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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 09:18
GONE GIRL de DAVID FINCHER

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à se fissurer. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

 

Ici, la disparition d’une épouse soi-disant parfaite, Amy, interprétée par Rosamund Pike, ancienne James Bond girl, beauté gracile à la Hitchcock, dont le personnage est profondément déglingué psychiquement, déclenche une hystérie médiatique dont l’Amérique a le secret. L’heure est à la télé-réalité et l’on se projette volontiers dans l’image d’une victime extraordinaire (elle est l’auteure d’une franchise littéraire en vogue) dont la destinée pathétique va lui valoir une popularité posthume insensée  et permettre au public de se retrouver selon les normes d’une femme conforme au rêve matérialiste et infantile d’aujourd’hui. Evidemment, cela se fait au détriment de l’époux, le fade Ben Affleck, premier suspect, que l’on découvre très vite aussi menteur que faux flambeur. L’acteur, très américain moyen, est utilisé à bon escient par Fincher qui trouve en lui le reflet ironique d’une belle façade à la mâchoire carrée et au sourire forcé mais dont le vide intérieur est abyssal. C’est une image désespérante d’une Amérique qui gratte ses plaies et nous convie à une vie de couple cynique et sordide à souhait. Pas la moindre lueur d’espoir dans ce déballage inutilement alambiqué, traité à la loupe et avec moult détails mais qui ne convainc pas, car nous entrons dans cette descente aux enfers avant même d’en savoir les causes et les raisons. C’est là que le scénario manque d’attrait et que le suspense ne fonctionne qu’au second degré. Malgré une mise en scène rigoureuse, une première partie homogène, la seconde est peu vraisemblable, entachée d'excès, si bien que ces deux heures trente deviennent extrêmement pesantes. Trop de tout, de haine, de sang, de laideur, de lâcheté, de trahison, de mensonge, trop de médiocrité. L’histoire noire et terrifiante de ces deux héros, ou plus exactement  anti-héros, coulés dans le moule le plus vile qui soit, merci ! Dénué d'un humour salvateur, cette parabole sinistre sur le mariage et les déliquescences d'un couple laisse un goût amer et pénible dont on préférerait se passer...De nombreux critiques ont été séduits, pas moi.

 

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GONE GIRL de DAVID FINCHER
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 10:20

Hassan Kadam ( Manish Dayal ) a un don inné pour la cuisine qu’il tient sans doute de sa mère. Celle-ci ne l'a-t-elle pas  formé au goût dès son plus jeune âge ? Malheureusement, le restaurant que la famille avait ouvert à  Bombay a brûlé et sa mère a perdu la vie lors de ce tragique événement, si bien que  le père de Hassan n'a d'autre perspective que de fuir cette ville maudite pour se rendre à Londres. Hélas, Londres ne lui plaît pas ! Il y fait froid et les légumes n’ont pas de goût, si bien que le pater familias embarque ses enfants dans une vieille bagnole brinquebalante en direction de la Suisse. Mais voilà qu’en cours de route les freins lâchent et la famille s’aperçoit alors que le lieu où ils viennent d’atterrir, au hasard, offre beaucoup d’avantages : le village de Saint-Antonin-Noble-Val et ses environs sont superbes et le petit marché local vous fait savourer de plaisir à l’étal de ses fruits et légumes succulents.  Puisque le destin a choisi pour eux, le père ( Om Puri ) décide qu’ils doivent s’installer là et acquérir le restaurant en bien mauvais état qui est justement à vendre. Qu'importe qu'il y ait  un hic et pas des moindres,  car, juste en face, se trouve un restaurant gastronomique de réputation « Le saule pleureur »,  tenu par une certaine Madame Mallory ( Helen Mirren ) qui n’a nullement l’intention de se laisser damner le pion par des restaurateurs indiens.  C'est le début d’une guerre qui verra s’opposer avec férocité la directrice et propriétaire du restaurant étoilé et sa jeune chef en herbe Marguerite (Charlotte Le Bon) à notre Hassan qui entend bien, quant à lui,  conquérir sa place dans l’univers de la gastronomie…

 

Voilà un film plaisant, inspiré du roman éponyme de Richard C. Morais, qui envisage un bonheur gustatif non sans relation avec la petite madeleine de Proust, car nos papilles, on le sait, sont un vecteur privilégié pour faire revenir à lui le passé et plus particulièrement celui de l’enfance et de nos racines culturelles et sentimentales. Quant au bonheur, s’il est occasionnellement dans l’assiette, il ne l’est pas toujours dans les intentions de nos protagonistes qui ne perdent jamais de vue l’intérêt et le profit qu’ils peuvent tirer de leurs capacités culinaires. Tout cela est gentil, un peu longuet, sent bon la cuisine ancienne opposée à la nouvelle cuisine où l’appétit vient rarement en mangeant mais en regardant, la présentation des plats ayant, au final, plus de saveur esthétique que de véritable goût. On sort de la salle avec bon appétit. Je ne dirai pas que l’on en redemande, mais on a passé un moment qui n’est pas désagréable, surtout un jour de pluie…

 

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LES RECETTES DU BONHEUR de LASSE HALLSTROM
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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 09:19
MOMMY de XAVIER DOLAN

Steve a encore fait des siennes en tentant de mettre le feu à son internat et partiellement à l’un de ses camarades, aussi sa mère est-elle invitée à récupérer son rejeton de l’établissement qui avait accepté de l’accueillir. Bien que la relation mère/fils soit particulièrement fusionnelle, l’amour ne suffit pas toujours à canaliser  les débordements de ce jeune garçon hyperactif et ingérable. L’irruption dans leur quotidien de l’énigmatique voisine va leur permettre de trouver une forme de stabilité et d’équilibre. Le prodige Xavier Dolan dresse ici le portrait d’une mère "en amour" avec son fils difficile, sans aucune larme, et à travers un tourbillon de cris, de rires, de chansons et un style qui peut déstabiliser certains spectateurs.

 

 

Xavier Dolan a conservé de l’adolescence une forme d’intensité qui irrigue chacune de ses oeuvres et cette dernière, en particulier, qui raconte l’histoire d’amour fusionnel entre un ado à la violence pathologique difficilement contrôlable et sa mère, Die, une célibataire au look flashy et au langage fleuri qui est prête à tout endurer pour parvenir à lui assurer un avenir normal et juguler sa violence. Dans cet opus débordant de créativité, le jeune Québécois dirige de nouveau Anne Dorval  et Suzanne Clément, les deux comédiennes qui l’accompagnent depuis ses débuts et confirme son extrême maturité cinéphile et sa sensibilité : «  Le cinéma, ce n’est pas la vie, c’est l’occasion de se rattraper sur la vie «  - déclare-t-il. Et il poursuit : « La mère est toujours au centre de ma démarche, c’est la figure qui m’inspire inconditionnellement. J’ai besoin d’avoir un rapport viscéral avec ce que j’écris, je dois sentir que je maîtrise la matière de mes films, et c’est le cas avec la figure de la mère. J’ai tellement observé la mienne, je l’ai tellement écoutée parler : je la connais par cœur et, à travers elle, j’ai l’impression que j’ai appris à connaître les femmes. »

 

 

Le jeune phénomène ne cache pas non plus  ce qu’il doit à Jane Campion, à Gus Van Sant et à Paul Thomas Anderson. J’ai besoins de films qui m’émeuvent, qui changent ma vie et ma façon de voir le monde – avoue-t-il.  De même, que je ne conçois pas un film sans m’y investir totalement. On me reproche parfois de ne pas déléguer, mais j’aime créer les costumes, je suis passionné de mode et j’ai une vision très précise de ce que je veux, dans le moindre détail. Si je ne fais pas de cinéma, je pense que je meurs.

