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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 09:48

         

 

1562, la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage... Depuis son plus jeune âge, Marie de Mézières aime Henri, duc de Guise. Elle est contrainte par son père d'épouser le prince de Montpensier. Son mari, appelé par Charles IX à rejoindre les princes dans leur guerre contre les protestants, la laisse en compagnie de son précepteur, le Comte de Chabannes, loin du monde, au château de Champigny. Elle tente en vain d'y oublier sa passion pour Guise, mais devient malgré elle l'enjeu de passions rivales et violentes auxquelles vient aussi se mêler le duc d'Anjou, futur Henri III.



On connait la passion de Bertrand Tavernier pour l'histoire qu'il a toujours servie au mieux à travers un nombre conséquent d'oeuvres brillantes. A l'aise dans la description du Moyen-Age (le magnifique et vénéneux La passion Béatrice), des turpitudes de la Régence (Que la fête commence), de la Première Guerre mondiale (La vie et rien d'autre et Capitaine Conan) ou même de la Seconde (Laissez passer), le metteur en scène a eu, pour habitude, de s'entourer des meilleurs spécialistes afin de donner la vision la plus réaliste possible des époques passées. Mais cette fois, l'inspiration n'étant probablement pas au rendez-vous, il peine à dépeindre l'époque complexe et difficile du XVI e siècle, qui s'est tristement illustré par les guerres de religion entre catholiques et protestants, pas plus qu'il ne parvient à éviter les clichés habituels sur la Saint-Barthélémy et sur la haine entre les religions rivales. Si, dans sa reconstitution assez superbe sur le plan de l'imagerie, le cinéaste n'élude en rien la violence inhérente à l'époque, il n'arrive pas à en saisir les thèmes clés et les moments phares. De même qu'il peine à nous restituer le climat psychologique de l'oeuvre de Madame de La Fayette qui, en quelques pages et un art consommé du raccourci et de la concision, trouvait le moyen de nous faire partager l'évolution des sentiments de ses personnages, alors que Tavernier s'y perd et, en deux heures quinze de spectacle, nous plonge dans un assemblage baroque de scènes qu'il a bien du mal à relier les unes aux autres. D'où le peu de conviction qui émane de ce long métrage aux thèmes anachroniques par rapport aux attentes d'un public contemporain. Il y a aussi de nombreuses invraisemblances, par exemple la scène où le comte de Chabannes entre dans la chambre des jeunes Montpensier, et où la jeune mariée sort de son lit dans le plus simple appareil, ce qui était impensable à l'époque de la part d'une jeune femme de ce rang. Mais le spectacle est sauvé en partie par la beauté de la mise en scène, bien que très classique et sans innovations particulières, et par la splendeur des costumes dus au talent de Caroline de Vivaise.

 

 

Compte tenu de ces insuffisances, il n'est pas certain que le public se passionne pour les mésaventures sentimentales de cette femme mariée que tous les hommes de son entourage tentent de séduire, d'autant que le réalisateur n'a pas su maintenir une tension dramatique suffisante. Bertrand Tavernier nous avait habitué à mieux. Si la première heure accroche le spectateur par l'inscription de ce destin particulier dans la grande Histoire, on est peu à peu déçu que le scénario se concentre de plus en plus sur les affaires sentimentales de l'héroïne, en délaissant certains personnages pourtant plus intéressants (celui du comte de Chabannes, interprété avec beaucoup de finesse par Lambert Wilson). Dès lors, on se lasse des multiples hésitations des protagonistes que Bertrand Tavernier ne nous rend proches à aucun moment. Réalisé avec un soin méticuleux, servi par la belle musique de Philippe Sarde et par des images riches en références picturales, La princesse de Montpensier souffre également d'un casting désastreux. Si Mélanie Thierry, bien qu'elle ne soit pas le personnage, davantage teen-ager que princesse du XVIe, Lambert Wilson et le jeune Raphaël Personnaz (sans doute la révélation du film) s'en sortent avec les honneurs, on ne peut en dire autant d'un Gaspard Ulliel peu convaincant en fougueux de Guise et, ô combien pire ! de Grégoire Leprince-Ringuet qui, avec son physique d'éternel adolescent et sa voix fluette, n'arrive à aucun moment à nous persuader qu'il est un Bayard sans peur et sans reproche, jaloux de l'attrait que suscite sa belle épouse. Et puis ces jeunes acteurs n'ont aucune diction et nombre de dialogues sont quasi inaudibles...Inégal, mais non dénué de fulgurances (les séquences intimes entre Mélanie Thierry et Lambert Wilson, notamment, sont parmi les meilleurs moments du film), La princesse de Montpensier a du mal à emporter l'adhésion - du moins la mienne - et ce film n'a, à mes yeux, qu'un seul mérite : l'envie de me replonger dans l'oeuvre de Madame de La Fayette qui savait dire en peu de mots ce que le cinéaste n'a pas su exprimer en un flot d'images.

 

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Mélanie Thierry. StudioCanal

Lambert Wilson et Mélanie Thierry. StudioCanal


 

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Published by ABARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
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Alain 30/06/2016 13:34

Bonjour Armelle. Je n'ajoute rien à votre critique. Je me souviens d'avoir vu ce film à sa sortie et être ressorti déçu au plus haut point. Je n'en ai retenu que la prestation de Raphaël Personnaz (récompensé à Cabourg) et le raffinement des costumes. L'ensemble est une triste adaptation du roman, qui lui, m'avait enthousiasmé. Je viens de prendre connaissance de vos commentaires laissés sur mon blog. Dans ma situation actuelle, le cinéma reste le seul divertissement que je puisse m'accorder. Le Mélies, à Pau n'est pas très loin. Encore plus proche, Le Parvis a réouvert et tente de trouver un second souffle avec le label "art et essai". J'essaie au maximum d'y trouver des films qui puissent me convenir, mais vous avoue clairement que je suis devenu un vieux grincheux quand je suis déçu. Les déplacements, le coût des billets (comparé à la carte UGC à Paris) deviennent ici, un vrai budget. Je me limite donc à un cinéma qui m'emporte ailleurs. Je n'ai plus le goût des blockbusters, n'ai jamais apprécié l'épouvante et trouve aujourd'hui une réelle satisfaction dans des films plus intimistes. Par voie de conséquence moins "grand public". À chacun ses envies. Il en faut bien pour tout le monde. Une pensée pour Globulette et Nautilius. J'espère que vous allez bien. Toutes mes amitiés pour vous tous.

Missycornish 18/03/2012 10:04

Bonjour Armelle!

Je vois que nous avons eu le même ressenti. J'ai terminé le film frustrée. J'ai trouvé l'histoire baclée, bien que je n'ai pas lu le roman. Je n'aime pas Guise, ni le mari de la Princesse
Montpensier que j'ai trouvé très mou.
Lambert Wilson était excellent comme toujours. Je n'ai pas apprécié plus que ça la Princesse de Montpensier et je me suis demandée ce qu'il lui trouvé vraiment. Cela aurait pu être un grand film du
fait des somptueux décors et de la magnifique musique mais cela ressemblait plus à un bon téléfim. Dommmage! Enfin, je l'ai acheté en DVD alors je me regarderai à nouveau, qui sait? Peut-être
serais-je plus indulgente.

Bon wekend!

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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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