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25 octobre 2006 3 25 /10 /octobre /2006 08:40

   


La mort aux trousses ( North by Northwest ) est l'un des films les plus connus de Hitchcock et l'un des rares qui ne soit pas inspiré d'un roman, mais trouve sa source dans la seule imagination de Sir Alfred.

 

A New-York, Roger Thorhill est enlevé par deux hommes qui le prennent pour un certain Kaplan, un inconnu qui n'a pas d'existence concrète. Ils l'emmènent chez le riche Philipp Vandamm, le saoulent et le mettent dans une voiture lancée à vive allure. Bien entendu, la police l'arrête, puis le relâche. Aux Nations-Unies, un homme, que Roger désirait voir, est assassiné sous ses yeux et lui-même suspecté du crime, aussi s'enfuit-il à Chicago. Dans le train, il est caché par la séduisante Eve Kendall. Alors qu'il avait rendez-vous avec Kaplan, dont on cherche à lui attribuer l'identité, Roger est attaqué par un avion qui tente de le tuer. De nouveau arrêté par la police, il apprend que Kaplan n'existe pas : ce personnage imaginaire sert de couverture à Eve, agent de la CIA. Roger retrouve Eve et Vandamm près du Mont Rushmore et profite de la nuit pour s'enfuir avec elle et retrouver - on lui souhaite - une existence normale.

 

Ce film- poursuite accumule, sur un rythme effréné, les situations les plus paradoxales. Le point de départ est donc une idée d'Hitchcock : une intrigue mouvementée, pleine de rebondissements inattendus, dont l'une des scènes principales se déroule sur le Mont Rushmore, au milieu des têtes géantes sculptées dans le roc des premiers présidents des Etats-Unis.


Au début du film, nous plongeons dans l'action sans très bien savoir où nous allons. Jusqu'au moment où Cary Grant - qui interprète le rôle de Roger - raconte au chef du contre-espionnage tout ce qui lui est arrivé depuis le début de l'aventure. Cette scène a pour fonction de clarifier et résumer l'intrigue à l'intention du public ; elle permet, d'autre part, au chef du contre-espionnage de dévoiler l'autre partie du mystère et de nous révéler pourquoi la police ne peut rien faire pour aider le malheureux Roger, empêtré dans un imbroglio infernal, auquel il ne saisit pas grand chose.


Rien n'a été laissé au hasard dans ce film et les scènes s'imbriquent les unes dans les autres pour nous renseigner au fur et à mesure et nous démontrer que nous sommes rarement les maîtres de notre destin... D'autre part, Hitchcock, toujours exigeant et précis, a veillé à ce que les décors, reconstitués en studio, soient des copies exactes des lieux évoqués. L'endroit, où l'agent se fait poignarder sous les yeux de Roger, est la réplique de la salle d'attente des délégués des Nations-Unies. La question de l'authenticité des décors et des meubles préoccupait à tel point Sir Alfred, que lorsqu'il lui était impossible de tourner dans l'endroit même, il demandait une documentation photographique complète.


L'autre élément capital de ce film est la gestion de la durée. Ainsi la grande scène - qui est un véritable morceau d'anthologie - où Roger/Cary Grant court seul dans le désert pour échapper aux attaques de l'avion qui l'a pris en filature, cette scène muette dure sept minutes, ce qui est un tour de force. Lorsqu'on suggérait à Hitchcock qu'il aurait pû recourir à un montage accéléré, il répondait ceci :

" La durée des plans est destinée à indiquer les différentes distances que Cary Grant doit parcourir pour se couvrir et à démontrer qu'il ne peut pas le faire. Une scène de ce genre ne peut être entièrement subjective, car tout irait trop vite. Il est nécessaire de montrer l'arrivée de l'avion - même avant que Cary Grant le voie - parce que si le plan est trop rapide, l'avion ne reste pas suffisamment dans le cadre et le spectateur n'est pas conscient de ce qui se passe. Je crois que l'utilisation du montage accéléré, pour rythmer les scènes d'actions rapides, dans beaucoup de films, constitue une dérobade devant la difficulté ou même un rattrapage dans la salle de montage. Ce n'est pas satisfaisant", concluait-il.

 

Il est vrai que l'aspect séduisant de cette scène réside dans sa gratuité même. C'est une scène vidée de toute vraisemblance et de toute signification : le cinéma envisagé de cette façon devient vraiment un art abstrait comme la musique. Cette gratuité, que les critiques ne se sont pas privés de reprocher à Hitchcock, constitue l'intérêt et la force de la scène. C'est très bien indiqué dans le dialogue, quand le paysan, avant de monter dans l'autocar, interpelle Cary Grant par ces mots : " Tiens ! voilà un avion qui sulfate et pourtant il n'y a rien à sulfater ? " L'avion, en effet, ne sulfate rien et la scène ne sert, en définitive, que la religion de la gratuité, si chère à Sir Alfred, ainsi que le goût de la fantaisie, fondé sur l'absurde.

