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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 08:53
PAS SON GENRE de LUCAS BELVAUX

Clément, jeune professeur de philosophie parisien, est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C’est alors qu’il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines "people" et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

 

 

 Après avoir filmé les fractures sociales dans ses précédents opus, le réalisateur belge Lucas Belvaux s’attarde sur les fossés culturels qui vont entraver l’existence de ces deux principaux personnages, dans  une adaptation fidèle de l’ouvrage de Philippe Vilain paru en 2011 chez Grasset. Il s’agit ici de la relation amoureuse et éphémère de deux êtres qui ne viennent pas du même milieu social, n’ont pas grandi dans le même environnement et n’ont pratiquement aucun goût en commun. Le film suit ainsi l’histoire d’amour entre Clément, parisien célibataire, et Jennifer, pétillante coiffeuse provinciale, divorcée et maman d’un petit garçon de dix ans. Rien ne peut les empêcher de s’aimer, sauf leur origine sociale et leur formation culturelle qui a, certes, plus d’importante pour l’un que pour l’autre. Ces obstacles parviendront-t-ils à briser leur amour et le plaisir qu’ils trouvent l’un et l’autre dans cette relation décalée ? Suivant à la lettre le roman de Philippe Vilain, le réalisateur nous offre une version cinématographique d’une belle sobriété et d’une extrême délicatesse, illuminée par la présence de deux acteurs formidables, la radieuse Emilie Dequenne et le sobre et très intériorisé Loïc Corbery qui prête à son personnage ce qu’il faut de proustien et de complexe.  Les scènes donnent au fur et à mesure les clés de sa nature : celle d’un homme exigeant et  rigide qui craint de s’engager et accorde plus d’importance à la chose pensée qu’à la chose vécue. Entre l’intellectuel Clément et la vivante et pragmatique Jennifer qui cède volontiers à ses emballements et à ses coups de cœur, le fossé va inexorablement se creuser et c’est davantage à l’incompréhension qu’au désamour qu’ils devront l’échec de leur romance.

 

 

Professeur de philosophie et écrivain, Clément analyse trop, au point de constater qu’il a de graves handicaps dans ses rapports avec autrui. Chez lui, c’est l’intelligence qui est sans cesse sur le qui-vive, alors que Jennifer laisse le cœur conduire l’attelage. Avec une intuition profonde, elle saura partir avant qu’il ne soit trop tard, prouvant ainsi que le cœur est parfois plus clairvoyant que la raison, et les sentiments moins aveugles que l’intelligence.

 

 

Les efforts de Jennifer pour tenter de s’adapter au monde livresque de Clément sont absolument touchants et on s’aperçoit que si elle a quelque difficulté à l’aborder, elle le juge avec un bon sens jamais pris à défaut. Elle est souvent percutante dans ses jugements et d’une sincérité absolue, ne cherchant nullement à le gruger ou à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Sa nature la pousse à s’abandonner corps et âme à cet amour naissant et elle est d’autant plus dans le don que Clément reste sur la réserve. On devine qu’il se demande ce qu’il lui arrive, on le surprend constamment en porte à faux avec lui-même, jouant en permanence sur deux registres sans bien appréhender lequel est le plus essentiel et déterminant, ni comment administrer au mieux cet apprentissage du cœur qui le voit à ce point désemparé. Car dans cette comédie sentimentale entre deux êtres aux antipodes l’un de l’autre, le plus à plaindre est sans nul doute Clément, prisonnier de sa cérébralité, de son égo, de l’image qu’il veut imposer de lui-même.

 

 

Alternant les scènes légères avec d’autres d’une surprenante profondeur, servi par des dialogues intelligents et une interprétation remarquable, ce film est un bijou qui nous rassure sur les possibilités d’un cinéma intimiste et littéraire et que l'on savoure avec bonheur.

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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PAS SON GENRE de LUCAS BELVAUX
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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 09:53
JERSEY BOYS de CLINT EASTWOOD

Comme le cavalier de l’apocalypse de « Pale Rider », Clint Eastwood est toujours là où on l’attend le moins. Avec son dernier opus « Jersey Boys », le voici qui s’investit dans un registre encore inédit chez lui, la biographie des Four Seasons, film qui loin d’être un chef d’oœuvre fait figure d’agréable et surprenant renouvellement. S’en étonner serait oublier que Eastwood a toujours été passionné de musique et que sa carrière entière a été placée sous le signe de l’éclectisme et du contre-pied.  Lui-même n’a-t-il pas été compositeur à ses heures, ayant signé la partition de sept de ses films ? Sa musique est d’ailleurs à l’image de son jeu d’acteur : discrète, classique, économe en notes comme l’acteur avare en mots, suscitant l’émotion par la suggestion et non la démonstration.

