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MES BILANS

Dimanche 21 avril 2013 7 21 /04 /Avr /2013 10:40

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Gros effets d'un côté et caméra légère de l'autre, l'intrusion du numérique dans le 7e Art est universelle. Mais qu'apportent-elles de vraiment nouveau ces techniques de pointe à l'industrie du 7e Art, question que nous sommes en droit de nous poser ?

 

En un siècle d'histoire du cinéma, la boucle semble bouclée. Si tout a commencé avec les truquages astucieux d'un Georges Méliès, cela se poursuit de nos jours avec la surenchère des effets spéciaux de Matrix ou d'Inception ou encore de Harry Potter pour les plus jeunes. Mais si Méliès revenait parmi nous serait-il véritablement étonné ? Cent ans, n'est-ce pas beaucoup de temps pour obtenir des machines et ordinateurs ce que les équipes Méliès parvenaient à produire avec minutie et enthousiasme en explorateurs d'un nouveau monde qu'ils étaient alors ? Car les illusionistes d'hier ne sont autres que les techniciens d'aujourd'hui, la poésie en moins, tant il est vrai que l'on ne sait plus où la surenchère s'arrêtera et où le bon goût  saura subvenir aux  excès de la virtualité. Certains personnages, comme celui du film Simone d'Andrew Niccol ne rêve-t-il pas de remplacer les acteurs par des androïdes, répliques parfaites mais si peu satisfaisantes de nos stars actuelles ? Jusqu'où irons-nous dans ces excès imagiers où la réalité est constamment dépassée et détrônée par le fictif ?

 

Hier encore, le scénariste avait l'avantage sur le  caméraman. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Ce qui compte  est la quête insatiable de la nouveauté, de l'effet bleufant, du mélo numérisé au service d'un concepteur qui veut être partout, tout voir à la fois et franchir une étape supplémentaire dans le dévoilement  des constructions imaginaires. C'est donc l'illusion qui prime. Est-ce là, pour autant, le meilleur des mondes ?  Alors que tout devient possible dans l'imaginaire, tout risque de devenir admissible dans notre vie quotidienne et le danger est que le 7e Art, oubliant d'élever l'homme par sa quête de la beauté et de l'universalité, ne le rabaisse en ne lui offrant qu'une simple exploitation d'une science-fiction au service de trucages technologiques.

 

Mais à côté de ces effets spéciaux si vite ennuyeux, des progrès ont été faits grâce au numérique avec l'arrivée des  petites caméras qui mettent fin au monopole coûteux et forcément discriminatoire des superproductions. Désormais, n'importe qui peut saisir la vie dans son déroulement temporel une caméra sur l'épaule, ainsi que l'inaugurait Jean-Luc Godard dans A bout de souffle. C'est la raison pour laquelle nous voyons proliférer les films d'auteur à petits budgets, ce qui est une évolution notable, surtout pour des pays où réaliser un film relève du parcours du combattant. Pensons à l'Afrique et à l'Iran. En ce domaine, les progrès de la technique ne peuvent que nous réjouir. Au final,  si ces progrès ont leurs avantages, ils ont leurs inévitables inconvénients. Aux hommes, et principalement aux cinéastes, de garder la tête froide et le sens de la mesure. Le cinéma dispose d'un panel de moyens inouis qu'il serait dommage de gâcher en truquant la réalité de manière caricaturale et en privilégiant la machine au dépens de l'art.

 

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Par Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - Publié dans : MES BILANS - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mardi 12 février 2013 2 12 /02 /Fév /2013 13:28

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"Il faut que le cinéma soit clair, parce que tout le reste ne l'est pas. Les passions, les sentiments, la vie, rien n'est clair."


Manoel de Oliveira

 

