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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 18:46

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Déconcertant et certes morbide, ce film de Baek Seung-bin ne laisse pas indifférent. Il sort des sentiers battus et plonge le spectateur dans les méandres du subconscient sans être jamais ni banal, ni ennuyeux, contrairement à beaucoup des films présentés cette année au Festival du cinéma Asiatique de Deauville. Un film très finaud même, qu'il faut voir au second degré et qui en déconcertera plus d'un, mais est celui qui a fait sur moi la plus forte impression par son côté énigmatique et sa quête de sens.

Son titre pourrait inciter à la comparaison avec  Joyeuses funérailles,  mais, non, ce dernier n'a rien à voir avec l'opus de Frank Oz. D'abord parce qu'il y a dans ce premier long métrage du cinéaste sud-coréen  Baek Seung-bin  une véritable recherche sur le thème de la mort. Mais de quelle mort s'agit-il ? Plutôt que de la disparition physique d'un être, n'est-ce pas davantage de ces morts successives qui surviennent à tous moments dans nos vies, morts intimes que sont successivement la fin de l'enfance, la fin d'un amour ou mieux encore la mort que l'existence nous oblige à imposer à une vocation, à un rêve, à une espérance, à un désir ?


Au commencement, nous voyons trois personnages réunis autour d'une table, le père, la mère, la fille, dans l'attente des funérailles d'un jeune garçon avec lequel chacun d'eux a eu une relation particulière et ignorée des deux autres. Ils sont aussi les personnages emblématiques d'un roman écrit par le défunt avant de mourir. Mais est-il mort ? N'a-t-il pas voulu s'effacer de manière à ce que son manuscrit soit, en définitive, sa vraie vie, sa seule vie ? L'énigme est posée. Qu'est-ce que la vie ? Où est-elle la plus présente, la plus authentique, est-ce dans le fictif, dans le réel ? L'intelligence du film est d'être une variation fascinante et inattendue sur ce thème avec, en arrière plan, un humour décalé. A travers ces trois personnages qui tous ont renoncé à quelque chose d'essentiel, la mort est devenue une compagne assez quotidienne et peu dérangeante. Le père, entraîneur sportif, est quelqu'un qui se résout difficilement à faire le deuil de ses pulsions homosexuelles, sa femme - admirablement campée par Park Myung-sin, l'actrice de  Lady Vengeance  - aurait tant voulu être comme son père un professeur reconnu et faire école, alors qu'elle n'est qu'une simple enseignante aigrie par la désillusion ; quant à leur fille, son grand-père a su avec cruauté la décourager d'être jamais une écrivaine. Tous trois ont donc dû tuer en eux et voir mourir ce qui comptait le plus : leurs aspirations secrètes. Leur rencontre avec l'auteur en herbe est comme une revanche sur le mauvais sort, leur entrée solennelle dans le fictif, dans le roman en train de s'écrire où ils sont enfin ce qu'ils n'ont pu être. A travers le regard sans concession de ce jeune garçon précoce, l'un a cru rencontrer l'amour véritable, la seconde reconnaître l'élève surdoué que l'on inspire, la troisième l'allié, le complice dans l'imaginaire.

Macabre ce film ? Pas vraiment, tant les clins d'oeil d'humour se répètent à plusieurs reprises, ici un défunt qui sourit, une main morte qui est un signe, des photos qui rendent vivant ce qui ne l'est plus, tant les citations, les références littéraires sont de qualité, enfin tant l'ironie des regards et des sourires - tout particulièrement celui de la jeune fille dont le ravissant visage éclaire la pellicule - sont bien présents pour baliser cette voie à double sens et à double objectif.

La dernière scène, qui fait écho à la première, concrétise par une pirouette magistrale les propos du cinéaste : tandis que l'on apporte le potage aux trois protagonistes, le père se plaint que ce plat est fade. Alors que voit-on ? Le jeune homme, dont ils sont sensés assister aux funérailles, de dos, leur tendre la salière, soit le sel de la vie...


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

  

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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