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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 10:11

                                         

 

                                                                          VIDEO

 

Marin Marais, compositeur en vogue à la cour de Louis XIV, se souvient de son vieux maître, Monsieur de Sainte Colombe virtuose de la viole de gambe, auquel il doit sa science de l'archet. Soucieux de perfection jusqu'à tout lui sacrifier, Sainte Colombe a mené une existence ascétique et élevé ses deux filles, surtout après la disparition de leur mère, selon des préceptes sévères. Dans ce film Tous les matins du monde, tiré du roman éponyme de Pascal Quignard, le cinéaste nous raconte la vie de ce dernier qui, retiré du monde,  ne semble plus trouver de consolation que dans la musique. A cette fin, il s'isole dans une cabane forestière afin de s'adonner au plaisir de la composition et joue des heures durant, éconduisant les importuns qui risqueraient de troubler sa sombre rêverie. Marin Marais sera le seul à parvenir à cette prouesse : franchir le seuil de la cabane et se faire accepter, allant même jusqu'à séduire l'une des deux filles, Madeleine ( Anne Brochet ), qui deviendra sa maîtresse, de façon à percer plus complètement les secrets de la science instrumentale de l'ermite. Puis il s'en retournera à Versailles connaître le succès, abandonnant sa jeune amante, qui se suicidera de désespoir. C'est alors que, frappé à son tour par le chagrin, comme l'avait été son vieux maître par la mort de sa femme, il parviendra à tirer de son archet les notes en mesure de le faite accéder à la notoriété.

         VIOLE

 

Le choix fait par Alain Corneau d'une fiction historique retraçant les parcours très différents, voire opposés, de deux compositeurs du XVIIe siècle avait de quoi étonner. Comment ce spécialiste du film noir allait-il s'y prendre pour évoquer l'art de la viole à l'époque de Lully et de Couperin et, ce, dans une forme volontairement sobre, à l'encontre de son style habituel ? Gageure superbement tenue par cet amateur de musique qui n'a nullement reculé devant les difficultés et réalisé un film d'une mélancolique beauté, riche en clairs-obscurs qui ne sont pas sans rappeler les toiles de l'école flamande.

Selon Corneau, la musique baroque, par son rejet du sentimentalisme, sa liberté de composition, sa parenté avec l'éthique janséniste, témoigne d'une inventivité et d'une profondeur qui valaient bien ce détour. La présence de la musique donne son unité à l'oeuvre : elle est la pierre angulaire sur laquelle elle s'édifie et elle est l'âme du film. Rien à voir avec le foisonnement romanesque de l'Amadeus de Milos Forman ; nous sommes là dans un dépouillement plus proche d'un Jean-Marie Straub ou d'un Carl Dreyer. S'y ajoute l'ambiguïté des rapports d'un vieux misanthrope puritain ( admirablement interprété par Jean-Pierre Marielle ) et de son turbulent épigone. Ce dernier a pris les traits de Guillaume Depardieu, qui possède, semble-t-il, un vrai tempérament d'acteur et exprime clairement le fossé creusé par les générations, dont l'une est encore  tournée vers le passé et l'autre impétueusement orientée vers une modernité qui annonce le siècle des Lumières. 

Le récit est scandé par la voix off de Gérard Depardieu , sensé être Marin Marais en son âge mûr, précédant les images qui illustrent les évocations successives de la vie de Sainte Colombe. Le jeu de ces deux musiciens est également très dissemblable. Alors que celui du vieux maître est douloureux, émouvant, noyé de larmes, celui du jeune homme est rapide, enjoué, étincelant, comme s'il quêtait l'approbation d'un auditoire qu'il entendait tenir sous son charme. Il est vrai que pour le benjamin, l'instrument n'est autre que le moyen d'obtenir une revanche sur le sort qui lui a fait perdre sa voix de baryton et que pour le grand aîné, elle est une consolation aux épreuves de la vie, un apaisement aux douleurs engendrées par l'absente...Par ailleurs, le film sait dissocier l'immobilisme du maître aux mouvements et à l'animation constante et parfois brouillonne du disciple ; de même qu'il oppose l'austérité des vêtements de l'un à l'éblouissant chatoiement de ceux de l'autre. Tout est dit dans ces infimes détails qui composent une atmosphère propice au déroulement lent et grave du film : approche de la genèse de la musique, des affres de la composition et du génie des artiste aux prises avec eux-mêmes.  Tel Orphée, ne font-ils pas renaître, à l'aurore de chaque nouveau matin du monde, ce qui ne s'était que momentanément enseveli dans la nuit : les amours perdus, les oeuvres inachevées.

 

Pour lire l'article consacré à Alain Corneau, cliquer sur son titre :   ALAIN CORNEAU

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

                         Warner Bros. France  Océan Films  Mars Distribution

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
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commentaires

ffred 13/10/2008 21:13

Un film que j'ai vu ne seule fois à sa sortie mais dont je garde un excellent souvenir. A revoir après la disparution tragique aujourd'hui de Guillaume Depardieu.

Paul 02/03/2008 17:28

ah mon dieu, quel beau film.
cependant en voyant ce qui était écrit (une phrase enfait) j'ai eu envie de laisser un commentaire

la viole n'est absolument pas l'ancetre du violon, de l'alto et du violoncelle.

ces instruments se sont développés parralellement a la meme époque, la viole étant un instrument prisé de l'aristocratie alors que les instruments de la famille du violon étaient des instruments plus populaires.

voila ^^

Rannou Boris 31/01/2008 17:02

Demande d'AfficheBonjour Monsieur.
J'ai acheté il y a peu le film dont vous décrivez le synopsis.
A l'intérieur se trouve une photo magnifique que je voudrais avoir en poster.
Pourriez vous me renseigner svp ?

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