 

Ce même refus de l’effet facile, on le retrouve dans son œuvre cinématographique. Parvenu à la notoriété comme comédien dans un emploi unique, celui du cow-boy mutique des trois films de Sergio Leone, Eastwood  a vite prouvé que, comme cinéaste, il n’en serait pas de même et que l’on aurait tort de l’enfermer dans un seul registre. Si bien qu’il a su produire non seulement quelques westerns comme « L’homme des hautes plaines » mais aussi des mélos, quelques polars, un thriller « Un frisson dans la nuit », mais surtout des films inclassables qui composent un univers très personnel. Au-delà de cette incontestable diversité, c’est néanmoins l’unité qui frappe le spectateur, toujours surprenante de la part d’un réalisateur qui n’écrit pas lui-même ses scénarios. Le cinéma d’Eastwood est celui d’un homme ou d’une femme qui tente de tracer sa route en toute liberté, de se frayer un chemin d’indépendance en évitant les pièges d’un passé douloureux, les ornières du conformisme et le poids de sa propre médiocrité.

 

Avec cet opus «  Jersey Boys », il nous livre à 84 ans sa première comédie musicale inspirée d’un succès de Broadway. Adaptant celle dédiée à Frankie Valli et ses potes du New jersey, le cinéaste en conserve néanmoins la même structure narrative ( un récit divisé en 4 saisons, du printemps de la formation du groupe à l’hiver de sa séparation ) et le même casting de non-stars flamboyantes que Eastwood a tenu à transférer tel quel des planches de Broadway au grand écran. Ainsi vivons-nous dans l’intimité et les aléas du métier de ce groupe composé de John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda et Chistopher Walken durant les 2h14 un peu trop longues de cette épopée musicale. Oui, un peu longues car il faut avouer qu’il n’y a, de la part de Eastwood, trop peu d’implication personnelle, l’auteur se satisfaisant de rendre avec précision et une rigueur naïve le quotidien de personnalités assez fades qui ont trop tendance – n’étant pas acteurs - à surjouer leurs rôles et à caricaturer ainsi leurs personnages. Dommage, car il y a de beaux moments, des éclairs de fraîcheur ou de simple authenticité, une bande originale de qualité. Mais il manque quelque chose, ce qui est rare de la part d’Eastwood : la grâce.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN & CANADIEN

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer  ICI

 

 

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JERSEY BOYS de CLINT EASTWOOD
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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 08:19

 

Une croqueuse de diamants cherche à épouser un homme riche alors que son voisin, un écrivain en panne d’inspiration, s’intéresse à elle. Par ailleurs, la jolie Holly sert naïvement de messager à un truand notoire. Lorsque la police l’interroge, elle n’a aucun mal à prouver son innocence mais son futur époux, riche planteur brésilien, s’éloigne par peur du scandale. L’écrivain en profite pour consoler la belle.

 

Très en vogue en ce début des années 60, l’écrivain Truman Capote pense adapter son livre Breakfast at Tiffany’s pour le grand écran et songe fortement à Marilyn Monroe pour interpréter le rôle principal de la prostituée Holly. Le film devait d’ailleurs être réalisé par John Frankenheimer. Finalement, le rôle principal sera attribué à Audrey Hepburn, obligeant les scénaristes à revoir l’intégralité du script, tandis que la réalisation du film tombe dans l’escarcelle de Blake Edwards, tout juste remarqué par son excellent Opération jupons (1959). Dès lors, le projet prend une tournure différente puisque le but du studio est de transformer une œuvre réputée pour son ton doux-amer en une comédie romantique classique. Si les scénaristes successifs – dont Blake Edwards lui-même – ont effectivement atténué le caractère scandaleux du roman, ils ont toutefois pris soin de suivre pas à pas l’intrigue principale tout en conservant un ton légèrement désabusé.

 

Par l’audace des thèmes évoqués, on peut d’ailleurs saluer le travail de Blake Edwards qui est parvenu à conserver l’esprit de l’œuvre par touches successives sans lui rendre pour autant son authenticité. Les séquences de fêtes nocturnes sont bien issues de l’univers mondain de Truman Capote, de même que les relations ambiguës entre les personnages principaux, mais on ne croit guère que le personnage incarné par Audrey Hepburn soit celui d’une fille de joie. Elle est trop élégante dans ses merveilleuses toilettes d’Hubert de Givenchy pour nous convaincre de cela. Elle est davantage une jeune fille de bonne famille qui tente de se dévergonder qu’une aventurière en quête d’un souteneur fortuné. Par contre, les gags visuels sont à attribuer au réalisateur qui s’entraînait pour ses futurs Panthère Rose. Enfin, la superbe chanson Moon river d’Henry Mancini vient ajouter une touche romantique qui séduit le spectateur par sa mélodie. Sans être un chef d’œuvre, loin de là, Diamants sur canapé (1961) peut légitimement être considérée comme une plaisante comédie par son charme et son ton libertin.

