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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 11:53

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Je me rendais à la projection de ce film avec un à priori favorable, après avoir lu des critiques enthousiastes, ce qui n'est certes pas la meilleure façon d'aborder un film, tant le risque est grand d'être déçue. Eh bien non ! - je ne l'ai pas été, tout au contraire, je suis entrée dans cet opus avec délice, j'ai marché totalement dans cette histoire qui relate les destins croisés de George Valentin ( clin d'oeil à l'acteur Valentino, idole des années 1920 ) et de la sémillante Peppy Miller et nous plonge dans l'âge d'or du 7e Art hollywoodien. Cette évocation, tournée en noir et blanc sur fond musical, sans discours emphatiques, ni vaines paroles - et pour cause c'est un film muet - est une réussite inespérée, une ode poétique à un passé au charme suranné et néanmoins irrésistible.

 

Il fallait oser à l'époque d'un cinéma bavard et provocateur, souvent violent et gâché par les effets spéciaux et un réalisme outrancier, remonter aux sources, revenir au cinéma de nos grands-mères et nous convier à re-visiter les studios d'Hollywood au temps où régnaient Mary Pickford, Charlie Chaplin et Buster Keaton. L'engouement du public d'alors était tel qu'il avait abouti à une guerre commerciale pour le contrôle de l'industrie naissante. En ce temps-là, les salles obscures étaient pleines et on passait du court-métrage ou du film à épisodes aux superproductions de dix à douze bobines qui introduisaient un souffle nouveau dans le récit cinématographique. A la veille du crack de 1929, la mecque du 7e Art était euphorique. La première guerre mondiale, en affaiblissant les concurrents européens, avait assuré la suprématie du cinéma américain. Près de 50 millions d'entre eux fréquentaient les salles obscures chaque semaine et les vedettes de l'écran étaient devenues les nouveaux dieux de cette olympe. Mais en 1924, déjà, la Warner faisait le pari d'adapter la technologie du son au cinéma et, en 1926, la société produisait Don Juan, le premier long métrage sonore d'Alan Grosland avec John Barrymore. Il est vrai que cette innovation était encore loin de satisfaire ses promoteurs et l'endettement de la Warner atteignit un niveau critique. Mais aussi fou qu'il soit, le pari allait  réussir et, en 1928, la Warner, requinquée par le procédé Movietone, se convertissait totalement au parlant.

 

C'est ce moment clé que le réalisateur Michel Hazanavicius a choisi pour toile de fond. Ainsi nous invite-t-il à suivre l'histoire d'un acteur à succès qui se refuse à tenter l'expérience et déclare  que cette révolution se fera sans lui, reprenant à quelques détails près ce que disait Mary Pickford : - "ajouter du son au cinéma serait comme mettre du rouge à lèvre à la Venus de Milo". Le destin de George Valentin est celui que connurent quelques-uns des acteurs légendaires de l'époque. Après avoir été au sommet de leurs carrières, il leur fallut descendre l'escalier de la gloire, vite remplacés par une génération triomphante et convaincue que l'avenir et le progrès leur appartenaient.


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Cela sera le cas de Peppy Miller, une figurante, qui entrée par la petite porte, va peu à peu monter les marches que George est en train de descendre. Pour ajouter à ce déclin, voilà que survient le crack de 1929. A la désaffection du public s'ajoutent désormais pour George les soucis financiers et bientôt le désespoir, car il n'est plus seulement un acteur fini mais un homme ruiné. C'est ainsi que l'on passe, presque sans transition, de l'ombre à la lumière et vice versa. Je ne vous dirai rien de plus  de ce délicieux mélo qui nous est narré de façon exquise, est truffé de scènes inattendues et de trouvailles comme celle où Peppy, se croyant seule, s'imagine dans les bras de Valentin. Il se dégage une sensualité pleine de poésie qui en dit plus long que la plupart des scènes hard de notre production contemporaine.

 

Et puis, il y a les acteurs : Jean Dujardin, qui a bien mérité sa palme d'or à Cannes et Bérénice Bejo que le film de son compagnon Michel Hazanavicius révèle au public sous le jour le plus séduisant. Elle crève l'écran par son charme - mais il est vrai que tout est charme dans ce long métrage - sa grâce, sa présence, sa pétulance et sa photogénie. N'oublions surtout pas le troisième acteur, tout aussi fantastique, qui à lui seul fait craquer le spectateur : le petit fox-terrier Uggy, amateur de hot-dogs,  qui sait tout faire, même semblant de mourir,  et auquel il ne manque que la parole... a été également couronné d'une Palme : la palme dog. Lorsqu'on a proposé le rôle à Dujardin, celui-ci fut quelque peu interloqué  - : J'avais un peu peur, mais surtout ça m'excitait. Je savais que j'allais être privé de texte, je savais que j'allais être privé de la voix. Ce n'est pas rien ! " Il est vrai aussi qu'à l'époque peu de producteurs misaient sur lui. Il s'était même entendu dire que pour faire du cinéma son visage était trop mobile. Ce défaut allait le servir au-delà de toute espérance pour cet opus où sa mobilité fait merveille. Finalement - ajoutera-t-il - j'ai découvert que le muet était presqu'un atout : il suffit de penser l'émotion pour qu'elle se voie. Aucun dialogue ne vient la polluer. Il suffit d'un rien, un regard, un battement de cil pour que l'émotion soit palpable.


Courez vite voir ce film, c'est un bain de fraîcheur servi par une imagerie et une gestuelle magnifiques, une oeuvre attachante qui nous propose de remonter le temps et où fidélité, délicatesse, élégance et amour sont à l'honneur, ce qui n'est pas si courant de nos jours.

