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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 11:05

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"Il faut que le cinéma soit clair, parce que tout le reste ne l'est pas. Les passions, les sentiments, la vie, rien n'est clair."


Manoel de Oliveira

 

Le cinéma portugais, privé d'infrastructures solides, se cherche depuis plus de vingt ans avec des succès divers mais une originalité incontestable. La révolution des oeillets a toutefois permis au pays de se doter d'un système d'aide à la production qui verra l'éclosion d'une nouvelles génération de réalisateurs au seuil des années 1980. En effet, le Portugal, au temps de Salazar, avait  bien peu encouragé le 7e Art, d'où un retard considérable comparé aux autres pays européens. Seule exception, la fondation de la "Tobis Portuguesa" en 1932 qui avait donné naissance à des comédies populaires d'un certain charme. Après les sombres années 1950, un renouveau se fait alors sentir, grâce au producteur Antonio da Cunha Telles. Les deux premiers films de Paulo Rocha  "Les vertes années" ( 1963 ) et  "Changer de vie" ( 1966 ) prouvent que le cinéma portugais n'a pas totalement été tenu à l'écart du renouveau cinématographique qui traversait l'Europe. La longue carrière de Manoel de Oliveira, plus que centenaire aujourd'hui, résume à elle seul ce cheminement cahotique, le cinéaste s'empressant de porter sur les fonds baptismaux une oeuvre d'une radicale modernité, éclectique, voire même excentrique qui entendait initier l'avenir du 7e Art portugais. Né en 1908, originaire de Porto, Oliveira tourne un premier documentaire en 1930 Douro Faina Fluvial, puis un film pour enfants "Aniki-Bobo" en 1942, avant de s'attaquer, dans les années 1970, à un long métrage avec "Le passé et le présent", suivi de  "Benilde ou la Vierge Mère", puis de  "Amour de perdition"  en 1978, son chef-d'oeuvre, adaptation du roman de Camilo Castelo Branco qui sera accompagnée d'une réflexion sur cet auteur que le cinéaste vénère "Francisca" ( 1981 ) et, enfin, par le remarquable "Jour du désespoir" ( 1998 ) où il mêle mélodrame et rigueur à la Dreyer et impose définitivement son style.

 

La découverte au Festival de Cannes 1981 de "Francisca" contribuera à la renommée d'Oliveira qui enchaînera ensuite film sur film et, dans la foulée,  ne manquera pas de focaliser l'intérêt d'un public peu sollicité jusqu'alors par la production portugaise.

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Chacun d'eux est un défi lancé au cinéma afin d'en reculer les limites. Défi à la littérature également quand il adapte la pièce de Claudel "Le soulier de satin" en 1985 et à l'histoire de son pays lorsqu'il ose un opus sur la déchéance de l'empire colonial avec  "Non ou la vaine Gloire de commander" en 1990. Par la suite, avec la complicité de la romancière Augustina Bessa-Luis, Oliveira se mesurera également à Madame Bovary de Gustave Flaubert, transposant l'oeuvre dans le monde viticole de la province de Porto, cadre provincial idéal, à la fois contemporain et décalé, propice au contraste entre bourgeoisie rurale d'affaires et ouvriers agricoles. Le film, dont le titre est "Le Val Abraham", se révèlera d'une grande sensualité, porté par une caméra qu'aimante la beauté lumineuse de l'actrice Leonor Silveira. ( voir photo en haut  ) 

 

C'est à cette époque-là qu'un Paulo Rocha revient en force avec  "L'île des amours" ( 1982 ), évocation de l'écrivain Wencesclau de Moraes, fasciné par le Japon, tandis qu'Antonio Reis et Margarita Cordeiro marquent les esprits avec "Ana" ( 1982 ). N'oublions pas de mentionner que l'on doit  à ce couple, en 1978,  le plus beau film sur la révolution portugaise "Tras os Montes", révolution telle qu'elle fût perçue dans les régions reculées.

 

tras-os-montes.jpg Tras os Montes

 

Une nouvelle génération arrive à son tour et se résume à trois noms. Tout d'abord Joao Botelho, avec "Conversa Acabada" ( 1981 ) qui met en scène deux écrivains portugais Fernando Pessoa et Mario Sa-Carneiro, et le très émouvant "Un adieu portugais" ( 1985 ) sur la fin des guerres coloniales en Afrique. Ensuite Joao Cesar Monteiro, influencé par la maître Oliveira et qui s'en libère en inventant le personnage de Jean de Dieu, mélange de Nosferatu pour l'apparence physique et de von Stroheim pour l'obsession sexuelle. Il lui donne vie dans "Souvenirs de la maison jaune" ( 1989 ), "La comédie de Dieu" ( 1995 ), "Les Noces de Dieu" ( 1999 ) et "Va et vient" ( 2003 ). Ces films sont centrés sur le héros Jean de Dieu, à l'érotisme pervers, qui séduit les jeunes employées de la boutique de glaces et sorbets qu'il dirige à Lisbonne, petits commerce qui s'avère une métaphore du Portugal, personnage qui collectionne leurs poils pubiens et les  consigne dans son "Livre des pensées". Beaucoup d'humour anime ces oeuvres bercées par la beauté des visages des jeunes filles, l'art du portrait en gros plan et  un goût maniaque du cérémonial érotique qui n'est pas sans rappeler les accents du cinéma d'un Erich von Stroheim ou d'un Luis Bunuel. Quant au troisième cinéaste, il  n'est autre que Pedro Costa, réalisateur exigeant à qui l'on doit "O Sangue" ( 1989 ), "Ossos" ( 1997 ) et "Dans la chambre de Vanda" ( 2000 ), peinture de la misère qui, toutefois, évite habilement de sombrer dans le misérabilisme.

 

Aujourd'hui des films sulfureux et étranges comme "O Fantasma" ( 2000 ) et "Odete" ( 2004 ) de Joao Pedro Rodrigues laissent perplexe mais semblent plaire à un certain public. Alors...

Sources : Laurent DELMAS

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans MES BILANS
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commentaires

Maxime 13/02/2013 11:07

Je connais peu le cinéma portugais mais votre article bien documenté me donne envie d'en savoir plus long et d'essayer au moins de voir les oeuvres du plus renommé d'entre eux soit Manoel de
Oliveira. Sa Bovary portugaise excite beaucoup ma curiosité.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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