 

Au centre de cet opus, on trouve par conséquent Audrey Hepburn, actrice trop sophistiquée, trop raffinée, trop distinguée pour représenter une prostituée aussi excentrique soit-elle. Afin de ne pas heurter son public, les scénaristes ont pris soin de minimiser le thème de la prostitution, de gommer totalement sa bisexualité, tout en insistant sur sa volonté d’arriver coûte que coûte au sommet de la société. Si la belle n’est probablement pas la meilleure idée de casting, la star illumine chaque plan et on regarde ce film surtout pour elle qui n’a jamais été aussi séduisante et délicieuse, si bien que l’oublie peu à peu cette incontestable erreur de distribution. Face à l’irrésistible Audrey, George Peppard est par contre impeccablement dans son rôle d’écrivain raté qui devient gigolo par dépit.

 

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Liste des films du cinéma amériacin & canadien 

 

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DIAMANTS SUR CANAPE de BLAKE EDWARDS
DIAMANTS SUR CANAPE de BLAKE EDWARDS
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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 08:57
PIER PAOLO PASOLINI OU UN CINEMA METAPHORIQUE

La mort de Pasolini, dans des circonstances dramatiques, a conféré une touche tragique à l'auréole de poète maudit dont l'oeuvre, tout autant littéraire que cinématographique, portait déjà la trace. Cette auréole de martyr, on la trouve aussi bien dans les imprécations lyriques des Cendres de Gramsci ( 1957 ) que dans le chant homosexuel de Théorème ( 1968 ), dans ses traductions libres d'Eschyle ou de Plaute ou encore dans  Le Décaméron, les Contes de Canterbury et dans les Mille et une Nuits. Partout se fait entendre le même cri  : " Je suis ... comme un serpent réduit en bouillie de sang ... comme un chat qui ne veut pas crever " - un cri dont l'écho s'identifie avec la souffrance du Christ, liée à celle complémentaire de Judas l'Iscariote, telle que le cinéaste l'a décrite dans sa version très personnelle de  L'Evangile selon Matthieu (1964). Son itinéraire de poète et de metteur en scène a toujours eu quelque chose de désespéré et de suicidaire marqué par un constant besoin de transgression, ainsi a-t-il donné naissance à une suite d'ouvrages disparates emplie de béances fascinantes et irrécupérables.

 

Pasolini est venu relativement tard au 7e Art, alors que sa notoriété, en temps que poète, était déjà bien assise. Il débuta en force avec Accattone ( 1961 ), une fable néo-réaliste cumulant les influences de De Sica et de Visconti, suivie d'un mélodrame freudien Mamma Roma ( 1962 ) aux accents plutôt bunuéliens. Le cinéma devient très vite pour lui, et selon ses propres termes, " la langue écrite de la réalité qui permet de traquer les vestiges des grands mythes universels, au travers de mes fantasmes personnels, le tout syncrétisé dans la gangue du lieu commun"

 

Tous ses films seront à double face : à la fois simples et complexes, dérisoires et sublimes, ouverts à l'abstraction mais souvent dépourvus de cohésion externe. L'inspiration est à chaque fois résolument composite, alternant le profane et le sacré, mélange de temps et d'espace, récits entrecroisés, ainsi dans des films comme Porcherie, Oedipe roi et Médée. Après avoir dédié son Evangile à la mémoire de Jean XXIII, il scandalise une fraction de l'opinion catholique avec Théorème et en enthousiasme une autre au point de se voir décerner au Festival de Venise le prix de l'Office catholique. La représentation des grands textes classiques ne l'empêchera nullement de les accompagner d'érotisme, de scatologie et de pornographie, ni de faire appel à Maria Callas pour un rôle quasi muet...

 

Dans un recueil de textes théoriques, il exaltera " la nature profondément artistique du cinéma, sa force expressive, son pouvoir de donner corps au rêve, c'est-à-dire son caractère essentiellement métaphorique ". Son exégète, Marc Gervais, décrit le projet pasonilien comme "déchiré, contradictoire, marqué par une sorte d'hystérie apocalyptique mais qui, par les moyens de l'art, cherche sans cesse le lieu et l'instant de la réconciliation ". Pour Pasolini, cette vision épico-religieuse du monde a valeur d'exorcisme. La diversité de ses dons explique sans doute son éclectisme et les exercices de funambule auxquels il aime à se livrer. Le tout ne va pas sans maladresses, rançon d'une combinaison singulière de témérité, d'élégance, de maniérisme et d'amateurisme, ce que l'on ne manquera pas de lui reprocher. Ainsi les terrains vagues à l'infini, les accoutrements baroques, les trognes patibulaires de nombre de figurants, les chairs féminines lourdement étalées ne convaincront pas toujours le public qui déplorera un manque d'harmonie et de cohésion. 

 

Pasolini reste et restera un météore du 7 e Art dont la leçon est indéfiniment méditée. Comme l'écrit Dominique Noguez - il y a désormais un mot qui dit bien ce mélange de réalisme et de mythologie imaginaire, de sculpture moderne et de fausse préhistoire, toute cette féerie sous-prolétarienne, ce bric-à-brac de Tiers-Monde, cet exotisme hétéroclite et superlatif, ce style d'Eisenstein marocain ou de Fellini de banlieue ouvrière. Ce mot n'existait pas avant Pasolini. Il existe désormais : pasolinien.

