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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 17:22

                    Affiche teaser américaine. Myriad Pictures

Beaucoup de monde se pressait ce mercredi 5 septembre 2007 pour entrer au CID où avait lieu l'unique représentation du film en compétition  Factory Girl . Avant que celui-ci ne commence, le metteur en scène George Hickenlooper fit une courte allocution et ne nous cacha pas qu'il était un peu nerveux car c'était ce matin qu'avait lieu la première mondiale de la version définitive, après le re-découpage qu'on l'avait autorisé à faire à la suite de sa présentation à Londres. Le cinéaste a jugé, en effet, indispensable d'en améliorer le rythme, en alternant différemment les scènes en noir et blanc et celles en couleur qui ont pour but de donner à ce long métrage des allures de documentaire et de plonger le récit dans une réalité plus immédiate et suggestive. C'est d'ailleurs là sa plus grande réussite : avoir su reconstituer le climat et l'ambiance des années 60 à un moment où l'Amérique semblait  tourner le dos à ce qui, en moins d'un siècle, l'avait faite ce qu'elle était : la plus grande puissance. Après avoir su s'édifier et se bâtir, voilà qu'elle prenait plaisir à contempler les abîmes qui s'ouvraient devant elle avec une inquiètante jubilation. Une génération de jeunes désoeuvrés en voulait à ses parents d'avoir, à force de travail, d'ambition et de compétence, accouché d'une Amérique qui faisait rêver le monde et la France en particulier, pour ne se complaire que dans le sexe, la drogue et le rock n'roll, déployant autant d'acharnement pour déconstruire ce que leurs aînés avait mis à construire. Ce sont durant ces années-là que se développa le mouvement Pop Art où s'illustrèrent  Roy Lichtenstein, Tom Wesselmann, James Rosenquist, Claes Oldenburg et, bien entendu, Andy Warhol. Ce mouvement recourait aux objets les plus quotidiens ainsi qu'aux procédés graphiques de la publicité et de la mode pour tenter d'instituer un art nouveau. Dans ce milieu marginal apparut alors une très jeune femme, issue d'une riche famille, qui entendait voler de ses propres ailes, ne serait-ce que pour adresser un pied de nez à un milieu privilégié qui n'était pas à son goût et moins encore au goût de l'époque. 
                        

                      Sienna Miller. Bob Yari Productions

Elle débarquait à New-York avec le désir de s'illustrer dans la mode ou le cinéma, grâce à un physique avantageux et une plastique de rêve. Sa rencontre avec le roi du Pop Art allait déterminer et sceller à jamais son destin de la manière la plus tragique qui soit, car cette frêle créature l'était tout autant au physique qu'au moral et allait devenir la victime de ses propres fantasmes. Très vite dépendante de la drogue, elle vivra une aventure aussi brève qu'intense avec Andy qui vit en elle une muse idéale et ne dissimulera pas qu'elle exerca sur lui une profonde influence. Mais son coup de foudre pour un  musicien - Bob Dylan  - mit fin à leur relation, toute platonique d'ailleurs, si bien que Edie Sedgwick ne saura retenir ni le peintre, ni le musicien, effrayé par son comportement névrotique, et se retrouvera seule et sans ressources ( son père lui ayant coupé les vivres ).  Le film nous fait assister à cette lente descente aux enfers d'une égérie qui mourra à 28 ans, parce qu'elle n'avait pas été en mesure de résister à la frénésie d'un petit monde reclus dans ses vices et ses faiblesses. Devenue pour quelque temps leur icône, elle y perdra son âme et le paiera de sa vie. Le film retrace cette existence d'une écriture sensible, servie par une belle trame musicale et un tout aussi bel emballage esthétique. Il est relativement bien fait et le recours au noir et blanc est bienvenu pour accroître l'impression insistante du vécu. Néanmoins, il est regrettable que le réalisateur se soit contenté de relater la biographie d'une idole égarée dans les dédales d'un milieu étriqué et malsain, sans aller au-delà des faits, sans en tirer les conséquences, sans même situer cette démarche dans le flux historique et sans tenter d'en démasquer les causes. Le portrait de l'héroïne reste trop superficiel à mon goût, trop plat, et ne remet pas suffisamment en cause la validité du Pop Art et du personnage d'Andy Warhol qui l'a si pleinement illustré. D'ailleurs, à la fin du film, Andy s'efface comme s'il n'était là que par hasard et parce qu'il avait un instant focalisé les illusions de sa muse déchue.

Je ne voudrais pas conclure cet article sans parler de l'interprétation qui est remarquable. Sienna Miller dans le rôle d'Edie Sedgwick est bouleversante et accomplit une véritable performance d'actrice, tant elle s'identifie à son personnage, en exprime la fragilité, la complaisance, la vulnérabilité, la souffrance, le désarroi. Cela au côté d'un Andy Warhol excellemment interprété par Guy Pearce qui est saisissant d'authenticité et joue son personnage avec une sobriété dont on doit lui être redevable, car il  ajoute ainsi à sa crédibilité. Il n'est jamais simple d'entrer dans la peau d'un être aussi connu et de lui conférer à l'écran une telle véracité. Ce film possède des atouts indiscutables et fera probablement une belle carrière, simplement parce que le personnage central sait émouvoir et que l'émotion est au goût du jour.

           

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :
LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN



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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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