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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 12:20

yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert--1-.jpg

 

                                          VIDEO

 

Ce nouveau biopic français, élégant et sophistiqué, allie le meilleur et le pire en une salade composée indigeste souvent, fastueuse et touchante parfois, et que supporte sur ses épaules menues un jeune acteur éblouissant Pierre Niney. Surdoué du théâtre, pensionnaire à la Comédie française, il s'est véritablement incarné en Yves Saint Laurent au point d'en avoir adopté les tics, la voix, les gestes, le phrasé, les mains. Réincarnation troublante qui méritait un scénario autrement mieux ficelé, une véritable approche de ce qu'est l'enfer du génie, une plongée dans cette créativité libre et colorée, exaltante et usante, au lieu que le film insiste lourdement sur l'aspect sombre du personnage, son addiction à l'alcool et à la drogue, son instabilité affective, son vieillissement prématuré, bien qu'il ne se concentre que sur les 20 premières années de la vie professionnelle de Saint Laurent. Dommage !

 

pierre-niney-est-a-l-affiche-du-biopic-d-yves-saint-laurent.jpg

 

C'est malheureusement une mode tristement actuelle d'appuyer sur tout ce qui relève du domaine le plus intime et d'obliger ainsi le spectateur à devenir un voyeur en lui assénant des scènes de sexe parfaitement inutiles, se plaisant à souligner les détails les plus crus, se complaisant dans une luxure qui certes ne grandit personne et surtout pas le metteur en scène. Encore une fois dommage ! Ce  parti pris de voyeurisme inonde nos écrans et finira par décourager le public pour qui le sexe risque de sombrer dans les basses fosses de l'ennui. Yves Mathieu Saint Laurent méritait mieux. Ce n'est pas son homosexualité et son comportement instable de toxico-maniaco-dépressif qui ont suscité l'admiration du monde mais son génie de créateur, son inventivité, son goût inné de la beauté. C'est cette part de lui-même que nous attendions et espérions, celle d'un esthète incomparable, d'un homme amoureux des arts, d'un collectionneur éclairé et novateur qui a changé nos habitudes vestimentaires, créant un style reconnaissable entre tous. C'est celui-là qui était intéressant, non le malheureux qui se vautre dans une débauche de riche parvenu, mais l'amoureux des écrivains et des peintres et l'initiateur d'une mode nouvelle.

 

yves-saint-laurent-film-jalil-lespert-avec-pi-L-p80yXs.jpeg

 

Né à Oran en 1936 dans une famille de la bourgeoisie modeste, le jeune Yves Mathieu monte à Paris pour suivre des cours de modélisme et très vite se fait remarquer par son talent. Choisi par Christian Dior pour devenir son assistant, il assure la relève à sa mort, bien qu'il n'ait que 24 ans. Le petit prince de la mode, comme on l'appelle, rencontre immédiatement le succès avec les 178 modèles proposés qui  imposent déjà sa propre inspiration. Ce sera une coupe trapèze très différente de celle du maître disparu. Mais appelé en 1960 à faire son service militaire qui, à l'époque, durait 27 mois, Yves Mathieu redoute plus que tout d'aller se battre dans son pays natal, l'Algérie, et tombe malade ; il sera hospitalisé au Val de Grâce pour dépression et finalement réformé et licencié par la maison Dior que gouverne le tout puissant Marcel Boussac. Grâce à Pierre Bergé, dont il partage déjà la vie, Yves Saint Laurent gagnera son procès pour rupture abusive de contrat et créera, toujours avec le soutien de Pierre Bergé qui en sera le directeur financier, sa propre maison de couture dont on sait le renom mondial qu'elle obtiendra, faisant de la griffe Saint Laurent une vitrine pour le commerce de luxe français et le fleuron incontesté de la Haute couture.

