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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 12:34

   Corbis Sygma     Mars Distribution     Les Films du Losange

 

 

Après les actrices italiennes, il était normal de consacrer un article aux acteurs italiens qui, eux aussi, ont grandement contribué au rayonnement du cinéma de leur pays et dont certains ne se contentèrent pas d'être des interprètes mais s'aventurèrent, avec succès, derrière la caméra, en devenant réalisateurs et metteurs en scène. J'ai choisi six acteurs, parmi les plus représentatifs, les voici :

 

Fils de magistrats, napolitain d'origine, Vittorio De Sica, né en 1902, ne fut pas seulement un grand metteur en scène, celui du Voleur de bicyclette, de Miracle à Milan, de Sciusca, mais un immense acteur qui sut, auprès du public, incarner le personnage idéal du séducteur italien élégant et charmeur. On le vit dans des films comme Pain, amour et fantaisie ( 1953 ) et Pain, amour et jalousie ( 1954 ) de Luigi Comencini,  désinvolte et empressé maréchal Antonio Carotenuto, plus soucieux de courir les filles que de faire régner l'ordre, auprès d'une Gina Lollobrigida éclatante de gaieté et provocante à souhait. Ce furent ensuite Casino de Paris ( 1957 ) d'André Hunebelle, General della Rovere ( 1959 ) de Roberto Rossellini, Austerlitz ( 1960 ) d'Abel Gance, Caroline chérie ( 1968 ) de Denys de La Patellière, pour ne citer que quelques-unes de ses apparitions les plus marquantes sur le grand écran. De Sica dirigea également  une troupe théâtrale et joua lui-même des auteurs comme Pirandello. Cet homme avait le cinéma et le théâtre dans le sang et fut un modèle pour toute une génération de réalisateurs et d'acteurs. Il mourut à Paris le 13 novembre 1974.
 

Vittorio Gassman, l'un des plus grands acteurs du cinéma italien, naquit à Gênes en 1922 et débuta à 24 ans dans Preludio d'amore  de Giovanni Paolucci. Grâce à son physique de jeune premier sportif et séduisant, il enchaîne très vite les rôles et on le voit successivement dans Trahison ( 1951 ) de Riccardo Freda, Riz amer (1948 ) de De Santis, Anna ( 1951 ) de Lattuada, La traite des blanches ( 1952 ) de Comencini. La facilité avec laquelle il passe du séducteur cynique au clochard ou au président directeur général intéresse Hollywood qui lui fait des propositions. Il y tournera plusieurs films qui n'ont pas marqué sa carrière. Revenu en Italie, il obtient un succès personnel avec Le pigeon, comédie burlesque, où il révèle une nouvelle facette de son talent, interprétant un petit voleur minable avec un brio tel et une telle drôlerie que cette prestation va  lui permettre d'accéder, désormais, à des rôles importants auprès de grands réalisateurs. Avec Dino Risi, il tournera une dizaine de longs métrages dont L'homme à la ferrari ( 1967 ) et Parfum de femme ( 1974 ). En 1978, il apparait dans deux films de Robert Altman et tient le rôle titre dans Benvenuta ( 1983 ) d'André Delvaux, puis dans La vie est un roman ( 1982 ) d'Alain Resnais. Pour autant, il n'abandonne pas le théâtre et fonde en 1952 sa propre compagnie théâtrale. Il a également adapté au cinéma le Kean de Jean-Paul Sartre, avec Rossi, et n'a pas hésité à passer derrière la caméra pour réaliser deux films : Sans famille et Di padre in figlio. Le lion d'or de la Mostra de Venise lui sera attribué en 1995  pour l'ensemble de sa carrière. Il meurt à Rome le 29 juin 2000.
 

C'est lors de l'annonce de la mort de Marcello Mastroianni, survenue à Paris le 19 décembre 1996, que l'on a mesuré l'affection qu'il avait inspirée au public. Catherine Deneuve, qui fut sa compagne et avec laquelle il y eut  une fille Chiara en 1972, a dit à un journaliste peu de jours après sa disparition : " Les gens l'aimaient à un point inimaginable. Il déclenchait une tendresse auprès du grand public. Il faisait partie du paysage italien et il était l'une des premières personnes à qui l'on pensait quand on parlait de l'Italie". Oui, Mastroianni est certainement l'acteur qui est resté le plus proche du coeur des italiens et fut le plus vénéré et le plus pleuré. Peut-être parce qu'il avait conquis sa notoriété sans faire de vagues, contrairement à certains acteurs de sa génération, qu'il était en quelque sorte l'homme de tous les temps, exprimant une humanité profonde et authentique et dont l'intelligence du coeur, la générosité lui méritaient une sympathie immédiate.

