Partager l'article ! AUTANT EN EMPORTE LE VENT de VICTOR FLEMING: S'il est un film en tous points fidèle à un roman, c'est bien celui-ci ...
S'il est un film en tous points fidèle à un roman, c'est bien celui-ci. Margaret Mitchell n'a pas été trahie.L'histoire du tournage fut une épopée presque aussi riche en épisodes et
rebondissements que celle relatée par la romancière. Avant même sa publication, l'ouvrage faisait l'objet de diverses spéculations, bien que la guerre de Sécession ait eu la renommée de
n'être guère prisée du public. Et on le comprend : une guerre fratricide qui avait mis à feu et à sang le sud des Etats-Unis et avait vu les hommes d'un même pays se tuer sauvagement pour des
idées, au lieu de tenter de s'écouter et de se comprendre... Le roman sortit le 30 juin 1936. Le 30 juillet, Margaret Mitchell signait le contrat de cession des droits cinématographiques de son
livre - qui se révéla être, dès les premières semaines de sa mise en vente, un incroyable succès de librairie - à David Seilznick qui les acquit pour la somme de 50 000 dollars et
confia, sans plus tarder, la mise en scène à Georges Cukor et l'écriture du scénario à Sidney Howard.
C'est donc Cukor qui fut chargé du travail de défrichage, longue élaboration qui nécessita des centaines de peintures d'atmosphère pour donner le ton du futur film. Dans le même temps, Seilznick cherchait sa Scarlett O'Hara, ce qui ne fut pas une mince affaire. Pas moins de 1400 candidates furent auditionnées. Paulette Goddard et Katherine Hepburn furent retenues et demeurèrent longtemps les favorites.
Le personnage de Rhett Butler posa un problème différent. En écrivant son livre, Margaret Mitchell pensait déjà à Clark Gable, mais il était sous contrat avec Louis B. Meyer et Selznick n'envisageait pas de se ruiner pour l'avoir dans sa distribution. Mais la pression populaire fut si forte, qu'il finit pas céder, et accepta de sortir les sommes astronomiques que nécessitait la rupture du contrat avec Meyer. Gable engagé, il restait toujours à trouver la Scarlett O'Hara idéale, au risque que la presse et le public, qui suivaient les négociations du film avec curiosité, ne croient Selznick incapble de mener à bien son projet.
On commenca de tourner les scènes de l'incendie d'Atlanta alors que la vedette principale n'était pas encore choisie. C'est le frère de David Seilznick qui lui présenta Vivien Leigh, de passage à Hollywood avec son mari Laurence Olivier. Seilznick fut séduit d'emblée, mais la presse se déchaîna contre cette anglaise qui entendait incarner une femme de la Louisiane traditionnelle. Enfin les rumeurs faiblirent et le tournage put commencer. C'est à ce moment que Cukor quitta le plateau brusquement, en total désaccord avec Gable et au grand dam de Vivien Leigh et d'Olivia de Havilland qui appréciaient ce parfait directeur d'actrices. Clark Gable insista pour que Victor Fleming prenne la suite avec deux acolytes : Sam Wood et William Cameron Menzies.
Le 1er juillet 1939, le film était en boîte après 125 jours de tournage et la première avait lieu à Atlanta le 15 décembre 1939, suscitant un enthousiasme spectaculaire. Sans doute est-ce
la personnalité hors du commun de Seilznick, âgé seulement de 37 ans, qui contribua à apaiser les différends innombrables qui agitèrent le tournage et le rendirent pour le moins tumultueux.
Certaines scènes nécessitèrent cinq à six versions différentes. Cependant, soixante ans après sa réalisation, Autant en emporte le vent reste
un exemple du savoir-faire hollywoodien et de la parfaite transposition d'un roman en film. Il est également une des rares évocations de l'époque de la guerre de Sécession, dont il a su rendre le
climat, évoquant l'inconscience des Sudistes qui croyaient, à tort, être rapidement vainqueurs des Nordistes, sans cacher sa nostalgie pour ces officiers vêtus de gris et ce Sud
brutalement ravagé, humilié, incendié, pillé et livré aux soudards, si bien que l'on peut admirer une objectivité de bon aloi et le souci de ne pas faire la part trop belle à un camp plutôt
qu'à un autre. La complexité de la situation est rendue avec autant de finesse que d'humanité.
Aux malentendus dramatiques que la guerre avait déclenchés, aux haines brutales et soudaines s'ajoutent dans le film, comme dans le roman, les incompréhensions affectives des quatre héros
: Scarlett, Rhett, Mélanie et Ashley, chacun se perdant dans les méandres de sentiments trompeurs. Alors que Scarlett et Rhett sont, à l'évidence, faits l'un pour l'autre, ils ne
cesseront de se déchirer et de se perdre. Ainsi en emporte le vent de nos erreurs, de nos contradictions, de nos doutes, de nos illusions, de nos aveuglements. Seule la terre dure et c'est à elle
que Scarlett se raccrochera à la fin du film, à cette terre rouge de Tara qui l'a vu naître et qui a vu naître et mourir ses ancêtres. " La terre est l'unique chose dans ce monde qui mérite
que l'on travaille pour elle, que l'on se batte pour elle, que l'on meure pour elle parce que c'est l'unique chose qui demeure" lui dit son père au début du film, alors qu'elle est en proie
au désespoir que lui inspire le prochain mariage d'Ashley, l'homme qu'elle croit aimer.
Face à un Clark Gable au sommet de sa carrière, la jeune Vivien Leigh se révèlera inoubliable dans le rôle emblématique de Scarlett O'Hara et l'oscar, qui couronnera son interprétation, sera, ô combien, mérité. Ce film fut d'ailleurs couvert d'oscars, celui de la meilleure interprétation d'un second rôle revenant à la merveilleuse Hattie Mc Daniel dans celui de Mammy. Ce film, dont le coût de production paraissait faramineux en 1939 - 4.000.000 dollars - en rapportera 20.000.000 durant son exclusivité. Il reste un monument du cinéma, un film qui, tout ensemble, nous propose un panorama saisissant de l'époque de la guerre de Sécession et une subtile analyse des rapports entre une femme fière et un monde d'hommes, passant, sans la moindre rupture, de la fresque historique à la peinture intimiste des sentiments. Autant en emporte le vent...
Pour lire l'article consacré à Vivien Leigh, cliquer sur son titre : VIVIEN
LEIGH
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Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?
"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."
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