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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 10:30

       Connaissance du Cinéma Action Cinémas / Théâtre du Temple Carlotta Films

 

" Les ombres meurent-elles ? " demandait le cinéaste pour souligner le caractère immanent du clown dans les formes du spectacle contemporain. Et c'est précisément cette poésie de l'inutile et du superflu qui habite l'art de  Federico Fellini  : un univers fantasmé qui se reflète dans la vie, un monde où ne cessent de cohabiter le vraisemblable et l'artifice. Auteur singulier, insaisissable, magicien de la lumière, la présence de ce réalisateur inclassable dépasse de beaucoup le domaine du 7e Art, auquel il a pourtant donné une âme, un coeur et des images inoubliables. Car il est de ceux qui non contents d'animer des personnages, de donner existence à des récits et à des contes, ont influencé un langage en libérant l'imagination onirique et en devenant les géographes de mondes inexplorés. Il est également de ceux qui se sont fait les chantres de la mémoire, du faux et du vrai, et dont chaque oeuvre ouvre des perspectives inédites. Chez lui, face à l'angoisse du présent, le retour aux rives bienheureuses de l'enfance, du souvenir, était une tentative pour échapper à l'emprise du réel, pour reculer désespérément le crépuscule d'un monde qu'il savait inexorablement perdu.



Federico était né à Rimini le 20 janvier 1920. Il héritera de ses parents une sensibilité peu commune qu'il considère ainsi : " Certains pleurent dans leur for intérieur. D'autres rient. Moi, j'ai toujours eu tendance à protéger l'intimité de mes émotions. J'étais content de partager ma joie et mes rires, mais je ne voulais pas que l'on sache que j'étais triste ou que j'avais peur. Ce que je sais - ajoutait-il - c'est que mes souvenirs m'appartiennent et qu'ils seront miens tant que je vivrai." 
On comprend déjà à cette façon simple et compliqué de s'expliquer, l'alchimie secrète dont il saura user, cet apanage des grands qui ne craignent pas d'assumer leurs extravagances et leurs désirs  et donnent raison à la phrase de Shakespeare dans La Tempête : " Nous sommes faits de la même matière que nos songes ". Il ne craignait pas davantage le chaos et se plaisait à le provoquer afin de reconstruire mieux et de manière autre, plus proche de son idéal.


       Carlotta Films Pathé Renn Productions Les Acacias Cineriz


Deux thèmes vont dominer son art : l'amour et le voyage. Jeune, il aimait s'évader et la fugue, qui le marquera le plus profondément, sera celle qu'il fera avec un cirque, où les personnages de clowns le frapperont à un point tel qu'ils feront partie à tout jamais de son univers. Il affirmera d'ailleurs après sa rencontre avec le clown Pierino : " Je compris que lui et moi n'étions qu'un seul et même être. Je ressentis une affinité immédiate avec son manque de respect. Il y avait quelque chose dans sa négligence soigneusement pensée, quelque chose d'amusant et de tragique." Il ira jusqu'à laver un zèbre déprimé, épisode dont il se souviendra toujours.


 
Bien que la légende veuille qu'il ait été un cancre et un vaurien, il faut croire que l'enfant Federico avait des dons assez exceptionnels et une intelligence assez vive pour avoir su tirer de cette jeunesse agitée et instable une manne capable de nourrir toute sa vie d'artiste et de créateur. Il ira même jusqu'à dire : " J'ai passé ma vie à tâcher d'oublier mon éducation ", mais il le fera de façon à n'offenser personne, à ne causer de souffrances à quiconque, comme à son habitude. Ainsi il s'éloignera peu à peu d'une école peu stimulante, d'une mère mélancolique, d'une éducation répressive, d'une province fermée, afin de devenir pleinement lui-même, un homme qui chérit la fantaisie, l'improvisation et se plaît dans un monde imaginaire qu'il peut édifier selon ses aspirations. Excellent dessinateur, il commence à monnayer ses premiers dessins et à 17 ans justifie la bonne raison qui l'incite à quitter le domicile paternel : il vient d'être engagé par une revue satirique de Florence. Il y résidera quatre mois et se fixera ensuite à Rome où il s'inscrit, de façon à rassurer sa famille, à la faculté de droit. " Dès que je suis arrivé à Rome  -avouera-t-il - j'ai eu l'impression d'être chez moi. Rome est devenue ma maison dès que je l'ai vue. C'est à cet instant-là que je suis né ".