 

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REALISATEURS DU 7e ART

 

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PIER PAOLO PASOLINI OU UN CINEMA METAPHORIQUE
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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 09:00

  C’est le 4 juin 1944 à 21h30 que le général Eisenhower décida de lancer l’offensive du débarquement allié sur les plages normandes et choisit le 6 juin comme la date du jour J. La veille, les Allemands ne croyaient toujours pas à ce débarquement qu’ils avaient d’abord imaginé en Méditerranée, et la Luftwaffe était au repos du fait d’une météo exécrable. Quant à Rommel, il était parti en Allemagne. On connait la suite, les combats, les milliers de morts, la résistance allemande et le sacrifice de jeunes soldats venus d’Amérique, du Canada, d’Angleterre et que cette grande fresque de Darryl F. Zanuck, réalisée en 1962, honore avec des moyens exceptionnels et une pléiade d’acteurs jamais égalée, retraçant heure par heure ce grand moment d’histoire dont on fête cette année le 70ème anniversaire avec une brochette tout aussi impressionnante d’hommes politiques.

 

Reconstitution brillante, elle donne aujourd’hui encore une idée de ce que furent ces effroyables combats. La légende souhaitait que l’opus soit le plus proche possible de la vérité, et pourtant il recèle de nombreuses erreurs. Les uniformes portés par les parachutistes américains ne correspondent pas aux vêtements de l’époque. Le parachutiste suspendu au clocher de Sainte-Mère-Eglise n’est pas resté pendu côté place mais côté presbytère, beaucoup moins exposé, ce qui explique en partie qu’il survécut. Sur cette même place est stationnée une 2cv… dont le premier modèle vit le jour en 1948. La prise du casino de Ouistreham par le commando Kieffer est fantaisiste : le casino avait été rasé par les Allemands qui l’avaient remplacé par un bunker qui fut délivré par cinq anglais alors que s’y cachaient encore une cinquantaine d’Allemands, fait d’arme mémorable pour le Royaume-Uni.

Mais ces petits détails n’enlèvent rien à l’ampleur de ce beau film ; d’autant qu’il a surtout marqué les esprits par son impressionnant casting, composé d’une bonne quarantaine de stars françaises, américaines, allemandes et anglaises, figurant parmi les plus célèbres du cinéma d’alors, John Wayne, Curd Jürgens en passant par Sean Connery, Robert Mitchum, Henry Fonda ou encore Bourvil, Arletty et Madeleine Renaud. Pour l’anecdote, Brigitte Bardot et Marina Vlady refusèrent des rôles qu’elles jugeaient trop courts et insuffisamment valorisants . Alors que, soucieux d’authenticité, le metteur en scène eut à cœur de choisir chaque acteur en fonction de sa nationalité et le pria d’interpréter son rôle dans sa langue natale. Le résultat reste un grand moment de cinéma et une réalisation efficace que l’on revoie toujours avec émotion. 

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN & CANADIEN

 

 

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C’est le 4 juin 1944 à 21h30 que le général Eisenhower décida de lancer l’offensive du débarquement allié sur les plages normandes et choisit le 6 juin comme la date du jour J. La veille, les Allemands ne croyaient toujours pas à ce débarquement qu’ils avaient d’abord imaginé en Méditerranée, et la Luftwaffe est au repos du fait d’une météo exécrable. Quant à Rommel, il était parti en Allemagne. On connait la suite, les combats, les milliers de morts, la résistance allemande et le sacrifice de jeunes soldats venus d’Amérique, du Canada, d’Angleterre et que cette grande fresque de Darryl F. Zanuck, réalisée en 1962, honore avec des moyens exceptionnels et une pléiade d’acteurs jamais égalée, retraçant heure par heure ce grand moment d’histoire dont on fête cette année le 70ème anniversaire avec une brochette tout aussi impressionnante d’hommes politiques.

Cette reconstitution brillante donne aujourd’hui une idée de ce que furent ces effroyables combats. La légende souhaitait que l’opus soit le plus proche possible de la vérité, et pourtant il recèle de nombreuses erreurs. Les uniformes portés par les parachutistes américains ne correspondent pas aux vêtements de l’époque. Le parachutiste suspendu au clocher de Sainte-Mère-Eglise n’est pas resté pendu côté place mais côté presbytère, beaucoup moins exposé, ce qui explique en partie qu’il survécut. Sur cette même place est stationnée une 2cv… dont le premier modèle vit le jour en 1948. La prise du casino de Ouistreham par le commando Kieffer est fantaisiste : le casino avait été rasé par les Allemands qui l’avaient remplacé par un bunker qui fut délivré par cinq anglais alors que s’y cachaient encore une cinquantaine d’Allemands, fait d’arme mémorable pour le Royaume-Uni.