 

4-e-toiles.jpg

 

Pour prendre connaissance de l'interview accordée par le petit chien Uggie, cliquer sur son titre :

 

INTERVIEW de UGGIE, LE CHIEN de "THE ARTIST"

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
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commentaires

armelle 04/10/2013 18:29

Ah ! le petit chien Gérard, quelle merveille. J'ai sa photo dans mon album animalier. Il est vrai que j'aime de plus en plus les animaux. Ils me consolent souvent de l'attitude des humains. Et la
façon dont on les tue, la plupart du temps sans les étourdir et leur éviter une souffrance barbare, me révolte. Merci de ta visite.

Gérard Rocher 04/10/2013 17:18

Voici un film d'une formidable inventivité et je reconnais avoir passé un merveilleux moment de cinéma. La réalisation et l'interprétation sont de tout premier ordre et il eut été dommage que ce
film ne soit pas récompensé. Je voudrais également décerner un "Prix d'Interprétation Animale" pour le petit chien si craquant.

Selenie 05/10/2012 14:46

L'un des plus beaux films français de ces dernièresa nénes et quel magnifique hommage au cinéma muet en NB... 4/4

armelle 03/03/2012 09:53

Voici les dernières nouvelles du petit chien charismatique qui a enchanté le public lors de sa dernière prestation dans "The artist". Son maître juge qu'il est temps pour lui de prendre sa retraite
sur le triomphe de ce film qui a été couronné de 5 Oscars.

Il y a quelques semaines,Uggie avait remporté le prix de l'interprétation canine aux premiers Colliers d'Or. Et "The Artist", dont il partage l'affiche avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo, lui
avait déjà rapporté la Palme Dog au dernier Festival de Cannes. Désormais, mission accomplie, le petit chien va prendre sa retraite des studios d'Hollywood, à l'âge de dix ans.

"Le petit gars ne rajeunit pas. Il n'est pas à l'article de la mort, mais il a travaillé toute sa vie. Il m'a tant donné et je pense qu'il est important qu'il cesse de passer de longues heures à
tourner", a expliqué mardi son maître et dresseur, Omar von Muller, au lendemain du triomphe de "The Artist" à la cérémonie des Oscars où le film de Michel Hazanavicius a été sacré meilleur film.
Dimanche soir, lorsqu'il a reçu la statuette, le réalisateur français a même remercié Uggie. "Je pense qu'il s'en fiche, je ne crois pas qu'il me comprenne".

Uggie sera un retraité actif

Omar von Muller se dit particulièrement fier de son compagnon pour sa capacité à improviser et à savoir ce que les réalisateurs attendent de lui. "Beaucoup de petites choses que Uggie faisait
n'appartenaient qu'à lui", commente-t-il à la veille de cette retraite bien méritée.

Il est vrai que la carrière de Uggie aura été exceptionnelle. "Etre dans un film comme The Artist et faire tout ce qu'il a fait, c'est sensationnel, c'est très rare. En général, on joue dans des
films pour Disney, pour les enfants. C'est amusant, mais on ne s'était jamais encore retrouvé aux Oscars", a raconté Omar von Muller. Uggie devrait néanmoins être un retraité actif et promouvoir la
protection des animaux de compagnie, selon son dresseur.

Missycornish 01/03/2012 13:11

Bonjour Armelle, vous en faites une belle critique, je viens d'apprendre que Jean Dujardin avait recu l'oscar et que le petit chien etait atteint d'une maladie grave qui l'empechera de tourner
encore. Je n'ai pas encore visionne le film. Je l'ai manque de peu au cinema d'Exeter, The Picture House. Le seul cinema anglais qui propose des films francais dans le Devon.

J'ai vraiment hate de le voir. J'aime beaucoup ces deux acteurs qui m'avaient tant fait rire dans OSS 117 du meme realisateur.

Au passage, rien a voir avec le cinema mais avec la litterature, je viens de m'acheter la collection des oeuvres de Marcel Proust aux editions Quarto Gallimard. On me l'avait conseille pour aborder
l'auteur car il y a un dossier special et des notes de pages expliquant le roman. Je pense lire tout doucement. Je vais prendre mon temps. Je lirai petit bout par petit bout et je vous tiendrai au
courant de mes ressentis. A bientot

palilia 25/02/2012 09:44

je ne l'ai pas encore vu mais je l'achèterai en DVD si je n'ai pas l'occasion d'aller au cinéma avant. Sais-tu que Ron ELY en a fait tout un article dithyrambique sur sa page facebook ?Comme quoi
la notoriété du film est arrivée à Santa Barbara.

Wilyrah 14/11/2011 11:22


Bonjour,
Un bel hommage au cinéma muet mais pas un très grand film. Élégant, soigné, parfois drôle et porté par de bons acteurs (Cromwell!) mais qui ne laisse pas assez apparaître l'émotion. Bonne semaine.


Jérémy 28/10/2011 00:38


Merci pour les précisions contextuelles !

J'ai bien apprécié 'The Artist' particulièrement dans sa manière de réadapter librement le cinéma muet hollywoodien, notamment par quelques trouvailles lumineuses.
Après, sans doute que le film ne peut que se cantonner dans une certaine mesure à l'exercice ou le pari dont il est le fruit. C'est toutefois réussi je trouve.


Thérèse 19/10/2011 12:57


Je suis allée voir le film hier et j'ai été aussi emballée que vous.


darklimelight 13/10/2011 16:25


Merci Armelle pour cet article très complet qui a le mérite de remettre ce film en phase avec l'état d'esprit de l'époque à laquelle il rend hommage.Il manque sans doute à ceux qui ne l'ont pas
aimé les connaissances culturelles de cette même époque, ces points de repère indispensables pour apprécier pleinement le spectacle...


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