 

               Marcello Mastroianni. Les Grands Films Classiques    Marcello Mastroianni et Jacques Perrin. Les Grands Films Classiques


Né le 28 septembre 1924, il s'inscrivit en 1945 au Centre Universitaire du théâtre mais n'obtint pendant très longtemps que des rôles secondaires qui lui permirent tout juste de vivre. Il lui fallut attendre 1955 pour décoller avec Jours d'amour de De Santis et Savona. Sa renommée commença à s'affirmer avec Nuits blanches ( 1957 ) de Visconti, d'après le roman de Dostoïevski. Puis en 1960, Fellini lui proposa le rôle de Marcello Rubini dans La dolce vita, qui se révèlera être un film culte et, à la suite duquel, sa réputaion de latin lover ne se démentira pas. Désormais, il ne va plus cesser d'alterner entre les comédies et les films d'auteur, entre les réalisateurs italiens et étrangers. Ainsi on le verra devant les caméras italiennes de Pietro Germi, De Sica, Antonioni et Fellini, Scola, Risi, Bolognini, mais également devant la russo-italienne de Mikhalkov pour Les yeux noirs avec sa fille Chiara, celles françaises de Bertrand Blier et Agnès Varda, grecque d' Angelopoulos, espagnole de Raoul Ruiz et sa carrière sera couronnée des plus hautes distinctions qui puissent récompenser un acteur : prix d'interprétation au Festival de Cannes, meilleure interprétation au Festival de San Sebastian pour Casanova, Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Mais ce n'est pas ce que nous retiendrons de cet acteur incomparable ; rappelons-nous plutôt sa simplicité, son naturel, sa façon d'exercer son métier comme un artisan soucieux du " bien faire "et son regard qui avait conservé sa formidable capacité d'émerveillement.

 

                Collection Christophe L.     Bac Films     Pathé Distribution

 

D'origine paysanne, Nino Manfredi, né en 1921, suivit à Rome, dès son jeune âge, des cours à l'Académie nationale d'art dramatique, dont il sortit diplômé en 1947. Ses débuts sur scène se firent sous la direction de Vittorio Gassman, parallèlement à ceux qu'il entreprit à la radio et au music-hall dans des numéros fantaisistes qui lui valurent quelques succès. Au cinéma, il devra attendre le rôle d'un coiffeur timide et gauche dans Les amoureux de Mauro Bolognini ( 1955 ) pour que sa veine comique, ses qualités d'acteur, son goût des personnages dramatiques sur fond de satire finissent par le rendre populaire. Principalement du public italien car, contrairement à Mastroianni, il a peu travaillé avec les réalisateurs étrangers.  On le vit dans plusieurs films de Dino Risi dont Opération San Gennaro ( 1966 ) et Une poule, un train et quelques monstres ( 1969 ). Il fut, par ailleurs, le Gepetto des Aventures de Pinocchio ( 1972 ) de Comencini, l'émigré de Pain et chocolat ( 1974 ) de Brusati et le juge progressiste de Au nom du pape roi ( 1977 ) de Luigi Magni. Non content d'avoir été un acteur de grand talent, il fut tenté, durant les années 70, par la mise en scène et signa un film d'inspiration autobiographique qui séduisit pour sa maîtrise et son lyrisme : Miracle à l'italienne. Il mourut à Rome le 4 juin 2004.
 

Nanni Moretti, né en août 1953, conjugue depuis ses débuts les fonctions de metteur en scène et d'interprète. Avec Je suis un autarcique ( 1976 ), il apparait derrière et devant la caméra avec, pour personnage, ce Michele Apicella qui est au centre d'une action et réflexion qui donnent sens à une oeuvre non seulement engagée mais cohérente. A ce propos, il ne craint pas d'user d'un humour corrosif afin d'exprimer ses sentiments sur la gauche italienne, le cinéma traditionnel et l'incompétence de la critique. Les dès sont jetés et le metteur en scène/acteur ne se prive pas de recourir au grave et au dérisoire, au canular et à la réflexion philosophique afin de faire passer son message. Ses expériences personnelles ont nourri ses films et donné à ses personnages une épaisseur et une humanité auxquelles le public ne peut rester insensible, d'autant que le jeu de Moretti ne cède jamais à un sentimentalisme complaisant et facile. Il y a chez lui, de part et d'autre de la caméra, une grande exigence. Il arrive, certes, que le metteur en scène, le scénariste, le producteur fassent oublier l'importance de l'acteur dont le jeu, tout en concentration, apparait différent de celui des autres acteurs italiens plus exubérants, et c'est dommage, car Moretti s'exprime avec une sorte de détachement ou, plus précisément, de distance, mais tout est dit et bien dit dans le regard. Je dirai que son jeu est celui d'une présence insaisissable jointe à un regard qui ne cesse de solliciter, de forcer l'attention et l'interrogation. Du bel art.
 

