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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 09:13
CHERI de STEPHEN FREARS

       

Stephen Frears  signe avec  "Chéri",  son récent opus, un conte cruel et magnifique, qui séduit peut-être plus qu'il n'émeut, monde futile qui voit l'argent régner en maître et la férocité s'inviter en permanence dans le quotidien de ces femmes légères et vénales. Après  "Les liaisons dangereuses"  où Michelle Pfeiffer faisait déjà merveille, Frears nous livre, 20 ans après, une adaptation littéraire de "Chéri "d'après Colette. Fidèle au milieu dépeint par l'écrivain, il pose sa caméra au coeur du demi monde luxueux des courtisanes de la Belle Epoque et nous introduit au plus secret de la liaison entre Léa de Lonval, dans l'éclat de sa maturité, et le très jeune Fred Peloux, surnommé Chéri. Pour lui, c'est le premier amour ; pour elle, ce sera le dernier.

 


Frears, dont on connaît la sensibilité attentive et nuancée, mais également la verve satirique, n'a lésiné ni sur le raffinement des costumes de Consolata Boyle, ni sur la splendeur des décors signés Alan MacDonald, ni sur la musique très plaisante que nous dispense le compositeur Alexandre Desplat. Par ailleurs, le scénariste Christophe Hampton a su reproduire le style impressionniste de Colette et son tempo particulier, grâce à une écriture vive comme les battements de coeur des amants baignant ensemble dans les fastes de la fin du XIXe siècle, de même qu'il conduit au grand galop le récit de cette passion amoureuse qui sera lentement empoisonnée par un narcissisme envahissant.


Michelle Pfeiffer et Rupert Friend. Pathé Distribution


 

Frears dit à propos de ce film dont il ne cache pas qu'il fût le plus difficile à réaliser de sa carrière : "Tout a l'air futile et spirituel chez Colette mais la tristesse se cache sous ce vernis, les sentiments sont suggérés. J'aime les écrans de fumée, ce qui n'est pas dit." Et il avoue qu'il lui a fallu sans cesse osciller entre le champagne, le brillant et le sombre, le tragique. Ce qui en résulte est un film élégant qui unit avec subtilité la méditation sur le temps qui passe et la comédie de moeurs. S'y exhibe une panoplie de sentiments qui couvre un large spectre, allant de la perversité narquoise à la résignation digne. Dans ce duo qui pourrait très vite sombrer dans le ridicule, Frears, comme l'avait fait Colette, nous rend attachants et proches un jeune dandy creux et décadent et une cocotte délicieuse qui brûle en sa compagnie les derniers feux de sa beauté et nous montre, par là même, que ces gens apparemment frivoles souffrent autant, sinon plus que les autres, pour toutes sortes de raisons que nous n'avons pas de mal à deviner, puisqu'ils ont misé leur existence sur le superflu et l'éphémère.

 


Le réalisateur Stephen Frears et Michelle Pfeiffer. Pathé Distribution 

Michelle Pfeiffer et Stephen Frears


Si le film éblouit par ses qualités esthétiques et la rigueur de sa mise en scène, l'accent doit être mis également sur son interprétation et principalement sur la composition admirable que Michelle Pfeiffer  fait de son personnage de séductrice confrontée à son proche déclin. Alors que celui de Chéri, joué par  Rupert Friend,  manque de conviction et de charisme ( sans doute une erreur de casting ), elle est ni plus ni moins sensationnelle. Encore très belle, mais fragilisée par une fin de règne envisagée avec une fière résignation, elle en trahit la secrète douleur par un regard, un tremblement d'épaule ou, simplement, en se figeant pour mieux exprimer le désarroi des amours finissantes. Cousue sur elle comme la robe de l'ultime apparition, elle colle à son personnage, s'y fond avec une grâce émouvante, toute de retenue et de gravité, de nostalgie et de subite insouciance, et trouve dans ce rôle majeur sa vraie consécration d'actrice. Le film mériterait d'être vu, ne serait-ce que pour elle.

Une mention spéciale pour de  Kathy Bates  formidable dans celui haut en couleur de Madame Peloux.

Pour lire l'article sur Michelle Pfeiffer, cliquer sur son titre :

 

MICHELLE PFEIFFER - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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Michelle Pfeiffer. Pathé Distribution

 

CHERI de STEPHEN FREARS
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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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commentaires

Tania 18/04/2009 17:33

J'ai vu et revu les formidables "Liaisons dangereuses" de Frears et ce "Chéri" d'après Colette me tente malgré les réticences exprimées çà et là.
Merci pour cette analyse toute en nuances.
Le cerisier en fleurs de la page d'accueil me plaît beaucoup - ce rose et ce gris, quelle délicatesse.

pierreAfeu 16/04/2009 14:24

Un film décevant pour moi, mais qui doit être vu pour Michelle Pfeiffer qui y est prodigieuse... Je pourrais la regarder jouer pendant des heures et des heures...

dasola 15/04/2009 18:02

Bonjour Armelle, le film vaut beaucoup grâce à Michelle Pfeiffer, 20 ans son rôle de Mme de Tourvel, elle renoue avec bonheur dans une adaptation d'une oeuvre française et avec S Frears. Il faut voir le film rien que pour elle. Bonne fin d'après-midi.

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