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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 10:37

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

                                              
 

                - Londres 1889 - Vevey 1977 -

 

L'histoire du 7e Art ne serait pas ce qu'elle est sans Charlie Chaplin. Alors que le cinématographe faisait ses premiers pas, il a tout inventé. Ne fut-il pas le premier à se revendiquer auteur complet, en concevant, produisant, écrivant, jouant, mettant en musique et en scène ses propres films, homme orchestre exemplaire et inégalé ? La vie de Chaplin se confond avec celle de cet art qu'il va servir avec génie, étant de ceux qui surent le mieux lui conférer crédibilité et dignité. Enfant de la balle, Charlie Chaplin part en tournée aux Etats-Unis en 1912, après une enfance londonienne misérable, où il passa la plus grande partie de son temps à observer. Dès lors, les choses s'accélèrent pour lui : remarqué par Mack Sennett, le spécialiste du burlesque, il débute au cinéma en 1914, d'abord comme acteur, puis, très vite, comme réalisateur. Son rythme de travail devient alors frénétique, pas moins de cinquante réalisations entre 1914 et 1919. Ce sont des comédies, d'une bobine d'abord, soit dix minutes, de deux bobines ensuite, où il affine, par petites touches, son personnage d'éternel vagabond et où se perçoit déjà son souci artistique et social. Celui que l'on nommera volontiers Charlot, se baptise lui-même " The Tramp", le vagabond, figure universelle dans laquelle l'humanité entière se reconnaît. Dans des courts métrages déjà très élaborés comme  "L'émigrant"  ( 1917 ) ou  "Une vie de chien"  (1918) ou encore  "Charlot soldat"  (1918), il s'oriente nettement vers un discours humaniste, bien que le sérieux du propos ne gâche en rien l'émotion ou l'irrésistible invention comique.

 


  



En 1919, Chaplin crée avec les acteurs Mary Pickford et Douglas Fairbanks Les Artistes Associés, structure ambitieuse dont, parmi les fondateurs, il sera le seul à profiter pleinement, s'assurant ainsi une indépendance artistique quasi totale. Par exemple, il pourra attendre des années, soit 1940, avant de produire son premier film parlant,  Le Dictateur,  un chef-d'oeuvre où il met en scène Hynkel, décalque caricatural de Hitler et le napoléoni, celui inénarrable de Mussolini. La scène où le dictateur joue avec la mappemonde changée en ballon, qu'il peut faire tourner et sauter selon sa volonté et qui finit par éclater, est un morceau d'anthologie, ainsi que le discours du fuhrer au tout début du film et l'appel à la paix du petit juif que l'on a pris pour Hinckel et qui clôt le film de façon bouleversante. 



Et, fallait-il qu'il soit sûr de son art et de son public pour oser s'interrompre en plein succès de 1918 à 1921,  avant de revenir avec son premier long métrage, encore muet toutefois,   Le Kid ,  épreuve jusqu'alors jamais tentée par des comiques, trop conscients de ne disposer que d'un  public volatile. Mais celui de Chaplin ne l'est pas, pour la bonne raison que l'artiste ne se contente pas d'être un clown génial, mais se révèle être aussi un formidable peintre de la société et un moraliste profondément humain. Le triomphe qui accueille le film, où il dépeint la jeunesse misérable d'un pauvre petit gosse de la banlieue londonienne qui lui ressemble comme un jumeau, recueille l'adhésion unanime de la critique et sera une source d'inspiration pour les comiques, ouvrant la voie à Buster Keaton, Harold Lloyd et même Jerry Lewis. Les gags, produits au prix d'un travail minutieux, s'enchâssent dans un narratif mélodramatique à la Charles Dickens : cet équilibre élégant entre rire et larmes sera désormais la marque de l'art de Chaplin. Pendant deux ans encore, il réalisera des courts métrages mais en nombre plus parcimonieux.



