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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 13:08

              

 

                                             

Quel est le dénominateur commun entre ces quatre affiches : le jeune et brillant metteur en scène Jia Zhang-ke, né en mai 1970 à Fanyang, au nord de la Chine. A dix-huit ans, il entre à l'école des Beaux Arts de Taiyuan  pour y étudier la peinture  et développe, en même temps, un intérêt pour la fiction, ce qui le conduit à écrire et publier un premier roman, avant d'être admis à l'Académie du film de Pékin. Deux ans plus tard, il fonde le Youth Experimental Film Group, première structure de production indépendante en Chine. Dès 2000, Jia Zhang-ke obtient la reconnaissance de la critique et du public avec son second film  Platform ;  ensuite Plaisirs inconnus est présenté en compétition au Festival de Cannes et, en 2004, The world l'est au Festival de Venise, tandis que son auteur reçoit l'Ordre des Arts et des Lettres du gouvernement français. Still Life, son cinquième long métrage, remportera le Lion d'Or du Festival de Venise en 2006. Ainsi, en quelques années, Jia Zhang-ke est-il devenu l'une des figures emblématiques de la "sixième génération" de cinéastes chinois. C'est la raison pour laquelle le Festival de Deauville avait à coeur de rendre un hommage particulier - avec la projection de l'intégrale de son oeuvre - à ce jeune réalisateur et scénariste qui a su, en une décennie, s'imposer de façon magistrale sur la scène internationale cinématographique. En montant sur scène, Jia Zhang-ke a tenu à souligner que c'était derrière sa caméra qu'il avait le plus de courage pour témoigner d'un monde en difficulté et défendre ses idées personnelles, considérant la création comme le seul lieu de véritable indépendance. D'ailleurs le documentaire, qui fut projeté ensuite, Useless ( 2007 ), illustre parfaitement cette profession de foi en nous proposant l'interview d'une styliste surdouée qui a choisi de se consacrer à un  prêt-à-porter de luxe ( le luxe étant par excellence le propre de la haute couture, aussi bien que de toute forme d'art ) et de promouvoir une mode ( durable et non jetable comme le prêt-à-porter industriel ) qui mêle passé et présent, au point qu'elle enterre certains vêtements durant quelques mois, afin qu'ils s'imprègnent de l'histoire du monde et portent sur eux l'empreinte du temps. Intéressant cet intérêt que les artistes chinois et asiatiques, en général, vouent à la mémoire, eux qui ont été marqués par une idéologie qui entendait faire table rase du passé et effacer, autant que faire se peut, la généalogie des peuples.
Cet hommage précédait celui qui fut dédié un peu plus tard à un autre grand cinéaste chinois ( la journée de vendredi était consacrée à la Chine ) Jiang Wen, mais auquel je n'ai pu assister, étant appelée par d'autres obligations, aussi je ne veux pas tarder davantage à vous parler d'un film que j'ai beaucoup apprécié et qui fait partie des longs métrages en compétition : le très beau The Red Awn ( les moissons pourpres ), premier long métrage de Cai Shangjun.

 

                       

Ce film nous conte de façon sobre, avec une succession de plans d'une rare économie, l'histoire d'un homme qui, ayant quitté sa femme et son fils pour tenter de trouver du travail à la ville, est resté cinq ans éloigné de chez lui, au point que son fils, ulcéré qu'il ne soit pas revenu au pays lors du décès de sa mère, l'a déclaré mort aux autorités régionales. Le film commence au moment où le père regagne son domicile et trouve son fils dans un état de telle hostilité qu'ils vont se battre et que le jeune homme sera un instant tenté de le tuer. Afin d'amorcer un geste de réconciliation, le père va lui proposer de se joindre à lui pour les moissons, car, sachant conduire une moissonneuse, il a été immédiatement embauché. Ce dernier refuse d'abord, puis finit par rejoindre son père. La suite sera une longue méditation sur les conflits entre générations, le recours aux valeurs du passé, la rivalité ville/campagne, la ville étant représentée comme le lieu où se perdent les individualités, où sévit l'esprit de masse, où l'être est conditionné et tenté par les plaisirs faciles ; alors que la campagne est celui où l'homme retrouve sa dignité d'être, où se jouent la renaissance de l'humain et la réhabilitation des traditions séculaires qui ont fondé les civilisations. On sait combien l'idéologie communiste a sacrifié le monde paysan parce que, d'instinct, il s'opposait au collectivisme, ayant, par nature, l'esprit d'indépendance et d'individualité. Cet opus est donc un chant grave dédié à la terre nourricière, à un labeur ancestral rythmé par l'horloge des saisons, un poème puissant, sans aucune fioriture, sur la quête de l'essentiel, la lutte intérieure qui est peut-être de toutes la plus difficile. En effet, le combat le plus rude n'est-il pas celui qu'on livre à soi-même ?  Le père a connu, pour sa part,  les atermoiements, les faiblesses, les lâchetés, les errements et sait que son fils les expérimentera à son tour. C'est pourquoi il est progressivement gagné par la confiance et la sérénité, il sait que le temps fera son oeuvre, il suffit d'avoir la longue patience de la terre. La dernière image est celle du fils revenu au domicile paternel pour substituer les économies du vieil hommes, sans que celui-ci ne bronche, et alors qu'il repart vers la ville, il arrache en passant quelques épis de blé et, soudain, comme frappé d'une révélation, se met à courir vers les champs qui ondoient sous le soleil...

  
Le cinéaste, en présentant son film, a dit : quand je me suis mis à tourner, c'était avec l'espoir que la morale et le sens des responsabilités avaient encore... une force ? Ce film en a une indéniablement et nous révèle un metteur en scène avec lequel il faudra compter à l'avenir. Ce coup d'essai étant un coup de maître.

 

 Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE



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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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