 

 

A 19 ans, Xavier Dolan utilise les gains obtenus en tant qu’acteur enfant pour réaliser son premier film "J’ai tué ma mère", récit autobiographique et fiévreux dans lequel il prête ses traits à un adolescent en rupture. Le film constitue le premier volet d’une trilogie sur l’amour impossible, complétée par "Laurence Anyways" qui affirment son style sensoriel entre pur romantisme et esthétisme débridé. Depuis, le jeune homme a signé dans l’urgence un thriller psychologique "Tom à la ferme" avant de gagner sa place dans la sélection officielle du Festival de Cannes grâce à "Mommy". Une consécration pour un réalisateur de 25 ans.

 

Avec  "Mommy", Xavier Dolan confirme un talent d’une réelle puissance, d’une créativité époustouflante, d’une poignante vérité, parfois gâté par trop d’hystérie et quelques tics agaçants qu'il devra corriger s'il veut atteindre l'excellence à laquelle, visiblement, il aspire.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN & CANADIEN

 

 

 

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MOMMY de XAVIER DOLAN
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 08:43

Esthéticienne sympathique mais mythomane, Muriel est surtout une fervente admiratrice de Vincent Lacroix, un chanteur de variétés à succès. Lorsqu'une nuit son idole se présente à sa porte, la jeune femme est émerveillée. Mais la star est en réalité venue solliciter son aide pour se débarrasser du corps d'une femme caché dans sa voiture. Fascinée par cette rencontre avec son chanteur fétiche, Muriel accepte la proposition. C'est le début d’une inévitable galère. Si son entourage, habitué à ses récits farfelus, ne croit guère à son implication dans une aventure saugrenue, la police est bientôt sur ses traces...

 

Sur un scénario habilement ficelé malgré quelques petites erreurs ou maladresses, Jeanne Herry, fille de Miou-Miou et de Julien Clerc, imagine une fantaisie qui ne manque ni de suspense, ni d’intérêt, et que l’on suit avec plaisir grâce à des dialogues futés et surtout le jeu des deux protagonistes, l’excellente Sandrine Kiberlain et le non moins excellent Laurent Lafitte. Tous deux se sont parfaitement immergés dans leurs personnages, lui un VIP sans scrupule, lâche et prêt à tout pour sauver sa peau après la mort accidentelle de sa compagne qu’il a en partie provoquée ; elle, une fan sans relief particulier, mais fine mouche malgré tout et qui s’en sortira grâce à son sens de la répartie. Voilà un premier long métrage prometteur et qui nous rassure : la jeune génération est prête à assurer la relève.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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ELLE L'ADORE de JEANNE HERRY
ELLE L'ADORE de JEANNE HERRY
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 09:30
UN COEUR EN HIVER de CLAUDE SAUTET

Amis de longue date, Maxime et Stéphane sont devenus luthiers et se sont associés. Le premier, souriant et volubile, s'occupe des clients, tandis que le second, introverti et taciturne, semble ne vivre que pour la sonorité de ses violons. Un jour, Maxime  présente à Stéphane l'une de leurs clientes, Camille, une virtuose de l'archet. Le temps passant, Camille découvre que l'attitude manifestement distante de Stéphane cache mal l'extrême intérêt qu'il porte à sa carrière et le trouble qui l'envahit en sa présence. Quelque chose qui ressemble à une séduction froide se glisse entre les deux jeunes gens, sous l'oeil inquiet de Maxime, épris de Camille

 

Sur ce scénario d’une froide rigueur, Sautet nous offre l’un de ses films les plus mystérieux, les plus bergmanien, l’histoire d’un homme qui, contrairement à son ami, ne sera jamais touché par la grâce, parce qu’en lui quelque chose se refuse à la vie et à l’amour. L’amour, il le consacre à son métier de luthier, à la beauté des notes qui sortiront des violons qu’il répare ou construit de ses mains. Le son est pour lui la seule poésie amoureuse qui séduit son cœur. Grand professionnel, il est un piètre ami et visiblement un amant incapable de se donner et de s’abandonner. Est-ce parce qu’il ne s’aime pas, est-ce parce qu’il est incapable d’aimer les autres, de sortir de ce confortable abri dans lequel se réfugient son orgueil et son indifférence ? Néanmoins, il semble que le talent de Camille le touche, il se plaît à l’écouter jouer mais, apparemment, cela lui suffit, alors que la jeune femme va se brûler les ailes en se jetant à son cou et en lui avouant ses sentiments, scène dont elle sortira profondément humiliée et honteuse et brûlure qui l'anéantira un moment mais dont elle guérira en se consacrant exclusivement à sa carrière de musicienne.  

