Partager l'article ! JEAN-CLAUDE BRIALY - PORTRAIT: & ...
1933 - 2007
Il était un maître de cérémonie toujours élégant, empressé, ayant le mot aimable à l'intention de chacun. Mais derrière l'apparence policée du parfait dandy, sorti tout droit de La
Recherche du temps perdu, derrière le savoir-faire et le savoir-vivre, se cachait un homme plus profond, amoureux de la belle ouvrage, de la langue française, du théâtre et du spectacle en
général, à la seule condition qu'ils fussent de qualité. Les Français le connaissaient peu et l'aimaient bien, parce qu'il avait le don rare de réussir ce qu'il entreprenait : ses rôles,
ses maisons, ses restaurants, ses théâtres...Cette facilité apparente n'en cachait pas moins un travail acharné qui ne laissait aucun détail au hasard. Comme les danseurs, il exécutait ses
entrechats comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Il était méticuleux et précis sans être ennuyeux, ironique et critique, sans être méchant. Pour lui existait une hiérarchie des valeurs à laquelle il se conformait scrupuleusement. C'était un amateur de livres et d'objets rares, un connaisseur à n'en pas douter. Ce qu'il exécrait le plus était la vulgarité et comme on le comprend ! Nous n'avions qu'à l'écouter parler pour savoir quel amour il avait de l'excellence dans tous les domaines.
Acteur fétiche de la Nouvelle Vague, il s'était trompé d'époque. Il eut mieux valu pour lui naître vingt ans plus tôt et faire carrière dans le cinéma français des années
30 et 40 où il aurait porté l'habit comme André Luguet ou Fernand Gravey, joué les jeunes premiers fantaisistes et donné la réplique à des actrices magnifiques habillées en Lanvin ou
Schiaparelli. Son raffinement, sa classe auraient fait merveille. Mais la vie en a décidé autrement et ce séduisant amphitryon, plein de prévenance et de magnificence, fit ses véritables
débuts auprès de Bernadette Lafont dans Le beau Serge (1958) avant de poursuivre son parcours cinématographique avec Les cousins (1959). Le voilà lancé, car il
joue juste et a de la présence, même si ses rôles ne correspondent pas toujours à sa nature de Rastignac flamboyant, beau, et bien disant. Il tournera successivement avec Rivette,
Godard, Astruc, Vadim, de Broca, Aurel, Truffaut et Rohmer, mais également Malle, Bunuel, Téchiné, Scola et Miller. Lui-même, avec beaucoup de joliesse, comme on peint une aquarelle, réalisera
plusieurs films dont Eglantine (1971) et Un bon petit diable en 1983.
Des Godelureaux ( 1960) à Les lions sont lâchés (1961), l'acteur ne manque aucun rendez-vous des nouveaux conquérants, ce qui ne l'empêche nullement d'aller faire
quelques détours chez des metteurs en scène qui correspondent mieux à ses aspirations secrètes, tels que Duvivier, Cayatte et Verneuil, afin de retrouver quelque chose du mythique écran noir
d'avant-guerre.
Passé la trentaine, les remous de la Nouvelle Vague calmés, Brialy va changer insensiblement de registre. Au jeune premier un peu fou qui se cherche succèdent des compositions plus sages, plus
ironiques et narquoises, d'un homme mûri avant l'âge. On se souviendra de lui dans Le genou de Claire de Rohmer, l'un de ses meilleurs rôles, et on peut regretter que Marc Allégret,
trop âgé, ait manqué Le Bal du comte d'Orgel ( 1970), dont il était si parfaitement le personnage.


Au théâtre, le rythme de ses apparitions est également soutenu, car Brialy est un avide, un curieux, un homme généreux qui aime la scène et le contact direct avec le public. C'est un
être solaire, qui se plait à séduire et à être séduit. Ses auteurs seront Krasna, Félicien Marceau, Feydeau, Hartog adapté par Colette, Françoise Dorin, Sacha Guitry, Didier Van Cauwelaert,
dont il jouera Le Nègre en 1987. Cette dernière comédie inaugure la première saison de Brialy en tant que directeur des Bouffes-Parisiennes, responsabilité qu'il avait accepté
d'endosser avec tous les risques que cela comporte. Dans le même temps, il n'arrête pas de présenter des émissions de télévision, de radio, des festivals, des galas. On le réclame partout,
parce qu'il sait tout faire avec panache et aisance. Il est, à n'en pas douter, le plus fastueux des présentateurs. Cet aspect extraverti de sa personnalité est d'autant plus
surprenant qu'il se révèle, dans le privé, pudique et secret. Jamais d'étalage, aucune forfanterie, selon les modalités d'une exubérance bien tempérée, d'une retenue de
bon aloi. Peu importe si sa filmographie- fleuve( une centaine de longs métrages ) ne comporte pas que des chefs-d'oeuvre, si tout n'est pas d'égale qualité, si certains choix nous
paraissent aujourd'hui regrettables, car il nous faut admettre que le raffinement n'a pas cours tous les jours et que bien des metteurs en scène ne surent pas deviner les ressources
d'un acteur tout en finesse, qui se plaisait dans les nuances, les subtilités, les paradoxes, et qui se refusa à se laisser déborder par des excès qui, assurément, caractérisent les monstres
sacrés, dont il ne fut pas, par modestie et réserve...
Pour consulter les articles des films où figure l'acteur, dont Le beau Serge et Le genoux de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :
LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement
révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de nous
surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?
"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."
Charlie Chaplin
"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."
Stanley Kubrick
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