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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 18:26

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Pour soutenir sa sœur restée en Thaïlande à s’occuper de leur mère atteinte de la maladie d’Alzeimer, Mai Ratima (Park Ji-soo) conclut un mariage arrangé avec un déficient mental dans la station  de Pohang en Corée du Sud et vit un quotidien douloureux auprès de sa belle-mère, qui la méprise, et de son beau-frère qui ne cesse de la harceler sexuellement. Alors qu’elle supplie ce dernier de la payer et de renouveler son visa, une scène violente a lieu dans la rue et un jeune homme intervient pour tirer la malheureuse jeune femme de cette situation en lui proposant de le suivre à Séoul. D’abord hésitante, elle accepte et, dans un premier temps, tous deux vont partager une vie difficile de petits boulots, de menus larcins jusqu'à ce que Soo-Young l'abandonne pour une prostituée qui  lui a trouvé un travail dans un bar. Mai Ratima, enceinte, va alors connaître des jours terribles, dormant dans le métro avec les clochards, victime de la corruption et de l'insensibilité de la mégapole. Les deux amoureux se retrouveront beaucoup plus tard mais dans quel état, prêts à forcer le destin malgré tout.

 

Ce premier long métrage de Yoo Ji-Tae est une surprise, car racontée sans fard, avec un réalisme poignant et des acteurs admirables et bouleversants, cette histoire, ô combien sombre, dégage une force et une dramaturgie intense. On vit selon le rythme lent de la plupart des films asiatiques la désespérance de cette jeune femme qui semble vouée à la misère et au malheur mais que sa force de caractère, son courage vont parvenir à sauver. Dans ce rôle difficile,  Park Ji-soo est remarquable, son petit visage tantôt blafard, tantôt éclairé d'une flamme secrète et illuminé par sa beauté intérieure. Elle insuffle à son personnage une densité étonnante face à son partenaire  Bae Soo-bin tout aussi juste dans son rôle de petit voyou au coeur tendre, mais lâche et facilement corrompu. Cette immersion dans le Séoul des bas-fonds est extrêmement bien rendue avec des fondus artistiques où plusieurs images se superposent afin de prêter à la cité nocturne une apparence surréaliste et imprégner la pellicule d'un lancinant désenchantement. Etonnant que l'acteur Yoo Ji-tae, ce beau gosse qui a fait la couverture de Vogue et dont l'élégance ne peut être prise à défaut, ait choisi pour son premier long métrage un thème si dur, une histoire si désenchantée qu'il traite avec infiniment de sensibilité - ne serait-ce que la scène où Mai téléphone à sa mère qui ne se souvient plus d'elle - et qu'il ait eu le désir de montrer l'infinie détresse d'une jeunesse sans repère, sans avenir, sans autre perspective que celle de survivre envers et contre tout, dans un monde où elle n'a pas sa place. On se rend compte à quel point les gens déplacés, les sans-papiers sont voués, pour la plupart, à une errance misérable, aux tentations illusoires procurées par la drogue et les artifices. Cette descente aux enfers est sauvée par la pureté de Mai, cette jeune femme qui est la résistance même, dont le coeur est empli de bonté et de compassion et que le destin ne cesse pas d'abandonner. Longtemps après que les lumières se soient rallumées son visage vous poursuit...signe que le film a atteint son but.   

 

 tumblr_lgqio6FdYu1qbm633o1_500.jpg  Yoo Ji-Tae

 

Né en 1976 à Séoul, Yoo Ji-Tae a étudié à l'université de Dankook et de Chung-Ang avant de devenir acteur et de rencontrer le succès en interprétant le rôle mémorable du tyrannique Lee Woo-jin dans Oldboy de Park Chan-wook en 2003. Il a signé ensuite plusieurs courts métrages dont The Bike Boy en 2003 et  Invitation en 2009, avant de se lancer dans on premier long métrage avec Mai Ratima qui laisse espérer qu'il occupera très bientôt une place de tout premier plan parmi les réalisateurs coréens.

 

3-e-toiles

 

Mai_Ratima-0001.jpg

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 15e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
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commentaires

snore stop 03/06/2014 14:25

Last month when I was in Seoul I went for this and I am really moved by the art of this film. I always love to see these kinds of movies. This is a touching story. And YooJi-Tae is such a wonderful actor that he has come up with a brilliant performance.

Gérard Rocher 17/03/2013 11:14

Je me fie à tes conseils et je veux absolument voir ce film magnifique.

Edmée De Xhavée 07/03/2013 19:41

Tout à fait le genre de film que j'aimerai voir!

Alain 07/03/2013 18:55

Votre premier compte-rendu, et déjà un regret en ce qui me concerne. Votre critique donne envie de voir ce film. Mais par ici, quand ? Où et comment ? J'aimerais beaucoup découvrir le cinéma
Coréen, mais à l'exception d'un film ou deux, dont Une femme coréenne, je n'ai jamais eu la possibilité d'assouvir ma curiosité. Un grand merci à vous chère Armelle, de nous faire partager vos
découvertes et vos émotions. Bon festival.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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