Le cinéma portugais, privé d'infrastructures solides, se cherche depuis plus de vingt ans avec des succès divers mais une originalité incontestable. La révolution des oeillets a toutefois permis au pays de se doter d'un système d'aide à la production qui verra l'éclosion d'une nouvelles génération de réalisateurs au seuil des années 1980. En effet, le Portugal, au temps de Salazar, avait  bien peu encouragé le 7e Art, d'où un retard considérable comparé aux autres pays européens. Seule exception, la fondation de la "Tobis Portuguesa" en 1932 qui avait donné naissance à des comédies populaires d'un certain charme. Après les sombres années 1950, un renouveau se fait alors sentir, grâce au producteur Antonio da Cunha Telles. Les deux premiers films de Paulo Rocha  Les vertes années ( 1963 ) et  Changer de vie ( 1966 ) prouvent que le cinéma portugais n'a pas totalement été tenu à l'écart du renouveau cinématographique qui traversait l'Europe. La longue carrière de Manoel de Oliveira, plus que centenaire aujourd'hui, résume à elle seul ce cheminement cahotique, le cinéaste s'empressant de porter sur les fonds baptismaux une oeuvre d'une radicale modernité, éclectique, voire même excentrique qui entendait initier l'avenir du 7e Art portugais. Né en 1908, originaire de Porto, Oliveira tourne un premier documentaire en 1930 Douro Faina Fluvial, puis un film pour enfants Aniki-Bobo en 1942, avant de s'attaquer, dans les années 1970, à un long métrage avec Le passé et le présent, suivi de  Benilde ou la Vierge Mère, puis de  Amour de perdition  en 1978, son chef-d'oeuvre, adaptation du roman de Camilo Castelo Branco qui sera accompagnée d'une réflexion sur cet auteur que le cinéaste vénère Francisca ( 1981 ) et, enfin, par le remarquable Jour du désespoir ( 1998 ) où il mêle mélodrame et rigueur à la Dreyer et impose définitivement son style.

La découverte au Festival de Cannes 1981 de Francisca contribuera à la renommée d'Oliveira qui enchaînera ensuite film sur film et, dans la foulée,  ne manquera pas de focaliser l'intérêt d'un public peu sollicité jusqu'alors par la production portugaise

Chacun d'eux est un défi lancé au cinéma afin d'en reculer les limites. Défi à la littérature également quand il adapte la pièce de Claudel Le soulier de satin en 1985 et à l'histoire de son pays lorsqu'il ose un opus sur la déchéance de l'empire colonial avec  Non ou la vaine Gloire de commander en 1990. Par la suite, avec la complicité de la romancière Augustina Bessa-Luis, Oliveira se mesurera également à Madame Bovary de Gustave Flaubert, transposant l'oeuvre dans le monde viticole de la province de Porto, cadre provincial idéal, à la fois contemporain et décalé, propice au contraste entre bourgeoisie rurale d'affaires et ouvriers agricoles. Le film, dont le titre est Le Val Abraham, se révèlera d'une grande sensualité, porté par une caméra qu'aimante la beauté lumineuse de l'actrice Leonor Silveira. ( voir photo en haut  ) 

 

C'est à cette époque-là qu'un Paulo Rocha revient en force avec  L'île des amours ( 1982 ), évocation de l'écrivain Wencesclau de Moraes, fasciné par le Japon, tandis qu'Antonio Reis et Margarita Cordeiro marquent les esprits avec Ana ( 1982 ). N'oublions pas de mentionner que l'on doit  à ce couple, en 1978,  le plus beau film sur la révolution portugaise Tras os Montes, révolution telle qu'elle fût perçue dans les régions reculées.

 

tras-os-montes.jpg Tras os Montes

 

Une nouvelle génération arrive à son tour et se résume à trois noms. Tout d'abord Joao Botelho, avec Conversa Acabada ( 1981 ) qui met en scène deux écrivains portugais Fernando Pessoa et Mario Sa-Carneiro, et le très émouvant Un adieu portugais ( 1985 ) sur la fin des guerres coloniales en Afrique. Ensuite Joao Cesar Monteiro, influencé par la maître Oliveira et qui s'en libère en inventant le personnage de Jean de Dieu, mélange de Nosferatu pour l'apparence physique et de von Stroheim pour l'obsession sexuelle. Il lui donne vie dans Souvenirs de la maison jaune ( 1989 ), La comédie de Dieu ( 1995 ), Les Noces de Dieu ( 1999 ) et Va et vient ( 2003 ). Ces films sont centrés sur le héros Jean de Dieu, à l'érotisme pervers, qui séduit les jeunes employées de la boutique de glaces et sorbets qu'il dirige à Lisbonne, petits commerce qui s'avère une métaphore du Portugal, personnage qui collectionne leurs poils pubiens et les  consigne dans son "Livre des pensées". Beaucoup d'humour anime ces oeuvres bercées par la beauté des visages des jeunes filles, l'art du portrait en gros plan et  un goût maniaque du cérémonial érotique qui n'est pas sans rappeler les accents du cinéma d'un Erich von Stroheim ou d'un Luis Bunuel. Quant au troisième cinéaste, il  n'est autre que Pedro Costa, réalisateur exigeant à qui l'on doit O Sangue ( 1989 ), Ossos ( 1997 ) et Dans la chambre de Vanda ( 2000 ), peinture de la misère qui, toutefois, évite habilement de sombrer dans le misérabilisme.

