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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 15:01

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Jeudi 8 mars 2012

 

Deux films ce jeudi 8 mars pour ma première journée de Festival avec l'un en compétition Saya Zamurai du cinéaste Hitoshi Matsumoto et l'autre  Charisma ( 1999 ) du réalisateur honoré cette année par cette 14ème édition,  Kiyoshi Kurosawa, dont l'histoire est cette d'un inspecteur de police qui n'est pas parvenu à libérer un homme politique pris en otage et qui, à la suite de cet échec, démissionne de son poste et se rend sur une montagne où pousse un arbre aux pouvoirs étranges. Deux films japonais et pourtant à l'opposé l'un de l'autre : l'oeuvre de Kurosawa est sombre et désespérée à souhait, celle de Hitoshi Matsumoto, présent le soir à la projection, est une fable d'une grande poésie, dramatique certes mais animée d'humour et d'espérance, qualités totalement absentes du précédent.

 

Charisma

 

Le cinéma original et interrogatif de Kiyoshi Kurosawa est de proposer des méditations ouvertes, au sein desquelles chacun peut frayer le chemin de ses propres réflexions. Il s'agit ici d'une réflexion philosophique aux enjeux métaphysiques et politiques, qu'il appartient à chaque spectateur d'investir à son gré. Je me permettrai toutefois d'attirer l'attention sur une des approches possibles, qui font que l'arbre puis l'homme qui s'appellent « charisma » dans le film incarnent les multiples formes de la tension entre l'exigence collective et la revendication individuelle. Si bien qu'au début du film, placé sous l'empire d'un autre genre cinématographique, le polar, est affichée une étrange revendication « Il faut rétablir les règles du monde ». La grande force de Charisma est de mettre en évidence de manière dramatique comment ces règles ont été trahies et comment l'homme, livrée à la solitude de sa conscience, ne trouve d'issue ni dans la nature, ni dans la société. Cette ambivalence féconde, qui met en cause tous les grands systèmes binaires, concerne en particulier son rapport aux autres, l'opposition culture/nature, au point que l'on parvient à douter du caractère « naturel » de la nature et que l'on se prend à se demander alors ce que peut ou doit  être une attitude civilisée et ce que l'homme est en mesure de faire en tant qu'individu. Cette destructuration va permettre de parvenir à un point incontournable où chaque personnage finit par expliquer, et sans doute par croire, que tous les autres sont fous et que l'être n'est pas davantage capable de sauver la nature que la nature ne l'est de le sauver et de se sauver elle-même. Ce qui a pour conséquence de placer le spectateur dans une posture d'incertitude qui a quelque chose d'inconfortable, mais aussi de stimulant. Cette ambivalence, cette réversibilité de la référence raisonnable est une aubaine pour un cinéaste moderne, qui travaille sur la mise en question de la logique dramatique et sur ce que peut siggnifier "le destin". Un tel univers permet de rendre imprévisible le plan suivant, de rendre - de manière parfois effrayante et presque toujours onirique et incroyablement brutale et cruelle - le comportement de chacun des protagonistes. C'est une formidable liberté bien qu'elle soit dangereuse, comme toute vraie liberté. Il faut donc un grand artiste pour s'en servir sans que son œuvre ne devienne pas illisible ou incohérente.  Par ailleurs, il y a dans ce film un mystère que Kiyoshi Kurosawa  travaille avec des moyens visuels simples et parfois obscurs au non initié. Il n'est pas facile de se frayer un chemin dans ce narratif où, à tout moment, intervient une solution contradictoire. Mais la tentative est intéressante et le film a le mérite d'introduire le questionnement à défaut de proposer des solutions.

 

CHARISMA-1999-de-Kiyoshi-Kurosawa-.jpg   VIDEO

 

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Pour consulter l'article que j'ai consacré au cinéaste, cliquer sur son titre : 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE


imagesCANDWP5L.jpg  VIDEO

 

Saya Zamurai

Faire rire semble être la grande obsession de Hitoshi Matsumoto malgré la mélancolie de son sujet, puisqu'il a contribué à de nombreuses émissions comiques populaires à la télévision japonaise. Ainsi met-il en scène dans son troisième film Saya Zarumai ses préoccupations émotives en lien avec son métier. Kanjuro Nomi, un samouraï ayant perdu l’envie de se battre à la suite de la mort de son épouse, est emprisonné pour avoir quitté ses fonctions sans la permission de son maître. Il aura trente jours pour parvenir à faire sourire le fils d'un seigneur muré dans le chagrin depuis la disparition de sa mère. S’il échoue, il devra s’enlever la vie, suivant le rite traditionnel du seppuku qui consiste à s'ouvrir le ventre avec son sabre. Accompagnée de ses deux gardiens de prison et de sa fille qui l’encourage à s’enlever la vie dignement plutôt que de perdre la face, la petite troupe élabore une suite de gags pour racheter la vie du samouraï déchu. Néanmoins le recours à l’humour n'est utilisé ici que comme le seul moyen de défense susceptible de s'opposer au désespoir du monde. Matsumoto fait alors bien plus que rendre hommage à sa profession : ces deux heures de film nous présentent sa vision obsessionnelle de l’art de la drôlerie confrontée à l'implacable cruauté qui se trouve au coeur de son sujet.  Grâce à une imagerie d'une infinie précision, Saya Zamurai  repousse les frontières du gag à répétition pour mieux construire son discours. Au lieu de s'enfoncer dans le ridicule ou le banal, le réalisateur montre à chacune des scènes sa capacité d'invention en retravaillant les mêmes plans, les mêmes grimaces, sous des angles différents. Par leur simple répétition, il développe son récit autour du changement d’angle de caméra et les trouvailles farfelues de ses personnages. Ces trouvailles s'enchaînent sans  être répétitives car, à chaque plan, le spectateur est placé devant une situation différente et particulièrement angoissante.  Il s’en dégage dès lors une compassion désintéressée qui procure à l'opus son caractère humain. Sans raison apparente, si ce n'est qu'ils sont touchés par la présence de l'enfant et le désarroi de leur prisonnier, les deux gardiens multiplient les idées afin d' aider cet homme pitoyable. Quant à la petite fille, délicieusement interprétée par Sea Kumeda, étonnante de présence et de sensibilité, elle sauvera l’honneur de son père en devenant maître de cérémonie à chaque nouveau spectacle. La fin n'est certes pas celle que l'on attendait mais elle prouve le souci d'honneur qui s'attache à tout japonais depuis la nuit des temps. Servi par une interprétation parfaite, des images d'une grande beauté et une poésie de chaque instant, ce film étonnant qui avait toutes les raisons de sombrer dans le pathos ou, pire, le trivial ou le grossier, est un conte merveilleux, original, déjouant toutes les facilités qui risquaient d'en ternir l'éclat. Un oeuvre qui montre un cinéma japonais en pleine renaissance. A l'honneur cette année à Deauville, il nous révèle, avec ce long métrage magnifique déjà acclamé à Locarno en 2011, qu'il n'a pas fini de nous surprendre.

 

4-e-toiles

 

Pour consulter la liste des articles consacrés au 14e Festival du Film Asiatique de Deauville, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles du 14e Festival du film asiatique de DEAUVILLE

 

saya-zamurai-06.jpg saya_zamurai.jpg

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
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CHRISTOPHE LEFEVRE 09/03/2012 15:53

J'espère que ce film ne fera pas seulement le tour des festivals et qu'il sortira en salle...

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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