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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 09:55

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Poète précieux et souvent hermétique, Cocteau fut très vite séduit par le potentiel d'images que lui offrait le 7e Art.  "Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu" - se plaisait-il à dire. Toute image constituait pour lui un matériau concret, d'où l'appelation de "réalisme magique" qui qualifia, dès le début, sa création cinématographique, bien que la forme narrative ne cessa d'osciller du vérisme des "Parents terribles" au merveilleux de "La Belle et la Bête". 

Son premier essai "Le sang du poète" en 1931, financé par le mécène, le vicomte de Noailles - Cocteau savait emprunter, et tout particulièrement l'argent des autres, avec subtilité - révèle un goût prononcé pour le trucage et l'hybridation visuelle. Aussi les surréalistes ne manquèrent -ils pas de l'accuser d'emprunts illégitimes, ce qui ne semble pas l'avoir beaucoup ému, bien que ses films ne soient pas, à proprement parler, dominés par les tourments de l'inconscient. Il compose avec "Le testament d'Orphée", en 1960, son oeuvre ultime, où il se met lui-même en scène dans un festival de métaphores et d'autocitations comme une boucle englobant les objets et thèmes familiers, dans un flux d'images créatives et de rapprochements trop souvent abscons. 

Le goût de Cocteau pour les grands mythes ne se limite pas à celui d'Orphée. Une série de pièces de théâtre l'atteste, qui a conduit à deux films essentiels : "L'Aigle à deux têtes" en 1958, tragédie fondée sur le thème du double, et "La Belle et la Bête" en 1946, un conte dont les références picturales rehaussent un merveilleux éloigné de toute tradition cinématographique. Quel que soit le cadre de son récit, mythique, psychologique, théâtral, légendaire, Cocteau s'est appliqué à fuir le réalisme, trop banal à ses yeux, pour le remplacer par un réel constamment mystifié. Aussi a-t-il souvent commis le péché d'emphase et de préciosité, si bien qu'on ne parvient pas à entrer complètement dans un univers qu'il propose avec trop d'excès et de manièrisme. Il use néanmoins d'une science certaine de la beauté visuelle, privilégiant l'image au texte, ce qui est regrettable, et attachant une grande importance au montage, aux décors insolites qui servent parfaitement ses thèmes les plus chers : la drogue, les rituels d'initiés, l'homosexualité, tout cela dans une version quasi sacralisée et des images d'une indéniables poésie et d'une grande beauté esthétique.

Pour le cinquantenaire de sa mort à Milly-la-Forêt, en 1963, à quelques heures de celle de son amie Edith Piaf, des articles, des livres, des hommages, des rediffusions nous remettent en phase avec un créateur un peu oublié, dont la vie ne fut certes pas un long fleuve tranquille et qui a envoûté un large public par son originalité et sa légèreté, car rien de pesant chez cet artiste multiforme qui s'est sans doute laissé un peu égaré par la diversité de ses dons.

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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