 

Aujourd'hui des films sulfureux et étranges comme O Fantasma ( 2000 ) et Odete ( 2004 )  de Joao Pedro Rodrigues laissent perplexe mais semblent plaire à un certain public. Alors...

 

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Samedi 29 décembre 2012 6 29 /12 /Déc /2012 12:48

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Anna Karénine et Barbara, sont les deux films qui m'ont le plus emballée cette année, de par leur maîtrise, leur originalité, la qualité de l'interprétation, la mise en scène grandiose pour Anna Karénine, et épurée pour Barbara. Deux oeuvres magnifiques bien que différentes et qui laissent une trace dans la mémoire. Films européens qui prouvent que l'inspiration, l'imagination et la créativité ne sont pas en baisse dans les vieux pays.

 

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De nouveau 4 étoiles pour deux films asiatiques d'une grande poésie, émouvants par ailleurs, que sont  Saya Zamuraï  de Hitoshi Matsumoto et  I wish - nos voeux secrets  de Hirokazu Kore-Eda, vus l'un et l'autre au Festival du Film asiatique de Deauville en mars dernier. Et également 4 étoiles pour deux films américains que j'ai beaucoup appréciés bien que de style différent, soit  l'excellent Argo de Ben Affleck et To Rome with love de Woody Allen pour son côté comique et déjanté. Sans oublier Skyfall de Sam Mendes et sa fabuleuse mise en scène, la meilleure de la série des James Bond depuis longtemps, et La taupe, le meilleur film d'espionnage de ces dernières années.

 

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Et voilà cinq films qui se laissent regarder avec plaisir. Le très savoureux  opus de Christian Vincent Les saveurs du palais, interprété par une Catherine Frot au meilleur de sa forme, l'émouvant Monsieur Lazhar qui touche à coup sûr le public avec sa bande d'élèves d'un naturel désarmant ; Les 11 Fleurs  de Wang Xiaoshuai où une enfance vécue sous le régime Mao et la révolution culturelle, le J.Edgar de Clint Eastwood pour la performance de Leonardo DiCaprio et, enfin, Vous n'avez encore rien vu d'Alain Resnais qui, malgré une mise en scène décevante, ne manque ni de style, ni de savoir-faire et  où se reconnaissent  la subtilité et le talent d'un grand cinéaste. 

 

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Quant à ces quatres opus, il sont mes déceptions de l'année, alors que j'attendais beaucoup d'eux. Il aurait fallu peu de choses pour qu'ils soient de grandes réussites. Mais, pour moi, le message n'est pas passé : sans doute la faiblesse du scénario, le manque de souffle, d'arguments, de finesse ou tout simplement de crédibilté. Dommage !  

  

 

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Pour conclure, citons 3 longs métrages que l'on peut s'empresser d'oublier, malgré des interprètes souvent excellents. Mais le talent du metteur en scène manque à l'appel...

 

Il est évident que ma liste est loin d'être exhaustive et que j'ai manqué plusieurs excellents films,  comme Amour de Haneke que j'aurais sûrement classé parmi les meilleurs, bien que je ne considère pas 2012 comme un grand cru cinématographique.

 

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Samedi 27 octobre 2012 6 27 /10 /Oct /2012 12:46

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La fin des années 1960 voit le système hollywoodien remis en cause. BBS, la société de production qui a permis à Easy Rider de voir le jour, a prouvé qu'on pouvait laisser les réalisateurs jouir d'une vraie liberté créative et avoir du succès. Dans ce nouveau paysage, les studios n'ont d'autres choix que d'ouvrir les portes à de jeunes cadres, plus en phase avec la réalité. Le changement de management est facilté par une série de fusions et de rachats qui vont bouleverser le paysage hollywoodien à partir de 1966. L'ère des producteurs est achevée, s'ouvre désormais celle des réalisateurs. Grâce aux influences conjuguées de John Calley à la Warner, de Robert Evans à Paramount et de Ned Tanen à Universal, le pouvoir passe donc entre leurs mains. Peter Bart, cadre de la Paramount à l'époque, se souvient : " Tout le monde cherchait une réponse. Et l'une des réponses semblait être - si vous trouvez un jeune et brillant réalisateur avec une vision, foncez ! "

 

