21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 10:51

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Alors qu'elle étudiait le violoncelle au conservatoire, Danielle Darrieux, née en 1917, est remarquée et retenue pour tenir le rôle principal dans  Le Bal de Wilhelm Thiele. Elle a 14 ans et n'a encore suivi aucun cours d'art dramatique. Qu'à cela ne tienne ! Sa fraîcheur, son charme, sa spontanéité en font la plus délicieuse ingénue et on parle d'elle comme d'une révélation, si bien qu'elle tourne successivement  La crise est finie et Dédé ( 1934) de Guissart,  L'or dans la rue ( 1934 ) de Kurt Bernhardt,  Quelle drôle de gosse ( 1935 ) de Léo Joannon et qu'à 18 ans elle n'a pas moins de quinze films à son actif.

En 1935, Anatole Litvak lui offre un premier rôle dramatique, celui de la tendre et fragile baronne Vetsera dans Mayerling, au côté de Charles Boyer, où elle va se révéler une vraie comédienne, capable non seulement de séduire mais d'émouvoir et, sans forcer son jeu, de traduire des sentiments complexes et douloureux. Au début de l'Occupation, elle remporte un triomphe avec Premier Rendez-vous (1941) de Henri Decoin qu'elle a épousé. Suivront quelques films sans grand intérêt, avant qu'elle ne renoue avec des personnages plus consistants et trouve un second souffle avec Occupe-toi d'Amélie (1949) de Claude Autant-Lara ou La Ronde de Max Ophuls. Ophuls, qui a découvert en elle son interprète idéale - il dira à son propos " Regardez ce tendre mouvement de l'épaule et ce sourire qui ne sourit pas mais qui pleure. Ou qui fait pleurer " -  lui confie le rôle principal dans  Madame de...où elle est inoubliable dans le personnage d'une femme coquette, prise au piège d'un grand amour. Affectueusement surnommée D.D., un critique de l'époque écrira  : " Elle a incarné comme Gabin, autant que lui et de façon légère, l'insouciance des années 1930 et la gravité des années 1950".

A propos d'Ophüls, on parle de la trilogie qui réunit les trois films les plus importants : La ronde, Le plaisir et Madame de. L'actrice y donnera la pleine mesure de son talent et surprendra son public en lui découvrant des ressources insoupçonnées : ainsi sera-t-elle tour à tour une bourgeoise, une fille publique et une aristocrate. Dans La Ronde, elle incarne avec délicatesse et humour Emma Breitkopf, femme mariée, victime d'une panne de son jeune amant ( Daniel Gélin ), avant de se retrouver auprès de son mari ( Fernand Gravey ) dans la chambre conjugale aux lits jumeaux. Elle est ensuite la Madame Rosa du Plaisir, une des pensionnaires de la maison Tellier qui recouvre un peu sa dignité de femme devant les excuses que lui adresse le menuisier de la campagne normande ( Jean Gabin ) et, pour finir, sera l'interprète insurpassable d'une femme saisie d'une violente passion, oiseau qui se croyait volage et se découvre captif, dans Madame de... L'actrice légère, apparemment lisse pouvait, bien conduite, se révéler admirable tragédienne. Le génie d'Ophüls eut, entre autre mérite, celui de tirer d'elle les sons d'un stradivarius.

A partir de ces années 50, elle sera considérée comme l'une des meilleures actrices françaises avec Michèle Morgan et Micheline Presle, sensible, touchante, parfaite dans des rôles aussi divers que celui de Madame de Rénal dans Le Rouge et le Noir de Autant-Lara, dans La Maison Bonnadieu de Carlo Rim ( 1952), Pot-Bouille de Duvivier (1957). Elle prêtera également ses traits et son talent à des personnages comme Lady Chatterley de Max Allégret (1955), la Montespan dans Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry et à des femmes contrastées comme Agnès Sorel, favorite de Charles VII, et Marie-Octobre, une résistante de la dernière guerre. Tant et si bien que la Nouvelle Vague n'hésitera pas à faire appel à une actrice aussi accomplie et qu'elle tournera avec Chabrol dans Landru (1962), Jacques Demy dans Les demoiselles de Rochefort (1966) et Une chambre en ville (1982), avec Dominique Delouche dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1967) et Divine (1975), Philippe de Broca dans Le Cavaleur (1978) et André Téchiné dans Le lieu du crime (1985) ; ces cinéastes contemporains n'ayant pas hésité à lui confier des rôles de femmes mûres ou même d'adorables grands-mères. A
u théâtre, sa carrière n'en est pas moins brillante. Ses plus grands succès seront : Les jeux dangereux en 1937, La robe mauve de Valentine en 1963 et Harold et Maud en 1995. 

 

        Haut et Court        VIDEO

 

En 2005, à 88 ans, elle tourne  "Nouvelle Chance" d'Anne Fontaine. Un record pour une actrice qui a débuté sa carrière à 14 ans et n'a pas moins d'une centaine de films à son palmarès. Cette longévité, elle la doit à une incroyable jeunesse de caractère, d'autant qu'elle n'a pas dit son dernier mot et qu'elle a participé récemment, auprès de Laura Smet et de Chiara Mastroianni, à la dernière production de Pascal Thomas :  Mon petit doigt m'a dit. Ainsi a-t-elle tout joué et tout interprété sans éprouver la moindre lassitude et conservé, malgré les épreuves et les chagrins, une formidable joie de vivre. Ce qui a fait dire à son metteur en scène Anne Fontaine : J'ai été complètement charmée par sa personnalité, son énergie, le mélange de joie, de gaieté et de mélancolie totalement surmontée. Danielle est entièrement tournée vers l'avenir, elle a un rapport unique avec le temps.

                                            Danielle Darrieux. Haut et Court 

Cette grande actrice s'est vu couronnée par le prix de la meilleure interprétation féminine à Berlin en 2002 pour Huit femmes de François Ozon, d'un César d'honneur à Cannes en 1985 et d'un Molière d'honneur en 1993. Toujours débordante d'activité à 93 ans, elle avoue : " J'ai du mal à me voir vieillir. Du coup, je regarde mes anciens films. Mes deux petits liftings sont ridicules à côté de ceux qu'on voit aujourd'hui ! Le secret, c'est d'aimer la vie, de se poser des questions et de ne pas avoir d'oeillères. La comédie, c'est la vie. La seule chose qui m'emmerde, c'est de devoir mourir ".



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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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Henry-Jean Servat 11/11/2007

Vous avez fait deux erreurs dns votre texte. Le César d'honneur n'a assurément pas été décené à DD à Cannes mais à Paris et, surtout, elle ne joue pas la Marquise de Montespan dans ' Si Versailles m'était conté ' de Guitry. Elle ne figure pas dans le film où le rôle de la Montespan est tenu par Claudette Colbert. Darrieux joue la Montespan dans ' L'Affaire des poisons ' d'Henri Decoin. Bien à vous,
HJS

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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