Mais ces petits détails n’enlèvent rien à l’ampleur de ce beau film ; d’autant qu’il a surtout marqué les esprits par son impressionnant casting, composé d’une bonne quarantaine de stars françaises, américaines, allemandes et anglaises, comptant, parmi les plus célèbres du cinéma d’alors, John Wayne, Curd Jürgens en passant par Sean Connery, Robert Mitchum, Henry Fonda ou encore Bourvil, Arletty et Madeleine Renaud. Pour l’anecdote, Brigitte Bardot et Marina Vlady refusèrent des rôles qu’elles jugeaient trop courts et insuffisamment valorisants . Soucieux d’authenticité, le metteur en scène eut à cœur de choisir chaque acteur en fonction de sa nationalité et le pria d’interpréter son rôle dans sa langue natale. Le résultat reste un grand moment de cinéma et une réalisation efficace que l’on revoie toujours avec émotion. 

LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK
LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK
LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK
LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 08:47

Elles tiennent une place de plus en plus importante dans la galaxie du 7e Art depuis quelques années. Elles sont jeunes, ont de l’ambition, du courage, des idées et entendent bien ne plus jouer les seconds couteaux. En voici quelques-unes qui nous livrent aimablement leurs confidences :

 

Mélanie LAURENT :

 

J’ai toujours voulu être réalisatrice, j’ai passé un bac cinéma, réalisé des courts métrages – dont l’un a été sélectionné à Cannes en 2008 -, et suis devenue actrice. Et ce fut une très bonne école. Puis un jour, j’ai rencontré le bon producteur – Bruno Lévy – qui m’a fait confiance pour réaliser mon premier film. J’avais un trac énorme et une vague de panique. Le premier jour de tournage a été horrible. D’ailleurs, j’ai mis tous les rushes à la poubelle. Mon deuxième long métrage, « Respire », est adapté d’un roman écrit par Anne-Sophie Brasme quand elle avait 17 ans. J’avais le même âge quand je l’ai lu et déjà je voulais faire un film. C’est une histoire sur les pervers narcissiques qui fait écho à des gens que j’ai rencontrés dans ma vie. J’ai mis des années à me remettre de ces personnes destructrices, mais aujourd’hui j’ai presque envie de les remercier au générique. La manipulation, je l’ai tellement vécue en tant qu’actrice… que je ne vais pas user de la même méthode. J’obtiens ce que je veux en passant par la gaieté ou l’amour.

 

Géraldine NAKACHE :

 

C’est Lisa Azuelos qui, sur le tournage de « Comme t’y es belle ! » qui m’a poussée à raconter mon histoire. Je travaillais sur la production de la chaîne Comédie. J’ai tout arrêté, je me suis mise à manger des pâtes et, au bout de six ans, « Tout ce qui brille » est sorti. Avec Hervé Mimran, mon coscénariste et coréalisateur, il y a eu des moments où on n’y croyait plus. Alors le premier jour de tournage a été magique. J’ai été bouleversée par « Les parapluies de Cherbourg » de Jacques Dmy. Je me suis dit que c’était comme ça que je voulais voir la vie au cinéma : enchantée et en couleurs. On commence à savoir que Leïla Bekhti, en plus d’être mon amie, est mon actrice préférée. J’ai aussi une passion pour Catherine Deneuve et j’adore Sandrine Kiberlain. L’an dernier, au Festival de Cannes, au Carlton, j’ai côtoyé Jane Campion déjeunant avec sa copine Nicole Kidman. Je n’ai cessé, hallucinée, de les regarder. Une parenthèse enchantée…

 

Katell QUILLEVERE :

 

Deux personnes m’ont donné envie de faire ce métier : Maurice Pialat quant à 16 ans je suis entrée dans le cycle de ses films et Jean-Henri Roger, l’un de mes professeurs à la fac, une grande figure du cinéma militant. Derrière la caméra, je me suis tout de suite sentie chez moi. C’était comme une évidence, une nécessité. J’ai très vite su que si je ne devenais pas réalisatrice, je serais malheureuse toute ma vie. J’aime le romanesque et tout ce qui peut provoquer des émotions fortes. Pour moi, le cinéma est plus fort que la vie. Je suis très touchée par des parcours de personnes empêchées, tiraillées entre ce qu’elles rêveraient d’être, ce à quoi elles essaient d’échapper et ce qui les en empêche. Pour « Suzanne », par exemple, j’avais lu des témoignages de femmes ayant vécu avec des délinquants – Mesrine ou Vaujour -, et j’ai été impressionnée par leur courage – elles sont capables de conduire des hélicoptères – et en même temps leur grande soumission. Sur un tournage, je m’interdis une certaine forme de violence. Je suis plutôt dans une logique de plaisir quand je travaille, pas dans la douleur. J’aime donner confiance aux techniciens et aux comédiens, transmettre de l’énergie, c’est mieux pour réaliser un film libre et audacieux. Et quand c’est nécessaire, j’essaie d’être un gentil tyran.

