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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 10:32

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Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C'est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l'amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème. Elle cherche la beauté dans son environnement habituel auquel elle n'a pas prêté une attention particulière jusque-là. Elle a l'impression de découvrir pour la première fois les choses qu'elle a toujours vues, et cela la stimule. Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n'est pas aussi belle qu'elle le pensait.

Ainsi commence  Poetry,  le beau film d'un cinéaste plein de promesses Lee Chang-dong, dont je vous ai déjà parlé et que je considère comme la tête de file de l'actuelle génération du cinéma coréen, dont le maître incontournable reste  Im Kwon-taek. Ce dernier n'a cessé d' interroger, à travers sa centaine de films, la place de l'art et de l'artiste dans la société. Néanmoins, le cinéma coréen revient de loin. De l'occupation japonaise jusqu'en 1945, de la guerre civile ensuite au début des années 50 et de la dictature militaire de 1960 à 1970, époque où l'on tourne volontiers des mélodrames confucéens, il a fallu attendre le lent retour de la démocratie en Corée du sud, à partir de 1986, pour qu'éclose une Nouvelle Vague adepte d'un certain réalisme social. Toujours est-il qu'aujourd'hui, le cinéma coréen affiche une insolente santé, offrant au public des films de qualité, en mesure de rivaliser avec ceux du cinéma international. Et de cela nous nous sommes aperçus, depuis quelques années, lors du Festival du Film Asiatique de Deauville.


Yoon Jung-hee. Diaphana Distribution


" Composer une ode à la poésie, à travers le portrait d'une femme excentrique et élégante, arborant chapeaux et robes aux couleurs vives, redécouvrant le goût d'un abricot et s'extasiant devant le chant des oiseaux : un tel projet s'offre aux ricanements, risque des dérapages, de la sensiblerie au ridicule " - écrivait à juste titre Jean-Luc Douin dans le journal Le Monde, après que ce film ait été projeté au Festival de Cannes.
Or, il n'en est rien, le cinéaste coréen ayant su éviter les écueils qui risquaient de faire sombrer Poetry dans la mièvrerie. Celui-ci  avait déjà prouvé sa maîtrise dans le passé avec Oasis  ( 2002 ) qui brossait un tableau réaliste de la Corée d'alors, et surtout avec le très réussi  Secret Sunshine  ( 2007 ), auquel j'avais consacré, lors de sa présentation à Deauville, une critique enthousiaste.
Lee Chang-dong est un homme qui s'intéresse à tout puisqu'il n'est pas seulement metteur en scène mais écrivain et fut ministre de la culture dans son pays, et, principalement, aux réalités dérangeantes, aux gens sortant du lot commun, cherchant continûment à traquer la beauté là où l'on est peu habitué à la chercher, un oeil posé sur l'ordinaire et la trivialités des choses, l'autre occupé à découvrir les merveilles enfouies sous une chape d'indifférence, d'où un cinéma aussi peu conventionnel et académique que possible et un ton qui n'appartient qu'à lui et où l'on décèle un authentique talent.
Dans Poetry, Lee Chang-dong attarde son regard sur une grand-mère originale et son petit-fils, adolescent maussade, qui ne pense qu'à surfer sur internet, et vient de participer à l'irréparable avec cinq autres de ses camarades d'école. Aussi, tout au long de son opus, le réalisateur nous propose-t-il des indices pour mieux comprendre le mystère de cette femme aux prises avec un cas de conscience terrible qui déchire sa conscience et la partage entre deux pôles : celui de la justice et celui de la charité. Et cette vieille femme, qui n'est pas sans rappeler celles si touchantes du Lola de Brillante Mendoza, trouvera l'apaisement du coeur et de l'esprit grâce à sa quête anxieuse de la pureté. Interprétée de façon magnifique par l'actrice   Yoon Jung-hee, ce personnage émouvant, tout de complexité et peint en camaïeux par une caméra attentive, se tisse d'une intensité humaine d'une rare ferveur. BEAU.

Prix du scénario au Festival de Cannes

 

Pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

Et pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Lee Chang-dong, cliquer également sur le lien ci-dessous :

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN


Yoon Jung-hee. Diaphana Distribution


Yoon Jung-hee. Diaphana Distribution



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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
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commentaires

delphine 20/09/2011 19:14


Merci pour ce beau rappel: finalement je n'ai pas pris le temps de le voir; ce n'est que partie remise!


Christophe 19/09/2011 00:03


Pour moi, le plus beau film de l'année dernière. Loin devant tout le monde. Un pur chef-d'oeuvre. Il faut que je la transfère sur mon nouveau blog...


celestine 18/09/2011 23:39


Je viens de voir ce film et j'ai adoré...malgré le doublage français, c'est vraiment une merveille.


Selenie 18/09/2011 19:18


Le montage fait que le tout manque de fluidité entre les sous-intrigues. La partie "viol" est intéressante mais agace parce qu'il ne se passe pas grand chose malgré un tel drame, peu d'émotion et
un dialogue de sourd très énervant entre les différents protagonistes. La partie "Alzheimer" est à peine traitée en vérité, la maladie étant présente comme un fantôme menaçant mais sans réelle
force dramatique. La partie "Poésie" est charmante, contemplative et non sans humour. En vérité la partie "vieillesse", qui semblait la moins importante pourtant, est celle qui est la plus présente
à l'écran et qui donne le plus d'émotion par la biais de la relation ambigüe entre la grand-mère et le vieil homme dont elle s'occupe. A la fin du film on est donc partagé sur ce film bancal, qui
se perd un peu en cours de route mais certainement très riche et avec une actrice principale divine. 2/4


Baptiste 17/11/2010 13:21

Sais-tu quelle est.la musique jouée au début de la bande annonce ?

delphine 24/08/2010 19:44

Merci chère Armelle pour cette belle présentation. Sans bien connaître le cinéma asiatique, je suis généralement très sensible à ses réalisations. Je vais de ce pas m'enquérir pour le visionner. Bonne soirée.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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