Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 10:07
NIELS ARESTRUP, UN LOUP SOLITAIRE

 

Il ressemble à Beethoven dont il a le faciès rude, taillé à la serpe, et à personne d'autre dans le monde du spectacle qu’il habite depuis quelques années avec une incontestable présence. On ne peut oublier le visage aride de cet homme qui semble fait pour la tragédie et la violence, les rôles ambigus et les destins voués au drame. Il n’y a pas si longtemps qu’il a pris place parmi les grands acteurs du 7e Art, car sa carrière a mis du temps à démarrer et, dans un premier temps qui s’est révélé long, l’acteur s’est surtout passionné pour le théâtre, plus à l’aise sans doute sur les planches que derrière une caméra avec son physique de bûcheron peu fait pour les rôles de jeune premier. C’est grâce à Jacques Audiard qu’il s’impose définitivement dans le film « De battre mon cœur s’est arrêté » où il crevait l’écran comme il le fera, davantage encore, dans "Un prophète" du même Audiard qui lui méritera un second César et l’imposera définitivement comme un comédien incontournable. Dans "Quai d’Orsay" de Bertrand Tavernier, il obtient un troisième César et surprend et subjugue dans le rôle d’un ambassadeur à la voix de velours qui a tout vu et tout su.

 

Si on interroge l’acteur sur le secret de cette réussite tardive, il vous répondra qu’il n’a jamais couru après les honneurs, que le théâtre est sa maison-mère et qu’il enrichit ses personnages fictifs grâce à ses blessures personnelles. S’il veut apporter quelque chose au public, il faut que ce soit quelque chose avec laquelle il est lui-même en cohérence, avoue-t-il. Il reconnait qu’il est volontiers un iceberg car son existence lui appartient, voilà pourquoi il n’aime pas parler de lui. C’est un territoire que j’essaie de préserver parce que je suis timide, introverti. Je n’ai pas envie de parler de mon monde intérieur fait de fébrilité. Je pense que nous sommes tous à la fois des barbares et des êtres intelligents. Comme tout le monde, j’essaie quotidiennement de maîtriser le barbare qui est en moi pour laisser place à l’intelligence. J’y arrive plus ou moins. Mais la particularité de l’acteur est de laisser parler le barbare en l’incarnant. Par exemple, je ne pourrais pas mimer une envie de tuer, ce serait ridicule. Alors je fais appel à des choses sombres qui rôdent en moi et qui s’en approchent. Je fais appel à mon cerveau reptilien, à cette pulsion de vouloir détruire l’autre. Je ne peux jouer qu’en m’oubliant moi-même ; il n’y a pas de plus grand bonheur pour un acteur que d’être l’autre.

 

Dans « 96 Heures » de Frédéric Schoendoerffer, l'un de ses derniers films où il joue un truand qui kidnappe un flic, Niels en impose par son jeu complexe. Il fait passer en virtuose son personnage d’une relative courtoisie à une brutalité exacerbée face à un Gérard Lanvin qui excelle lui aussi dans son rôle de commissaire malmené. Ce truand, nous dit Niels, est un type dangereux, un malade rongé par une obsession : savoir qui l’a donné. Il a besoin de cette information pour pouvoir continuer à vivre. Et il est prêt à tout, même à kidnapper un commissaire. Je suis parti de ça pour construire le personnage, même si je ne sais toujours pas s’il agit par honneur ou par bêtise. Face à moi, j’ai découvert en Gérard Lanvin un acteur d’une grande justesse, extrêmement doué et très honnête sur sa ligne de jeu. Pour moi, cette rencontre aura été enrichissante sur le plan humain. Gérard n’est peut-être pas quelqu’un qui est toujours dans le bonheur, mais moi non plus. Alors ? Une fois encore, je vais vous dire, pour jouer, on doit planter des trucs dans la peau du personnage qui appartient à notre propre territoire. Un territoire qui, dans ce métier, est souvent fait d’amertume, de frustration, de dégoût… Heureusement, il y a aussi des choses enthousiasmantes.

