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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 10:53

         Collection Christophe L.   Les Acacias  Théâtre du Temple  Columbia Pictures Corporation

                                                                      

                                                                    VIDEO

 

En 1962, alors qu'il était au faîte de sa gloire, Hitchcock ne cachait pas sa nostalgie : il regrettait la disparition des stars. James Stewart était devenu trop âgé pour être à nouveau la vedette d'un de ses films, Cary Grant se retirait après le succès de  La mort aux trousses,  afin de quitter le public sur une image séduisante. Mais plus grave encore était le problème féminin, puisque derrière l'oeuvre de Hitchcock personne n'ignore le slogan qui coure :  cherchez la femme .
S'il avait eu beaucoup de peine à pardonner à Ingrid Bergman de l'avoir quitté pour Rossellini, Hitchcock espérait encore récupérer sa chère Grace Kelly, désormais princesse de Monaco, pour tenir le rôle de Marnie dans Pas de printemps pour Marnie, adaptation d'un roman de Winston Graham, dont il avait acheté les droits spécialement pour elle. L'arrangement était à deux doigts de se conclure, lorsque le général de Gaulle, irrité des avantages fiscaux consentis à la Principauté, lança une attaque afin de remettre en cause ce statut privilégié. Le prince Rainier - pour ne pas briser ses liens avec la France - se vit dans l'obligation de composer et Grace renonça définitivement au cinéma pour rester aux côtés de son mari dans cette période difficile.

 

                     Théâtre du Temple   Cine-Classic   

Un film amoureusement conçu pour une actrice et tourné par une autre, cela ne nous évoque-t-il pas quelque chose ? Oui, bien sûr et la coïncidence ne parait pas fortuite. Dans Sueurs froides, l'actrice que nous voyons sur l'écran est une remplaçante. Alors que le rôle avait été taillé sur mesure pour Vera Miles, c'est Kim Novak qui se voyait chargée de l'interpréter après que la star, enceinte, se soit désistée et, curieusement, le thème de la substitution constitue le sujet du film : un homme toujours épris d'une femme qu'il croit morte, s'efforce, lorsque le hasard le remet en présence de son sosie, de recréer la première image. N'est-ce pas comparable au metteur en scène qui, par personnage interposé, oblige une actrice de remplacement à imiter l'actrice initialement choisie ? Il y a de cela ...

 

 

       James Stewart et Kim Novak. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Stewart et Kim Novak

    Collection Christophe L.  tippi_hedrenBW.jpg   Cary Grant & Tippi Hedren

 

Oui, les stars manquaient cruellement à Hitchcock en ces années 60/70. Il les avait côtoyées jusqu'alors avec amour, leur avait confié des rôles magnifiques, leur avait permis d'exprimer les nuances les plus subtiles et contibué à magnifier leur talent. Pratiquant un cinéma de situations qui nécessitait, pour être crédible, des natures fortes, le maître, plus qu'aucun autre metteur en scène, avait besoin d'elles. Il avait en horreur les scènes inutiles, les surcharges. Il n'était pas l'homme des digressions et des petits détails ; il entendait que la personnalité de l'acteur soit suffisamment convaincante pour qu'il n'ait pas l'obligation d'alourdir sa narration de gestes superflus.

Pour autant, il ne parvint pas toujours à avoir les interprètes qu'il souhaitait. En Angleterre, le rôle titre  de son film Agent secret, ayant été refusé par Robert Donat, il  dut se rabattre sur John Loder. A Hollywood, il se vit imposer des comédiennes assez médiocres comme Priscilla Lane. Mais il sut également renverser la vapeur et tirer profit de certaines défections. Pour Le procès Paradine, quand Alida Valli remplaça Greta Garbo, qui ne tenait nullement à faire son come-back sous les traits d'une meurtrière, il employa au mieux la beauté et l'intelligence de la vedette italienne. Pour Marnie, après le refus de la princesse Grace, il donna sa chance à Tippi Hedren. Il l'avait remarquée dans un spot publicitaire et il entreprit de faire de ce mannequin une véritable actrice. Il en fut assez satisfait pour lui confier, à deux reprises,  le rôle principal dans  Les Oiseaux  ( 1963 ) et  Pas de printemps pour Marnie  ( 1964 ) . Si bien qu'à la fin de sa carrière, il réalisa pleinement sa vocation de Pygmalion.

