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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 08:16

                      Delphine Seyrig et Sami Frey. Mission

                                                                             Delphine Seyrig

 

L'oeuvre de Marguerite Duras a suscité et suscite encore de nombreuses polémiques entre encensement et sarcasmes. Ce n'est pas étonnant si l'on considère la personnalité provocatrice de cet écrivain atypique et la nature de ses écrits. Marguerite Duras a abordé avec le même enthousiasme le roman, le théâtre et le cinéma, sans obtenir les mêmes succès car le stylo n'est pas la caméra, ni l'écriture l'image, et il semble bien, à travers India Song, que l'auteur se soit quelque peu égarée dans une discipline qu'elle maîtrisait mal.

Laissons- lui la parole pour nous expliquer le scénario de ce film qui date de 1975 et est hanté par la mélopée d'une mendiante, que l'on ne voit jamais, chargée d'exprimer aux abords de l'Ambassade de France  la douleur d'un pays miné par la misère. " Il s'agit -  écrit Duras - de l'évocation, d'abord par deux voix féminines, d'une passion amoureuse dont l'héroïne, aujourd'hui disparue, est Anne-Marie Stretter, épouse de l'ambassadeur de France en Inde. Cette passion a eu lieu dans les années trente, dans une ville du bord du Gange. Deux jours de cette histoire sont évoqués. Cette nuit-là, au bal de l'Ambassade, Anne-Marie Stretter passe de l'un à l'autre mais refuse l'amour du vice-consul. Il s'en va dans la nuit et crie " son nom de Venise dans Calcutta désert" , car Anne-Marie est originaire de la ville des Doges. Le lendemain, Anne-Marie, sans doute touchée par cette passion, disparaît à son tour".

C'est la bande son qui est chargée, dans ce long métrage étrange et non dénué d'intérêt, d'introduire les informations sur le temps et l'espace, de définir le thème, de relater l'intrigue, d'instaurer le climat. Ces voix - toutes off - construisent le scénario par bribes. Certaines balbutient un passé dont le souvenir précis se dérobe ; d'autres, celles des principaux protagonistes, échangent des dialogues asynchrones avec les images, comme si rien ne pouvait et ne devait coïncider. D'autres enfin apportent quelques précisions narratives et psychologiques, susceptibles d'éclairer les zones d'ombre du tissu dramatique. A cette polyphonie verbale se superpose un univers sonore plus réaliste : cris d'oiseaux, bruits de voix, flux et reflux des vagues, alors que se poursuit la mélopée de la mendiante dont j'ai parlé plus haut, de même que les mélodies nostalgiques d'India Song sur lesquelles dansent les hôtes de l'Ambassade de France.

Quant au pays lui-même, on le devine plus qu'on ne le voit : c'est l'Inde imaginée, supposée, comme tout l'est dans ce film qui semble rôder autour des êtres et des choses, les évoquer, les suggérer, dans une inexistence qui finit par lasser, tant nous sommes dans le nommé et non le montré, dans le dit et non  le vu. Aux voix qui racontent l'Inde répondent soixante-douze plans - souvent longs et fixes - sans réelle correspondance avec les mots, un comble ! Des plans traversés de personnages qui entrent et sortent du cadre avec solennité, voire s'immobilisent comme pour justifier la remarque de l'auteur : " Cette chaleur, comment voulez-vous ? Le seul remède, l'immobilité, la lenteur, ralentir le sang ". Des personnages sans consistance, sans vie, alors que les narrateurs nous les dépeignent au paroxysme de la passion. Le dernier plan du film parcourt une carte de l'Asie du sud-est et la caméra y détaille des tracés, des reliefs, des noms, mais sans nous donner à voir les territoires, sans jamais nous les faire découvrir, comme si cette Inde, dont l'auteur souligne qu'elle est celle de la misère, de la lèpre et de la mort, devait rester à l'état de concept.

On ne peut nier toutefois que ce film, expérimental et singulier,  ne suscite autant d'agacement que de curiosité et qu'il nous laisse sur une insatisfaction qui était peut-être le souhait de l'écrivain qui se plaisait à déranger, à bousculer les habitudes : nous faire ruminer un pays imaginaire que nous n'avons pu atteindre, nous inviter à un voyage que nous n'avons pu faire...
Delphine Seyrig est, comme à l'habitude, magnifique dans ce type de personnage mystérieux et inaccessible, auprès de Michael Lonsdale et Mathieu Carrière, tous deux mûrés dans leur impossible désir. Dans India Song, auquel on peut assister les yeux fermés, certains y ont vu le comble du cinéma. D'autres critiques ont rappelé qu'Alain Resnais dans Hiroshima mon amour ( 1959 ), avait su, en cinéaste professionnel de grand talent, marier le texte de Marguerite Duras et ses propres images et de cette fusion faire un grand film. Ce qui n'est pas vraiment le cas d'India Song.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

                     Michael Lonsdale. Gémini Films   
                                                                       
Michael Lonsdale

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
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commentaires

Lovelyswann 25/04/2007 00:25

Maguerite Duras était mon écrivain favori pendant mes années lycée, j'ai lu les 3/4 de son oeuvre (un barrage contre le Pacifique étant mon préféré)
Je n'ai par contre jamais eu l'occasion de voir ses films.

Malheureusement, son univers mélancolique est souvent insoutenable.

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