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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 10:31

  Corbis Sygma Universal Pictures Corbis Sygma

 

L'histoire du western se confond avec les débuts du cinéma américain. The great train Robbery tourné en 1903 est déjà un modèle du genre. Sa vedette Broncho Billy Anderson en deviendra la première star et sa carrière durera 62 ans. Très vite, ce cinéma trouve un ton, une sensibilité et une émotion exceptionnels. De tous les genres cinématographiques, il est celui qui a le moins besoin de la parole. La vision des grands espaces, la vigueur des cavalcades et des poursuites, la dureté des règlements de comptes suffisent à charger la pellicule d'une incroyable intensité. L'arrivée du parlant bouleversera le genre et ralentira la production, si bien que les westerns des années 20 sont peu nombreux et ne possèdent plus le même ton que ceux d'un Walsh ou d'un Ford qui savaient conférer à leurs oeuvres des moments de tendresse et des scènes d'intimité. L'apogée du genre se fera aux alentours des années 40, époque où la comédie musicale et le film noir n'ont pas encore atteint l'âge d'or et où l'apparition de la couleur magnifie les décors naturels des grands espaces superbement photogéniques. On voit ainsi revenir une surprenante conjonction de films avec des acteurs comme Henry Fonda, Tyrone Power, Robert Taylor, Burt Lancaster, Kirk Douglas dans des longs métrages dont les noms suffisent à éveiller la mémoire. Par ailleurs Hollywood produit des oeuvres à la gloire des pionniers et de tous ceux qui contribuèrent à la conquête de l'Ouest. Cecil B. DeMille célèbrera la construction des voies ferrées, Fritz Lang la mise en place du télégraphe, Michael Curtiz le développement des villes, tandis que King Vidor retracera l'héroïque odyssée des rangers du major Roberts. Mais miné par l'emprise de plus en plus envahissante de la télévision, le cinéma américain assiste impuissant à la mort successive des Grands Studios et, au début des années 60, le western subit une profonde mutation. Le ton se durcit et une approche plus libérale de l'Ouest s'oppose à une tradition que l'on pourrait symboliser par les films de John Wayne. Il y a maintenant deux façons d'appréhender et de raconter l'Ouest : celle qui privilégie la légende et celle qui traite à travers elle des problèmes contemporains de l'Amérique. Les derniers feux d'un genre en voie d'extinction datent des années 80 où Clint Eastwood, devenu réalisateur, produit des films comme L'homme des hautes plaines (1972) et où le western se veut davantage une méditation sur le Far West que le récit d'une épopée. Ainsi se tourne, non sans panache, la page d'un genre qui aura contribué à faire la gloire incontestable d'Hollywood.

 

JOHN FORD : Fils d'un cabaretier d'origine irlandaise, cadet d'une famille de 11 enfants, ce pionnier du genre tenait à donner l'image d'une vie simple, mais l'alcoolisme ne fut pas moins un fléau qui frappa aussi bien son père, sa mère que son épouse et lui-même. Ce conformiste malheureux, qui aima sa vie durant et sans espoir Katharine Hepburn, était aussi un intellectuel. Mais il préféra entretenir sa légende de marin, de buveur et de force de la nature, cachant ses tourments derrière sa trogne et son pittoresque bandeau sur l'oeil. Appelé par son frère, qui l'y avait devancé, il commence sa carrière à Hollywood en 1917, du temps du muet, et la terminera en 1966 après avoir signé 140 films, dont quelques inoubliables chefs-d'oeuvre. C'est lui qui contribuera à faire entrer le western dans son âge adulte avec des oeuvres comme  La poursuite infernaleLe fils du désert,   La charge héroïqueRio grande et  La prisonnière du désert, imposant également son paysage de prédilection : Monument Valley. Il est et restera l'homme des paysages immenses, auteur éclectique et profondément humain, dont l'incurable mélancolie teintera la plupart de ses films de couleurs souvent crépusculaires. Le sentiment de son propre vieillissement lui inspirera des opus comme L'homme tranquille et Quand se lève la lune et quelques poignantes méditations sur le temps qui passe. Caricaturé comme machiste, il n'en consacrera pas moins son dernier film aux femmes et mettra en scène un groupe de missionnaires dans une Chine en ébullition, composant pour Anne Bancroft un personnage dont l'héroïsme n'a rien à envier aux hommes.