Ainsi ce changement va-t-il favoriser l'avènement d'une nouvelle génération de cinéastes issus, pour la plupart, des écoles de cinéma fraîchement créées. Influencés par la Nouvelle Vague européenne, ces talents nouveaux  maîtrisent également les classiques américains. Tous aspirent à un cinéma plus réaliste et plus sincère. Francis Ford Coppola devient leur chef de file. Formé à l'UCLA, il a déjà deux films à son actif lorsque la Warner lui confie la réalisation de La vallée du bonheur ( 1968 ), comédie musicale avec Fred Astaire. L'expérience se révèlera désastreuse mais Coppola parvient à enchaîner avec Les gens de la pluie ( 1969 ), un road-movie inspiré par sa mère. Le succès de l'expérience lui permet de fonder Zoetrope, un studio alternatif destiné à accueillir les jeunes réalisateurs. La Warner le soutient dans sa démarche et bientôt d'autres jeunes talents le rejoignent comme George Lucas et John Milius.

 

Porté par ce vent de renouveau, c'est une génération spontanée de talents qui explose. Peter Bogdanovich va s'imposer avec La dernière séance ( 1971 ), Brian De Palma avec Get to Know Your Rabbit ( 1972 ) et Soeurs de sang ( 1973 ), un thriller sophistiqué qui séduit le public, tandis que Scorsese fera recette avec Mean Streets ( 1973 ), un opus qui dégage une violence émotionnelle inhabituelle et reçoit un accueil favorable des critiques. Cette jeune génération apporte incontestablement un nouveau souffle à un 7e Art qui commençait à tourner en rond.

Mais l'enthousiasme sera de courte durée. Le naufrage de The last movie ( 1971 ), second film de Denis Hopper marque la fin du rêve. Paul Lewis, producteur, raconte : " C'en était fini. Finie la liberté que nous avions pu avoir. La fin des années 70 s'est amorcée dès le début de la décennie. " L'échec de plusieurs autres films, issus des structures alternatives mises en place, incite les majors à s'impliquer davantage dans la production, si bien qu'après avoir fait un pas en avant, Hollywood amorce un pas en arrière. Si les réalisateurs conservent le pouvoir, ils devront apprendre à composer avec les studios qui contrôlent la distribution des films et détiennent les clés du business. Une seule solution pour sauvegarder son indépendance est de réussir au sein du système. William Friedkin est l'un des premiers à le comprendre et lorsqu'il s'engage sur French Connection en 1971, un film policier adapté d'une histoire vraie, il se réapproprie l'intrigue, créant un personnage principal complexe, à la fois victime et bourreau et impose, pour ce faire, un style réaliste. Produit pour 1,8 million de dollars, le film en rapportera 26,3 à la Warner qui se frotte les mains et confiera peu de temps après la réalisation de L'exorciste ( 1973 ), adapté d'un best-seller de l'époque, à ce réalisateur qui en fera une oeuvre terrifiante mais capable de rapporter 89 millions de dollars au box-office américain.

 

Coppola à son tour reprend le chemin des studios. Sommé de rembourser la Warner après l'échec en salle du premier film de Zoetrope, il accepte d'adapter Le parrain, best-seller de Mario Puzo, pour la Paramount. Pour parvenir à ses fins, il soigne l'authenticité dans les moindres détails et a recours à un style sombre, peu conventionnel, qui  séduira le public. A sa sortie, le film atteint les 86 millions de dollars et bouleverse l'industrie cinématographique par son succès hors norme. C'est au tour de Steven Spielberg, jeune prodige du cinéma, de faire son entrée en scène et après Duel, en 1971, un thriller fantastique particulièrement efficace, d'enchaîner avec  Sugurland Express ( 1974 ), puis Les dents de la mer ( 1975 ) où, là aussi, il joue la carte du réalisme afin de ne pas produire un remake de Moby Dick. Il refuse de tourner en studio et insiste pour n'avoir aucune star au générique, afin d'assurer au public  une identification totale. Le film ne fera pas moins de 129 millions de recettes et sera projeté dans le monde entier. C'est alors que la télévision entre en scène d'une façon inquiétante, retenant les amateurs de salles obscures devant leur petit écran. Les représentants de la jeune génération seront bien obligés de s'adapter et vont viser un cinéma plus grand public, renonçant en partie à un cinéma d'auteur. C'est ainsi que American Graffiti ( 1973 ), La guerre des étoiles ( 1977 )  et  Rencontres du troisième type ( 1977 ) feront d'excellents scores.

