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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 09:17

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Dans la cour d’école d’un paisible village japonais, quatre fillettes sont témoins du meurtre d’Emili, leur camarade de classe nouvellement arrivée. Sous le choc, aucune n’est capable de se souvenir du visage du tueur et d’aider ainsi à son arrestation. Asako, la mère d’Emili, désespérée de le savoir en liberté, convie les quatre enfants chez elle pour les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas, elles seront leur vie durant accablées par la culpabilité et contraintes à la pénitence. Quinze ans plus tard, que sont-elles devenues ? C’est ce que ces deux  films ( seconde partie : celles qui voulaient oublier ) nous content en cinq épisodes qui s’enchaînent les uns aux autres, sans omettre les moindres pistes, indices et conséquences et en s’attardant principalement sur le vécu de chacune des jeunes protagonistes marquée à jamais par ce drame.

 

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Le retour derrière la caméra de Kiyoshi Kurosawa, après plusieurs projets avortés, avec les deux volets de cet opus dont la seconde partie - à ne pas manquer - sortira en salles la semaine prochaine, prend la forme d’une frise criminelle doucement perverse, mais d’une délicatesse inouïe, en cinq tableaux  d’une cinquantaine de minutes, commandés par la télévision  nipponne d'après un roman à succès. Une histoire de petites filles qui, devenues adultes, restent, chacune à sa manière,  meurtries par la culpabilité de n’avoir pas identifié celui qui avait assassiné l’une d’entre elles sous leurs yeux.

Le film chemine à pas délicats dans l’imbroglio de ce réseau de névroses, jusqu’à ce que vérité éclate enfin lors d’un épilogue centré sur la figure vénéneuse et magnétique de la mère endeuillée que vous verrez en allant voir la seconde partie. Un polar doublé d'une fine analyse des comportements humains face à un drame qui marque la personnalité à tout jamais et une méditation subtile sur le pardon, la pénitence et la rédemption considérés dans leurs phases les plus divergentes. Passionnant.

 

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Alors qu’il aurait été tentant de relier et réunir, pour l'occasion, les quatre fillettes devenues adultes, Kiyoshi Kurosawa établit entre elles un réseau de solitudes conforme à sa vision atomisée de la société. Il y a celles qui voulaient se souvenir dont Sae interprétée par la très belle Yu Aoi qui se refuse à devenir femme et épouse un homme riche qui, allant au-devant de ses vœux, la transforme en une poupée intouchable jusqu’à la répudier quand surviennent ses menstrues ;  il y a Maki qui est institutrice et provoque le courroux des parents en se montrant trop exigeantes et voit partout des violeurs en puissance. Il y a également celles qui voulaient oublier, dont l'une qui se complait dans un état infantile et joue à la fille-ours, repoussant toute coquetterie qui  éveillerait le désir de l’homme ; enfin Yuka, jeune femme à la cuisse légère, qui sera la seule capable de mettre Asako sur la piste de l’assassin. Le cinquième épisode, assez laborieux, est consacré à la résolution du crime et se recentre sur la mère, douée d’une présence énigmatique, séductrice froidement déterminée et manipulatrice un brin démoniaque, campée par l’actrice Kyoko Koizumi, admirable d’inébranlable volonté et de beauté hiératique. Si le cinéaste n’atteint pas ici les sommets de son œuvre, il ne transige pas en matière d'une mise en scène nullement mécanique et d’une belle qualité atmosphérique.

 

3417546_6_316c_une-scene-du-film-japonais-de-kiyoshi-kurosa.jpg

 

On retrouve également la qualité de cadreur de Kiyoshi Kurosawa au sein d’espaces et de plans scénographiques fort bien gérés et en adéquation avec la psychologie des personnages. C’est peut-être l’écriture qui est davantage marquée par une forme de répétitions inutilement insistantes sur les conséquences psychologiques des traumatismes et de la culpabilité. Il s’agit évidemment d’un film féminin – la maternité pour antienne, et autres questions liées à cet univers  – sans pour autant être féministe. Quoiqu'il en soit, malgré quelques longueurs, les deux volets n'en sont pas moins une étude élaborée et convaincante d'une survie à un traumatisme et, au final, un personnage coupable qui, bien que condamné à ne pas l’être par la justice des hommes, se doit de vivre avec une faute que, dans un premier temps, il avait voulu infliger à d'autres.

 

3-e-toiles

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique 15e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES DU 15e FESTIVAL du FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Kiyoshi KUROSAWA, cliquer sur son titre :

 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE

 

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20482678.jpg  KYOKO KOIZUMI

 


 

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA ASIATIQUE
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commentaires

voyance gratuite par telephone 25/07/2015 11:02

NOUVELLE VENUE SUR CE SITE QUE JE TROUVE GENIAL, je vous félicite pour la présentation de votre site qui est très ’féerique’...bonne continuation...bisou

armelle 23/07/2015 10:33

Edmée, je trouve, quant à moi, que la première partie est la meilleure. C'est une fine analyse psychologique.

Edmée De Xhavée 23/07/2015 10:28

Je suis tentée et vais essayer. Le hic c'est la longueur... tiendrai-je le coup?

Selenie 02/07/2013 13:10

Voilà un film ambitieux et particulièrement retors mais... Le postulat de départ est faussé puisqu'il n'y a pas eu promesse, la pénitence semble en fait plus proche de la malédiction... Des nuances
qui changent tout... Dommage... 2/4 de justesse

Thérèse 19/06/2013 10:37

Je suis allée les voir, puisque c'est en deux projections, dimanche et lundi et j'ai bien aimé. La seconde partie m'a paru un peu longue, surtout le dernier chapitre puisque le film est distribué
en chapitres comme un livre. Excellente interprétation et mise en scène soignée.

dasola 19/06/2013 06:02

Bonjour Armelle, j'ai surtout apprécié le premier film avec les deux premiers chapitres: remarquable. "La poupée française" est une histoire glaçante, très fort. On est abasourdi. Bonne journée.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
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