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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 16:22

 

 

Le cinéma ne serait pas ce qu'il est sans les acteurs. Ce fut souvent la qualité de leur interprétation qui fit le succès d'un film et combien de ces films doivent à leur personnalité, leur sensibilité, leur cocasserie d'avoir vu le jour... La beauté énigmatique de Delphine Seyrig a beaucoup apporté à "L'année dernière à Marienbad", ainsi que la présence troublante de Jeanne Moreau à "Jules et Jim" et aux "Amants".


 

                                Delphine Seyrig et Fernando Rey. Studio Canal  Jean-Claude Brialy, Bernadette Lafont et Gérard Blain. Collection Christophe L.

     Jean-Pierre Léaud et Dani. Swashbuckler Films

 

L'ironie distante de Maurice Ronet reste inoubliable dans "Raphaël ou le débauché", "Le feu Follet" et "Ascenseur pour l'échafaud"  et on ne peut pas passer sous silence le style tout en désinvolture et gouaille de Belmondo qui, avec "A bout de souffle" et "Pierrot le fou" de Godard, devint le symbole masculin de l'époque, ivre de liberté et d'amour, affronté tragiquement à la matérialité d'un monde régi par l'argent.
 

Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Collection Christophe L.    
               Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont    

                                                  

L'intrigue assez facile de "Un homme et une femme" n'aurait pas suffi à sa notoriété sans le magnétisme dégagé par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant et "Les demoiselles de Rochefort" n'auraient pas fait cette carrière sans le délicieux duo formé par Catherine Deneuve et sa soeur Françoise Dorléac.


Anouk Aimée pratiquait un jeu décalé, cette sorte d'absence et d'aura mystérieuse qu'elle cultivait un peu de la même façon que Delphine Seyrig, que l'on voit dans "L'année dernière à Marienbad", se déplacer en diva éthérée, précieuse, superbement artificielle et fémininement vraie. Toutes deux donneront une version personnelle de la femme inaccessible avec juste la pointe d'humour nécessaire.


Jean Seberg, partenaire de Belmondo dans "A bout de souffle", jeune vedette américaine découverte par Otto Preminger, introduisit dans le cinéma français, et bien avant Romy, le charme de son accent étranger et une modernité plaisante et enfantine. Autre comédienne étrangère, Anna Karina. A elle seule, elle illuminera sept films - soit la période la plus inspirée de Godard. A son corps gracieux de danseuse, elle ajoutait une beauté intérieure qui pouvait, tour à tour, éclairer ou assombrir la pellicule, si bien qu'après Godard, elle poursuivra sa carrière avec d'autres metteurs en scène, et non des moindres, sensibles eux aussi au paysage fascinant de son visage : Rivette, Deville, Delvaux, Visconti, Ruiz.

 

Collection Christophe L.   Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. Ciné Classic Jean-Pierre Léaud et François Truffaut. Swashbuckler Films
 

Jean-Pierre Léaud, découvert par Truffaut incarnera son double dans le personnage d'Antoine Doinel. Ses apparitions le désignent comme un acteur instinctif, imprévisible et saccadé que, personnellement, je n'aimais guère, lui reprochant de parler faux. Stéphane Audran, révélée par Chabrol, dont elle fut l'épouse et la vedette dans plus de 10 films, a habité la pellicule de son allure altière, un peu froide, mais néanmoins juste, avec cette retenue qui conférait à ses personnages une ambiguïté troublante. Brialy, quant à lui, nous charmait par son élégante désinvolture, parfois son cynisme, tandis qu'une Bernadette Lafont, coquine et moqueuse, intelligente et sensuelle, savait parfaitement incarner la fille libre et anti-conformiste des années 60, voie déjà ouverte par la Brigitte Bardot de "Et Dieu créa la femme".

Maurice Ronet, dont j'ai parlé déjà, était insaisissable. Il sortait du conservatoire comme Jeanne Moreau et fut un dandy séduisant au détachement feint, dissimulant sous une apparence classique, voire même conventionnelle, un pessimisme grinçant. Malheureusement cette attitude distante et amusée détournera de lui de grands réalisateurs. Seuls Astruc et Chabrol surent l'utiliser au mieux de ses qualités. Il était saisissant dans "La femme infidèle" face à Michel Bouquet.

Deneuve, qui débuta également avec les réalisateurs de la Nouvelle Vague, devint, on le sait, la star emblématique du cinéma français, alors que sa soeur Françoise Dorléac disparut trop tôt pour assumer le portrait jeune et moderne, primesautier et charmant d'une femme de sa génération.