 

Il n'en reste pas moins qu'une décennie s'achève et qu'un rêve amorce son déclin.  Scorsese doit se battre pour imposer Taxi Driver en 1976, que Bert Schneider s'enlise pendant trois ans sur la production des Moissons du ciel  de Terrence Malick et que Coppola, bien qu'auréolé par le succès du Parrain, a bien du mal à convaincre les producteurs de le suivre sur l'adaptation de  Apocalypse Now ( 1979 ). Cette même année, Michael Cimino entame la réalisation de La porte du paradis, un western avec Isabelle Huppert et Kris Kristofferson. Faisant exploser le budget par son perfectionnisme, il tourne près de 220 heures de film. Les responsables de l'United Artists restent impuissants. L'oeuvre sort en 1980 dans une version de plus de trois heures et demi, accompagnée de critiques désastreuses, aussi l'échec est-il sans appel. Le film, qui a coûté 44 millions de dollars, n'en rapportera que 1,3. Cette débâcle met un terme définitif à la politique des auteurs. "La porte du paradis nous a coulés. A ce moment-là, j'ai compris que quelque chose était mort " - dira Martin Scorsese. A cette date, les dirigeants des studios, plus financiers que cinéphiles, délaisseront les oeuvres ambitieuses et novatrices pour des films plus formatés mais assurés d'un succès d'audience. A ce propos Robert Towne écrira amer : " L'essentiel dans les années 1970 était de révéler la réalité du pays. Au fur et à mesure des années 1980, nous sommes entrés dans un monde de super-héros. " Et il est vrai que la production contemporaine n'a plus rien à voir avec la contre-culture de la nouvelle vague hollywoodienne qui entendait donner au 7e Art d'authentiques lettres de noblesse. Seul, le "system" a repris du grade.

 

Sources : Roland Delmas et Jean-Claude Lamy

 

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Vendredi 31 août 2012 5 31 /08 /Août /2012 10:06

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Deauville, comme Vénus, est née de la mer. Avant les années 1850, les lieux n'étaient qu'une étendue de sable et de marais où paissaient des moutons. C'est grâce à l'invitation du docteur Oliffe, en l'été 1858, que Charles Auguste Louis Joseph, duc de Morny, frère adultérin de l'empereur Napoléon III, fît la connaissance du port de Trouville et de ses environs. Découvrant lors de ses promenades, à la sortie du petit port, 160 hectares de terrains vierges et de plage de sable fin, ce visionnaire épris de luxe et de beauté, à une époque où les bains de mer commençaient à être à la mode, eut l'idée de faire sortir des marais, au bord du flot et des sables, à à peine 200 km de la capitale, cette station balnéaire qu'il voulait élégante et prestigieuse.

L'ensemble des plans fut établi par Berney, architecte parisien, amoureux de ce littoral. Il n'y manquait ni la gare, ni le casino, ni l'hippodrome, ni même le pont sur la Touques, trait d'union avec Trouville, cette aînée qui voyait grandir jour après jour une cadette déjà prête à rivaliser avec elle. L'affaire fut donc rondement menée et, dès 1866, le boulevard Cornuché voyait s'élever de luxueuses villas, alors que le Grand Hôtel s'apprêtait à recevoir une clientèle avide de distractions et de plaisirs. Malheureusement le duc de Morny n'eut guère le temps de profiter de la ville née à la fois de l'eau, des sables et de son imagination. Il mourut brutalement en 1865, laissant à ses successeurs le soin de poursuivre son oeuvre et de parer de séduction l'enfant chérie qui se préparait à devenir l'une des stars les plus convoitées de la côte. D'autant que Deauville ne se contentait pas d'offrir les loisirs habituels des stations balnéaires, son ambition était autre : elle désirait être le site des innovations que cette fin de XIXe ne cessait de promouvoir, préfigurant la modernité du siècle suivant, si bien que la ville devint, dès 1910, le lieu privilégié des courses automobiles, équestres et même d'aviation et d'hydravion. En août 1913, la course Paris-Deauville en hydro-aéroplane suivie, deux semaines plus tard, du concours des avions marins marqueront les mémoires. Ce dernier avait pour objectif la sélection d'appareils susceptibles de répondre aux besoins de la marine française. Quinze pilotes seront présents sur des monoplaces et des biplans et la meilleure vitesse sur base sera atteinte par Molla qui couvrait la distance de 555 km en 5h24m.