 

D’une extrême simplicité de narration, ce film touche par le jeu subtil des acteurs, Daniel Auteuil dans le rôle de Stéphane et André Dussollier dans celui de Maxime, la beauté grave et la grâce d’Emmanuelle Béart, la musique de Maurice Ravel, l’imagerie douce et lente, le climat de cet hiver intérieur où se consument les cœurs. Une œuvre sobre, d’une beauté lasse, comme détachée de la vraie vie et absorbée par l’art qui, tour à tour, exalte et blesse en raison de la distance qu’il impose parfois à la vie.

 

Pour consulter la liste des artciles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des films du Cinéma Français

 

Et pour consulter l'article consacré à SAUTET, cliquer  ICI

 

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UN COEUR EN HIVER de CLAUDE SAUTET
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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 09:16
BON RETABLISSEMENT de JEAN BECKER

 

Coincé sur son lit d'hôpital, la jambe dans le plâtre et le bassin en miettes, Pierre (Gérard Lanvin) râle en permanence, peste contre la nourriture infâme, l'interdiction de fumer, le désagrément des soins, la visite du "patron" et de sa cour d'internes qui lui donnent l'impression d'être "une grenouille sur la table de dissection"..."Bon rétablissement, quelle formule à la con!" - s'exclame le sexagénaire bougon. Puis, peu à peu, ce  vieux ronchon s'ouvre aux autres et à la vie, au fil des rencontres avec Myriam, une infirmière attachante au rire communicatif (Claudia Tagbo), les autres malades, une adolescente boulotte qui l'insupporte d’abord en lui empruntant sans cesse son ordinateur portable, puis l'attendrit en mettant au monde à 15 ans un petit garçon, enfin le retour inespéré d'un ancien amour, celui d’une pianiste interprété par Anne-Sophie Lapix qui passe ainsi du petit au grand écran. Et, contre toute attente, ce séjour à l'hôpital signe sa renaissance.

 

Dans le rôle du grincheux au grand cœur et capable de susciter l’empathie, Gérard Lanvin excelle une fois encore  et concoure à rendre encore plus sympathique et attachante cette  comédie revigorante de Jean Becker aux dialogues incisifs et bourrés d'humour concoctés par Jean-Loup Dabadie : un remède sans effets secondaires contre la morosité.

 

"Bon rétablissement" est l'adaptation du roman éponyme de Marie-Sabine Roger publié en 2012 aux éditions du Rouergue. En 2010, le réalisateur de "L'Eté meurtrier", "Elisa" ou encore "Les Enfants du marais" et « Dialogue avec mon jardinier » avait déjà porté avec succès à l'écran l'un des précédents livres de cette romancière, "La tête en friche", avec Gérard Depardieu et  l’irrésistible Gisèle Casadesus. Chacun de ces films porte la marque d’un humanisme sans mièvrerie, d’une incontestable finesse d’analyse et, dans ce nouvel opus, rendu plus percutant encore par les dialogues ciselés et truculents de Jean-Loup Dabadie.

 

Aucun autre acteur que Gérard Lanvin ne pouvait donner cette épaisseur et cette conviction à ce personnage de râleur, mal dégrossi.

