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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 11:44

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Le film aurait pu se nommer " Une vie " comme le roman de Guy de Maupassant, à la différence que l'héroïne du film est une jeune femme actuelle, éprise de liberté qui envisage son avenir de toute autre façon que la Jeanne du roman. Suzanne, à peine sortie de l’adolescence, supporte mal l’autorité d’un père pourtant très attentif, veuf depuis des années et qui élève seul, avec courage et dignité, ses deux filles. Magnifique personnage que ce routier qui partage son existence entre son travail et l’éducation de ses  enfants. Il est remarquablement bien interprété par un François Damiens profondément immergé dans son rôle d’homme de devoir, dont la vie n’est éclairée que par la présence et l’amour de ses filles.

Suzanne est visiblement la plus rebelle, face à une sœur, émouvante Adèle Haenel, qui l’adore et lui passe tous ses caprices. Un jour, le père est appelé par une conseillère familiale qui lui apprend que Suzanne est enceinte de 3 mois. C’est le choc, car il est visible que cette femme/enfant n’est pas en mesure d’élever son bébé. D’ailleurs elle va bientôt l’abandonner pour suivre Julien, un jeune malfrat qui l’entraînera dans sa dérive, larguant définitivement les amarres. Coup de cœur dont s’ensuivra une cavale, la prison, l’amour fou, le petit garçon placé dans une famille d’accueil, un autre enfant, une autre cavale et,  pour finir, la réclusion avec son deuxième bébé, une petite fille, dans un lieu de détention pour femmes.

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Lorsqu'elle s'est présentée à l'audition, nous dit la cinéaste Katell Quillévéré, Sara Forestier s'était vêtue comme elle pensait que Suzanne s'habillerait et avait préparé une des scènes les plus difficiles, celle où, au parloir de la prison, elle apprend par son avocate que son fils a été placé dans une famille d'accueil : "Sara est la première actrice que j'ai vue pour le rôle et j'ai su aussitôt que ce serait elle. Elle dégage une énergie phénoménale, qui contrebalance le caractère tragique de la trajectoire de son personnage. Elle veut toujours aller au bout de l'exploration, demande des prises supplémentaires et livre une infinité de variations, c'est un stradivarius." Dans le rôle de la soeur cadette, Adèle Haenel est éblouissante, "très drôle dans la vie de tous les jours, mais à l'écran elle dégage une forme de gravité qui donne beaucoup de densité à Maria, qui, dans le film, fait figure d'aînée". Le père, joué par François Damiens, "est de la même famille que ses filles de cinéma, toujours dans le plaisir du jeu."

Des femmes comme Suzanne, Katell Quillévéré en a rencontré lorsqu'elle a présenté son film dans une prison lyonnaise : "C'est là que j'ai mesuré la violence de mon film. Une mère séparée de son enfant comme Suzanne m'a dit, après la projection, qu'elle aurait aimé voir le film, mais dehors. Vous imaginez une histoire, vous racontez la vie de quelqu'un qui n'existe pas et voilà qu'elle apparaît devant vous… Des Suzanne,  il y en a plein les prisons." 


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L’originalité de l'opus de Katell Quillévéré est de se dérouler par séquences, laissant aux spectateurs la liberté de combler, à leur gré, les espaces vides, les lignes en suspens, ces vies entremêlées et toutes douloureuses, sans cesse contrariées dans leurs espérances. Ce sont bien des vies qui volent en éclats, des existences ratées et pourtant lourdes de sens, de souffrances quotidiennes, d’aspirations renoncées et d’une luminosité déchirante, tant nous les côtoyons chaque jour. Le réalisme du film n’en reste pas moins teinté d’une poésie tendre, celle des visites au cimetière sur la tombe de la mère disparue, celle d’un père en sanglots au chevet de sa fille, d’une sœur qui abdique ses désirs personnels pour rester proche de son père et toujours disponible pour sa sœur, d’un environnement modeste et provincial, France profonde qui cache tant bien que mal ses drames et ses deuils. Un film qui vous prend à la gorge et dont l’émotion pudique ne vous quitte pas, peut-être parce que les images restent dans un cadre intime, dans une intériorité expressive et parce que les acteurs sont d’un bout à l’autre bouleversants et vrais. Il faudra 25 ans pour que Suzanne tente de recoller les morceaux épars de sa vie chaotique. Elle le fera, désormais sans rêve, ni illusion, soumise à la seule loi qui vaille : celle du cœur.

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Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
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commentaires

Edmée De Xhavée 28/10/2014 10:41

Pas encore vu... mais ça semble démontrer, sans artifices ou exagération, combien la dérive est aisée et conduit de plus en plus loin dans l'errance. Le faux pas qui va entacher toute une existence.

armelle 28/10/2014 10:55

C'est exactement cela, Edmée. Une vision très juste et émouvante d'une dérive annoncée.

armelle 25/01/2014 09:53

Oui, Alain, une jeune cinéaste à suivre. Les femmes réalisateurs commencent à faire parler d'elles sérieusement. Il y a un bel avenir de ce côté-là. Tant mieux, car ce qu'elles disent, elles ne le
disent pas de la même façon que les hommes.

Alain 23/01/2014 13:56

Bouleversant et magnifique à la fois. Je reste persuadé que seule, une femme, pouvait réaliser un pareil film. J'ai été très ému tant au niveau de l'écriture que de l'interprétation. Je pense que
Katell Quillévéré qui signe ici son deuxième long-métrage a beaucoup de choses à dire. Elle en a le talent en tout cas !

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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