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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 09:38

Rezo Films          StudioCanal

 

La question se pose, bien entendu. Que reste-t-il, en effet, d'Hiroshima mon amour ( 1958 ) de Resnais, du Petit Soldat ( 1963 ) de Godard, de Tirez sur le pianiste ( 1960 ) de Truffaut, du Beau Serge ( 1958 ) de Chabrol, du Signe du lion ( 1959 ) de Rohmer, de Cléo de 5 à 7 ( 1962 ) d'Agnès Varda, de Paris nous appartient ( 1960 ) de Rivette, de Lola ( 1961 ) de Jacques Demy ou encore d' Adieu Philippine ( 1962 ) de Jacques Rozier ? A ce propos Michel Marie * répondait que " près de quarante ans après, ces réalisations étaient toujours aussi vivantes et produisaient un effet émotionnel tout aussi remarquable que celui qu'il avait provoqué chez les jeunes spectateurs de 1959.

Un rappel historique s'impose toutefois. A la fin des années 1950, les cinéastes de la Nouvelle Vague ont fait acte de foi en appliquant une stratégie de rupture avec leurs aînés qui devenaient ainsi les ennemis à abattre. Il fallait tuer le père et de belle façon... En 1954, François Truffaut ouvrait les hostilités dans Les cahiers du Cinéma avec une violence inouïe, dénonçant l'académisme de la plupart des films français dits " de qualité ", et pointant du doigt plus particulièrement Claude Autant-Lara, René Clément et Jean Delannoy. Le reproche, qu'il leur adressait, était le suivant : ils n'avaient pas su être de vrais créateurs, se contentant du rôle d' illustrateurs habiles, pour la simple raison qu'ils avaient emprunté paresseusement à la littérature la plupart de leurs scénarii, méprisant le cinéma dont ils méconnaissaient le langage.

Au label de la " qualité française", les jeunes Turcs entendaient opposer une politique fondée sur le principe qui veut que le réalisateur soit l'auteur complet de son oeuvre, de l'écriture au montage, tels les rares maîtres dont ils acceptaient la filiation : les Jean Renoir, Robert Bresson, Max Ophuls, Jacques Becker, Jean Cocteau et Jacques Tati. Ils se référaient dès lors à une déontologie qui voulait que la forme délivre le message et que chaque plan soit porteur d'une interrogation. Cette politique devait fédérer les réalisateurs par delà la diversité de leur univers, de leur sensibilité politique et de leur style personnel. Bien entendu, la Nouvelle Vague n'était pas apparue comme une génération spontanée " in nihilo " et les historiens s'accordent à voir en  Alexandre Astruc  leur précurseur. En mars 1948, ce dernier, alors romancier talentueux et cinéaste original, publiait dans la revue, L'écran français, un article dont Truffaut, Godard et Rohmer feront leur miel et qui disait ceci :

"  Après avoir été successivement une attraction foraine, un divertissement analogue au théâtre de boulevard, ou un moyen de conserver les images de l'époque, le cinéma devient un langage. Un langage, c'est-à-dire une forme dans laquelle et par laquelle un artiste peut exprimer sa pensée, aussi abstraite soit-elle, ou traduire ses obsessions exactement comme il en est aujourd'hui de l'essai ou du roman. C'est pourquoi j'appelle ce nouvel âge du cinéma celui de la caméra-stylo ".


MK2 Diffusion                     


La rupture allait être d'autant plus radicale que la Nouvelle Vague entendait tourner le dos aux pratiques traditionnelles et démontrer que l'on pouvait réaliser des films en toute indépendance et, ce, avec des budgets réduits, des acteurs peu connus et des opérateurs capables de souplesse et d'improvisation, à l'instar d'un Raoul Coutard  qui travaillera avec Godard, Truffaut, Demy et Rouch, après avoir fait ses premières armes comme reporter de guerre en Indochine. Blessés, les anciens parlent d'amateurisme et  accusent les nouveaux venus de saboter le métier, prophétisant, à tort, de leur disparition prochaine. Il n'en sera rien et des films comme Les 400 coups et  A bout de souffle seront des succès, qui feront chacun entre 250.000 et 300.000 entrées, presqu'autant que La traversée de Paris de Autant-Lara ou la Gervaise de René Clément...


Indubitablement la Nouvelle Vague a gagné son pari irrévérencieux et créé une sorte de renaissance pour un 7e Art qui commençait à s'essouffler. Par ailleurs, cet impact saura déborder nos frontières et exercer une influence positive sur le cinéma allemand en pleine crise, après la défaite de 1945, et qui a bien du mal à retrouver ses marques. Enfin, pour conclure, il faut admettre que rien de ce qui est advenu d'exaltant et de novateur dans le cinéma ne l'aurait été, depuis 1959, sans ces jeunes créateurs qui surent insuffler au 7e Art un irrésistible renouveau.
A l'heure où le cinéma d'auteur est menacé de retomber dans " le prêt-à-filmer ", il ne faut abdiquer aucune ambition, afin de lutter contre le constant danger du " monoforme", terme proposé par le cinéaste anglais Peter Watkins. Et lire ce qu'écrit à ce sujet Philippe Person dans le Monde diplomatique, afin de rester vigilants :

Avec plus de deux cent quatre-vingts films sortis en 2007, contre à peine la moitié dix ans auparavant, la  production française n'a jamais été si pléthorique. Elle se polarise entre quelques grosses productions, les "block-busters " à la française, et une myriade de "petits" films à  faible budget, de moins en moins proches du modèle "art et essai ", et dont la fonction principale est de répondre aux cahiers des charges des chaînes télévisées qui ont contribué à les produire, et qui, ce faisant, les ont formatés sur le modèle de leurs propres téléfilms.