 

        Corbis Sygma  Columbia TriStar Films  Gaumont Buena Vista International (GBVI)  Action Gitanes

Ce qui intéressait Hitchcock dans ses personnages féminins était en tout premier lieu la métamorphose. L'héroïne hitchcockienne, tout au long d'un film, avait le devoir de se révéler à elle-même, à son partenaire, aux spectateurs. Le metteur en scène attendait de son interprète qu'elle lui montre des émotions qu'elle possédait sans le savoir, mais qu'il avait su discerner avant elle. Dans le cas de Joan Fontaine, qu'il avait choisie pour être Mme de Winter auprès de Laurence Olivier dans Rebecca, il cherchait à utiliser le charme maladroit de la débutante de 21 ans qu'elle était alors. Il avait le souci que l'être coïncide au plus près à son modèle. Il aspirait à ce que l'interprète projette sur l'écran un type humain, réunissant à un haut degré des caractères distinctifs, que l'être et l'image ne fassent qu'un.

Pour conclure, j'ajouterai que de 1925 à 1976, les films de Sir Alfred ne furent pas seulement des oeuvres de pur divertissement qui échapperaient aux turbulences et aux drames de leur époque, comme pourrait le laisser penser une approche trop succinte. Les positions politiques du cinéaste se sont manifestées au long de cette filmographie remarquable, celui-ci n'ayant jamais dissimulé ses convictions personnelles. Anti-nazi dès les années trente, interventionniste pendant la guerre, anti-communiste dans les années soixante/soixante-dix, Hitchcock, anglais naturalisé américain, était un libéral humaniste dont les certitudes ne varièrent point. A travers ses films, c'est le jeu des appartenances indécises, des exclusions sociales qui apparait sous les masques successifs de ces familles déchues, de ces espions mondains évoluant dans des pays totalitaires, où il se plaisait à situer l'action, et pour cause ! C'était là des lieux privilégiés où s'entrechoquaient les influences et les perversions les plus  séditieuses. Avant de se livrer sur le terrain métaphysique, l'aventure hitchcockienne s'enracine d'abord dans l'histoire de son temps et comme les personnages ambigus et complexes sont ceux qui retinrent en priorité l'attention du réalisateur, il arriva que Sir Alfred souffrit de l'incompréhension de ses contemporains. Il en est presque toujours ainsi des novateurs.

 

Pour accéder à mon article consacré à Alfred Hitchcock, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 


  Ingrid Bergman92 images-copie-1

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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commentaires

Edmée De Xhavée 22/11/2012 10:04

C'est vrai qu'Hitchcock est loin d'être un simple metteur en scène. Il a une marque, un regard, et ses actrices sont souvent présentées comme des femmes placides et quelque peu distantes au début
pour ensuite libérer des intensités insoupçonnées et très séduisantes....

Thomas Grascoeur 03/05/2010 10:47

Presque toutes les stars de son époque... Castings remarquables !

colton125 pour Armelle 19/04/2008 19:43

Un éxellent article et un blog vraiment agréable à lire.

keating 19/04/2008 17:05

Alfred Hitchcock, réalisateur que je vénère par-dessus tout, artiste ayant révolutionné le cinéma et influencé probablement l'ensemble des films modernes.
Réalisateur de la maitrise, livrant des leçons de mise en scène, seul Stanley Kubrick peut pour moi rivaliser avec lui au titre de plus grand réalisateur de tous les temps

Une question peut se poser à mon avis : était-il un grand directeur d'acteur ? Si l'on excepte les plus connus, il etait effectivement en recherchede stars, qu'il n'a pas toujours trouvé. Sur certains films je crois qu'on peut carrément dire qu'il s'en fichait un peu, de sa direction d'acteur.

Néanmoins il était capable de filmer ses acteurs (et actrices) comme personne d'autre. Il suffit de regarder l'entrée de Kim Novak dans Vertigo, l'un des plus beaux plans du septième art. Idem pour Grace Kelly dans "rear window" quand on voit ses lèvres s'avancer vers la caméra (vers James Stewart en fait)

Heureux que l'on partage l'admiration de ce grand maitre du septième art !

bond123 pour A.Barguillet. 04/04/2008 10:15

Alfred Hitchcock est l'un des metteur en scène qui a marqué son empreinte dans l'histoire du cinéma. On ne peut passer devant une de ses oeuvres sans être immédiatement éblouit par so,n talent de la mise en scène et le suspense que dégage chacun de ses films. Un réalisateur brillant!!On peut dire qu'il a fait jouer un grand nombre de star inoubliable!!

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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