 

Audrey DANA :

 

C’est Claude Lelouch qui m’a transmis le virus en me disant : "Toi, tu vas vite t’ennuyer comme actrice et tu passeras à la réalisation". Ce n’était pas le cas, mais peu après, je me suis acheté une petite caméra et j’ai commencé à filmer des couples. Six ans plus tard, je décide de faire un film, non plus sur l’amour mais sur les femmes. Et ce fut le choc, la révélation, je ne me suis jamais sentie aussi bien. J’ai tourné mon premier court métrage alors que j’étais enceinte de sept mois et que je ne pouvais plus bouger à cause d’une hyperlaxité des ligaments. Mais dès que j’étais sur le plateau, je sautais partout. Une vraie pile électrique ! Oui, les femmes m’inspirent : leur complexité et la façon dont elles ont évolué. Pour mon film, j’en ai interviewé une centaine : des gynécologues, des dermatologues, des lesbiennes, des reporters de guerre, des créatrices… Au final, toutes ces femmes sont devenues les onze personnages de « Sous les jupes des filles ».

 

Emmanuelle BERCOT :

 

Je voulais être danseuse, puis actrice. Je me suis plus souvent retrouvée serveuse, puis ouvreuse… Un matin, j’ai eu un déclic, je me suis réveillée en me disant qu’il fallait que je passe le concours de La Fémis pour avoir un métier. Je l’ai réussi et j’ai eu la chance de réaliser un premier court-métrage qui a eu le prix du Jury à Cannes, et un film de fin d’étude « La puce » qui est carrément sorti en salles. Désormais, la caméra fait partie de mon corps, je suis totalement dans un élément que je filme. Et ceux que je filme sont toujours plus importants pour moi que les personnages. J’aime me laisser porter parce qu’ils sont dans la vie. Ma première actrice fétiche a été Isild Le Besco, l’actrice de mes cinq premiers films, elle avait 13 ans sur le premier, je ne pouvais concevoir de tourner sans elle, je n’arrivais à m’exprimer qu’à travers elle, elle était un peu mon double. Aujourd’hui, c’est Catherine Deneuve. Avoir pu tourner avec elle « Elle s’en va », est l’une des choses dont je suis le plus fière dans ma carrière. Mon prochain film « La tête haute », dont le tournage démarre en juillet, sera encore avec elle.

 

Mia HANSEN-LOVE :

 

Mon premier film en tant qu’actrice m’a donné l’envie de passer derrière la caméra. J’avais 16 ans et j’ai été prise sur « Fin août, début septembre » d’Olivier Assayas par le biais d’un casting sauvage. Cela a été une révélation. J’ai compris que ma vocation était de raconter des histoires et de les filmer. Plus tard, en écrivant des critiques aux « Cahiers du Cinéma », je suis passée tout naturellement à l’écriture de scénarios, et tout s’est enchaîné. Ce qui m’inspire, ce sont les gens que j’aime. J’ai envie de les filmer, de faire leur portrait, comme un peintre. Mon dernier film « Eden », raconte l’histoire de mon frère quand il était D.J. dans les années 1990. Son parcours est aussi celui d’une génération. J’aime les actrices au charme naturel, comme Greta Gerwig que j’ai fait tourner dans « Eden », ou Julie Gruntvig Wester. J’admire aussi beaucoup Isabelle Huppert pour sa féminité, son intelligence et la force de ses choix.

 

Axelle ROPERT :

 

Je voulais devenir romancière, mais je me suis aperçue que le récit romanesque passait mieux aujourd’hui au cinéma que dans la littérature. Alors, vers la trentaine, je me suis tournée vers l’écriture de scénario. Quand j’ai découvert l’énormité des moyens déployés sur le tournage, j’ai eu un sentiment de panique absolue et de grande excitation. J’étais face à une machinerie et à une équipe de garçons en casquette et baskets devant laquelle il fallait que j’assure. Ce qui m’inspire est un récit excitant avec des enjeux passionnels qui appelle une mise en scène. Mais je suis très loin de l’école actuelle qui est de mettre en scène ses tripes ou sa vie privée. Ingrid Bergman est pour moi la plus grande, belle et singulière actrice. Et j’aime aussi les comédiennes françaises un peu mystérieuses comme Delphine Seyrig, Isabelle Huppert ou Valérie Benguigui et Louise Bourgoin. Ce que je m’interdis toujours sur un tournage : l’hystérie. Je suis d’une nature très angoissée mais aussi très pudique.