Jean-Louis Trintignant inspira - contrairement à Delon qui ne fut pas employé par les auteurs de la N.V. - depuis "Et Dieu créa la femme" de Vadim, nombre d'entre eux. De Franju à Lelouch, en passant par Astruc, Rohmer, Chabrol, Truffaut, Demy, Téchiné, Doniol-Valcroze, ce comédien a promené de film en film une nonchalance énigmatique, sans effet ni trucage, avec un naturel impressionnant.


Il faut encore nommer des acteurs singuliers comme Laurent Terzieff et Michael Lonsdale qui ont fait des carrières intelligentes, davantage sur les planches qu'à l'écran, pour souligner à quel point la Nouvelle Vague fut un vivier extraordinaire de talents.


Michel Bouquet. Collection Christophe L. Isabelle Adjani. Collection Christophe L.

 

Je pourrais continuer longtemps, en citant encore Michel Bouquet que sut si bien utiliser Chabrol, Isabelle Adjani, bouleversante Adèle H. dans le film de François Truffaut, la douceur attachante de Marie-Christine Barrault dans "Ma nuit chez Maud" de Rohmer, la présence faussement détachée d'un Jean Rochefort, l'expression partagée entre le désenchantement et la convoitise d'un Charles Denner ou la grâce juvénile de la délicieuse Claude Jade.

 

 

 

ARP Sélection  Corbis Sygma Les Films du Losange imagesCARMJHED

 

Saluons les tous pour avoir honoré le cinéma et marqué nos mémoires. Ils ont contribué à faire de la Nouvelle Vague une extraordinaire explosion d'activité créatrice et  aidé à renouveler un 7ème Art que guettaient la sclérose et le rabâchage. Et ce n'est pas un mince mérite... 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique  ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art 

 


Et pour lire l'article consacré aux auteurs de la N.V., cliquer sur son titre : 

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 
 

 

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Jean-Claude Brialy et Jeanne Moreau. Collection Christophe L.  Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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commentaires

Carmele 01/07/2016 13:57

un bel hommage qui me rappelle bien des acteurs découverts au moment de ce nouveau courant cinématographique

Edmée De Xhavée 01/07/2016 13:23

Je pense que je n'aimais pas trop la nouvelle vague, j'étais jeune encore et il y avait ce côté "tourmenté-dégoûté" que je ne saisissais pas. Mais lorsque je les revois aujourd'hui, ils me plaisent souvent, ces films... ainsi que les acteurs. Mais pas Godard. Alors lui, je n 'ai jamais accroché :)

Edmée De Xhavée 01/07/2016 13:23

Je pense que je n'aimais pas trop la nouvelle vague, j'étais jeune encore et il y avait ce côté "tourmenté-dégoûté" que je ne saisissais pas. Mais lorsque je les revois aujourd'hui, ils me plaisent souvent, ces films... ainsi que les acteurs. Mais pas Godard. Alors lui, je n 'ai jamais accroché :)

armelle 04/11/2015 12:08

Oui, en effet Niki, ils ont laissé leur image dans nos mémoires.

niki 04/11/2015 11:21

un bel hommage armelle, comme tous vos articles - ils le méritent bien tous ces jeunes acteurs qui transformèrent une certaine image du cinéma dit de papa

niki 01/11/2011 10:18


quel beau billet, qui me rappelle bien des acteurs découverts au moment de ce nouveau courant cinématographique :)


Armelle répond à Vierasouto 19/02/2009 10:10

Vous avez parfaitement raison, Adjani est venue plus tard, mais elle a été tout de même, avec Deneuve, l'une des inspiratrices de Truffaut et ce dernier est resté longtemps marqué par la N.V., même s'il avait pris, vis-à-vis d'elle, ses distances, ce que je souligne dans l'article récemment consacré à ces jeunes turcs. Il est vrai que Marie-France Pisier et Bulle Ogier ont débuté à l'époque, mais pas encore dans des rôles marquants comme Bernadette Lafont, Jeanne Moreau, Stéphane Audran ou Anna Karina qui restent, selon moi, les actrices emblématiques de l'époque.
Merci de votre visite et à bientôt pour le Festival du film asiatique de Deauville.

vierasouto 19/02/2009 06:18

Bonjour! Je n'aurais pas mis Adjani dans la "Nouvelle vague" car elle arrive dix ans après, en revanche, Marie-France Pisier et Bulle Ogier, deux actrices que j'M beaucoup... Stéphane Audran, si belle, n'a plus ensuite joué que des rôles de composition... Pour JP Léaud, moi, je suis fan, il avait un jeu distancié, comme on le faisait à l'époque, qu'il n'a plus aujourd'hui d'ailleurs, il a un jeu beaucoup plus intériorisé, mais je sais qu'il divise! @bientôt!

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