 

*  Michel Marie  :  La nouvelle Vague  Ed. Armand Colin ( 126 pages )

 

autres articles correspondant :    

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT    


 CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE         

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS

 

LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans MES BILANS
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commentaires

armelle 01/10/2011 19:35


Cela me fait plaisir de voir revenir sur le blog, après un déménagement dont le blog a eu à souffrir et qui m'oblige encore à réparer la moitié des 470 articles que j'ai conservés, des fidèles du
temps d'allociné. Je compte sur trois semaines de travail afin de remettre en état chaque article et après 4 ans chez allociné, j'espère en faire autant sur overblog. Sans compter INTERLIGNE que
j'ai ouvert en juillet et qui commence à filer dans le vent.


niki 01/10/2011 17:26


un très bel article, armelle, qui complète parfaitement les cours/conférence d'olivier lecomte que j'ai eu le plaisir de suivre récemment


delphine 30/09/2011 21:50


Article nécessaire sur la situation du cinéma -le vrai.


Apopi 11/04/2010 09:24

Merci pour cet article, et sans aucune nostalgie je ne peux que constater ce qu’est devenu le cinéma français. Une machine à produire des daubes en grande quantité avec de temps en temps quelques pépites malheureusement de plus en plus rares.

L'enfoiré 10/04/2010 20:17

J’oubliais.
A cette époque, on remplissait les salles. La télé, c’était pas encore entré complètement dans les moeurs. Le ticket pour le cinéma ne coutait presque rien.
Après il y a eu la télé qui a fermé les salles une après l’autre.
Aujourd’hui, la génération télé est dépassée par celle de la vidéo.
L’homme suit ses gadgets, sa technologie à la trace.

L'enfoiré 10/04/2010 20:14

Armelle,

Que reste-t-il de cette époque ?
Pas grand chose. De la nostalgie.
Les "Années Bonheurs" qui font parties de l’émission de Sébastien sont même postérieures.
Et cela marche, toujours
Vous citez beaucoup de films français.
La période Audiard nous manque. Son humour ravageur. La présence de Gabin dans le Président devrait servir à tous les boutonneux qui font des discours aujourd’hui.
Truffaut bien sûr et tant d’autres.

Il y a les américains.
L’époque de James Dean... "La fureur de vivre", "Géant", "West Side Story".... Mai 68 à l’americaine.

Je viens de revoir "Mary Popins". 1964 Volontairement joyeux ? Pour enfants ? Pas vraiment. La preuve : Scary Mary

Les Sissi, de l’eau de rose...

Des films qui ont bercé ou endormi ma jeunesse.

Les films indiens de Bollywood,, encore autre chose, dont on ne connait que très peu.
Les films français ont marqué en France et dans la francophonie.
Ailleurs, cela faisait tout autant des malheurs, et parfois .... des joies.

Si la forme a totalement changé, le fond ne change pas aussi souvent qu’on le croit.
Les sujets ont évolué parce que le mondialisme a ouvert un champ d’investigation plus important.
Le cinéma précède rarement la vie, mais il la suit de très près avec un peu d’imagination.

Nostalgie quand tu nous tiens....

aloevera 10/04/2010 14:33

Dommage que l'article ne réponde pas vraiment à la question-titre... :)
Quand à l'idée de politique d'auteur c'est un peu plus complexe que la simple idée que le réalisateur est auteur du film de l'écriture à la copie 0, de nombreux réalisateurs américains étaient considérés par la nouvelle vague comme des auteurs sans pour autant avoir écrit leurs scénarii (entre autre)...

L'idée est déjà un peu présente dans l'article mais il est important je pense d'insister sur le fait que la nouvelle vague s'est véritablement imposée comme un "coup d'état politique" plus que par une esthétique particulière (les films des réalisateurs de la nouvelle vague étant on ne peut plus variés!).

Pour terminer et apporter un peu d'eau au moulin, j'ai le sentiment personnel que la nouvelle vague est encore très présente dans les esprits de ceux qui font le cinéma français... Le "cinéma d'auteur" en tant qu'expression en est bien la preuve sauf qu'elle n'a plus de valeur, plus de saveur... ne s'opposant en rien à un quelconque mouvement contraire. La porte est donc amplement ouverte à une ère nouvelle, mais le système tel qu'il fonctionne aujourd'hui, ampli de vices et complaisance, ne permet pas de la franchir...

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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