C'est donc cette vie que Jalil Lespert était sensé nous raconter et qu'il fait par bribes, avec de très beaux moments : ceux des collections sur une musique d'opéra où nous voyons défiler quelques-unes des plus belles toilettes sorties des mains inspirées du couturier. Mais à côté de ces moments de grâce, l'opus insiste non sans complaisance sur les pages sombres, les orgies très romaines dans la splendeur du palais marocain, les traits qui s'épaississent, les débauches courantes qui sont si peu en harmonie avec la beauté ambiante des intérieurs et des collections. J'ai déjà dit combien Pierre Niney est absolument génial dans son interprétation et il est curieux de remarquer que nombre de films récents doivent plus aux acteurs qu'aux metteurs en scène. Ce fut le cas pour "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski qui repose sur les interprétations remarquables d'Emmanuelle Seignier et de Mathieu Almaric. Même chose avec le film de Lespert qui ne serait rien sans Pierre Niney et Guillaume Gallienne, l'un et l'autre formant un duo extrêmement crédible, Gallienne transformé en un Pierre Bergé attentif et implacable, véritable mentor qui assure le bon fonctionnement de l'empire Saint Laurent/Bergé. Le final est un peu bref. On s'arrête en l'an 1976, alors que l'empire demeure toujours, simplement parce qu'il devait être bien difficile de confier au jeune Niney la face vieillissante de Saint Laurent. Quant aux autres personnages, que ce soit Loulou de la Falaise, Betty Catroux, Bernard Buffet, Victoire, ils ne font que de la figuration et se perdent dans les décors toujours somptueux.


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Pour consulter les articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


 

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
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commentaires

Edmée De Xhavée 03/02/2015 10:23

Je déplore aussi cette habitude de dénoncer l'intime des gens même quand il n'a eu aucune incidence importante sur leur vie publique. Je veux dire que la sexualité de St Laurent, orgies ou pas, ne touchait en rien son talent, et par exemple on ne pouvait faire pression sur lui comme c'eût peut-être été le cas pour une personnalité politique, ce qui aurait alors été intéressant de connaître en effet. Mais même alors, comment, combien de fois et avec qui ils ont leur vie sexuelle, peu importe sauf si ça touche le domaine "amour-partage" aussi. Je n'ai pas vu le film et ne sais que faire. L'acteur semble avoir fait une prestation impressionante qui vaut l'effort :)

armelle 03/02/2015 12:08

Le film mérite d'être vu pour la belle interprétation et la dernière scène, sublime.

armelle 25/01/2014 09:55

Je suis de votre avis Dasola, le film fait la part un peu trop belle à Pierre Bergé. Il sera intéressant de voir la version prochaine non adoubée.

dasola 24/01/2014 13:26

Bonjour Armelle, on sent que le film a été adoubé par Pierre Bergé (narrateur du film) : il se donne le beau rôle de l'histoire. J'attends avec intérêt le film de Bertrand Bonnello. Bonne
après-midi.

armelle 15/01/2014 13:41

Je vais toute de suite voir ce site Alain.

Alain 14/01/2014 12:38

Je suis assez d'accord avec votre critique. J'aurais aimé aussi que l'inspiration précédant la création soit plus approfondie. Mais également son goût pour les peintres, Matisse ou Van Gogh, entre
autres, qui ont inspiré plusieurs collections et qui mettaient en valeur le magnifique travail de François Lesage. Mais pour se faire il aurait fallu que le film aille plus loin que ces seules
vingt années de ce génie de la couture. Concernant le couple, je ne peux m'empêcher d'attribuer à Pierre Bergé beaucoup de qualités. Ne serait-ce que cet appui sans faille qu'il a su témoigner à
Yves Saint Laurent. Sans oublier ses engagements aujourd'hui encore. Mais là nous ne sommes plus dans le film.

Vous qui aimez le beau je vous conseille une visite sur le lien ci-dessous. Vous ne devriez pas être déçue.

http://www.puretrend.com/rubrique/yves-saint-laurent_r25/le-brodeur-francois-lesage-se-souvient-d-yves-saint-laurent_a42943/1

Bonne journée Armelle.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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