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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 10:59

Warner Bros. France             

 


Du cow-boy taciturne et cynique immortalisé par Sergio Leone à l'ancien combattant misanthrope de Gran Torino, Clint Eastwood a derrière lui plus de 50 ans de carrière durant laquelle il a su imposer son magnétisme et sa personnalité hors du commun. Archétype du mâle dominant et héros implacable et froid, le comédien n'a pourtant jamais cessé de jouer avec son image, n'hésitant pas à la mettre en danger et en dérision et à la contredire comme pour mieux la revitaliser. Traité de fasciste dans les années 70 par une presse peu clairvoyante, il a volontairement endossé les rôles les plus antinomiques et les plus paradoxaux, du doux rêveur dans  Bronco Billy  à l'homme d'action violent, de l'amoureux transi de  Sur la route de Madison  au macho yankee dans Les proies. Acteur inclassable doublé d'un auteur original, il n'est jamais là où on l'attend, se plaisant à désorienter et surprendre son public par son inspiration singulière. Depuis qu'il s'est consacré à la mise en scène, il a retouché son image de dur en la complexifiant et en ne craignant nullement de dévoiler de fascinantes failles, entre autre celles qui ont trait à l'ambiguïté morale et à la vieillesse.

 


Clint Eastwood. Warner Bros. France


Dans le magistral  Gran Torino,  il continue à peaufiner avec intelligence son personnage de justicier et de vieux réac, conscient de ce qu'il représente aux yeux du public, tout en refusant d'en être l'otage. Interrogé par des journalistes, il a accepté de parler du personnage qu'il incarne et met en scène dans son dernier opus, ce Walt Kowalski, un peu fou et plutôt bizarre, vétéran de la guerre de Corée, soudain veuf et condamné, par les circonstances, à faire face au crépuscule de son existence, seul. Rongé aussi par le regret de n'avoir su, pu ou voulu devenir proche de ses deux fils. Le monde, qui l'entoure, lui est étranger. Il ne reconnaît plus son environnement envahi par des immigrés asiatiques. Ouvertement raciste, il voit d'un très mauvais oeil le repeuplement de son quartier, jusqu'au jour où il est obligé de prendre partie dans un conflit qui oppose ses voisins, une accueillante famille hmong, ( les hmongs ont combattu aux côtés des américains au Vietnam )  - et un gang de jeunes voyous. Mieux encore, voilà qu'il se prend d'intérêt pour l'un de ces jeunes hmongs, un garçon qui a tenté de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972, sous la pression du gang, mais je n'en dirai pas plus.

Par souci d'authenticité, Eastwood a tenu à ce que les acteurs et figurants - des non professionnels pour la majorité - appartiennent à cette ethnie. Kowalski fait partie de ces hommes un peu obsolètes et non moins idéalistes qui, sur le tard, trouvent le chemin d'une rédemption inattendue, un salut ultime qui donnât sens à leur vie, fût-ce au prix d'un grand sacrifice et dont Clint avoue volontiers qu'il a mis beaucoup de lui-même.

 


Bee Vang et Clint Eastwood. Warner Bros. France

 

Ainsi, après avoir enchaîné les grandes fresques historiques et les films à Oscars, le cinéaste-interprète est-il de retour avec un film à l'intrigue linéaire et solidement charpentée, au casting exempt de stars ( sinon lui-même ) et au décor réduit à un pâté de maisons. Il est vrai que l'épure lui réussit et qu'il n'est jamais si efficace que dans le dépouillement. Sans doute est-ce ce mélange savamment dosé de drame et d'humour vachard, de mépris affiché du politiquement correct et de renvois discrets à l'ensemble de sa filmographie, qui font de ce dernier-né une réussite complète et une oeuvre attachante. Les préjugés sont désamorcés les uns après les autres dans ce récit d'initiation salvateur, aux accents humanistes et christiques, qui ne sombre jamais dans un sentimentalisme ou angélisme facile, tant la main du réalisateur est sûre et rigoureuse. Je vois là le testament de Clint, un film majeur dont chaque plan est composé comme un message à notre intention, traitant de ce qui est essentiel avec force et émotion. 

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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commentaires

Bond123 à Armelle 07/01/2010 12:55

Je te remercis pour le commentaire que tu as déposé sur mon blog et je me ferais un plaisir de venir lire ton article sur "Kubrick" qui, il est vrai, est l'un de mes réalisateurs favoris.
Il y a tellement de choses à dire sur lui.

Bond123 07/01/2010 11:56

Encore un chef d'oeuvre qui s'ajoute à la filmo de Clint Eastwood qui sait toujours bien choisir les sujet de ses films.
Gran Torino fut mon grand coup de coeur de l'année 2009.

keating 27/12/2009 17:28

Tu as joliment résumé en quoi ce film est magistral.

Je suis d'accord sur tout, et j'adore aussi voir Clint jouer avec son image et proposer une magnifique synthèse de toute sa carrière dans ce film-testament.
J'ai adoré la première heure, hilarante, où chaque réplique qui sort de sa bouche devient culte.
J'ai été boulversé par la fin, et la rédemption de Clint qui se termine de la plus belle des manières.

Pour moi c'est simple, il est immortel ^^

eelsoliver 20/05/2009 08:31

Cint eastwood réalise un film assez classique mais très efficace: cela fait penser à une sorte d'inspecteur harry à la retraite. Encore un grand cru de Eastwood.

Kleinhase 02/05/2009 11:12

Absolument magnifique. La tendresse avec laquelle Clint Eastwood observe son personnage de vieil emmerdeur évoluer, changer, s'humaniser est infiniment poignante; à l'image du stupéfiant final, qui prend littéralement aux tripes. Sobre et émouvant, c'est bien là qu'on reconnaît la patte du réalisateur. Merci Clint, et bravo.

ffred 03/03/2009 22:09

Ayant 2 heures à perdre hier je suis retourné le voir ! Et j'ai encore plus apprécié que la 1ere fois, encore plus d'émotion. Je transforme mes 4 étoiles en coup de coeur. Et entièrement d'accord avec Palilia : à voir absolument en V.O. !

dasola 03/03/2009 07:59

Bonjour Armelle, très bel article sur ce film ample et majestueux qui prend son temps. Depuis mercredi, les salles ne désemplissent pas, c'est un signe. La fin m'a bouleversée. Bonne journée.

palilia 02/03/2009 19:54

BONSOIR ARMELLEce film est le seul l'unique que souhaite voir en ce moment mon fils aîné et si possible en VO car on a eu l'occasion d'entendre sa vraie voix l'autre soir. C'est vrai qu'il a l'air superbe

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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