"Cela a été le rôle le plus reposant de ma carrière ! – avouait-il l’autre jour à des journalistes venus l’interviewer. «  Le matin, je sortais de mon lit pour me recoucher sur le tournage. Le soir, je quittais le lit sur le plateau pour retrouver le mien" - plaisantait-il avec une bonne humeur communicative. L'acteur de 64 ans, couché effectivement une grande partie du film, incarne à merveille le personnage de Pierre, veuf misanthrope rongé par la culpabilité, hospitalisé à Paris après un accident dont il ne garde aucun souvenir. Renversé par une voiture et projeté dans la Seine, il a été sauvé de la noyade par un jeune prostitué, Camille (touchant Swann Arlaud), qui fait le tapin pour payer ses études. Finalement nous découvrirons dans les toutes dernières minutes de la projection le fin mot de l’histoire qui ne manque pas de sel. Comédie  de caractère, charmante et pleine de tendresse, son auteur touche sa cible une fois encore et nous donne de la société une vision sans méchanceté, sans violence ni sexe, sans affrontement ni condamnation, au long d'un narratif doux-amer,  bien amené, bien conduit et bien joué. Ne boudons pas notre plaisir.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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BON RETABLISSEMENT de JEAN BECKER
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 09:41

 

A Hambourg, les services secrets occidentaux sont aux aguets pour traquer les terroristes qui utilisent cette ville comme plaque tournante. L’arrivée en ville d’un immigré russo-tchétchène, Issa Karpov, met l’équipe de Bachmann  (Philip Seymour Hoffman) en alerte, car cet agent des services allemands est persuadé que Karpov va lui permettre de confondre un financier musulman dont les activités humanitaires seraient une couverture pour financer les djihadistes. Bachmann parvient à convaincre une activiste (Rachel  McAdams) de l’aider à manipuler Karpov, en échange de la certitude que celui-ci ne sera pas inquiété. Reste à convaincre les services américains.

 

Avec cet opus, Anton Corbijn porte à l’écran le best-seller éponyme de John Le Carré avec plus de succès que le récent La taupe, plus confus. Celui-ci, riche en faux-semblants et en chausse-trapes, ne perd jamais ni sa visibilité, ni son rythme, d’autant que  les personnages de Le Carré ont toujours eu de l’épaisseur, une personnalité qui confère une réelle densité au récit. Au fil de l’histoire, surgissent des personnages secondaires qui, comme l’indic de Bachmann, deviennent vite des figures tragiques en proie à des choix complexes. 

 

Si bien que le récit prend de l’ampleur sans perdre le spectateur dans des méandres inutiles. Il est servi par une distribution remarquable et une pléiade d’acteurs brillants dont Robin Wright qui donne à cet univers, où il semble impossible de savoir à qui se fier, une tonalité oppressante. Mais on reste particulièrement attentif au jeu de Philip Seymour Hoffman, décédé en février dernier à 46 ans, qui interprète magistralement Günther Bachmann, espion expérimenté, bonhomme et mélancolique, doté d’un attachant sens de l’humour. Sa prestation d’homme fracassé et à bout de souffle émeut davantage encore lorsque l’on sait que c’est là son ultime rôle.

 

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FILMS DU CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN

 

 

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UN HOMME TRES RECHERCHE de ANTON CORBIJN
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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 10:16
FABRICE LUCHINI, LE CROQUEUR DE MOTS

 

Les gens se vengent des services qu’on leur rend.

Un public est constitué d’une multitude de solitudes.

La presse, c’est la fausse alerte permanente.

 

Voilà trois pensées d’un acteur qui, à l’évidence, sort des sentiers battus et a imposé, au théâtre comme au cinéma, une personnalité en tous points exceptionnelle.
Au commencement étaient les mots, les mots que Luchini, le plus littéraire de nos acteurs, croque avec une volupté et une gourmandise non dissimulées. Car c’est bien l’amour du verbe, la passion des mots qui dominent sa vie et ont décidé de son destin. Rien ne disposait, en effet, Robert Luchini, né en 1951 à Montmartre où son père, fils d’immigré italien, vendait des fruits et légumes tandis que sa femme faisait des ménages, à devenir le comédien que l’on sait. Peu doué pour les études, son père le place comme apprenti-coiffeur dans un salon de l’avenue Montaigne où, découvrant dans ce milieu chic le pouvoir des mots, sa capacité à faire rire les clientes le fait renvoyer par le patron qu'exaspèrent  les numéros de cet histrion. C’est alors qu’il croise la route de Philippe Labro dans une discothèque d'Angoulême. Ebloui par sa tchatche, ce dernier lui confie un premier rôle au cinéma. Nous sommes en 1969, le film a un titre prémonitoire : Tout peut arriver.

