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4 septembre 2006 1 04 /09 /septembre /2006 13:46
UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH

                          Collection Christophe L.  

                                                                         

 

Ce serait réduire Deauville que de la considérer seulement comme une station balnéaire, certes luxueuse, mais qui ne devrait son attrait qu'à la seule alliance de la mer et de la campagne. Située à l'embouchure de la Touques, sur la côte basse et marécageuse qui fait suite aux falaises des Roches-Noires, elle a très vite séduit une élite parisienne par son goût marqué pour les innovations les plus avant-gardes : rallyes automobiles, régates nautiques, meetings d'aviation et d'hydravion, si bien que l'on peut parler d'elle à plus d'un titre, capitale du cheval, site privilégié du nautisme et, aujourd'hui, vitrine flatteuse pour la promotion des films américains et asiatiques, avec ses deux Festivals qui voient accourir du monde entier professionnels et amateurs.

Grâce à un film comme "Un homme et une femme", réalisé en 1966, Claude Lelouch faisait office de précurseur et devançait de peu l'engouement pour le grand écran qui allait se saisir de la ville. C'est en 1975 que le couple d'Ornano crée la première édition du festival du film américain, ouvrant ses salles obscures, son casino, ses grands hôtels aux stars venues d'Outre-Atlantique. Elles allaient bientôt avoir leurs suites dans les palaces, leurs places réservées dans les meilleurs restaurants, leurs habitudes dans les bars et les boutiques, et apprécier le charme incomparable d'une campagne où vallons, coteaux, collines se déclinent avec élégance dans un décor de manoirs, de haras, d'églises romanes et d'abbayes familier aux peintres et aux écrivains. Peu d'endroit qui ait en main pareils atouts et sache les abattre avec autant d'opportunité. Faisant suite à l'août musical, aux tournois de polo, aux courses de plat, aux ventes de yearlings, le Festival du film américain clôt en apothéose, chaque mois de septembre, la saison estivale.

 

En 1966, il est certain que Deauville n'avait pas retrouvé les fastes de l'avant-guerre et que le film venait à point nommé  rappeler au public combien pouvaient être beaux les espaces liquides que sont ensemble, à certaines heures du soir, le ciel et les sables dénudés par la mer. Le goût pour les week-ends d'hiver, où il fait si bon marcher des heures à l'orée des flots, dans une nature solitaire avec la seule compagnie des oiseaux marins, allait tenter à nouveau les parisiens qui s'apercevaient que Deauville-Trouville n'était jamais qu'à une encablure de la capitale. Le film n'est certes pas un chef d'oeuvre, mais il a le mérite de rendre attrayante une nature hivernale comme recueillie, en même temps qu'il rend palpable les sentiments émouvants que peuvent éprouver deux veufs mis subitement en présence d'un nouvel amour. Cette romance simple, mais délicate, qui se joue sur fond de mer, conjuguant sa gamme infinie de gris, sut plaire. Et plaire au point que le film obtint le grand prix du Festival de Cannes 1966.

Avec peu de moyen et de l'imagination, afin de minimiser le coût de production, Claude Lelouch a réalisé un long métrage qui, malgré le temps, a conservé son actualité et son charme. Depuis ses débuts, dans les années 60, le cinéaste a traversé les époques et les modes et navigué entre les grosses productions et les films plus intimistes, comme celui-ci. Son cinéma, à la fois populaire et d'auteur, a fédéré un public qui lui est resté fidèle, malgré les attaques réitérées de la critique qui ne l'a pas épargné et lui a reproché vigoureusement  un certain amateurisme. Il est vrai que Lelouch aime à filmer ses acteurs au dépourvu, en ne leur donnant leur texte qu'au dernier moment, de façon à favoriser l'impression d'improvisation. Son cinéma est ainsi le contraire de celui d'un Eric Rohmer si travaillé. Mais n'a-t-on pas jugé Rohmer trop intellectuel ? Heureusement que, faisant fi des propos des uns et des autres, ces deux artistes ont continué à mener leur carrière avec ténacité.


Voici ce que Lelouch devait déclarer à Deauville, lorsque la cité balnéaire jugea opportun de donner son nom à l'une de ses rues. Elle lui devait bien cela...

" C'était à une époque où j'étais au bord du trou. Mon dernier film ne trouvait pas de distributeur et m'avait endetté jusqu'au cou, au point que j'envisageais de vendre ma société Les Films 13. Une nuit du printemps 1965, désespéré, j'ai pris ma voiture, direction autoroute de l'Ouest, un peu au hasard. J'ai atterri à Deauville vers 2/3 h du matin, me suis garé sur les Planches et me suis endormi.
Un lever de soleil sublime m'a réveillé, une lumière comme seule la côte normande peut en générer. La plage était déserte, sauf un point qui bougeait au loin. Je suis sorti de l'auto et me suis dirigé vers ce point qui s'avéra en être trois qui se précisaient au fur et à mesure qu'ils grossissaient dans mon champ de vision. Une femme se promenait sur la plage à 6 h du matin en compagnie d'un enfant et d'un chien. Que fait-elle à cette heure-là ? Quelque chose alors s'est déclenché en moi : je me suis surpris à imaginer sa vie, ce qui l'avait poussée à se balader seule ou presque à l'aube.
Un scénario se mettait en place tout seul dans ma tête. Arrivé à 500 mètres de l'inconnue (qui l'est restée à jamais), j'ai rebroussé chemin et je suis remonté en voiture, direction Paris. A la gare, il y avait un café déjà ouvert, j'ai demandé de quoi écrire et j'ai jeté les bases de ce qui deviendrait 9 mois plus tard Un homme et une femme. Une palme d'or, deux Oscars, 47 récompenses internationales, le miracle... Et maintenant une place à mon nom !"

 

L'universalité du thème, la tendresse voilée et les amours mélancoliques et photogéniques de Jean-Louis Trintignant et d'Anouk Aimée, la musique de Francis Laï avec le fameux chabadabada  qui fit le tour du monde, y sont pour beaucoup. Le film exalte joliment la nostalgie des choses qui finissent et se figent un moment, comme la nature s'immobilise dans son hiver, avant de se remettre dans le mouvement du temps et s'achever sur une note d'espérance. Jean-Louis Duroc, coureur automobile, et Anne Gauthier, qui se sont rencontrés par hasard, se sont rapprochés et éloignés, parce qu'il leur semblait que le passé était encore trop présent, ne manqueront pas le rendez-vous de la dernière chance, où l'on voit Trintignant  attendre sur un quai de la gare St Lazare celle avec qui il souhaite recommencer sa vie.

 

Pour lire l'article consacré à Jean-Louis Trintignant, cliquer sur son titre :   JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

                  Jean-Louis Trintignant. Les Films 13

 

 

 

UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH
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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
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commentaires

palilia 05/01/2012 17:59

la première fois que j'ai vu ce film il y a bien longtemps, j'ai beaucoup aimé : je ne sais pas si ça me plairait de le revoir mais le chabadabada, je le fredonne encore très souvent

ta d loi du cine 12/09/2008 16:15

Vingt ans aprèsJe serais même pas trop capable de dire si j'ai apprécié la suite "Un homme et une femme: 20 ans après" (1986) à cause de l'oeuvre elle-même, ou bien par l'effet "prolongé" du film de 1966.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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