Partager l'article ! DANIELLE DARRIEUX: VIDEO A ...
Alors qu'elle étudiait le violoncelle au conservatoire, Danielle Darrieux, née en 1917, est remarquée et retenue pour tenir le rôle principal dans Le Bal de Wilhelm
Thiele. Elle a 14 ans et n'a encore suivi aucun cours d'art dramatique. Qu'à cela ne tienne ! Sa fraîcheur, son charme, sa spontanéité en font la plus délicieuse ingénue et on parle
d'elle comme d'une révélation, si bien qu'elle tourne successivement La crise est finie et Dédé ( 1934) de Guissart, L'or dans la rue ( 1934 ) de Kurt
Bernhardt, Quelle drôle de gosse ( 1935 ) de Léo Joannon et qu'à 18 ans elle n'a pas moins de quinze films à son actif.
En 1935,
Anatole Litvak lui offre un premier rôle dramatique, celui de la tendre et
fragile baronne Vetsera dans Mayerling, au côté de Charles Boyer, où elle va se révéler une vraie comédienne, capable non seulement de séduire mais d'émouvoir et,
sans forcer son jeu, de traduire des sentiments complexes et douloureux. Au début de l'Occupation, elle remporte un triomphe avec Premier Rendez-vous (1941) de Henri Decoin qu'elle a
épousé. Suivront quelques films sans grand intérêt, avant qu'elle ne renoue avec des personnages plus consistants et trouve un second souffle avec Occupe-toi d'Amélie (1949) de Claude
Autant-Lara ou La Ronde de Max Ophuls. Ophuls, qui a découvert en elle son interprète idéale - il dira à son propos " Regardez ce tendre mouvement de l'épaule et ce sourire qui
ne sourit pas mais qui pleure. Ou qui fait pleurer " - lui confie le rôle principal dans Madame de...où elle est inoubliable dans le personnage d'une femme coquette,
prise au piège d'un grand amour. Affectueusement surnommée D.D., un critique de l'époque écrira : " Elle a incarné comme Gabin, autant que lui et de façon légère, l'insouciance des
années 1930 et la gravité des années 1950".
A propos d'Ophüls, on parle de la trilogie qui réunit les trois films les plus importants : La ronde, Le plaisir et Madame de. L'actrice y donnera la
pleine mesure de son talent et surprendra son public en lui découvrant des ressources insoupçonnées : ainsi sera-t-elle tour à tour une bourgeoise, une fille publique et une
aristocrate. Dans La Ronde, elle incarne avec délicatesse et humour Emma Breitkopf, femme mariée, victime d'une panne de son jeune amant ( Daniel Gélin ), avant de se retrouver auprès de
son mari ( Fernand Gravey ) dans la chambre conjugale aux lits jumeaux. Elle est ensuite la Madame Rosa du Plaisir, une des pensionnaires de la maison Tellier qui recouvre un peu sa
dignité de femme devant les excuses que lui adresse le menuisier de la campagne normande ( Jean Gabin ) et, pour finir, sera l'interprète insurpassable d'une femme saisie d'une violente passion,
oiseau qui se croyait volage et se découvre captif, dans Madame de... L'actrice légère, apparemment lisse pouvait, bien conduite, se révéler admirable tragédienne. Le génie d'Ophüls eut,
entre autre mérite, celui de tirer d'elle les sons d'un stradivarius.
A partir de ces années 50, elle sera considérée comme l'une des meilleures actrices françaises avec Michèle Morgan et Micheline Presle, sensible, touchante, parfaite dans des rôles aussi divers
que celui de Madame de Rénal dans Le Rouge et le Noir de Autant-Lara, dans La Maison Bonnadieu de Carlo Rim ( 1952), Pot-Bouille de Duvivier (1957). Elle
prêtera également ses traits et son talent à des personnages comme Lady Chatterley de Max Allégret (1955), la Montespan dans Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry et à des
femmes contrastées comme Agnès Sorel, favorite de Charles VII, et Marie-Octobre, une résistante de la dernière guerre. Tant et si bien que la Nouvelle Vague n'hésitera pas à faire appel
à une actrice aussi accomplie et qu'elle tournera avec Chabrol dans Landru (1962), Jacques Demy dans Les demoiselles de Rochefort (1966) et Une chambre en ville (1982),
avec Dominique Delouche dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1967) et Divine (1975),
Philippe de Broca dans Le Cavaleur (1978) et André Téchiné dans Le lieu du crime (1985) ; ces cinéastes contemporains n'ayant pas hésité à lui confier des rôles de
femmes mûres ou même d'adorables grands-mères. Au théâtre, sa carrière n'en est pas moins brillante. Ses plus grands succès seront : Les jeux dangereux en 1937, La
robe mauve de Valentine en 1963 et Harold et Maud en 1995.
En 2005, à 88 ans, elle tourne "Nouvelle Chance" d'Anne Fontaine. Un record pour une actrice qui a débuté sa carrière à 14 ans et n'a pas moins d'une centaine de films
à son palmarès. Cette longévité, elle la doit à une incroyable jeunesse de caractère, d'autant qu'elle n'a pas dit son dernier mot et qu'elle a participé récemment,
auprès de Laura Smet et de Chiara Mastroianni, à la dernière production de Pascal Thomas : Mon petit doigt m'a dit. Ainsi a-t-elle tout joué et tout interprété sans éprouver la
moindre lassitude et conservé, malgré les épreuves et les chagrins, une formidable joie de vivre. Ce qui a fait dire à son metteur en scène Anne Fontaine : J'ai été complètement charmée par
sa personnalité, son énergie, le mélange de joie, de gaieté et de mélancolie totalement surmontée. Danielle est entièrement tournée vers l'avenir, elle a un rapport unique avec le temps.
Cette grande actrice s'est vu couronnée par le prix de la meilleure interprétation féminine à Berlin en 2002 pour Huit femmes de François Ozon, d'un César
d'honneur à Cannes en 1985 et d'un Molière d'honneur en 1993. Toujours débordante d'activité à 93 ans, elle avoue : " J'ai du mal à me voir vieillir. Du coup, je regarde mes anciens
films. Mes deux petits liftings sont ridicules à côté de ceux qu'on voit aujourd'hui ! Le secret, c'est d'aimer la vie, de se poser des questions et de ne pas avoir d'oeillères.
La comédie, c'est la vie. La seule chose qui m'emmerde, c'est de devoir mourir ".
Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :
LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement
révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de nous
surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?
"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."
Charlie Chaplin
"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."
Stanley Kubrick
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