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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 09:23
UNE BELLE FIN DE UBERTO PASOLINI

John May est un homme solitaire, un brin maniaque, qui accomplit son travail consciencieusement. Trop d'ailleurs, d'après son patron qui le juge lent. Licencié pour raison économique, John May doit néanmoins remplir sa dernière mission : trouver des personnes qui assisteront à l'enterrement d'un certain William Stoke. En regardant dans ses affaires, John May a découvert un album de photos qui laisse supposer qu’il aurait eu une famille et une enfant. Car c'est cela son travail, et en quelque sorte sa vocation, faire en sorte que le défunt ne parte pas seul, qu’il ait auprès de lui, à ses obsèques, un parent, un ami, un voisin. Au cours de son enquête, il croise la douce Mary, la fille de William Stoke ( charmante Joanne Froggatt ) qu’il a, après bien des fausses pistes, fini par retrouver. Alors se pose à lui l’ultime question : quelle est la place qu’il occupe sur cette terre...

 

 

Avec son pull gris, sa cravate impeccablement nouée, son costume triste, John May a tout du rond-de-cuir, version britannique, effacé et méticuleux. Un employé entièrement dévoué à sa mission : accompagner les défunts sans famille connue jusqu'à leur dernière demeure — quitte à écrire lui-même l'éloge funèbre — et tenter de retrouver leurs proches. Sa vie bascule quand il apprend que son poste est supprimé après vingt-deux ans de bons et loyaux services. Il lui reste une dernière tâche : se mettre en quête des descendants de Billy Stoke, un ancien soldat de la guerre des Malouines, mort dans la solitude juste en face de chez lui, alcoolique et violent de surcroît.

 

 

Sur ce mince scénario d’une indéniable originalité et d’une tendre humanité, Uberto Pasolini a composé un film linéaire sans surprise mais non sans émotion, une sorte de cantate modeste et attachante sur ces hommes et femmes qui disparaissent dans la solitude, que personne n’accompagnera à leur dernière demeure, ces oubliés  de la société dont on ne gardera pas même le souvenir. Belle idée que celle de cet oratorio à leur mémoire, et combien touchant le dévouement de l’employé, tout aussi seul qu’eux, qui s’acquitte de sa tâche avec une consciente délicate et une méticulosité de collectionneur. Ne va-t-il pas jusqu’à  conserver la photo de chacun d’eux afin de composer un album à leur mémoire ?   

 

 

Ce film, qui laisse une empreinte indéniable longtemps après sa projection tant le sujet est touchant, aurait gagné à être servi par une imagerie moins plate et un scénario plus romancé, donnant quelques détails sur ces vies disparues. Là, nous sommes dans une économie de moyens telle, qu’elle rend le narratif longuet et monotone et cela est très dommage car l’idée était excellente et émouvante : le souci d’un homme à accompagner ses frères humains oubliés de tous.

 

 

Dans le rôle de John May, Eddie Marsan se révèle un grand acteur et, ce, d’autant plus qu’il joue là dans un registre totalement différent de ses précédentes prestations, un contre-emploi comparé aux personnages qu’il interprétait dans "Gangs« of New-York » de Scorsese ou dans « La disparition d’Alice Creed » de J. Blakeson. Il donne à ce petit employé sans éclat, sans position sociale, humble et résigné, une très touchante profondeur affective, le relief en creux que l’on aperçoit dans la statuaire de nos cathédrales, le pauvre biblique qui n’attend rien, ne demande rien, s’efface dans le silence et l’amour discret. Servi par une imagerie plus expressive, ce film aurait été un chef-d’œuvre.

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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commentaires

Alain 28/05/2015 22:19

Chère Armelle sans votre billet je n'aurais sûrement pas vu ce film. Je suis, plusieurs heures après la séance, encore bouleversé par cette histoire d'une grande simplicité mais qui touche au plus profond. Je vous dois un beau moment de cinéma. (Quelques kilomètres aussi). Mais après tout la récompense est là et reste primordiale.

armelle 22/05/2015 17:43

Tout à fait d'accord, Dasola. Un film surprenant qui est fait avec presque rien, que des sentiments très touchants et une superbe interprétation.

armelle 29/05/2015 09:29

Je ne suis pas surprise que ce film vous ait touché, Alain. Je sais combien vous êtes un homme sensible à tous les drames et souffrances humaines. La fin est vraiment émouvante et cet acteur est formidable. Dasola partage notre sentiment.

dasola 22/05/2015 17:05

Rebonjour Armelle, voici un film que je reverrai avec grand plaisir. L'histoire m'a touchée et la fin onirique est assez inoubliable. Bonne fin d'après-midi.

Alain 10/05/2015 13:52

À lire votre critique je regrette de ne pas m'être laissé tenter. Pour l'heure la météo est trop belle pour rester enfermé. Départ demain matin pour la côte basque et ce grand large dont j'ai besoin. Il sera toujours temps de le voir plus tard. Très bon Dimanche à vous tous. À bientôt.

voyance gratuite par email 08/05/2015 15:49

Vraiment agréable ce site et en plus il est complet et simple en recherche. Je t’en remercie beaucoup pour ces moments de détente.

Sandrine L. 06/05/2015 17:24

Uberto Pasolini (qui, comme son nom ne l'indique pas) est le neveu de Visconti. Il a démarré de zéro le métier de réalisateur après une carrière dans la finance. De zéro, c'est-àdire de saute-ruisseau et de serveur de cafés sur les plateaux. Il n'a jamais joué de sa parenté pour gravir des échelons artificiels mais a tout appris sur le tas et le tard, anonyme.
Je dois dire que j'ai plutôt aimé "l'imagerie plate" et le scénario linéaire; j'ai trouvé que cela servait de façon appropriée et juste la vie d'apparence terne et linéaire de John, et surtout cette banlieue particulière de Londres - plate, terne, grisâtre.
En revanche, totalement d'accord avec vous sur l'interprétation remarquable d'Eddy Marsan.

armelle 07/05/2015 09:31

Nous sommes néanmoins d'accord sur le fond, cette très belle idée de nous présenter un homme d'accompagnement, accompagnement des oubliés à leur dernière demeure. Les dernières images sont particulièrement émouvantes.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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