 

Une idée, comme celle de l'avion dans le désert poursuivant le malheureux Roger, n'aurait pu germer dans la tête d'un scénariste, pour la simple raison qu'elle ne fait pas avancer l'action ; c'est une pure idée de metteur en scène à l'originalité et à l'imagination inouies. L'essentiel pour un cinéaste comme Hitchcock était de reproduire fidèlement les dessins préalablement établis. Il ne fallait nullement se laisser impressionner par l'espace, car on doit considérer que pour obtenir l'image finale, il y a toujours possibilité de recourir à une paire de ciseaux et de couper le rejet, l'espace inutile. Le maître répétait souvent, comme un leitmotiv, que chaque réalisateur devrait  savoir que le réalisme, à l'intérieur d'un cadrage prévu, découle la plupart du temps de l'irréalité accordée à l'espace environnant. Le classement des images sur l'écran, en vue d'imprimer quelque chose, ne doit jamais être entravé par une chose factuelle, assurait-il. Et il insistait encore :

" La technique cinématographique permet d'obtenir tout ce que l'on désire, de réaliser toutes les images que l'on a prévues, alors il n'y a aucune raison de renoncer ou de s'installer dans le compromis entre l'image prévue et l'image obtenue. Si tous les films ne sont pas rigoureux, c'est qu'il y a dans notre industrie trop de gens qui ne comprennent rien à l'imagerie".

 

 

                    Collection Christophe L.    Les Acacias    

 

Ce film d'action est donc, par excellence, un film profondément pensé. Hitchcock avait un oeil de lynx et surtout une technique personnelle d'une rare efficacité. A la fois maître de l'image et maître du jeu, n'omettons pas d'ajouter sa remarquable faculté à diriger ses acteurs. Les siens furent toujours au top. Dans La mort aux trousses, Cary Grant est au mieux de sa forme et James Mason, convaincant en homme retors et sans scrupules. Avec Eva Marie Saint, Hitchcock agira, comme avec toutes ses actrices précédentes, en Pygmalion. Il choisira ses vêtements, sa coiffure, ses chaussures. Et cette actrice délicieuse saura répondre aux attentes de son metteur en scène, sans sourciller. Bien lui en a pris. Elle est parfaite. Ce Pygmalion savait extraire la quintessence de chacun. Il a toujours dominé avec aisance l'action, les prises de vue, les dialogues, le montage. Dans La mort aux trousses,  nous partons à la recherche d'un homme qui n'existe pas et tous les personnages du film sont manipulés au nom de la raison d'Etat. Sauf le spectateur, qui ne l'est qu'au nom de la raison d'Hitchcock.



Pour lire les articles consacrés aux acteurs et actrices de Hitchcock et au réalisateur lui-même, cliquer sur leurs titres :


 HITCHCOCK ET SES STARS              

 

 ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont la plupart des films de Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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commentaires

voyance gratuite en ligne 13/05/2016 11:44

Bonjour
Félicitation pour votre excellent beau travail
C’est super. Bonne continuation

dasola 30/07/2014 13:17

Bonjour Armelle, c'est un film que j'ai vu, revu et re-revu toujours avec le même plaisir même si on connait la fin. On reste émerveillé par la mécanique bien huilé. Tout est fluide, pas de temps mort, un modèle du genre. Bonne après-midi.

Palilia 30/01/2009 20:14

SUPERBEJ'ai appris des tas de choses sur ce film que je ne connaissais pas du tout et ton article est très intéressant. La scène qui me vient à l'esprit est effectivement celle où Cary GRANT le magnifique court, pourchassé par l'avion. Je ne l'ai jamais trouvée trop longue, ça tient en haleine et fait partie intégrante du film. Mais il est vrai que j'ai en souvenir le sentiment d'un magnifique imbroglio.
Merci Armelle d'avoir mis le lien de ce film

LeDoute 21/11/2006 22:18

bonjourEn fait, cest Ernest Lehman qui a écrit le film.. hitchcock est le réalisateur.
merci le "hitchcock truffaut' pour des phrase comme celle la :"Une idée, comme celle de l'avion dans le désert poursuivant le malheureux Roger, n'aurait pu germer dans la tête d'un scénariste(..)"

byebye

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