 

HOWARD HAWKS : L'oeuvre de ce cinéaste a été saluée comme celle d'un précurseur qui sut devancer son temps et s'identifier pleinement à l'Amérique contemporaine, qu'il peindra d'un trait ferme et sans complaisance. Dès 1932, son cinéma s'inspire des crimes d'Al Capone et surprend par la nervosité de sa mise en scène. Les films suivants enchaînent des sujets divers et des scénarii inventifs qui frappent par leur rythme et la vivacité des dialogues. En même temps, Hawks s'impose comme un remarquable directeur d'acteurs, révélant la jeune Carole Lombard et dirigeant nombre de vedettes de l'époque comme Gary Cooper, Joan Crawford, Edward G. Robinson et, dans  L'impossible monsieur bébé,  le couple Katharine Hepburn/ Cary Crant. Sobre, usant du moins de plans possibles et de peu d'effets de montage, ce cinéaste brillant placera toujours sa caméra à hauteur d'homme. Mais il saura contrecarrer sa sobriété par les plans majestueux d'une nature sauvage et la force intérieure de ses personnages peu enclins aux compromis, axant son objectif sur l'importance des conflits intérieurs. Nous lui devons quelques westerns qui font date comme  La rivière rougeRio Bravo où il sait allier sa vision impressionnante de l'espace à celle tout aussi profonde et parfois démesurée de l'espace intérieur.

 

ANTONY MANN : est par excellence le cinéaste du western. Dans la période charnière des années 50, il a apporté au genre une densité psychologique et morale, ainsi qu'une nouvelle approche du paysage. L'excellence de son travail sera vite remarquée et il sera le premier à jouer la carte des Indiens avec  La porte du diable  ( 1950 ) dans un noir et blanc somptueux et austère à la fois. Il initiera également un cycle de onze opus qui tous aborderont le genre de façon neuve, oscillant entre l'analyse freudienne et l'épure quasi abstraite. On lui doit  L'homme de l'ouestWinchester 73   L'appât,   Du sang dans le désert. Il fera de James Stewart son interprète d'élection. l'acteur sensible, fébrile, vulnérable incarnait mieux que quiconque un être tiraillé de doutes, ce qui était inédit jusqu'alors et que Mann saura imposer avec un réalisme rude, dépourvu de tout pittoresque facile. Ainsi dépeint-il une idée moderne de l'homme : faillible, chancelant dans ses convictions, mais tendu dans la quête d'une nouvelle morale.

 

KING VIDOR : L'un des grands aînés, un pionnier qui fut particulièrement productif du temps du muet et gravit tous les échelons avant de se retrouver réalisateur et scénariste en 1919. La grande parade ( 1926 ) est un superbe hymne pacifiste où le réalisme des scènes s'oppose au lyrisme de l'intrigue sentimentale. Son oeuvre muette trouve son couronnement avec  La foule ( 1928 ) qui chante la tragédie du quotidien. King Vidor produira assez peu de 1944 à 1959, dont  Le grand passage ( 1940 ) qui ne sera pas pleinement conforme à sa conception initiale. Il est également l'auteur d'un film remarquable   Le rebelle, oeuvre rageuse contre une certaine étroitesse d'esprit et un portrait contrasté et critique d'un esprit créatif intransigeant.

 

ROBERT ALDRICH : Arrivé à Hollywood dans les années 40, il fut l'assistant de ce qui comptait alors dans le 7e Art : Renoir, Chaplin, Wellman et débutera dans la réalisation avec The big leaguer. mais c'est le milieu des années 50 qui le consacre avec deux westerns décapants : Bronco Apache et Vera Cruz. Si le style est classique, le ton est nouveau : le cynisme de Vera Cruz prend le part des mercenaires, originalité de cet auteur qui se plaisait à respecter les genres pour mieux les dynamiter de l'intérieur.