   

Après avoir connu les petits boulots, il est embauché par le journal " Marc'Aurélia ", authentique fourmilière de cerveaux humoristiques qui lui donnera l'occasion de réaliser de nombreuses illustrations, d'écrire environ 700 pièces et lui méritera la sympathie d'un public jeune. L' autobiographie et l'auto-ironie seront le moteur de ces rubriques et le secret de son succès. C'est à cette époque qu'il rencontre Giulietta Masina, une jeune actrice qui prête sa voix à l'un de ses personnages lors d'un enregistrement radiophonique. Fellini commence alors à fréquenter le milieu du music-hall qui l'inspire pour ses productions et fait, entre autre, la connaissance de Fabrizi pour lequel il rédige des dialogues. Ils se sépareront mais ces heures d'échanges et d'amitié suggéreront à Fellini certains de ses dialogues ultérieurs. Ce monde du music-hall le conduit à composer deux revues ; ses rapports avec  Giulietta Masina  se concrétisent par un mariage ; enfin on lui propose d'écrire son premier scénario. Mais Rome en cette année 1943 est occupée par les Allemands et la vie n'y est pas facile. On fait du cinéma en cachette et le public se rend au théâtre comme à une manifestation, afin de persuader l'occupant que la vie continue bon gré mal gré. Avec l'arrivée des alliés, les acteurs et metteurs en scène vont être pris d'une vraie fringale de réalisations. Il y a tellement à dire et à montrer, d'autant qu'on sait l'épreuve stimulante. C'est à cette époque que Fellini croise Rossellini, rencontre déterminante qui va lui permettre de travailler à l'élaboration du scénario de Païsa ( 1946 ) et même d'en être, lors du tournage, l'assistant-réalisateur. C'est grâce à Rossellini  - dira Fellini  -que m'est venue l'idée du film comme voyage, aventure, odyssée. Il fut un maître et un ami sans pareil.
Fellini vient de faire son entrée dans le 7e Art qui sera désormais son moyen d'expression privilégié. Il poursuivra un moment son apprentissage technique auprès de Lattuada avant de prendre son destin en main avec Courrier du coeur ou Le Cheikh blanc.



Suivront plus d'une vingtaine de films dont presque autant de chefs-d'oeuvre. " Je fais des films car je ne sais rien faire d'autre et j'ai l'impression que les choses se sont mises en place très rapidement, de façon spontanée, naturelle, pour favoriser cette inéluctabilité. (...) Je n'aurais jamais pensé devenir metteur en scène, mais dès l'instant où j'ai crié pour la première fois : "Moteur !  Coupez ! ", j'ai eu l'impression de l'avoir toujours fait, et je n'aurais pas pu faire autre chose, c'était moi, c'était ma vie. En faisant des films, je n'ai donc pas d'autres intentions que de suivre un penchant naturel, c'est-à-dire raconter en images des histoires qui me sont proches et que j'aime raconter dans un mélange inextricable de sincérité et d'invention avec l'envie d'étonner, de me confesser, d'absoudre, de prendre effrontément du plaisir, d'intéresser, de faire la morale, le clown, d'être prophète, témoin...de faire rire et d'émouvoir."



Le contrat aura été parfaitement rempli par ce réalisateur inspiré, l'un des plus grands maîtres du cinéma qui a su nous toucher si essentiellement et durablement par son don d'invention, son imprévisibilité. Mieux que personne, il savait que la mort n'existe pas, que ce n'est là qu'un accident de  la vie normale, toujours vaincue par la puissance de l'imagination. De sa boite magique, il a fait sortir les personnages les plus incroyables, les métaphores les plus inattendues, opposer à la médiocrité journalière les défis les plus délirants, jouer de l'étrange, du désarmant, de l'outrancier, surprendre toujours, décevoir rarement mais choquer parfois ceux qui n'avaient pas encore pris le temps de le rejoindre. 

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :

 
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les articles que j'ai consacrés aux films de Fellini, dont La strada, La dolce vita et Amarcord, cliquer sur le leurs titres :

 

AMARCORD de FELLINI          LA STRADA de FEDERICO FELLINI      


 LA DOLCE VITA de FEDERICO FELLINI 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
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commentaires

armelle 01/11/2013 09:45

à Alain :

Je ne suis pas sûre d'aller voir "Gravity" mais, d'après les images aperçues ici ou là, je pense que c'est bien fait et intéressant.

Ciné Alain 31/10/2013 21:13

Fellini, il reste éternel chère Armelle. Je ne viens pas ce soir pour parler du Maître Italien mais du dernier film que j'ai vu et que vous n'irez pas voir. J'en suis à peu près certain. "Gravity".
Rien ne m'y prédisposait et au finish, j'ai passé un excellent moment augmenté par les souvenirs de lecture de Jean Marcoux et du fameux vide ... Ce côté là vous parle, j'en suis certain. Très
belle soirée à vous.

Edmée De Xhavée 31/10/2013 14:50

Je n'ai pas toujours tout compris de Fellini, ni tout aimé de façon égale. Mais jamais je n'ai été déçue et plus je revois les films et plus ils me rentrent dans le coeur...

nicos31 03/04/2013 10:52

J'ai aussi vu casanova, un excellent film aussi.

nicos31 03/04/2013 10:51

J'ai vu deux films de fellini il me semble, "la Dolce Vita" et "La strada" deux grands chef d'oeuvres par ailleurs. J'aimerais en découvrir plus.

Eeguab 07/11/2011 21:01


Quel merveilleux montreur que Fellini.Je ne suis réfractaire qu'au Satyricon Et Les clowns me file un bourdon pas possible.Pour tout le reste quel fabuleux imaginaire l'homme de Rimini.Je suis un
"Vitellono".


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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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