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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 08:22

  


Tiré d'un roman de R.A. Dick, le film  L'aventure de Mme Muir a su créer un climat qui n'appartient qu'à lui et suggère, par la force de l'image, un monde romanesque où la vie elle-même n'est plus qu'une transposition du rêve. Nous sommes à Londres au début du XXème siècle, au moment où Lucy Muir, une jeune veuve, quitte sa belle-famille pour s'installer avec sa fille Anna et sa servante Martha à Whitecliff, au bord de la mer. Lucy remarque une maison un peu délabrée et étrange que les gens du pays disent hantée. C'est là qu'elle veut vivre désormais, attirée, on ne sait pourquoi, par les bruits qui courent autour de ces vieilles pierres. Et, dès son installation, le fantôme du capitaine Gregg lui apparait. Il lui apprend que, contrairement aux rumeurs, il ne s'est nullement suicidé mais a été asphyxié. Ce fantôme va devenir, au fil des nuits, son familier et faire en sorte de l'aider dans son existence quotidienne. La sachant ruinée, il entreprend de lui inspirer le texte de sa vie aventureuse, persuadé que ce livre rencontrera la faveur du public et la mettra à l'abri du besoin. Et cela se passe ainsi. Un éditeur, emballé par le sujet, le publie et l'ouvrage connait très vite le succès. Mais voilà que, chez l'éditeur, la jeune femme noue une relation avec un homme aux manières élégantes. Le fantôme comprend avec tristesse qu'il doit s'éloigner et, au cours d'une nuit, lui fait ses adieux.

 



Les années passent. Lucy a appris que son séducteur était marié et père de famille ; sa fille Anna se fiance, et elle se retrouve seule et désemparée. Soudain le fantôme de Gregg lui ré-apparait et lui ouvre les bras. Lucy quitte alors son apparence charnelle et rejoint pour l'éternité cet homme qu'elle aimait sans vraiment le savoir.

 

 

L'histoire pourrait être banale. A la réflexion, il n'en est rien, car elle est riche de symboles. Le capitaine Gregg matérialise les fantasmes de Lucy à qui il dit : " Je suis ici parce que vous croyez en moi. Continuez à le croire et je serai toujours réel pour vous." S'il s'éloigne, ce n'est que pour la laisser libre d'assurer ses choix et d'agir selon son coeur. " C'était un rêve, Lucia, et au matin et toutes les années suivantes, tu t'en souviendras comme d'un rêve. Et il mourra comme tous les rêves au moment du réveil. Comme tu aurais aimé le cap Nord et les fjords sous le soleil de minuit, naviguer au-delà des récifs des Barbades où les eaux tournent au vert. Les Falklands où le vent du sud souffle et fouette les vagues blanches d'écume. Que de choses nous avons perdues, Lucia, que de choses nous avons perdues tous les deux. Adieu, mon amour ! " lui dit-il encore la nuit où il la quitte, afin de ne pas entraver son existence terrestre.

 

 

Ce n'est donc qu'en mourant que cette femme accédera à l'amour et rejoindra le capitaine Gregg, homme idéal, rêvé, espéré, on ne sait... C'est là la merveilleuse énigme que propose le film. Serait-ce seulement au delà du temps et de la vie que s'atteint la réalité de l'amour où, en ce monde, il n'est qu'une gageure ? Qu'en est-il et où le situer ? Devenue la confidente d'un fantôme, Lucy franchit plus aisément le miroir qui sépare la réalité du rêve, le visible de l'invisible, dualité permanente qui trouble notre juste appréciation des choses.  Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est réel ?  Ce film a le mérite de nous interroger sur nous-même, sur le sens de la vie, sur l'importance que revêt l'imaginaire au sein du vécu. On peut y voir également un certain pessimisme quant aux rapports amoureux qui apparaissent si médiocres dans le monde humain.

 

 

Les dialogues ciselés de Philippe Dunne, et peut-être de  Joseph L. Mankiewicz  lui-même, la musique envoûtante donnent au film une profondeur, une qualité rare de suggestivité, en font une oeuvre à part, étrange, policée, fantastique, évanescente qui nous convainc que le cinéma est vraiment un art à part entière, capable de tout dépeindre et de tout exprimer.

 



 

Gene Tierney y est une Lucy émouvante, d'une beauté immatérielle, celle d'un ange qui ne serait sur cette terre que par inadvertance. Quant à  Rex Harrison,  il sait allier avec subtilité la tendresse, la force, l'abnégation, la retenue... au long de cet itinéraire initiatique très personnel. On retrouve certains thèmes chers au réalisateur de La comtesse aux pieds nus : un personnage rêvant à un autre monde comme Cléopâtre, Diello, Eve Harrington ou Maria Vargas et qui ne trouve la sérénité que dans la mort. Une mort envisagée  comme un seuil à passer, une étape à franchir.


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Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Gene Tierney, cliquer sur son titre :

 

GENE TIERNEY, L'ATTENDRISSANTE


 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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commentaires

niki 31/08/2016 11:16

l'un de ces films que je ne me lasse pas de voir, revoir et re-re-revoir -
rex harrison et george sanders y sont semblables à eux-mêmes, cyniques, caustiques, drôles et comme vous le dites, la beauté de gene tierney, bien déterminée à prendre sa vie en main, sont un véritable régal

armelle 31/08/2016 16:59

Comme vous Niki, je ne me lasse pas de ce film et au charme poétique qu'il dégage.

armelle 23/08/2012 20:23

à Alain

Ce film a un charme fou, des dialogues pleins de fantaisie et, face à la délicieuse Gene, Rex Harrison est formidable de malice et de tendresse. Un vrai bonheur.

Alain 23/08/2012 12:30

Bonjour Armelle, j’espère que vos allez bien. Comme vous le dites c’est amusant de trouver des "croisements" au travers de nos blogs respectifs. Gene Tierney revient à la une avec "Laura" et "Where
the Sidewalk Ends" qui ressortent en salles prochainement. J’ai réactualisé des articles sur ces deux films avec un grand plaisir mais une certaine nostalgie, aussi. Cette très belle et
merveilleuse actrice a été l’une de mes grandes découvertes cinématographiques dans ma jeunesse, et plus exactement quand je suis arrivé à Paris. Un ami professionnellement impliqué dans le métier
m’avait donné le virus de tous ces films inoubliables et qui, pour certains, restent encore de sérieuses références. C’est un bonheur de les revoir. Bonne journée. À bientôt.

Thérèse 18/08/2012 14:19

Je ne connais pas ce film qui devrait me plaire. je vais essayer de me le procurer à ma médiathèque.

Selenie 17/08/2012 15:44

Sans doute le plus beau conte du 7ème art. Depuis mon enfance c'est un film qui se classe dans mon top 20. Magnifique noir et blanc, beaucoup de finesse dans les rapports humains sans pour autant
oublier le romantisme... 4/4

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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