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27 février 2006 1 27 /02 /février /2006 11:19

 Universal Pictures New Line Cinema    

 

 Dans la lignée des très grands films dont  Martin Scorsese  reconnaît devoir des éléments d'inspiration et de réflexion, tels que Le Guépard, Senso ou Le portrait de Dorian Gray, Le Temps de l'innocence s'inspire d'une oeuvre littéraire, celle d'Edith Wharton, prix Pulitzer 1921 - dont le cinéaste va adopter fidèlement les thèmes, tout en proposant les siens propres, sans qu'il y ait une quelconque incompatibilité. On pouvait, à priori, être étonné de voir ce cinéaste s'égarer dans un film " à costumes ", dont on sait qu'ils ont en général mauvaise presse, mais Scorsese ne tombera dans aucun des pièges qui le guettaient : jeu théâtral des comédiens, ambiance convenue, dialogues emphatiques ; il empoigne ces clichés pour n'en retenir aucun. Bien qu'il n'ait pas été facile d'adapter à l'écran ce roman-culte, le cinéaste d'origine italienne l'osera avec succès, franchissant les obstacles et signant là l'une de ses plus belles réalisations.

 

     

 

Comme dans Les Affranchis et Casino, et à la manière d'un documentaire, il accompagne le déroulement de la pellicule d'une voix off ( Joanne Woodward ), qui donne au film un ton particulier et permet d'entrer plus aisément dans l'intimité des personnages. Le Temps de l'innocence ( 1993 ) est une fresque sensible sur une société en apparence paisible, mais qui s'avère être, derrière sa façade trompeuse, aussi perfide et cruelle que celle des mafieux que Scorcese nous présentait dans plusieurs de ses films précédents. Dans cette société américaine oubliée des années 1870, assez proche du monde proustien de La Recherche, les émotions, les sentiments se doivent d'être cachés, voire refoulés, comme le sont les amours insatisfaites et les désirs inavoués des deux héros du film. Ne nous y trompons pas ; sous ses dehors policés, Le Temps de l'innocence est une histoire violente, où quelques êtres isolés et en rupture s'opposent à la puissance d'une riche famille, selon  "un rituel tribal ", d'après les propres mots du cinéaste. " Si les victimes ne sont pas abattues d'un coup de pistolet, elles sont en revanche éliminées. La pire chose n'est pas la mort, mais l'éradication."Cette seule phrase explique le film et lui donne sens.  En effet, moins volontaire que les héros habituels de Scorcese, Newland Archer ( Daniel Day-Lewis )sera vaincu par la force des traditions et des conventions qui est l'apanage de cette société new-yorkaise des dernières décennies du XIXe siècle. Il n'aura pas le courage de tout sacrifier à son amour pour la comtesse Ellen Olenska et l'homme vieilli, que nous voyons lors de la dernière scène, ne sera même pas assez résolu  pour rencontrer une dernière fois la femme qu'il a tant aimée...Curieusement, dans ce monde régi par les hommes, ce sont les femmes Ellen et May - la jeune fille que Newland finit par épouser - qui se révèlent être les véritables moteurs de l'intrigue, Newland subissant les événements davantage qu'il ne les provoque. S'il conteste les règles établies dans le privé, il n'ose s'insurger en public, par peur de se faire expulser.

 

 

 

 

L'histoire se déroule à New-York dans les années 1870. L'avocat Newland Archer doit épouser May, la fille d'une puissante famille, les Mingott, alors que de retour d'Europe, la belle comtesse Olenska, cousine de May, éveille chez lui une subite passion. La comtesse semble mener une vie assez libre, loin de son mari retenu en France, jusqu'à ce que celui-ci, craignant que son épouse ne finisse par demander le divorce, ne la rappelle à Paris. Redoutant le scandale, elle accepte, mais Newland vient chez elle pour lui avouer son amour et la supplier de rester. Parce qu'elle se refuse à blesser sa cousine fraîchement fiancée, Ellen décide de partir afin que le mariage ait lieu.
Dix-huit mois plus tard, toujours obsédé par son souvenir, Archer apprend qu'elle se trouve en résidence à Boston. Il s'y rend et finalement lui et Ellen deviennent amants. Mais apprenant que May attend un heureux événement, Ellen va repartir en Europe rejoindre son mari.Des années plus tard, après la mort de May, Archer, âgé de cinquante-sept ans, accompagne son fils Ted en voyage d'affaires à Paris. Arrivé au bas de l'immeuble d'Ellen, et alors que plus rien ne s'oppose à leur rencontre, il prend la fuite, incapable de se retrouver confronté à une passion qu'il n'a ni su, ni pu assumer... 

 

Martin Scorsese a choisi de pousser à la perfection la reconstitution de la vie de l'époque et mis une attention pointilleuse à soigner les décors, les costumes, les objets, l'étiquette, en s'inspirant de la façon dont son maître Visconti avait usé avant lui. Michelle Pfeiffer déclara à ce propos : " J'ai appris que je ne pouvais pas toucher mon verre de vin blanc parce qu'il était frappé, mais, qu'en revanche, je pouvais caresser mon verre de vin rouge parce qu'il était chambré." 
Alors que le superviseur artistique Dante Ferretti cherche, tel un peintre, à donner une dominante aux décors et s'inspire des toiles de James Tissot, Scorsese veille à ne pas succomber sous le poids de l'exactitude historique et prend ses distances à bon escient. Ce, et en partie, grâce au montage audacieux de Thelma Schoonmaker qui saura apporter au  film une étincelante modernité, se refusant à des ralentis inopportuns et à toute complaisance esthétique.