En 1923, le cinéaste étonne en prenant de nouveaux risques et en réalisant   "L'opinion publique", oeuvre dans laquelle il ne joue pas et laisse la vedette à sa compagne du moment, l'actrice Edna Purviance. Ce succès surprend les cinéastes de l'époque, qui prennent conscience du pouvoir suggestif de l'image et de la force recélée par la pellicule, lorsque celle-ci est bien utilisée. De Lubitsch à Renoir, nombreux seront ceux qui se référeront désormais à lui et à ce film en particulier, le considérant comme une oeuvre phare. Dorénavant ses films ne seront plus que des longs métrages longuement conçus, produits à un rythme de plus en plus lent mais qui, à chaque fois, constitueront un événement.  "La Ruée vers l'or"  ( 1925 ) frappera par le souffle épique de certaines scènes,  "Le Cirque" ( 1928 ) sera un hommage émouvant aux fondements mêmes du comique cinématographique, où l'acteur atteint, dans sa gestuelle, une grâce souveraine.  "Les lumières de la ville" ( 1931 ) représente, quant à elles, un pas de plus dans le drame : si la comédie est éblouissante ( les démêlés de Charlot avec un riche noceur qui ne se souvient plus de lui quand il est sobre ),  l'émotion reste très présente et touche au paroxysme au moment des retrouvailles du pauvre vagabond avec l'aveugle qu'il a protégée ; on parvient là à l'un des sommets de l'art de Charlie Chaplin et ce moment compte parmi les plus bouleversants du 7e Art. Enfin  "Les temps modernes"  ( 1936 ), satire du machinisme et du monde industriel sera son dernier film muet, conclusion magnifique où Chaplin quitte presque définitivement sa défroque de Charlot et où sa vision d'un monde robotisé est absolument stupéfiante.


   

                                                     
Après "Le dictateur", dont j'ai parlé plus haut, c'est sous les traits de "Monsieur Verdoux"  ( 1947 ) tueur de rombières inspiré de Landru, que l'auteur-acteur-réalisateur va revenir au cinéma parlant et prolonger son discours pacifiste, en même temps qu'il commence à déplaire à une Amérique bien-pensante qui lui reproche ses sympathies politiques et son mariage récent avec une jeune fille, dont il pourrait être le grand-père, sa femme Oona. Blessé, Chaplin quitte les Etats-Unis et revient en Angleterre, sa terre natale, où il signera son dernier grand chef-d'oeuvre  "Limeligt"  ( Les feux de la rampe - 1952 ), histoire d'un clown déchu, où l'artiste universellement admiré laisse apparaître son angoisse de ne plus faire rire, et éblouissante réflexion sur le monde du spectacle que je considère personnellement comme l'un de ses plus beaux films. Installé dorénavant au bord du lac Léman avec sa nombreuse famille - sa femme Oona lui donnera 9 enfants - il regagne Londres pour tourner  "Un roi à New-York"  ( 1957 ), satire du maccarthysme et de la civilisation montante de la télévision, puis  "La comtesse de Hong-Kong", avec Sophia Loren, comédie sentimentale un peu surannée mais poignante où, à travers un personnage de femme errante, il semble renouer avec le personnage de l'éternel vagabond.  

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur le lien ci-dessous :

 
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les critiques que j'ai rédigées sur les films de Chaplin, cliquer sur leurs titres :

 

LES LUMIERES DE LA VILLE de CHAPLIN         

LES TEMPS MODERNES de CHARLIE CHAPLIN

LIMELIGHT

LE DICTATEUR

 

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commentaires

Edmée De Xhavée 04/04/2016 13:45

Enfant je ne l'aimais pas du tout, son humour ne me faisait pas rire, je le trouvais trop parodique. Je n'aimais pas le gros monsieur à barbe caprine avec lequel il y avait des poursuites. Je n'arrivais pas à rire et pourtant tout le monde s'esclaffait!

Maintenant j'avoue que je ris encore aux larmes dans Le cirque, et que j'aime surtout les Lumières de la ville en effet... on a la larme à l'oeil bien souvent...

armelle 04/04/2016 14:03

Comme vous, Edmée, une tendresse particulière pour "Les lumières de la ville" mais une admiration tout aussi grande pour "Les temps modernes", "Le kid", "Le dictateur" et "Limelight". Et quand on pense que les musiques étaient également de lui...

bond123 31/08/2011 10:36


mon préféré restera toujours "le Kid" qui est vraiment émouvant ... Charlie Chaplin a vraiment marqué le septième art.