 

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LISTE DES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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LA NOUVELLE VAGUE DES REALISATRICESLA NOUVELLE VAGUE DES REALISATRICES
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 09:19
DEUX JOURS, UNE NUIT des frères DARDENNE

 

Voilà une nouvelle fois la preuve par quatre que l’on peut faire un excellent film avec peu de moyens, sinon le talent bien sûr, et c’est le cas du dernier opus des frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc qui nous offrent un long métrage magistral, profondément ancré dans notre quotidienneté, celle du chômage et de ses conséquences et, ce, sans artifices superflus, sans misérabilisme, sans grandes orgues, mais avec un linéaire d’une parfaite lisibilité et une actrice qui vibre comme un stradivarius : Marion Cotillard. Il est certain que sans elle, admirablement dirigée par ses metteurs en scène, le film n’aurait pas cette densité qui nous accroche et nous sollicite à chaque seconde et maintient une émotion constante. Mal habillée, coiffée à la hâte, sans maquillage, Marion Cotillard n’a jamais été plus belle, dénudée psychologiquement dans ce rôle qui lui colle à la peau et en fait une héroïne d’une actualité bouleversante.

 

En effet, Sandra, ouvrière dans une entreprise moyenne, n’a que le temps d'un week-end pour convaincre une majorité de ses dix-huit collègues de renoncer à leur prime afin qu'elle puisse conserver son emploi. Autant de destins, souvent aussi fragiles que le sien, qu'elle va aller bousculer, autant de doutes qu'elle devra affronter, et finalement une fierté retrouvée en assumant cette fois ses propres choix. Sandra sort d’une dépression qui l’a laissée particulièrement vulnérable, et ces visites de porte à porte vont être à la fois une épreuve redoutable et un électrochoc qui va lui rendre sa dignité. Car c’est surtout de dignité qu’il s’agit, de cette confiance en soi tellement mise à mal lorsque l’on vous dit que l’on n’a plus besoin de vous, qu’ainsi vous n’êtes plus utile à la société, que celle-ci se passe de vos services. Certes Sandra n’est pas dans la misère, elle a sa maison, un mari qui l’aime, deux beaux enfants, elle n’est pas démunie financièrement car son mari a un travail, mais elle n’existera plus au regard d’une société active qui ainsi la relègue dans une passivité honteuse.

 

Bien construit, l'opus nous rend compte des visites de Sandra à ses collègues et des réactions de chacun d’eux avec une grande justesse de ton : la plupart vont accepter d’abandonner leur prime de 1000 euros pour permettre à Sandra de conserver son emploi ; quelques-uns auront une réaction que l’on peut comprendre parce que leur propre situation financière est difficile, qu’ils ont des emprunts, des enfants à charge, des soucis de fin de mois et pas un instant notre attention ne se relâche parce qu’il y a tellement de vérité, d’authenticité dans le jeu des acteurs et leurs situations, que c’est une belle tranche d’humanité quotidienne qui nous est proposée.

 

Dépouillée jusqu’à l’os, filmée avec presque rien dans une banlieue qui ressemble à toutes les banlieues, avec des acteurs qui sont chacun de nous, voilà une œuvre qui nous touche comme le ferait une cantate discrète et poignante, une musique de chambre délicate et profonde et comme le regard inquiet et résigné de Sandra, porte-flambeau modeste d’une belle cause.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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DEUX JOURS, UNE NUIT des frères DARDENNE
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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 08:36
LE DICTATEUR de CHARLIE CHAPLIN

 

Charlot, petit barbier juif du ghetto de Tomanie, ressemble à s’y méprendre à Hynkel le dictateur qui terrorise le pays et rêve d’annexer l’Austerlich. La charge contre Hitler est stupéfiante de réalisme et Chaplin ne se prive pas de faire feu de tout bois : la parodie, la caricature, le burlesque mais également l’émotion pure sont comme une véritable machine de guerre, qui ont mis les nazis en furie, et délivrent un message d’un humanisme bouleversant. Le rire est ici l’arme ultime contre la barbarie et la folie des hommes. Avec ce qui constitue alors son premier film parlant, Chaplin fait œuvre de pamphlétaire avec une intuition de visionnaire telle que faisant un pied de nez mémorable à toutes les dictatures, il octroie à son film une actualité permanente.

 

Au cours de ses œuvres précédentes, Chaplin n’avait cessé de pourfendre avec un humour tendre et décapant les injustices qui atteignent l’homme dans son honneur et sa dignité. Ainsi a-t-il créé le personnage de Charlot, reconnaissable entre tous, et l’a-t-il imposé au monde entier avec un talent qui confère très souvent au sublime. Tour à tour, vagabond sans travail à l’heure des grandes dépressions économiques ou bien ouvrier écrasé par les machines de l’industrialisation forcée comme dans Les temps modernes, il tente à chaque fois de se rebeller contre l’ordre établi et les excès du capitalisme en une vision géniale qui lui assure aujourd’hui encore sa modernité. Jusqu’à son dernier souffle, Chaplin conservera intact son pouvoir d’indignation et de contestation envers des pouvoirs qui ne protègent qu'insuffisamment les plus faibles. Ayant connu la misère la plus totale, il savait de quoi il parlait. Il demandait seulement à la société de ne point céder à l'inhumanité pour cause de profit et de ne jamais dépasser la règle du jeu du maître et du valet, du bourreau et de la victime.

