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4 janvier 2007 4 04 /01 /janvier /2007 15:37

           Audrey Tautou et Gad Elmaleh. TFM Distribution        Gad Elmaleh et Audrey Tautou. TFM Distribution

 

On peut envisager le film de Pierre Salvadori sous deux angles différents ou, mieux, en faire deux lectures contrastées. Au premier degré, c'est une comédie distrayante, bien rythmée, bien interprétée, filmée par une caméra attentive et précise qui sert le scénario en tirant un profit judicieux du comique visuel et qui, de l'hôtel du Palais à Biarritz à celui de Paris à Monaco, en passant par Cannes et St Tropez, nous promène dans des décors étincelants de luxe et de raffinement. Et on s'arrêterait là : un film somme toute réussi, maîtrisé, qui nous brosse un portrait réjouissant d'une société frelatée, surprise dans son plus simple appareil, par un cinéaste qui sait manier l'ironie et la dérision. 

Mais ce serait réduire le film à son plus petit dénominateur, car celui-ci ne se contente pas de saisir sur le vif un cercle restreint de richissimes oisifs, il nous peint sans complaisance une nouvelle caste cosmopolite, celle qui a pris une ampleur considérable depuis la chute du Mur de Berlin, enrichie à bon compte et rapidement de trafics douteux et qui, ne se référant à aucune morale, n'ayant ni foi, ni loi, attire autour de son trompeur éclat, une multitude de papillons de nuit qui auront tôt fait de se brûler les ailes. En moins de cent ans, ces palaces de réputation internationale ont changé de clientèle : de l'aristocratie russe d'antan qui se plaisait à venir en famille passer l'hiver sur la côte, loin des frimas des plaines de Sibérie et de l'Oural, ou des propriétaires, artistes et écrivains américains du Nord comme du Sud qui s'égayaient l'esprit au contact d'une vieille Europe civilisée à l'extrême et décadente, Hors de prix nous dévoile un milieu autrement déprimant où l'homme n'est plus rien pour l'homme, sinon une denrée marchande dont on peut user et abuser à condition d'y mettre le prix... Milieu étroit qui nage dans le luxe comme d'autres dans la mouise, où on s'en repaît, s'en gave, s'en enivre, s'en rassasie et dans lequel on finit de perdre sa fortune à défaut de son âme ( perdue depuis longtemps ), en même temps qu'on y dispense son ennui et sa fatuité.

 

            Gad Elmaleh et Audrey Tautou. TFM Distribution           Gad Elmaleh et Audrey Tautou. TFM Distribution 

 

L'histoire est celle de Jean, barman dans un palace, qui, par erreur, est pris pour un milliardaire au regard d'une jeune aventurière sans scrupule. Lorsqu'elle apprend qu'il n'est autre qu'un employé de l'hôtel, elle le plaque pour se mettre, sans plus tarder, en chasse d'un rentier en mesure de lui assurer la vie fastueuse que sa jeunesse, sa beauté et son immoralité totale et entière l'autorisent à ambitionner. Mais Jean, amoureux déjà transi, ne l'entend pas de cette oreille et va la poursuivre de ses assiduités, n'hésitant pas, pour accéder à ses coûteux caprices, de vider son modeste compte en banque. Ayant ainsi perdu, et son emploi et son épargne, il va se trouver dans l'obligation d'avoir recours aux mêmes stratagèmes s'il entend rester dans le circuit. Piquée à ce jeu, Irène commence à s'intéresser à lui, d'autant que, désormais, ils pêchent dans le même vivier. Elle n'hésite pas d'ailleurs à lui communiquer des recettes susceptibles de lui obtenir les bonnes grâces et les bonnes fortunes de quelques rombières désoeuvrées. Et les moyens produisant les effets souhaités, Jean se fait lui aussi entretenir sur un grand train, jusqu'à ce qu'Irène, comprenant enfin qu'elle éprouve pour lui, mais oui ! des sentiments...abandonne ses acquis et ses conquêtes pour le suivre vers un avenir dont l'unique luxe sera l'amour.

 

                  Audrey Tautou et Gad Elmaleh. TFM Distribution

Ouf ! nous sommes sauvés, nous sortons ragaillardis de cette projection où, durant presque deux heures, nous avons été mis en présence d'une gente hautement représentative de ce que l'homme, privé de coeur, de sentiment, de vie intérieure, peut devenir, pris dans la nasse où seuls l'argent et la jouissance immédiate sont d'actualité. A voir leurs figures, sur lesquelles s'attarde sans complaisance une caméra aussi incisive qu'un scalpel, nous réalisons à quel degré de détresse et de désenchantement sont parvenus ces individus ; ayant tourné le dos à toute référence morale, ils ne sont plus  que des pantins qui n'ont d'humain que l'apparence. Constat désolant d'une société cruelle, cynique et finalement misérable, plus misérable que le plus pauvre des hommes. Car tellement plus profonde est cette misère spirituelle qui les a contaminés comme une lèpre et dont le spectacle qu'elle offre ne suscite même pas notre compassion et notre sympathie.
Audrey Tautou, en abordant un régistre inhabituel, nous surprend agréablement dans ce rôle de séductrice insupportable, assoiffée de luxe et de frivolité. Quant à Gad Elmaleh, drôle, attendrissant dans le seul personnage attachant du film qu'il traverse avec un visage empreint d'une naïveté désarmante, il est l'élément positif qui éclaire d'une lueur d'espérance ce monde désabusé et sinistre. 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
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Jacques R. 07/01/2007 20:13

Envie de filmJe n'ai pas encore vu le film, mais l'envie m'en vient en lisant cette critique et le commentaire qui suit, dans un sens très proche. Ce semble être un divertissement intelligent et bien interprété. D'ailleurs, je trouve Gad Elmaleh un de nos jeunes acteurs les plus prometteurs. Merci de m'avoir donné l'envie d'aller au cinéma, que je perdais un peu ces derniers temps.

C-Noëlle 07/01/2007 14:27

Le repoussoirHors de prix n'est pas ce que l'on pourrait appeler un "grand film", je ne pense pas qu'il fasse date dans l'histoire du cinéma, mais avouons que grâce à lui, nous passons un agréable moment de détente. Il ne faudrait pas en tirer une leçon de vie, ni une quelconque philosophie. Je n'irai pas jusqu'à parler d'immoralité de l'héroïne, car je ne pense pas qu'aucun des protagonistes du film, masculin ou féminin, ne soit dupe de la sincérité de son partenaire ! Pour qu'il y ait véritablement immoralité, il faudrait qu'il y ait tromperie, or, ici, chacun joue son rôle et sait parfaitement ce qu'il peut attendre de l'autre. Chacun est comme on dit, consentant.
Ceci dit, la société qui nous est dépeinte est un véritable repoussoir. Quel ennui, quel vide existentiel que de passer ainsi ses jours, ses nuits, de réceptions en magasins de luxe, sans but, sans vie intellectuelle, sans désirs. Du film, je ne garderai qu'une certitude. Très peu pour moi cette vie, pour rien au monde je n'en voudrais...

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