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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 09:33

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Les écrivains Emmanuel Carrère ( La classe de neige ) et Philippe Grimbert ( Le secret ) ont vu tous deux leurs romans adaptés au cinéma par Claude Miller et racontent ici les souvenirs qu’ils gardent de ce cinéaste de l’intime récemment disparu et dont le dernier opus «  Thérèse Desqueyroux » sera projeté à Cannes pour la clôture de ce 65 ème Festival.

 

 

 

« Sa mort n’a pas été une surprise, puisque je suis allé le voir plusieurs fois à l’hôpital et, à chaque visite, je savais que cela pouvait être la dernière. Je suis triste, mais en même temps, il me donnait l’impression d’une vie accomplie, d’un homme en paix. Nos dernières conversations n’étaient pas glauques du tout, même si je sentais qu’il avait conscience de son état, sans jamais en parler. En plus, il vient de terminer Thérèse Desqueyroux, qui est l’un de ses meilleurs films. Il l’a réalisé dans un état de grande fatigue, mais Philippe Le Guay (qui s’était porté garant pour finir le film au cas où Claude n’aurait pas pu le faire) lui a rendu visite sur le tournage. Il m’a raconté à quel point il avait trouvé beaux le respect et l’affection dont il était entouré par l’équipe, grâce à son humanité, son attention aux gens, sur ce film dont tout le monde savait que ce serait son dernier.


Je ressens une profonde émotion, mais tempérée par le sentiment d’une vie d’homme et d’artiste menée à son terme. Nous n’étions pas intimes, mais entretenions un rapport d’amitié véritable. Nous avions dîné ensemble avant l’été 2011, alors qu’il s’apprêtait à tourner ce dernier film. Il parlait comme quelqu’un qui fait le bilan de sa vie, non pas avec autosatisfaction, mais en se disant : "J’ai fait ce que j’avais à faire". Il avait la réputation d’être un grand anxieux, d’être parfois colérique, et même si je ne l’ai jamais connu sous ce jour, il y a quelque chose qui, au fond, me touchait énormément chez lui : il était devenu, très tôt, un cinéaste important, reconnu, qui comptait, mais il n’est jamais devenu un notable du cinéma. Il est resté jusqu’au bout ce jeune homme inquiet, angoissé qu’il avait été. J’aimais cette coexistence entre l’inquiétude et l’harmonie finalement assez paisible qui s’était installée.

 

 

 

Nous avions travaillé deux fois ensemble. D’une part, sur un projet qui n’a pas abouti. D’autre part, sur l’adaptation de mon livre La Classe de neige : la collaboration a été idyllique. Claude savait très bien ce qu’il voulait en faire ; nous nous sommes installés trois jours ensemble à la campagne, et nous avons lu le roman à haute voix, en alternance, en faisant des remarques au fur et à mesure. Puis j’ai écrit un premier jet, qu’il a retravaillé, et ainsi de suite.


Ses dernières années ont été comme un précipité de sa carrière, avec le grand succès d’Un secret et, dernièrement, l’échec commercial de Voyez comme ils dansent. Dans toute sa filmographie, il y a cette alternance entre les déceptions et les films suivants qui "rattrapent le coup" de façon éclatante : c’est ainsi qu’il a réussi à passer 35 ans sans jamais cesser de travailler. Il avait gardé une humilité qui datait de ses débuts. Tout le monde avait encensé son premier film, La Meilleure Façon de marcher, qui avait été suivi par le four de Dites-lui que je l’aime, un film que j’adore. Ensuite, il a tourné Garde à vue, où il assumait très bien l’idée d’un cinéma artisanal, efficace, "à l’ancienne" : un triomphe. Par la suite, il a maintenu de façon singulière un équilibre entre le cinéma d’auteur très personnel et une place dans l’industrie du cinéma français de qualité. Il a su louvoyer dans cette profession avec beaucoup de souplesse et d’intelligence. Il a construit, au fil des ans, une très belle courbe de carrière : avec la distance, je pense que cela apparaîtra nettement, plus encore que de son vivant. »

 

Philippe Grimbert : « Je pleure ce frère retrouvé »

 

En 2007, Claude Miller adapte le roman de Philippe Grimbert, Un secret. Un livre à travers lequel le cinéaste évoquait l’histoire des siens, une famille juive pendant la Seconde Guerre mondiale. 

 

 

 

« J’ai eu la chance de le voir il y a encore trois jours, il avait gardé une grande lucidité et un humour incroyable. Même sur son lit d’hôpital, il partageait encore avec nous ce sourire qui était la marque d’un courage formidable. Je pleure ce frère retrouvé. Nous sommes restés amis jusqu’au dernier jour, ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde du cinéma où les amitiés durent le plus souvent le temps d’un film. 
Claude n’avait jamais parlé de ses origines et j’ai été extrêmement heureux et bouleversé qu’il ait choisi mon livre pour raconter sa propre histoire. Par la suite, j'ai été très ému de la fraternité qui est née entre nous.
Il m’a dit une chose qui m’a beaucoup marqué : "Si mon scénario ne te plait pas, je ne fais pas le film." C’était la preuve de ses scrupules, de son respect immense envers les auteurs et de l’exigence qu’il avait vis-à-vis de lui-même lorsqu’il adaptait une œuvre. C’est toujours troublant de voir des gens que l’on a connus intimement interprétés par des gens connus médiatiquement. Une fois le film terminé, j’ai été totalement convaincu par l’incarnation à l’écran de mon père par Patrick Bruel et la conviction qu’il a mise dans son jeu. Il a été très actif car il souhaitait interpréter le rôle. Il avait lu le livre. Bien sûr, Claude lui a proposé le rôle mais il est allé au devant de lui. 


C’était la première fois que l’un de mes romans était adapté au cinéma mais avec Claude, très vite, la confiance s’est installée. Il m’a expressément demandé d’interpréter le passeur, je ne l’aurais jamais exigé ! C'était pour moi une façon symbolique d’apporter ma caution d’auteur au film et à l’adaptation de Claude.
Sa carrière était exceptionnelle. Exemplaire en matière de respect envers les acteurs, en matière de qualité. Je parlerais de touche française à son propos, pour ne pas dire french touch. Après avoir vu de près son travail de réalisateur, je comprends ce parcours de grand adaptateur qu’il a eu.  N’étant pas  du milieu du cinéma, j’ai ce regard naïf, et j’ai vu son grand respect des livres, qui transparait dans son œuvre. C’est une carrière absolument exemplaire dans le cinéma français. Au moment du tournage j’ai vu quelqu’un plein d’humilité, de respect pour mon œuvre, j’insiste là-dessus, et aussi de respect envers les acteurs. Il était très loin d’être un dictateur. »

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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