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14 juillet 2006 5 14 /07 /juillet /2006 11:56

Metro Goldwyn Mayer (MGM) 


Lorsque Flaubert envisagea d'écrire Madame Bovary, il ne s'était encore essayé qu'à des oeuvres de jeunesse. Après avoir lu son essai La tentation de Saint-Antoine à ses amis Maxime Du Camp et Louis Bouilhet, qui lui donnèrent le conseil de ne pas le publier, il eut l'idée de s'inspirer d'un fait divers " l'affaire Delaunay " pour élaborer un roman auquel il consacrera cinq années de sa vie. Il se met à la tâche en septembre 1851, après un voyage en Egypte, Syrie et Palestine. A l'épisode Delaunay/ Delamare qu'il respecte entièrement, il ajoute, pour le personnaliser et en faire une oeuvre d'art, ses propres souvenirs, l'histoire de sa liaison orageuse avec Louise Colet et ses sentiments personnels, puisqu'il a été jusqu'à dire : " Emma Bovary, c'est moi ! " Flaubert fut, à proprement parler, envoûté par son sujet, et sa correspondance nous donne maints témoignages de cette sorte de possession dans laquelle il vécut de septembre 1851 à avril 1856. Il devait, par ailleurs, confier à Taine quelques années plus tard : "Quand j'écrivais l'empoisonnement d'Emma Bovary, j'avais le goût de l'arsenic dans la bouche. Mes personnages imaginaires m'affectaient, me poursuivaient, ou plutôt c'était moi qui étais en eux." Sans doute est-ce là le secret de la vie étonnante d'un livre qui n'a cessé d'émouvoir et de passionner. Ainsi d'un pensum, à l'origine, et d'un fait divers banal, l'écrivain est-il parvenu à tirer un chef-d'oeuvre et à donner à des gens quelconques une portée universelle. Mais la publication en revue n'alla pas sans difficultés et il fallut plusieurs années de lutte pour l'imposer au public.

Le 24 janvier 1857, Flaubert passe en correctionnelle sous l'inculpation d'outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs. Il fut acquitté, mais ne resta pas moins coupable, au regard de la société, de ne pas s'être suffisamment rendu compte qu'il y avait des limites que la littérature ne devait pas dépasser. Ce procès valut à l'oeuvre un succès de scandale mais l'auteur s'en retira brisé. Seul Sainte-Beuve loua l'ouvrage comme il le méritait, alors que l'ensemble de la critique se montrait frileuse et s'en tenait à des propos conventionnels qui ne l'engageait pas... Ce qui n'empêcha point l'influence grandissante de Madame Bovary sur l'évolution du roman français et ses adaptations nombreuses sur les scènes de théâtre.

Il est amusant de noter qu'en 1949, lorsque le producteur Pandro S. Berman, le scénariste Robert Ardrey et le réalisateur  Vincente Minnelli  projettent d'adapter l'oeuvre à l'écran, ils craignent encore que le code de production de l'époque, dans une Amérique puritaine, ne s'oppose à la représentation du personnage d'Emma Bovary en raison de sa conduite adultère. Aussi prennent-ils l'option de faire raconter l'intrigue par Gustave Flaubert en personne, au moment où il passe en jugement.
" Après avoir lu, entre autres, écrivait Minnelli, les essais d'Henry James, Somerset Maugham et Sigmund Freud, j'élaborai une Emma Bovary dans la lignée romantique de Hugo ou de Chateaubriand, ma conception du personnage était celle d'une adolescente rêveuse. Des photos de couples à cheval et de rendez-vous amoureux dans des jardins secrets décorent les murs de sa chambre au couvent et indiquent déjà sa nature sentimentale. Elle est en quête de la beauté et seul son esprit peut enfanter ce concept à chaque instant, puisque sa vie se heurte à une réalité indigne... La sexualité est le moyen qu'elle trouve pour s'éloigner de son mari, médecin de campagne terne et gris. Chaque fois qu'une porte lui claque à la figure, elle en trouve une autre à ouvrir... qui est un nouveau pas vers la vie qu'elle souhaite vivre. Et pourtant, il ne s'agit pas d'assouvir des besoins sexuels. Les femmes de cette époque n'y songeaient pas."

A
illeurs, le metteur en scène de  Madame Bovary  précise :  Pour suggérer le narcissisme d'Emma, j'eus recours à divers procédés. L'utilisation de miroirs était l'un des plus efficaces. Elle se contemple dans le miroir, tout en se maquillant pour son époux. Puis, au cours du bal, elle voit de nouveau son reflet dans un immense miroir ovale, ainsi que les hommes qui l'entourent ; elle se voit telle qu'elle s'imagine être, au cours de ses rêveries romantiques... Plus tard, alors qu'elle s'achemine vers la ruine, on retrouve le miroir, mais cette fois, brisé, dans la chambre de Rouen où elle rencontre Léon.

Constamment le metteur en scène va jouer avec le rapport qui existe entre l'héroine et les miroirs, les glaces, les fenêtres, comme si ceux-ci représentaient une ouverture possible, un échappatoire vers un monde différent. A ce titre, la scène de la valse est une séquence révélatrice. Tandis que Charles Bovary boit, Emma danse au point que, grisée par le tourbillon qui l'entraîne, elle commence à s'essouffler, à manquer d'air et qu'on brise une vitre pour qu'elle puisse mieux respirer. Il est remarquable de constater combien Minnelli, soutenu par son équipe, eut le souci de faire sa propre étude introspective sur la personne d'Emma, cette femme qui ne peut accepter la médiocrité de son existence et dont la présence finit par agir comme un révélateur sur les autres personnages. Admirablement séquencé et interprété par  Jennifer Jones  et  Louis Jourdan,  le film est une remarquable adaptation de l'oeuvre de Flaubert, qu'il ne dénature aucunement. La scène la plus émouvante est sans doute celle où seule dans la petite chambre de l'hôtel de Rouen, où elle avait l'habitude de retrouver son amant, Emma valse seule avec la robe de bal qu'elle portait chez le marquis d'Andervilliers. Elle sait alors que ses rêves l'ont quittée et sa vie ne lui apparait plus que comme un gant que l'on jette, un tissu que l'on froisse...Ce film reste aujourd'hui d'une remarquable modernité et nulle adaptation ne l'a encore surpassé.

 

 


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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