la face cachée des choses et un lieu prédestiné où l’être prend sa vraie mesure et où l’existence se déploie dans sa véritable dimension. Enfin, la faute originelle et la quête du rachat prennent une importance obsédante. C’était déjà le cas avec Shokuzai, ce l’est avec Real qui nous déconnecte du réel pour nous entrainer dans les méandres surprenants, fascinants du cerveau et de ses incroyables fantasmagories.

Voilà une œuvre marquante qui sait émouvoir et questionner sur la part chimériqu de chaque vie. C’est par ailleurs l’œuvre d’un visionnaire qui met en perspective la responsabilité des hommes en proie à une angoissante manipulation de la matière et des forces nucléaires représentées par un monstre préhistorique surgissant de l’eau, miroir du temps, comme si le présent mordait la queue du passé, incarnation de notre évidente culpabilité. Oui, un grand film. Décidément l’audace et la nouveauté nous viennent de l’Est.

 

LISTE DES FILMS DE LA RUBRIQUE CINEMA ASIATIQUE

 

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REAL de KIYOSHI KUROSAWA
REAL de KIYOSHI KUROSAWA
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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 11:29

En famille, il arrive que l’on se soutienne, il arrive aussi que l’on se déchire à belles dents et avec une voracité d’où le cynisme n’est pas exclu. Suite à la disparition de leur père, un professeur, poète à ses heures, qui a choisi de se suicider à bord d’une barque au milieu d’un lac, les trois filles Weston se retrouvent, après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. C’est là qu’elles sont à nouveau réunies avec la mère paranoïaque et lunatique qui les a élevées. A cette occasion, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface…et avec quelle violence !

 

Ce huis-clos tragique et loufoque inspiré de la pièce de Tracy Letts n’est pas sans nous évoquer des œuvres comme Cris et chuchotements ou Sonate d’automne du cinéaste Ingmar Bergman et, plus récemment,  Carnage de Roman Polanski où les affrontements donnaient lieu à des scènes quasi tragiques. Chacun des personnages s’avançait cuirassé de haines et de faiblesses et se livrait à des dialogues d’une rare virulence et à des scènes de détresse, dès lors que le dévoilement mettait chacun d’eux en danger.

 

Ici, il s’agit principalement d’une mère et de ses trois filles confrontées en même temps à leur passé et à leur présent dans une ambiance de deuil qui exaspère les sentiments, ce, sur fond de frictions générationnelles. Car les parents ont eu un départ difficile, ont  obtenu ce qu’ils possèdent à la force du poignet, tandis que leurs filles, élevées dans la facilité, ont reçu nécessaire et superflu sans avoir à combattre. D’où les rancoeurs accumulées chez la mère et l’inconscience et la débonnaire insouciance des filles dont les seuls soucis sont ceux qu’elles se créent elles-mêmes. Cette comédie dramatique, fort bien orchestrée par John Wells, est un véritable règlement de compte accentué par l’amertume d’une mère droguée, en proie à un cancer de la langue, ce qui est un clin d’œil à ce que la langue peut avoir de pervers et de redoutable. Cette femme aigrie en veut également à une société qui s’autodétruit, à un monde où les adultes n’ont plus aucune conscience morale, où les enfants sont trop livrés à eux-mêmes et où chacun, ne pensant qu’à soi, s’isole dans son égocentrisme. A travers cette famille, c’est l’Amérique qui nous livre ses tourments, une société déstructurée qui se flagelle avec une sorte de complaisance paranoïaque et une efficacité redoutable, faisant de nous des témoins consentants, car les problèmes de l’Amérique ne sont-ils pas les nôtres ?

