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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 09:34

Angelina Jolie. Universal Pictures  

      

 

Filmée par une caméra sobre, d'un classicisme rigoureux, cette histoire vraie, qui se produisit à Los Angeles dans les années 1920, aurait pu sombrer dans le mélodrame le plus pompier si elle n'avait pas été mise entre des mains expérimentées, alors que, servie par le style économe et sans emphase d'un Clint Eastwood, elle donne lieu à un film sombre et limpide, traversé d'une violence contenue qui s'empare de vous sans plus vous quitter.
Car, certes, l'histoire est à peine crédible. Pensez donc : une jeune femme se fait enlever son bambin de 9 ans lors d'une courte absence. Lorsque la police le lui rend quelques semaines plus tard devant la presse rassemblée, la mère s'aperçoit avec effroi que l'enfant n'est pas son fils Walter. Embarras du policier qui s'est chargé de l'enquête, désespoir de la mère qui, dorénavant, va devoir ferrailler sans faiblir contre une coalition d'incompétents qui la fera d'abord passer pour fabulatrice, puis pour folle. Et lorsque la malheureuse produira enfin preuves et témoignages irréfutables, on la fera interner dans un hôpital psychiatrique pour délire paranoïaque.

" Nous n'avons rien inventé -dira Eastwood - une grande partie des dialogues est la retranscription mot à mot des minutes du procès. Ce que dit le médecin, le chef de la police, même les propos de l'accusé principal sont ceux que les témoins ont rapportés ".

Ce récit abracadabrantesque a été rendu plausible non seulement par la précision documentaire de son scénario, mais par une mise en images qui s'est voulue discrète. " J'avais une bonne histoire et de bons acteurs " - confiera le cinéaste aux journalistes - aussi ai-je fait ce qu'il y avait à faire. Je n'avais aucune envie de m'agiter ou de faire les pieds au mur avec ma caméra. Comme spectateur, je n'aime pas qu'on exhibe la réalisation. Dans Million Dollar Baby, la caméra se déplace beaucoup, mais très lentement, on ne se rend pas compte des mouvements. Je n'aime pas que les prises de vues soient telles que les gens pensent au réalisateur qui la dirige et à l'opérateur qui tient la caméra ".

 

On connaît la modestie de Clint qui s'applique ici, comme dans ses oeuvres précédentes, à concentrer l'action sur le sujet lui-même, sujet qui n'est autre que le combat solitaire d'une femme pour la reconnaissance de ses droits et que rien, ni personne, ne pourront détourner de son objectif qui est de faire triompher la vérité et la justice. Petite soeur de Josey Wales, hors-la-loi ou de L'homme des hautes plaines, elle lutte certes avec d'autres armes que les leurs, mais la même détermination face aux machinations perverses d'une police corrompue. Seul le pasteur, le Révérend Briegleb ( John Malkovich parfait ) osera prendre fait et cause pour cette mère douloureuse qu'aucun obstacle ne parvient à décourager : ni les menaces, ni la prison, ni la mort...


Angelina Jolie. Universal Pictures


Angelina Jolie, dans le rôle de Lara Croft, alias Christine Collins, irradie sous sa cloche en feutre qu'elle ne quitte presque jamais et qui met en valeur ce qu'il y a de plus touchant dans son visage : ce petit quelque chose de désabusé dans la bouche, de pathétique dans le regard. Nul doute - et nous nous en étions déjà aperçus dans Un coeur invaincu ( 2006 ), cette actrice est une tragédienne. Elle en a l'étoffe, l'inquiétude, l'indignation, l'émotion constante, ce feu souterrain qui brûle en elle et que le cinéaste - par souci de sobriété - a su atténuer par un jeu de photographie et de lumière qui tend vers le noir et blanc. Tout est mis en oeuvre pour que l'offense faite à l'enfant et à sa mère reste dans une dramaturgie maîtrisée, celle d'un auteur qui a toujours préféré le laconisme à la grandiloquence. Ce film confirme, si besoin était, que l'inspiration de Eastwood se plaît à exalter le courage des figures obstinées que les tragédies les plus noires ne parviennent pas à abattre. Mythe de l'héroïne seule contre tous qui re-dessine les contours d'un archétype familier, dont les hommes ont besoin pour éclairer leurs fantasmes. On se demande, après avoir vu L'échange, comment Sean Penn au dernier Festival de Cannes a pu bouder ce mets de choix ...

 

Pour lire l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur le titre :   

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont la plupart des films de Eastwood, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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L'ECHANGE DE CLINT EASTWOOD

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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commentaires

palilia 13/11/2011 20:12


la bataille du numérique est arrivée à nos portes : plus de télé sauf de l'autre côté de la maison avec canalsat où ça marche. Alors on va attendre qu'on nous reboote nos chaînes malgré le fait
qu'on ait déjà la TNT et la parabole. Pas de film ce soir, alors je te dis simplement "bonsoir Armelle!"


CHRISTOPHE LEFEVRE 13/11/2011 11:37


Très juste, si Eastwood n'avait pas fait ce choix de la sobriété, on aurait accusé son film de sombrer dans le pathos. Je crois que cette oeuvre est parfaitement équilibrée. Un grand opus d'un
grand réalisateur, qui n'a cessé d'étonner au cours de sa carrière, passant du personnage de l'inspecteur Harry à Sur la route de Madison, en passant par Impitoyable ou Mystic river. Une fabuleuse
carrière...


Kleinhase 04/02/2009 23:53

Eastwood possède ce don exceptionnel de toujours surprendre son spectateur, il nous l'a encore prouvé avec "L'échange", film qui nous révèle une Angelina Jolie inattendue et bouleversante de conviction dans le rôle de cette mère en quête de vérité. Un Oscar serait plus que mérité.

Récemment, j'ai découvert un autre film d'Eastwood: "Mystic River". Sobre tout en étant poignant. Eastwood appartient à la race des seigneurs.

dasola 01/12/2008 18:01

Bonsoir Armelle, je n'ai pas été bouleversée par le film mais je reconnais que j'ai beaucoup aimé, film classique sans esbroufe, assez dur et parfois éprouvant (la seconde partie du film) et je trouve Angelina Jolie très, très bien. Bonne soirée.

ARMELLE A FFRED 20/11/2008 13:55

On retrouve dans ce film, qui a pu te paraître froid, la rigueur de Eastwood. Avec un tel scénario, il pouvait très vite tomber dans le pathos, ce qu'il a su éviter grâce à cette économie et cette sobriété que l'on retrouve d'ailleurs dans tous ses films. C'est ce que j'aime chez lui, cette façon de prendre des thèmes très forts et de les traiter en gardant une certaine distance et en maîtrisant totalement son art de la mise en scène. Ce film est superbe avec des images, une musique remarquablement bien adaptées aux circonstances. Et Angelina Jolie est beaucoup mieux que belle : elle révèle un vrai tempérament de tragédienne.

ffred 20/11/2008 08:59

Apparemment nous n'avons pas tous ressenti le film de la même façon. Certes c'est du très bel ouvrage, magnifique sur la forme avec une musique superbe et un e Angelina Jolie parfaite comme tu la décris. Mais tout est peut être un peu trop parfait, et du coup l'ensemble semble froid et figé, à lire les blogs d'autres le pensent aussi. Moi je suis un peu resté en dehors de l'histoire et même légèrement ennuyé. Pas le meilleur Eastwood à mon goût.

Bond123 19/11/2008 19:01

Un film qui m'a bouleverser et à réussit à me faire pleurer.
Rares sont les films qui peuvent ce vanter d'y être parvenu.

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