 

L’autre bonne fée de Luchini s’appelle Eric Rohmer, autre grand littéraire. Intéressé par un jeune homme qui a à ce point l'amour des textes, il lui confie un petit rôle dans "Le genou de Claire" en 1970, puis le fera jouer dans cinq autres de ses films. Malheureusement, sa performance dans "Perceval le Gallois" en 1978 l’enferme dans une image d’acteur bizarre, au physique asexué et à la voix flûté. Il ne se sortira de ce piège que grâce à son opiniâtreté, ne rechignant ni devant les petits rôles, ni devant les navets et vivant le reste du temps d’emplois de coursier et autres petits boulots. Peu après, l’autodidacte découvre Freud, Nietzsche et Céline et retourne à l’école du spectacle sous la férule de Jean-Laurent Cochet. Il y apprend que le savoir peut être gai, à commencer par le goût de la rigueur et du travail.

 

Tout change pour lui en 1990 avec "La discrète" de Christian Vincent où il crève l’écran en séducteur littéraire et hâbleur qui tourne la tête d’une jeune fille choisie au hasard, à force de théories paradoxales. Luchini prend du galon et devient une vedette à part entière, alternant films d’auteurs et succès populaires. Il obtiendra un César pour un second rôle dans "Beaumarchais l’insolent" en 1996, puis on le verra successivement dans "Le Bossu"  (1997),  "Les Femmes du 6e étage", "Potiche" ou "Alceste à bicyclette". S’il peut tout jouer, il compose le plus souvent, d’opus en opus, un personnage qui lui ressemble, irrésistible bavard, raisonneur et fantasque, misanthrope et observateur passionné par la nature humaine. A l’heure du marmonnage triomphant, il se plaît à rappeler que l’essentiel du métier d’acteur est dans la diction. La sienne est unique, d'une précision chirurgicale, détachant chaque syllabe, mais sans que l'émotion ne cesse d'être prégnante.

 

Pessimiste à l’égard d’une époque soumise aux lieux communs et à la dérision, Luchini a à cœur de remettre sur le devant de la scène les valeurs de la culture auxquelles il tient, sans tomber néanmoins dans la délectation morose. Comme Muray ou Cioran, il sait rendre ses dégoûts drolatiques et ses hauts de cœur jubilatoires. Plus Philinte qu’Alceste, il n’oublie jamais la joie qu’il a à faire ce métier et sa mission de le transmettre : « C’est le seul métier où c’est un devoir. Tu transmets ton état d’esprit, et si tu n’as pas une joie, une passion, il faut arrêter. Un individu qui monte sur une scène ne vient faire qu’une chose : communiquer l’amour qu’il a de la chose dont il a la charge ». Peut-on espérer une définition plus ambitieuse du métier de baladin ?

 

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ACTEURS DU 7e ART

 

 

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FABRICE LUCHINI, LE CROQUEUR DE MOTS
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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 09:17

Un village normand où Martin ( Fabrice  Luchini ) est venu s’établir il y a sept ans pour reprendre la boulangerie familiale, pensant y trouver le calme et la stabilité. Lesquels souhaits seront sérieusement perturbés par l’arrivée d’un couple d’Anglais qui a racheté la maison située en face de la sienne. La jeune femme ( Gemma Arterton ) s’avère être très belle, ronde et pulpeuse, avec un délicieux accent britannique et des connaissances encore peu probantes dans la langue de Molière. Elle se nomme Gemma Bovery, s’ennuie un peu, si bien qu’il faut peu de temps à Martin, amoureux des belles lettres et de Flaubert en particulier, pour lui imaginer le même sort que la sombre héroïne romanesque, suivant le principe qui prophétise que la vie se plaît à imiter l’art.