 

Chaque acteur est placé dans un couloir – poursuit Niels Arestrup, fils d’un danois et d’une bretonne. J’ai hérité de celui du mauvais, du méchant, du complexe. Pourtant, j’adorerais jouer un truc sentimental, mais l’âge joue et j’ai 65 ans. Au théâtre, ça me plairait d’être dans une comédie. Et au cinéma, je me verrais bien dans l’univers de Dupontel. Je serais très heureux dans cette folie-là. Je ne le connais pas du tout mais pourquoi pas ! Je suis seul. Mes rencontres n’ont jamais débouché sur de vraies amitiés. Je ne sors pas, je ne vais pas aux premières ni dans les restos où il faut aller ; j’aime rester chez moi, en famille. Côtoyer mes contemporains ne me manque pas, je préfère me concentrer sur ma femme et mes enfants.. Oui, j’ai deux bébés, des vrais faux jumeaux. C’est une aventure de vie. Pour envisager d’avoir des enfants, il a fallu que je sois très amoureux, que j’arrive à un moment de mon existence où je suis enfin stabilisé. Avoir un petit garçon et une petite fille à mon âge, c’est bouleversant. Pas un rôle, non. C’est la vie, la vraie. Le bonheur, quoi. Quant à Albert Dupontel, il a du entendre cette déclaration d'amitié car Niels en impose une fois encore dans le remarquable "Au revoir là-haut".

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES ARTICLES ACTEURS DU 7e ART

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

NIELS ARESTRUP, UN LOUP SOLITAIRE

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans ACTEURS DU 7e ART
commenter cet article

commentaires

Edmée De Xhavée 03/11/2017 13:11

Je lis le commentaire de Sandrine, voici donc le masque de violence qu'il a... C'est vrai que lorsque je "sais" une chose de ce genre, j'ai du mal à la mettre de côté. C'est un grand acteur, sans doute que le rôle des vraies relations est trop long à porter pour lui, et que donc il est nettement moins maître de lui là...

armelle 03/11/2017 17:55

Cet homme dégage une grande violence et je n'aimerais pas jouer à ses côtés. De nombreuses comédiennes se sont plaintes d'ailleurs. Il doit être exigeant et brutal mais quelle présence !

niki 31/05/2015 11:42

je l'apprécie dans les rôles où je le vois, mais je le trouve effectivement assez glacial - il m'avais déjà fait cet effet dans "miss o'gynie et les hommes fleurs"

armelle 31/05/2015 10:19

Peut-être, en effet,Sandrine, il avait d'ailleurs eu des problèmes avec Isabelle Adjani. Ce n'est visiblement pas un tendre.

Sandrine L. 31/05/2015 10:11

Une gueule glacée et hypnotique. Un personnage sombre et inquiétant.
J'ai connu il y a longtemps, à Paris, une fille du cours Florent qui sortait avec lui. Il la brutalisait, la battait même mais elle considérait que c'était un honneur. Elle était complètement fascinée par cet homme et aimait être, en toute conscience, sous son emprise. C'était assez malsain, je dois dire.
Depuis, à chaque fois que je le vois dans un film, je pense aux raclées que cette fille a reçues de cet immense acteur. Je reconnais volontiers son talent, sa puissance de jeu, sa présence, mais je ne peux m'empêcher d'y voir avant tout son côté "reptilien". ;-)

Edmée De Xhavée 30/05/2015 11:30

Je l'ai vu, il ya longtemps - bien bien longtemps! - dans il me semble un feuilleton télévisé que je regardais avec ma mère. Peut-être "Les dames de la Côte"? Ou "Les gens de Mogador"... Je l'ai peu revu parce que justement, il a "déménagé au théâtre"... Mais quel acteur excellent, c'est vrai!

dasola 05/05/2014 00:28

Bonsoir Armelle, j'ai eu la chance de voir Arestrup sur scène: Mademoiselle Julie avec Fanny Ardant, La Cerisaie mis en scène par Peter Brook, Lettres d'un jeune poète d'après Rainer Maria Rilke (chaque fois un grand moment). Merci d'avoir rendu hommage à cet acteur.

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche