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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 08:47

                      Ad Vitam

                                                                                    
 
Le jardin des Finzi Contini, l'un des derniers films produit par le cinéaste et acteur Vittorio de Sica, peut-être le plus beau, le plus abouti de l'auteur de quelques-uns des longs métrages les plus marquants du néo-réalisme italien, après avoir fait l'objet d'une remise en circuit dans la diffusion cinématographique, a été récemment, et pour notre plus grand plaisir,enregistré sur DVD. Avec ce long métrage d'une force et d'une grâce bouleversantes,  De Sica s'est haussé à un niveau supérieur, faisant de cette oeuvre ( tirée du roman éponyme de Giorgio Bassani ) une sorte de symphonie douloureuse et immensément belle. Tout au long de la pellicule, le cinéaste nous dépeint la sombre période de l'histoire italienne où, à la suite du rapprochement entre les idéologies fasciste et nazie, la population juive de la péninsule se vit pourchassée, puis emportée dans des rafles dont on sait comment elle s'achevèrent.



A Ferrare, en 1938, une jeune bande d'amis aime à se rejoindre, dès qu'elle en a l'occasion, dans les magnifiques jardins et sur les courts de tennis du palais des Finzi Contini,  aristocrates juifs d'un niveau social élevé et fort bien intégrés dans la société de cette ville du nord de l'Italie. Les mesures antijuives se multiplient, en effet, et les clubs sportifs sont bientôt interdits aux membres non aryens. Cependant la famille ne peut croire à cette menace voilée, tant elle se sent en osmose totale avec cette terre sur laquelle elle vit, travaille, naît et meurt depuis des générations et dont elle a fait, à tout jamais, son pays d'adoption. C'est ainsi que les jeunes gens se plaisent à se retrouver dans le parc - qui semble à l'abri des risques comme un paradis clos - et où Giorgio, le voisin des Finzi Contini, rencontre la belle Micol dont il est amoureux. Peu à peu, l'ombre du malheur s'intensifie, se fait plus oppressante au coeur de ce lieu idyllique où les choses paraîssent s'être agencées naturellement pour le seul plaisir des sens, la seule sérénité de l'esprit. On assiste, dès lors, à une progression dramatique qui s'organise autour de l'évolution des états d'âme des principaux personnages que les événements ne peuvent manquer d'influencer.

 

 

                       Dominique Sanda et Lino Capolicchio. Ad Vitam

 

 

Pour cette démonstration magistrale, De Sica use d'une lumière excessivement travaillée, afin de placer ses héros dans un halo qui rehausse encore leur beauté et leur séduction, les idéalisant à l'extrême, de façon à les faire ressembler aux dieux d'une olympe fatalement inaccessible au commun des mortels et qui, malgré cela, seront emportés et anéantis par les tourments meurtriers de l'Histoire. A travers ces images enchanteresses, le message est clair : ce qui était apparu jusqu'alors comme un microcosme social quasi irréel, comme protégé du malheur par l'invisible puissance d'un privilège exceptionnel,  la seule magie de l'élégance et de la richesse, oui, la fatalité le broiera, à l'égal des autres et peut-être plus impitoyablement que les autres, dans son étau infernal. Oui, la beauté d'un monde fait d'agrément, de charme et d'harmonie est désormais menacée...

 


Nous assistons ainsi à la montée de l'antisémitisme et voyons s'actualiser ce qui, dès le début, s'annonçait comme la fin inévitable, la mort programmée de cette jeunesse trop belle et insouciante qui échangeait des balles sur un court de tennis cerné de toutes parts par un jardin faussement édénique. Fin d'un monde, fin d'un temps, fin d'une société qui sombrent dans l'horreur et l'inhumanité, sacrifiant une jeunesse qui n'aura jamais été qu'un fruit vert, qu'un blé en herbe.  Lors de la dernière scène, la famille s'avance sur le perron de la demeure tout de noir vêtue, après qu'elle l'ait été de blanc dans la plénitude de son bonheur. Puis s'éloignent dans un fondu mordoré le palais, les arbres du parc et le parc lui-même. Les Finzi Contini, chassés de leur paradis, font planer sur l'assistance un muet désespoir et naître chez chacun des spectateurs une nostalgie prégnante, longue à évacuer. Quelques trente -cinq ans après sa sortie, la copie restaurée de ce chef-d'oeuvre est disponible pour enrichir nos vidéothèques et nous assurer de la même émotion inspirée par la vision tragique de cette page de notre histoire, par les douleurs provoquées et la mélancolie que suscite immanquablement l'impossible amour de Micol et de Giorgio. Inoubliable.

 

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                    Lino Capolicchio et Marcella Gentile. Ad Vitam

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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commentaires

ffred 08/07/2011 10:20

Je l'ai vu récemment et j'en ai été bouleversé... La dernière scène sur la maison et le jardin vides est terrible...

Wally pour armelle 11/07/2008 11:43

Je l'ai revue hier soir et j'ai encore mieux aimé que la première fois. Il est certain que le film de De Sica est un très grand chef d'oeuvre!
ps: comment vas tu?

PierreAfeu 08/07/2008 11:22

Un très beau film en effet, que je n'ai pas revu depuis longtemps… J'avais à l'époque approfondi sa projection en lisant le roman de Bassani dont il est adapté (ainsi que Les lunettes d'Or et autres nouvelles du même Bassani) et en faisant escale à Ferrare lors d'un voyage en Italie. Retrouvant alors les lieux de l'histoire (la rue, les grilles…) j'étais encore "dedans"…

Wally 06/07/2008 19:40

Un film qui fut une grande surprise pour moi.
Réalisation, interprètation, scénario,... tout est parfait dans ce film qui nous fait vivre un très grand moment de cinéma.

Colton125 pour Armelle 06/07/2008 10:39

Wally et moi venons de découvrir ce film magnifique et je dois bien avouer qu'il m'a passionner du début à la fin.
rare sont les films qui arrivent à me faire vivre une telle expérience et je te remercis de me l'avoir conseiller et je remarci également ma belle mère de nous l'avoir procurer.

vierasouto 28/07/2007 00:41

Il y avait si longtemps que j'attendais de revoir ce film au point que je me suis demandé si je ne serais pas déçue... La magie a opéré à l'identique, je résiste d'y retourner encore une fois... (le DVD sort dans un an). Je remarque que la plupart des gens qui ont vu ce film ne l'ont jamais oublié, comme si il était indélébile. Je viens même d'acheter le livre alors que je ne prends plus bp de temps pour lire... Helmut Berger et Dominique Sanda dans cette lumière dont tu fais remarquer combien elle idéale, des demi-dieux qu'on va chasser du paradis , c'est vrai que pour eux, c'est pire, comme un sacrilège... Et quelle finesse dans l'analyse aussi des rapports de classe sociale à l'intérieur du drame à la fois amoureux et historique, un amour condamné dès le départ, et à plusieurs titres... On n'en finirait pas de s'extasier, quand je l'ai revu au cinéma, tous les spectateurs sont sortis de la salle dans un silence qui a duré, comme pour ne pas quitter ce Jardin...

marcel Lommier 25/07/2007 12:25

INOUBLIABLEJe n'interviens pas souvent dans cette rubrique cinéma, me sentant plus à l'aise dans le domaine de la philosophie et des idées en général, et n'étant pas ce qu'il convient d'appeler un cinéphile. Mais je me souviens de ce film magnifique que j'ai vu à sa sortie, soit en 1971 sans doute, et qui m'a laissé une impression vraiment inoubliable. Content que cet article me le remette en mémoire et m'incite à aller le revoir dès qu'il sera programmé dans mon quartier. Merci de nous faire repenser à ces oeuvres si belles.

dasola 24/07/2007 12:31

Entièrement d'accordJ'ai fait ce même jour un billet sur ce film somptueux très nostalgique d'un monde disparu tragiquement. Tout est beau dans ce film : les acteurs, la photos, la musique et la ville de Ferrare. A découvrir ou à redécouvrir d'urgence.

Fritzlangueur 23/07/2007 17:09

Oui c'est l'une des belles surprises de l'année que de voir ressortir entièrement restauré ce sublime film de De Sica. D'une plastique éblouissante, il diffuse un message fort qui serre la gorge.

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