 

RAOUL WALSH : est l'auteur de quelques westerns mémorables dont  La charge fantastique ( 1941 ) avec Errol Flynn qu'il statufiait dans le personnage du général Custer - historiquement tout est douteux mais le panache de la mise en scène est irrésistible -  La fille du désert, Cheyenne, et   La vallée de la peur qui est une transposition des Hauts de Hurlevent. Walsh, dont l'ensemble l'oeuvre, petits films et chefs-d'oeuvre sont unis dans la même énergie, retient l'attention pour trois raison principales : son romantisme qui s'assombrit souvent jusqu'au sentiment du tragique, sa narration claire et son souffle pathétique.

 

RICHARD BROOKS : cinéaste virtuose de La chatte sur un toit brûlant et de Graine de violence, a tourné peu de western, mais c'est attaqué dans La dernière chasse ( 1956 ) et  Les professionnels  ( 1966 ) à pointer du doigt, au travers d'un discours écologique avant l'heure , la condition misérable du peuple indien sur la voie de l'extinction.

 

SYDNEY POLLACK :  incarne à la fois l'apogée d'une tradition avec son western  Jeremiah Johnson  et la quintessence d'une  modernité avec un thriller comme  Les trois jours du Condor. Il est également le représentant de la continuité thématique et esthétique du cinéma américain.  Avec Jeremiah Johnson ( 1971 ), Pollack apporte une contribution flamboyante à ce genre particulier. rarement la beauté de la nature n'aura été rendue avec un tel souffle et rarement l'évolution d'un personnage, de la civilisation à la sauvagerie puis à la civilisation, aura été abordé avec pareille économie de dialogue. Jérémiah Johnson parle des racines et aborde ce discours dans sa dimension historique.

 

SERGIO LEONE : Avec ce réalisateur truculent, le western est envisagé comme un opéra baroque et élaboré dans un style original par la démythification volontaire de l'histoire traditionnelle de l'Ouest. Les moyens employés permettront à leur auteur de bénéficier d'une ampleur narrative peu commune et d'une dimension spatiale qui permet aux duels et aux affrontements de se développer à la façon de purs jeux formels. A travers des films comme  Le bon, la brute et le truand  ( 1966 ) et  Il était une fois dans l'ouest ( 1969 ), Leone s'autorise une oeuvre ambitieuse dans le lieu mythique de Monument Valley, accompagné d'une pléiade de stars internationales, rédigeant ainsi, de la pointe de sa caméra, l'élégie sanglante et spectaculaire de la disparition de l'Ouest classique si cher à Ford et, en quelque sorte, bouclant la boucle.

 

CLINT EASTWOOD  a émaillé sa production, qui touche à tous les genres, de détails personnels et percutants. L'homme des hautes plaines ( 1972 ) est un western baroque et une parabole fulgurante sur les tenants et les aboutissants du pouvoir, en même temps qu'un hommage vibrant à celui qui lui a donné sa première chance d'acteur : Sergio Leone.

 

Pour lire les articles consacrés à James Stewart, John Wayne, Gary Cooper, Henry Fonda, Natalie Wood, cliquer sur le titre de la rubrique :

 
LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art  

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN où sont référenciés les critiques des westerns les plus fameux, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
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commentaires

Edmée De Xhavée 06/06/2017 13:30

John Ford était, comme John Wayne, un horrible raciste (mais John Wayne n'a, je crois, épousé que des femmes quelque peu exotiques, mexicaines etc...). L'indien était le mauvais. Il s'est "racheté" en tournant Cheyenne Autumn, en plein conscience, disant qu'il avait tué tant d'Indiens dans ses films qu'il leur devait bien ça. Maintenant, ce film supposé montrer des Cheyennes est tourné avec des figurants Navajos et les discours "en langue indienne" sont en cette navajo, ce qui remplit les salles de Flagstaff quand on le rend : ils disent un tas d'idioties, délibérément, et chaque année la salle de cinéma retentit de rire en écoutant ces "discours"....

bond123 à armelle 14/07/2010 10:05

J'ai toujours eu un faible pour ce genre bien particulier et je t'avouerais avoir toujours eut une préférence pour ceux d'Howard Hawks et de Clint Eastwood.
Ceux d'Anthony Mann, de S Leone et de John Ford sont également des oeuvres importantes qui m'ont marqués.