Les nombreux spectateurs et les badauds présents sur les lieux s'enthousiasmèrent autant des performances que du passage, sur les planches, de personnalités comme Mistinguet, Maurice Chevalier et Roland Garros. Régates nautiques, courses diverses, hôtels et boutiques de luxe, casino, golf, Deauville avait tout pour séduire. Il ne lui manquait qu'un festival ... elle l'aura, après que deux guerres, et surtout celle de 39/45, aient affligé la Normandie de dommages dont elle sera longue à se relever et donné à l'Amérique le redoutable privilège de jouer dans son histoire un rôle déterminant. En 1945, la province est exsangue, les villes ravagées, les populations meurtries, mais le débarquement a eu lieu et la France est libérée ou sur le point de l'être. Le littoral a vu mourir sur ses plages des milliers de jeunes soldats américains, canadiens, anglais et français bien entendu, au point que les cimetières ont remplacé les champs d'épeautre où fleurissaient les coquelicots. 
                      

Il est indispensable que le trait d'union entre la France et l'Amérique subsiste, mais de la façon la plus réconfortante, la plus artistique et innovante qui soit. Ce sera un festival du cinéma que vont patiemment envisager le groupe Barrière, le maire Michel d'Ornano et sa femme, Lionel Chouchan et André Halimi, pour rester fidèle à l'esprit novateur de la station. Ils le porteront sur les fonds baptismaux en septembre 1975, au cours d'une fête modeste, mais qui ne cessera plus, au fil des années, de recueillir les suffrages, d'attirer le public et d'apparaître comme l'un des événements incontournable du 7e Art. D'autant que Deauville met en avant la diversité cinématographique des Etats-Unis et n'a de cesse de faire découvrir au public français les nouveaux talents.


598665_461645200512446_514292136_n.jpg   Affiche du 38e Festival de Deauville ( 2012 )


                                            

On se rend à Deauville comme à Cannes ou à Venise ; ce Festival est l'un des rendez-vous les plus courus par les professionnels et les amateurs. Ils savent qu'ils seront bien reçus, que la ville dispose d'un ensemble hôtelier et de salles de spectacle dignes d'une telle manifestation. Pas moins de 50.000 spectateurs et 200.000 visiteurs en 2007 ; il est vrai que les organisateurs s'en sont donnés les moyens. Chaque année, en septembre, la ville resplendit de fleurs, les drapeaux claquent au vent, les restaurants ont affiné leurs menus, le ciel voit revenir les lumières aquarellées d'un début d'arrière-saison généralement agréable en cette région. Après les hommages institués en 1977 pour honorer des personnalités remarquables du 7e Art , la compétition des avant-premières sera inaugurée en 1995. Avant cela, le Festival se contentait d'être une rampe de lancement pour les grosses productions d'Outre-Atlantique ; désormais, à travers ses divers Grands Prix, Deauville se plaît à récompenser des oeuvres indépendantes et de qualité. Et, récemment, une toute nouvelle innovation a donné satisfaction à la plupart des cinéphiles :  Les nuits américaines qui projettent dans les salles des cinémas de la station les classiques, mémoire d'un cinéma qui a largement contribué à l'aura dont bénéficie l'art cinématographique. Ne devons-nous pas à l'Amérique des films inoubliables que ce Festival nous propose de revoir avec plaisir ?  Ainsi, dans un décor de rêve, le long d'un littoral que les plus grands peintres se sont plus à évoquer, en cette fin d'été si propice aux lumières douces et à peine voilées, le Festival de Deauville attire les amoureux, non seulement du cinéma, mais peut-être aussi de la lumière particulière que l'art pose sur les choses. Les célèbres planches ne cessent plus de voir défiler, se promener, s'attarder ces gens dont on parle. Après l'Aga Khan, Churchill, le roi d'Espagne, André Citroën, Coco Chanel, ce sont George Clooney, Harrison Ford, Tom Cruise, Matt Damon, Sharon Stone, Julia Roberts, Angela Joly ou Meryl Streep. Les badauds se bousculent, rêvent un moment, sommes-nous en France, en Normandie, à Deauville ou simplement ailleurs...

 

autres articles concernant Deauville et ses Festivals  :

 

Francis Ford Coppola, à l'honneur à Deauville      

 

37e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Histoire

13e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE  

 

DEAUVILLE, CES GENS ETONNANTS QUI ONT BATI SA LEGENDE      

 

 

       20th Century Fox  20th Century Fox Paramount Pictures France  Bac Films

       United International Pictures (UIP)  AlloCiné United International Pictures (UIP)  Warner Bros.

                          

                                 



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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • acteurs réalisateurs 7e art festival du film asiatique de Deauville
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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