 

Si le film n’était pas l’adaptation d’un roman de l’anglaise Posy Simmonds ( déjà auteur de « Tamara Drewe »), on jurerait que le rôle a été écrit spécialement pour Fabrice Luchini tant il colle à la peau de ce passionné de Flaubert. Aucun autre acteur n’aurait interprété de manière aussi savoureuse ce boulanger amoureux des mots qui voit, ou croit voir, avec une gourmandise jubilatoire sa voisine s’incarner peu à peu dans le personnage de son roman préféré. Il faut dire aussi que la ravissante Gemma Arterton a  ce qu’il faut pour subjuguer et éveiller l’intérêt du boulanger qui sort brutalement de 10 années de passivité sexuelle, après avoir mis, il y a de cela quelques années, le feu au village anglais du film Tamara Drewe ( voir la critique de ce film en cliquant  ICI  )

 

La mise en scène d’Anne Fontaine épouse cette sensualité allègre et se fond avec élégance dans le cadre du bocage normand, nous offrant une variation inattendue sur le thème de l’oisiveté, encore que cette Gemma du XXIe siècle n’ait plus grand-chose à voir avec l’Emma du XIXème. Incontestablement, elle a pris du galon et se montre davantage l’égérie qui suscite le rêve des hommes que la victime de leurs sombres calculs, en somme bien davantage chasseresse que proie. La fin est assez loufoque et peu crédible mais cela ne fait rien, Anne Fontaine et ses acteurs, qui se fondent dans  leurs rôles avec un visible plaisir, nous font passer un bon moment.

 

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GEMMA BOVERY d'ANNE FONTAINE
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 12:15
LA DELICATESSE de STEPHANE & DAVID FOENKINOS

Nathalie a perdu son mari il y a trois ans. Hantée par le souvenir, elle se réfugie dans le travail et semble avoir mis un terme à sa vie sentimentale. Elle rejette tous les hommes, y compris son séduisant patron. Son entourage s'inquiète. Pourtant, un jour, sur un coup de tête, elle embrasse Markus, un collègue de travail, qui n'est même pas beau garçon. L'événement aurait pu être sans lendemain. Mais de fil en aiguille, Markus s'attache à la fragile Nathalie, tandis que cette dernière s'adoucit au contact de cet être un peu gauche. Markus et Nathalie suscitent rapidement les interrogations de leurs collègues, puis leur franche désapprobation...

Mais peu importe ! Lorsque Nathalie invite Markus chez sa grand-mère, la demeure de son enfance, Markus et elle  cèdent enfin à leur attirance réciproque, Markus entrant enfin dans le monde secret et émouvant de celle qu’il chérit avec délicatesse depuis leur premier baiser impromptu.

 

Cette histoire  touchante n’est pas sans évoquer Un homme et une femme, sans le charme des personnages, Audrey Tautou et François Damiens n’ayant pas le charisme des héros de Claude Lelouch et le film restant dans le registre gentillet sans avoir le rythme, le  magnétisme, la musique envoûtante du précédent. Mais on peut toutefois apprécier cet amour empreint de retenu, cette fidélité tenace, cette discrétion et cette approche pleines de pudeur à une époque où de tels sentiments ne sont guère fréquents sur grand écran. David Foenkinos illustre, avec son frère Stéphane, de façon certes plaisante, mais sans éclat et avec quelques fadeurs qu’il aurait pu éviter, le roman éponyme qu’il avait publié précédemment. Pas de quoi bouleverser le public, bien que cet opus se laisse voir sans déplaisir. Quelques scènes charmantes relèvent l’ensemble auquel on peut reprocher une absence  de séduction, un narratif trop plat et peu inventif.

 

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LA DELICATESSE de STEPHANE & DAVID FOENKINOS
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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