L'enfoiré 13/07/2010 18:51

Armand,
Je suis parfaitement d’accord avec tout ce que vous avez dit.
J’ai recherché quels étaient les films de cow boy les plus récents. Donc, ce serait Appaloosa.
J’ai aussi trouvé une parodie qui n’avait plus rien à voir.
Le western pas mort et enterré. Peut-être. Mais comme je le disais, c’est un risque financier.
Le genre a gagné en qualité et en véracité.

armand 13/07/2010 11:37

Merci pour cet article. Vous faites bien de rappeler les classiques : mention spéciale pour "L’Homme qui tua Liberty Valance", projeté hier soir sur Arte, l’un des films les plus justes, les plus bouleversants que je connaisse.

Vous auriez pu rappeler également que le western est la continuation, à l’écran, du célèbre spectacle de Buffalo Bill, qui sillonna le monde (plusieurs visites en France, notamment) et qu’il doit beaucoup à la littérature populaire (les dime novels) qui célébraient les hors la loi comme Jesse James, ainsi que leurs adversaires, les shérifs ou les détectives.

La musique, comme on l’a fait remarquer, est d’une importance capitale. On parle des airs de Morricone, mais le western classique était bien souvent accompagné d’une chanson-signature qui faisait recette - voyez dans Le train sifflera trois fois, ou même dans Fort Alamo de John Wayne, dont plusieurs chansons sont restées célèbres (Green Leaves of Summer). Un peu comme la fonction de la musique dans les films de Bollywood.

Le western est loin d’être mort et enterré. Au lieu d’être le genre-phare comme il l’était pendant les années 50, c’est un genre comme un autre, mais qui a gagné en qualité. Exactitude des décors, respect de la vérité historique (même si la légende est plus belle...), retour aux sources pour l’accompagnement musical (au XIXe siècle la Folk ou la Country n’existaient pas - on jouait plutôt des ballades irlandaises), personnages plus complexes. A mon sens l’exemple le plus parfait de cette nouvelle école c’est "Appaloosa", sorti en 2008, avec et par Ed Harris.

Denis Billamboz 11/07/2010 01:48

Ford, Walsh, Hawwks, des noms qui retenaient mon attention quand j'ai commencé mai vie d'étudiant et que j'ai dévoré tous les westerns qui passaient. Par contre Sergio Leone et autres marchands de spaghettis ne m'ont jamais attiré.

Azazell 03/02/2009 12:03

Quid de the wild bunch le western de tous les westerns ?

CHEVROT JEROME 29/09/2007 17:50

Bon articleJe suis content de voir que certains passionnés savent de quoi ils parlent au contraire de l'ouvreuse.

Je me permet de rappeler que les 2 prochains films seront donc des Western "spagetti" mais non des moindres.

Il existe un super bouquin qui commence a ce rariffier pour ceux qui aiment les westerns, bien qu il soit tres incomplet lors de sa realisation et desuet de nos jours
50 de WESTEN

yasss 16/09/2007 18:01

chouette !!!!
le choix risque d'etre difficile en effet, ce sont 2 excelents films.
on attend ça avec impatiente...
bonne continuation

Réponse à Yass 16/09/2007 14:50

Bien sûr, le grand Sergio Leone ne sera pas oublié dans l'analyse des westerns les plus marquants du genre, que je présenterai au fil des prochaines semaines, dans ce nouveau cycle du "Cinéma d'hier". J'hésite d'ailleurs entre deux de ses films : " Le bon, la brute et le truand " ou " Il était une fois dans l'Ouest ". Merci de votre visite et à bientôt. ARMELLE

yasss 16/09/2007 00:06

tres bel article !!
meme si je suis un peu deçu de'n pas y trouver Sergio Leone...
a+

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