Christophe 31/08/2011 08:01


Joli texte sur l'un des grands génies du Septième art. J'ai vu tous ses films... sauf La comtesse de Hongè-Kong, même pas dispo en DVD...


ideyvonne 25/07/2010 15:31

belle biographie de cet immense ArtisteQu'aurait été le cinéma sans lui? Franchement, je ne sais pas. Le monde cinématographique le fascinait et il est né au bon moment : là où tout était possible avec la révolution industrielle. Pourtant, fallait oser, fallait avoir du courage pour se lancer dans le vide et niveau cascade, il en connaissait un rayon. Nul autre que lui mérite bien le nom d'ARTISTE et ce, au sens large du terme!

Bond123 09/01/2010 11:14

Je n'ai vu que très peu de film de Charlie Chaplin mùais ceux que j'ai eu la chance de voir m'ont beaucoup marqué tels "Les Temps Modernes", "Le Kid" et "La comtesse de Hog Kong".

Kleinhase 31/12/2009 19:59

Comment ne pas être ébloui et touché à la vue d'un film de Charlie Chaplin ?... Il reste pour moi LE maître absolu du 7e Art, l'inventeur génial de tous les gags, le clown maladroit et attachant capable de nous faire passer - en seulement une minute - du rire aux larmes (et des larmes au rire !), l'éternel vagabond qui sillonne les routes à la recherche d'un bonheur qui semble fuir jour après jour, d'une humanité qui se perd dans les lambeaux d'un "monde machine", où la modernisation à outrance et la soif d'argent nous font peu à peu oublier la véritable valeur de la vie. Charlot, clown tendre, clown triste, nous montre toujours que l'on peut aussi être heureux, même lorsqu'on ne possède pas grand-chose.

Le fait qu'Arte propose une rétrospective de ses films à l'occasion des fêtes de fin d'année est une belle initiative, qui mérite d'être saluée... les vrais chefs-d'œuvre deviennent tellement rares à la télévision !

Chère Armelle, bravo et merci pour cet article, qui rend un bel hommage à celui qui savait tout dire sans rien dire. Et j'en profite pour te remercier de ta fidélité à mon blog, et je t'adresse tous mes meilleurs vœux pour la nouvelle année qui arrive à grands pas. Joie, paix, santé et longue vie à ton blog, voilà le souhait que je formule à quelques heures de 2010. Tel Charlot à la fin des "Temps modernes" (une fin sublime), partons à la poursuite du bonheur et sachons nous contenter de ce que la vie nous offre, car la vie elle-même est un présent ;-)

Bonne année à toutes et à tous, tout simplement :-D

Gérard Rocher 22/12/2009 20:53

.Un petit p.s. à la suite de mon commentaire car je me suis laissé un peu aller sur LES COURTS METRAGES.Voilà, ma faute est rectifiée !

Gérard Rocher 22/12/2009 20:30

Bonsoir Armelle,
Chaplin est un tel génie du cinéma que lorsque par hasard j'ai envie de visionner l'une de ses oeuvres il m'est bien difficile de faire mon choix. Il est aussi très intéressant de regarder l'un de ses nombreux cours métrages dont deux me plaisent particulièrement: "Charlot chef de rayon" et "Charlot fait une cure"qui nous font assister à une cascade de gags. J'oubliais le fameux "Charlot pompier"...pas mal non plus! Je trouve tout de même que la grande période de Chaplin se termine avec Limeligt. "Un roi à New-York" et " La comtesse de Hong-Kong" sont peut-être les films de trop et cependant ils ne méritent pas d'être négligés par les cinéphiles. On ne peut parler de Chaplin sans passer à côté de son talent de compositeur, nous gratifiant de musiques de film assez exceptionnelles. Amitiés. Gérard.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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