 

Ce lavage de linge sale est également un grand moment de théâtre, plus encore que de cinéma – c’est décidément à la mode que le théâtre s’invite à l’écran – mettant en scène un quatuor d’actrices magnifiques  avec en tête Meryl Streep, admirable dans un rôle où elle ose tout, face à une Julie Roberts étonnante, loin des comédies sentimentales qui ont fait sa réputation, sans oublier Juliette Lewis en jeune femme évaporée et Julianne Nicholson en femme sans caractère, fragile et désarmée. Ces actrices portent l’opus avec panache et leurs rivalités, l’ordonnance ou la dés-ordonnance de leurs natures font tout l’intérêt de ces duels successifs où personne ne finit par l’emporter, sinon la désillusion et le cynisme. Famille, je vous hais est sous-jacent tout au long de la projection, d’autant que le secours ne viendra que du dehors, la beauté silencieuse de la nature pour  Alexandra, l’aînée des filles, et les bras secourables de l’employée de maison indienne, soit l’étrangère, pour Violet, la mère. Pour les autres ce sera la fuite et sans doute l’oubli. Un film grinçant où tout s’oppose, même l’amour. Mais il y a les oiseaux en escadrilleau loin et la lumière qui filtre à travers les rideaux. Il arrive que l'on fasse sa vie avec ce qui vous manque.

 

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UN ETE A OSAGE COUNTY de JOHN WELLS
UN ETE A OSAGE COUNTY de JOHN WELLS
UN ETE A OSAGE COUNTY de JOHN WELLS
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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 11:49

 

Un père Hsiao-kang et ses deux enfants vivent en marge de Taipei, entre les bois et les rivières de la banlieue et les rues pluvieuses de la capitale. Le jour, le père gagne chichement sa vie en faisant l’homme sandwich pour des appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les centres commerciaux à la recherche d’échantillons gratuits de nourriture. Tous trois, depuis la disparition de la mère, connaissent la plus grande précarité, couchant dans un immeuble abandonné, sur des matelas posés à même le sol et obligés d’aller se laver dans les toilettes publiques. Une femme, vendeuse dans une grande surface, qui donne à manger aux chiens errants du quartier, va apporter un peu de tendresse maternelle et de nourriture aux enfants et adoucir leur errance morale et physique dans ce milieu urbain où le rythme de vie est devenu infernal et où l’existence quotidienne ne cesse pas de se déshumaniser.

 

Sur ce scénario ramassé, le cinéaste taïwanais Tsai Ming-liang a composé une sorte de sublime et déchirant oratorio de la misère et de la solitude, une symphonie poignante de pluie et de larmes qui vous bouleverse et vous hante des heures durant. Il parvient, malgré cette désespérance cousue à petits points et à larges plans, à produire un film d’une beauté tragique, quasi apocalyptique, qui m’est apparu comme une œuvre testament, peu bavarde, un résumé superbe de l’imagerie cinématographique lorsqu’elle atteint ce degré de sensibilité et d’émotion. Lors des dernières séquences, l’art du cinéaste se résume en quelque sorte, mêlant peinture, musique, détresse humaine et interrogation dernière sur le sens de la vie, sur la tragédie perpétuelle qu’elle inspire, sur les regards qui se croisent et se séparent, sur la douleur infinie, sur la cacophonie d’un monde devenu sourd comme si nous apparaissaient soudain juste au moment de disparaître le premier Adam et la première Eve au cœur d’un désert minéral et en face d’une fresque qui exprime l’ultime image fantasmée de l’art et des hommes.

 

Difficile de parler des acteurs tellement le film les a pris sur le vif, tant les personnages semblent saisis à leur insu dans leur quotidien, tant ils sont naturels et vrais. Bien entendu, on ne peut oublier de mentionner la prestation de l’acteur fétiche du réalisateur Lee Kang-sheng que les spectateurs ont vu grandir et vieillir avec lui, son alter ego comme le fut Antoine Doisnel pour Truffaut, plus émouvant que jamais dans ce rôle où il perd peu à peu son humanité, s’abime dans la solitude et le désarroi. Son regard ne risque pas de s’effacer de nos mémoires car il exprime la grande peine des êtres en marge d’un univers urbanisé à l’extrême, au point que la campagne n’est plus qu’un désolant bourbier, un jardin d'Eden déserté à tout jamais sous des pluies torrentielles. FOUDROYANT

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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LES CHIENS ERRANTS de TSAI MING-LIANG
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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