Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 09:41

Buena Vista International            


Auteur d'un film admirable  La marche de l'empereur, Luc Jacquet revient au cinéma avec un long métrage dont l'inspiration est antérieure au précédent, car tiré d'un souvenir d'enfance, quand il demeurait avec sa famille sur le plateau du Jura et se plaisait à vagabonder dans la nature et à y faire d'extraordinaires découvertes. Ces souvenirs l'ont si fort imprégné qu'il décida de commencer des études de biologie avant de changer son fusil d'épaule et de se consacrer à une activité plus esthétisante : le documentaire. Pour autant, il ne se considère pas comme un écologue qui serait venu à la nature par une fibre sensorielle, atavique ou affective. Je ne pense pas avoir de message à transmettre - s'empresse-t-il de dire - mais il reconnaît éprouver une empathie spontanée pour tout ce qui concerne l'environnement. Avant d'expliquer une situation - poursuit-il - d'ériger des lois ou de se montrer pédagogue, il faut aimer, en vertu d'un principe élémentaire : on protège en priorité ce qui nous touche. Et c'est bien ce qui nous charme dans ce film :  le regard d'enfant émerveillé que le réalisateur pose en permanence sur cette nature : une forêt des Abruzes qui ressemble furieusement à celle dans laquelle il a grandi. Au final - avoue-t-il - je me suis retrouvé dans l'Ain que je connais par coeur.  Et puis, ne nous y trompons pas : si l'auteur a choisi pour héroïne une petite fille, elle n'est guère différente de l'enfant qu'il était lui-même à cet âge. Il n'a fait que transposer en prêtant à la fillette ses yeux, ses émerveillements, ses découvertes, ses émotions devant un monde que l'homme semble incapable d'apprivoiser.  Nous appartenons à une société supra-rationnelle qui veut tout comprendre, tout expliquer. Or si le savoir permet d'éliminer l'obscurantisme et les délires, il ne doit pas empêcher l'imagination et l'émerveillement - précise-t-il en des termes qui ne sont autres que ceux d'une profession de foi.

 

 

                  Bertille Noël-Bruneau. Eric Caro / Bonne Pioche      Eric Caro / Bonne Pioche


 

Pour élaborer son scénario et cette histoire de renard, Luc Jacquet n'a eu qu'à se remémorer, d'autant que le renard a une portée symbolique et que le metteur en scène a été un fervent lecteur d'Antoine de Saint-Exupéry et de son Petit Prince ; ainsi s'est précisé ce rapport si idéalement poétique entre l'animal et l'enfant. Esope le mettait déjà en scène dans ses fables et, en 1150, il était pour Pierre Nivard, la projection du vulgum pecus dont on ne voulait pas dire le nom. N'oublions pas que le renard ne se contente pas d'être rusé, mais qu'il a du tempérament, de la suite dans les idées et un fichu sale caractère. C'est donc une star en puissance ...


Le tournage n'a pas demandé moins de 122 jours sur trois périodes avec pour objectif de mêler l'exigence qualitative de la fiction à la souplesse et au pragmatisme du documentaire. La direction d'acteurs était également nouvelle pour Jacquet et il reconnait volontiers que les débuts ne furent pas faciles. L'adorable petite Bertille Noël-Bruneau, qui fait beaucoup penser, par sa rousseur, à la fillette qui donnait la réplique à Michel Serrault dans  Le Papillon, étant une enfant réservée, il a fallu la conquérir et la rassurer. Par la suite, tout s'est passé au mieux, car elle s'est laissée emporter par l'histoire. Mais cette histoire, quelle est-elle ?


                      Bertille Noël-Bruneau. Eric Caro / Bonne Pioche

 

Celle d'une enfant qui préfère les randonnées aux consoles de jeux et surprend un jour une renarde qu'elle va apprivoiser et qui deviendra, au fil du temps, son amie secrète. Il lui faudra bien sûr déployer beaucoup de patience et endurer pas mal de déboires avant d'arriver à transformer cette petite bête sauvage en un animal de compagnie. De superbes prises de vue nous font assister à cette lente et irrésistible conquête et  nous prennent à témoin des espoirs, des victoires, mais aussi des peurs de la petite fille, tout en nous plongeant dans un univers animalier qui ressemble à un conte de Noël. Mais c'est justement là que le bât blesse et que réside la faiblesse du film. Ni tout à fait un documentaire puisqu'on sait que la renarde est apprivoisée ( je crois que six renardes ont été utilisées à tour de rôle ), ni tout à fait un conte, l'angle choisi par l'auteur étant trop anthropomorphique pour convaincre, il se trouve ainsi condamné à n'être ni l'un, ni l'autre et en pâtit malgré tout. Il y a bien entendu des scènes délicieuses comme la poursuite de la renarde par un lynx, des instants de découvertes authentiques dans la forêt crépusculaire, où le monde animal prend pour l'homme, si éloigné de lui, un caractère effrayant, mais l'ensemble du film déçoit par une vision un peu trop simpliste des choses. D'où une émotion parfois évacuée par des longueurs, alors qu'elle était  présente en permanence dans La marche de l'empereur. Je pense que l'auteur n'a pas assez travaillé et fouillé son scénario, si bien que le résultat a un goût de déjà vu. Néanmoins, tel qu'il est, avec ses temps forts et ses faiblesses, ce film plaira aux enfants petits et grands et les sensibilisera à la nature, ce qui est positif. S'il n'emporte pas ma totale adhésion, reconnaissons à l'objet d'être bien empaqueté et d'offrir de la nature une vision ravissante. Et ce duo enfant et renard a tout de même une saveur exquise.

 

 Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


                    Eric Caro / Bonne Pioche  Eric Caro / Bonne Pioche

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article

commentaires

armelle 02/03/2016 13:34

Oui, je vais le revoir ce soir et je suis sûre qu'il va me séduire davantage. Car ce genre de film est rare.

niki 02/03/2016 10:38

je viens de me le commander :)
malgré le bémol, je pense que j'aimerai la lenteur de ces images

Kleinhase 26/12/2007 12:11

J'ai lu ta critique, je la trouve un peu sévère :D

Pour ma part, j'ai bien aimé ce film, c'est vrai que ça peut paraître lent par moment mais bon...

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche