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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 09:31
TIMBUKTU d' ABDERRAHMANE SISSAKO

 

 

Comment est-il possible que le dernier jury du festival de Cannes ait pu laisser passer ce film sans le couvrir de lauriers à une époque où les grands films se font rares. Et celui-ci en est un à plus d’un titre. D’autant que c’était l’occasion de faire entrer dans la cour des grands un réalisateur africain visiblement inspiré… Timbuktu est en effet un film exceptionnel digne de faire figurer Abderrahmane Sissako dans la longue liste qui réunit les Scorcese, Kusturica, Altman,Coppola, Polanski, Haneke et quelques autres, parmi ceux qui ont marqué à tout jamais le 7e Art de leur style et de leur influence. Timbuktu est un film du genre à vous hanter pendant des jours, à revenir en boucle dans votre esprit. Mille images de cette tragédie, filmée avec une poésie incomparable comme un long poème de larmes et de sang, ne cessent plus d’affluer une fois que nous sommes revenus à nos habituelles occupations d’Occidentaux, encore éloignés, mais pour combien de temps,  du pavillon noir des djihadistes.

 

Résumer Tmbuktu est inutile. Il s’agit de ces milices armées et d’une cruauté redoutable qui patrouillent dans un village malien, kalachnikov dans une main, mégaphone dans l’autre, pour rappeler que tout est interdit aux habitants désormais : jouer au foot, écouter de la musique, chanter, sortir tête et mains nues pour les femmes, pantalon non retroussé pour les hommes s’ils ne veulent pas risquer de perdre la vie. Ce barbichu enturbanné mitraillant sauvagement une touffe d’herbe qui a osé pousser sans autorisation sur une dune de sable montre la psychose dans laquelle ont sombré ces fanatiques… On assiste également au procès expéditif qui condamne à 40 coups de fouet une femme qui partageait la même pièce qu’un homme qui n’était pas son époux, à des tentatives de mariage forcé et à une courte scène de lapidation ; vie infligée par des barbares à un peuple aux mille couleurs qui tente vainement et avec bravoure de tenir tête à leurs bourreaux, venus de partout et de nulle part.

 

La beauté sublime des images, la poésie qui baigne de nombreuses scènes, la lumière extraordinaire, blonde et dorée saisie par la caméra de Sofian El Fani, la sobriété des dialogues toujours justes, l’expressionnisme des comédiens dont les visages sont plus éloquents que les mots, le lyrisme de la mise en scène, la musique envoûtante, rien n’a été oublié de l’art cinématographique quand il est porté à ce degré et qu’il nous bouleverse. Voilà une forme de résistance qui touche au cœur et à l’esprit : celle de l’art quand il se met au service d’une tragédie humaine.

 

Heureusement les Césars sont venus compenser le manque de discernement des jurés de Cannes, en attribuant 7 Césars à ce film magnifique dont celui du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, de la meilleure bande sonore, de la meilleure photo et du meilleur son. Bravo à ces jurés qui ont réparé ains un coupable aveuglement.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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TIMBUKTU d' ABDERRAHMANE SISSAKO
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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commentaires

Alain 23/02/2016 17:48

Dans votre commentaire laissé sur mon blog vous avez raison de souligner la chance que j'ai de pouvoir découvrir des films rares et magnifiques.Plusieurs salles labellisées "art et essai" sont en nombre. À Pau (Le Mélies), Bayonne (L'Atalante et l'Autre cinéma), Biarritz (avec le Royal), ou encore Le Parvis, (Scène nationale Midi-Pyrénées). Mais aussi cet incroyable Régent à Saint-Gaudens. Et bien entendu Toulouse avec l'Utopia et l'ABC. Mais que de kilomètres et à quel prix ! Tant que je peux, j'en profite, tout en étant obligé de faire de courts séjours par rapport à ma situation familiale. Comparé à Paris et la carte UGC, je n'ose pas comparer le coût final, tout en voyant, beaucoup moins de films et de spectacles en général. Mais je ne me plains pas. La région bénéficie d'une situation géographique assez exceptionnelle avec l'Espagne à moins d'une heure. Un peu plus pour Bilbao ou San Sebastian. Le climat est d'une grande clémence et la nature généreuse. En un mot la vie est belle. Belle soirée à vous tous Armelle. À bientôt.

armelle 24/04/2015 09:32

Oui, Alain, ce film a mis du temps à s'imposer comme beaucoup de chefs-d'oeuvre à leur début. "Entre amis" ne me tente pas du tout. J'attends d'aller voir " Une jolie fin". Votre critique est bonne, j'en ai lu d'autres très mauvaises, alors je verrai bien mais je crois que nous avons, sur de nombreux points, les mêmes goûts.

Alain 23/04/2015 15:03

Si vous saviez à quel point je suis en parfait accord avec votre critique. Oublié à Cannes, aux Oscars aussi. JE TROUVE CA SCANDALEUX ! Je viens de voir une "daube" que je vous déconseille malgré votre passion pour la voile. Entre amis ... Nul. Bonne journée Armelle.

Coaching à marrakech 19/03/2015 16:04

Magnifique partage! Merci

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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