Roberto Benigni, né en 1952, est d'abord entré au séminaire avec le désir de devenir prêtre, s'est ensuite engagé dans une carrière de chanteur et de musicien, avant de s'orienter définitivement vers l'art dramatique. Il crée à la télévision le personnage de Cioni, paysan toscan ingénu et exubérant dans des émissions réalisées par Giuseppe Bertolucci qui vont susciter, par une impertinence excessive et regrettable, l'intervention de la censure. C'est alors qu'il se tourne vers le cinéma et se voit confier par Fellini le rôle du protagoniste dans La voce della luna (1989 ). A la suite de cette interprétation, il va tâter à son tour de la mise en scène avec Johny Stecchino, une parodie des films de gangsters. Par la suite, il ne cessera d'alterner ses prestations dans les films de Blake Edwards, de Claude Zidi et ses propres productions où il intervient devant et derrière la caméra. Ce seront l'inoubliable chef-d'oeuvre La vie est belle, Pinocchio, un film moins réussi, et récemment Le tigre et la neige. Dans la tradition de la Comedia dell'Arte, Benigni renoue avec le mime : il est le bouffon éternel, le trublion sautillant, l'amoureux transi, endossant tous les rôles, aussi bien Pierrot lunaire, Polichinelle burlesque, Arlequin joyeux, cet homme du travestissement, fanfaron, couard, ingénu, ingénieux, maladroit, malicieux, loquace, irrévérencieux, incorrigible aura eu un parcours aussi surprenant que rare et décalé de la réalité. Aujourd'hui, c'est une figure marquante du cinéma international qui, tout ensemble, assume ses racines, sa culture et sa singularité et sur laquelle nous refermons avec admiration cette fenêtre ouverte sur le cinéma italien.

 

Pour prendre connaissance de l'article consacré aux actrices du cinéma italien, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LES ACTRICES DU CINEMA ITALIEN

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique ACTEURS du 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

 

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              Roberto Benigni.      Roberto Benigni.

              Jean Reno, Nicoletta Braschi et Roberto Benigni. Pathé Distribution   Nicoletta Braschi. Pathé Distribution

   

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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commentaires

nicos31 22/07/2013 08:49

J'ai toujours eu une admiration énorme pour Mastroianni. Superbe article.

Marcel Lommier 21/07/2013 19:29

Je crois qu'on les aime tous car ils ont l'art de la comédie dans le sang.

Maxime 21/07/2013 13:52

Sans doute aucun Mastroianni. Epoustouflant dans tous ses films.

palilia 07/12/2011 19:05

je trouvais Roberto Benigni trop exubérant mais j'ai changé d'avis sur lui quand j'ai vu LA VIE EST BELLE : quel beau film ! quand à Marcello Mastroianni, on l'a beaucoup vu dans le passé et donc
on s'attache à toutes ces figures

Eeguab 06/12/2011 21:03

Les Cinq Colonels,c'était le surnom de Mastroianni, Tognazzi,Gassman,Manfredi et Sordi.Et ils avaient un rapport de tendresse avec le peuple italien qui n'a jamais existé en France de la même
manière.

keating 16/08/2008 16:29

Article intéressant, complet, et qui me fait prendre conscience que j'ai encore pas mal à découvrir dans le cinéma italien !
Je savais que Begnini avait joué dans un film de Fellini, un peu de mal à imaginer ce que ça pourrait donner... je serai curieux de voir ça !

Marcello Mastroianni un tout grand ça c'est sur, je l'ai vu récemment dans "la dolce vita" (que j'ai pas aimé, mais l'acteur était impeccable !) ou encore dans le pas mal "le bel antonio" de Bolognini

Nénamoins on constate que beaucoup de réalisateurs italiens ont fait tourner des américains : Leone avec Eastwood, Fellini et Anthony Quinn, Antonioni et Nicholson,... sans compter les français (Delon).
Peut être un manque de richesse quand même chez les italiens ??

Bel article, bonne continuation

PS: sur mon blog, une analyse de "Rusy James" par Coppola,
et surtout chez Scorsesejunior est publié un débat entre lui et moi à propos de "Jules et Jim", je suis sûr que tu aurais beaucoup à nous apporter !

Laurent Simoun 13/01/2007 19:11

Vous nous brossez un large panorama du cinéma italien qui fait office d'archives. Intéressant et précieux.

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