Daniel Day-Lewis, en dandy brimé, se livre, quant à lui, à une époustouflante performance dans le rôle de l'avocat Newland Archer. D'une sensibilité à fleur de peau, il interprète l'un des personnages les plus complexes du cinéma de ces dernières années. A ses côtés, la délicieuse Michelle Pfeiffer - dont les toilettes s'accordent si bien à sa finesse et à sa grâce, qu'elle semble être née pour les porter - lui donne la réplique avec intelligence et sensibilité. C'est sûrement le rôle le plus intéressant qui lui ait été confié dans son encore jeune carrière. Rarement roman ne fut à l'origine d'un si beau film qui, comme Le Guépard,  ne se contente pas d'être une adaptation réussie, mais se veut une oeuvre à part entière. Et quelle oeuvre !

 

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Pour lire les articles consacrés à Scorsese et Michelle Pfeiffer, cliquer sur leurs titres :

 


MARTIN SCORSESE - PORTRAIT            MICHELLE PFEIFFER - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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commentaires

Georges 15/03/2016 12:44

Excellent commentaire au sujet du double chef d'oeuvre d'Edith Wharton et Martin Scorcese . Il invite à partager les défis d'un style naratif et du drame sentimental de chaque acteur, dans un décor superbe.. Merci.

Alain 20/10/2015 17:45

Revu hier soir sur Arte. J'avais ce film parfaitement en mémoire et dans le même temps je suis resté scotché par quantités de détails qui n'avaient pas retenu mon attention lors de sa sortie en salles. Dans les dialogues, les décors, les costumes, la superbe photographie. J'ai redécouvert un film que j'avais beaucoup aimé. Un de ceux qui marquent à jamais la mémoire.

Maxime 04/08/2012 18:50

Un film sublime sur tous les plans. Et une Michelle Pfeiffer à tomber.

Edmée De Xhavée 04/08/2012 10:44

L'histoire est bouleversante, et les images du film sont un régal. Ces gros plans sur les dentelles, fougères, couverts... et la façon dont la société est mise en scène sans effet forcé... c'est
indéniablement un tout bon film!

Missycornish 25/12/2011 17:10

The Edge of innocence est un très beau film. L'amour passionnel des deux personnages principaux reste platonique mais d'une puissance incroyable qui se pérénise. Je me rappelle d'une scène
sensuelle autour du gant de la comtesse de Volanska où le désir ardent des deux amants est très bien suggérée. Ce long-métrage est un petit joyau et les acteurs sont tout simplement excellent. Je
me souviens d'avoir visionné le film A room with the view où Daniel Day-Lewis incarnait le personnage d'un fiancé coincé dépourvu de toute spontanéité. Il m'avait déjà bluffé. Dans the Edge of
innnocence, son personnage est au contraire rongé par son amour pour la belle comtesse. Il est passionné. J'avoue l'avoir trouvé très séduisant. Un très bon film à voir et à revoir. La psychologie
des personnage est très bien soignée.

selenie 23/12/2011 15:06

J'adorece film, très heureux de voir une si bonne critique pour un film trop méconnu et sousestimé de Scorcese. Pour moi c'est la note maximale ; ce film mérite sa place dans le top 5 du
réalisateur.

Amédée 23/12/2011 12:51

Chère madame Armelle, en ce vendredi 23 décembre 2011, je me permets de vous dire que je ne connais pas Martin SCORCESE mais que c'est avec un réel plaisir que je vous planterais deux bises dans
les joues si je vous voyais à l'instant. Mon ami Gontran et moi-même nous sommes d'ailleurs rasés au cas où vous passeriez par la Surdilandie. Nous vous souhaitons un excellent Noël en famille et
tè ! pucrain ! oh, je ne devrais pas vous dire ce gros mot inventé par Palilia mais tant pis... ce soir à la répétition, je vous mets une bougie et je vous fais une prière pour que tout aille bien
chez vous

Eeguab 23/12/2011 12:30

Martin Scorsese,tellement cinéphile,tellement italien,et tellement américain,a parfaitement réussi cette adaptation du roman d'Edith Wharton.Tu as tout à fait raison d'insister sur l'héritage
viscontien.Rappelons le fabuleux DVD de Scorsese,Voyage à travers le cinéma italien.

goodfeles 21/09/2008 08:02

Un véritable chef d'oeuvre en effet. Et un super article dessus ça mérite des félicitations car ce film est assez injustement oublié alors que c'est une des adaptations cinématographiques les plus réussies que j'ai vue. C'est en plus de cela un véritable exemple de mise en scène. Depuis ce film aucun "film à costume" ne l'a encore rivalisé. Excellente analyse ou mon humble avis te suis a 100% dessus.

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