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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 09:11

Bruno Crémer. Bac Films


Une carrure d'athlète, une voix grave, une intériorité tantôt rassurante, tantôt inquiétante, un souffle perceptible comme celui d'un animal continuellement en alerte, tels étaient quelques-uns des traits caractéristiques de Bruno Cremer, décédé d'un cancer le 9 août 2010, à l'âge de 80 ans. De père français et de mère flamande, cet épicurien amateur de bonne chair, de bons vins et de gros cigares, pudique et discret, était né à Saint-Mandé le 6 octobre 1929. Peu désireux de poursuivre des études, il décide de devenir comédien et présente le concours d'entrée au Conservatoire, où il échoue. C'est alors qu'il tombe gravement malade et reste plus d'un mois entre la vie et la mort. Une fois guéri, il représente le concours et, cette fois, avec succès. Après 4 années au Conservatoire où il aura pour professeurs Madame Dussane et Maurice Escande, il en sort avec le deuxième prix pour sa prestation dans Horace de Corneille.
Sa carrière au théâtre commence avec le rôle de Henry dans Richard III de Shakespeare. Elle sera interrompue par son service militaire et piétinera un moment jusqu'à ce que le jeune acteur fasse une rencontre providentielle avec Jean Anouilh, qui l'engage pour interpréter le rôle de Thomas Becket dans Becket ou l'Honneur de Dieu. Ce sera un triomphe.

 


     

 

Mais si le théâtre constitue pour le comédien l'art majeur, il ne boudera pas le cinéma qui l'aidera à vivre et lui offrira des rôles intéressants comme dans  La 317e section ( 1964 ) de Pierre Schoendoerffer, où il y campe une magnifique figure de soldat durant la guerre d'Indochine, l'adjudant Willsdorff, homme intelligent et charismatique, doué d'une grande finesse psychologique. Viennent ensuite des rôles de qualité dans 5 films d'Yves Boisset : Cran d'arrêt ( 1970 ), L'attentat ( 1972 ), R.A.S. ( 1973 ), Espion , lève-toi ( 1981 ) et Le prix du danger ( 1983 ). Son talent ne cesse de s'affirmer également dans des régistres très différents, comme dans Une histoire simple ( 1978 ) de Claude Sautet, ou Anthracite d'Edouard Niermans. Puis il renoue avec Schoendoerffer et tourne sous sa direction L'honneur d'un capitaine en 1982, ce qui est pour lui l'occasion d'être à nouveau le partenaire de Jacques Perrin, et enchaîne, dans la foulée, deux polars honorables : dans l'un il incarne un personnage violent, c'est A coups de crosse ( 1984 ) de Vincente Aranda avec Fanny Cottençon, dans l'autre, il est protecteur, c'est  Effraction de Daniel Duval, où il donne la réplique à Marlène Jobert et Jacques Villeret.

 


     

 


Suivront 3 films de Jean-Claude Brisseau : Un jeu brutal ( 1983 ), De bruit et de fureur ( 1988 ) et bien sûr Noce blanche ( 1989 ) auprès de Vanessa Paradis. Sa carrière cinématographique se clôturera par le fantasmatique Sous le sable ( 2000 ) de François Ozon avec Charlotte Rampling et le bouleversant dernier film de José Giovanni  Mon père, il m'a sauvé la vie ( 2001 ), ultime témoignage d'un metteur en scène en pleine possession de ses moyens.

Mais c'est grâce à la télévision et au personnage de Maigret que Bruno Cremer deviendra véritablement populaire auprès du grand public. Pas moins de 54 épisodes seront tournés en quatorze ans. Il y campe un Maigret fidèle à l'esprit de Georges Simenon, d'une rondeur légèrement bourrue, évitant tout effet de style et d'une présence qui rappelait celle d'un Jean Gabin. Son physique aux traits lourds et marqués dégageait néanmoins un charme lumineux. Alchimie emblématique des acteurs de grande race, comme il y en a eu peu. Toujours juste, toujours sobre, il aura mené sa carrière avec autant de nonchalance que de professionnalisme. Il laisse un vide d'autant plus grand qu'il n'y a pas, dans le paysage cinématographique actuel, de gueule pour le remplacer. Mais est-il seulement remplaçable ? Le plaisir, qu'il nous reste, est celui de revoir ses films et de nous imprégner de cette présence, toute ensemble rugueuse et sensible.
" Cet homme était un mystère, quelque chose d'étrange. Il faisait rarement voir l'affection qu'il éprouvait pour certains êtres. C'était un prince. Je pense que c'était le plus grand de nous tous, très honnêtement " - dira Jean Rochefort lors de ses obsèques.

 

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Bruno Cremer. Ciné Classic   Florence Darel et Bruno Cremer. Vision Distribution

Vision Distribution

 


 

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Published by ABARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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commentaires

lysandre 17/07/2017 17:08

un homme charismatique et discret

darklimelight 31/08/2011 00:55


Magnifique hommage pour cet acteur de "grande race". J'ai trouvé particulièrement intéressant le passage où il est question de sa lutte contre la mort pendant plus d'un mois... Nous ne saurons
jamais ce qu'il s'est passé au plus profond de son être dans ces instants-là. Toujours est-il qu'après, il a retenté son concours avec succès. Avait-il trouvé dans la mort, de si près côtoyée, la
plus belle des inspirations... ?


BIOGRAF 30/08/2011 17:04


Quel excellent acteur! Dans le DVD "Paris brûl-t-il," qui vient de sortir il interpréte le colonel Rol Tanguy de façon magistrale, il est aussifabuleux dans la 317° section.
Vous pouvez installer un compteur de visites(et pas de visiteurs) qui commence non pas à zéro, mais au nombre de visiteurs de votre ancien blog, on en trouve de nombreux gratuits sur internet, mais
il faut un peu de "Savoir faire" pour l'installer, je n'y suis pas encore arrivé.
Bien cordialement.
BIOGRAF (ex-BLOT)


dasola 23/10/2010 19:10

Bonsoir Armelle, c'était un acteur que j'appréciais énormément. Il avait un côté rassurant, gros "nounours". J'ai été peinée d'apprendre sa disparition. Bonne soirée.

Palilia 18/10/2010 20:21

quel bel hommagec'est vrai qu'il avait une "stature" et qu'il attirait l'oeil : je pensais qu'il était beaucoup plus jeune et je prenais plaisir à regarder ses films et téléfilms. Merci Armelle

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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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