 

Avec Le dictateur, qu’il commence à écrire dès 1936 et qui sortira sur les écrans en 1940, il passe du muet au parlant mais surtout propose une œuvre d’une intelligence rare et d’une force qui stupéfie par l’acuité de la charge et l’incroyable perception de ce qui est en train de se préparer pour le plus grand malheur de l’humanité. Le personnage de Hynkel, enragé de vanité et d'autoritarisme, sosie du petit barbier juif, est une trouvaille qui permet au pamphlet de virer à la caricature la plus percutante du 7e Art. Le face à face de ces deux personnages donne au film, non seulement son originalité, mais son impact incroyable sur le spectateur. Par ailleurs, Chaplin évite les pièges du sentimentalisme en saisissant tous les grotesques du dictateur confronté à la simplicité du barbier, à sa naïveté même, et nous propose, grâce à ces deux rôles assumés pleinement, une formidable prouesse d’acteur.

 

Le "clou" du film reste, bien évidemment, l'improvisation finale du petit barbier que sa ressemblance a fait prendre pour le führer. S’il fut un succès en son temps (le plus grand succès public de Chaplin), l'ensemble de la critique de l'époque  lui reprochera ce final autant sur le fond (trop humaniste pour certains, trop "communiste" pour d'autres !) que sur la forme, à cause du trop radical changement de ton du film au moment du discours - et la soudaine intrusion d'un message politique qui ne relève plus du burlesque. A ce moment-là, le barbier laisse la place à Charles Chaplin lui-même. Cette scène est extrêmement puissante, pleine de courage et de lucidité : une véritable allocution politique engagée.

 

Ainsi Le Dictateur aura-t-il permis à Chaplin de se surpasser dans la satire burlesque et de signer une oeuvre d'une réelle audace, un véritable témoignage d'amour pour l'homme et la liberté et un pamphlet exemplaire contre toute forme de fascisme.

 


"Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous ne ressentons pas assez et nous pensons beaucoup trop. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité.

Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu.

Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.

En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme
du bétail.

Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur.

Vous n'êtes pas des machines.

Vous n'êtes pas des esclaves.

Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le cœur.

Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n'est pas fait d'amour.

Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.

Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est dans l'être humain », pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir, le pouvoir decréer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir, le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.

Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient. Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses : jamais ils ne le feront. Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple.

Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses. Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !"

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN & CANADIEN

 

Et pour prendre connaissance de l'article qui lui est consacré, cliquer sur son titre :

 

Charlie Chaplie, le vagabond de génie

 

 

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LE DICTATEUR de CHARLIE CHAPLIN
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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 09:05
Eva Longoria (2017)

Eva Longoria (2017)

       Studio Canal  Universal Pictures Pierre Grise Distribution

 

Contrairement à celui des Folies-Bergères, l'escalier du Festival de Cannes ne se descend pas, il se monte. Une fois déposée par une voiture de luxe, dans l'enceinte des barrières, il ne reste plus à la star que d'en faire l'ascension à la fois radieuse, mystique, éblouissante. Cette cérémonie, équivalent cinématographique du triomphe romain ou de l'ascension de la Vierge, se renouvellera chaque soir pendant les dix jours des festivités. C'est le grand rite. La vedette est là, offerte aux regards admiratifs des photographes et de ses fans, à cet instant d'efficacité magique où elle est saisie dans le rayonnement de sa gloire entre l'écrin et le temple, la limousine et la salle obscure.

 

 

   Caméra One Collection Christophe L. Sophie Dulac Distribution Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

 

L'une des premières à l'avoir monté sera Michèle Morgan qui, en 1946, venait présenter  La symphonie pastorale de Jean Delannoy, puis Martine Carol, notre Caroline Chérie dont  les épaules pulpeuses et la blondeur plaisaient tant à l'époque. En 1949, ce sera le tour de Rita Hayworth qui séduisit à la fois les Cannois et le prince Ali Khan qu'elle épousera à Saint-Paul-de-Vence. En 1953, alors qu'elle n'a que 19 ans, l'insolente beauté de Brigitte Bardot enflamme le Festival qui n'a d'yeux que pour elle. Amenée à Cannes par son époux d'alors, Roger Vadim, qui cherche des fonds pour son film  Et Dieu créa la femme, BB incarne l'insouciance et la liberté. D'autres icônes vont marquer les années 50 : Gina Lollobrigida, Silvana Mangano, Rossana Podesta, Sophia Loren et Claudia Cardinale, superbes italiennes qui contribuèrent par leur présence, leur talent, leur beauté, à l'âge d'or du cinéma italien.


Le Festival des premières années a donc des airs de guerre en dentelle. On y livre des batailles, mais ce sont des batailles de fleurs avec défilés de chars auxquelles participent nos étoiles. Ou encore des batailles de luxe, de banquets, de bals et de réceptions. Le champagne et l'ouzo coulent à flot. On aperçoit Esther Williams, Romy Schneider accompagnant Alain Delon, Kim Novak venue avec Cary Grant présenter Notorious d'Hitchcock et Hitchkock lui-même accompagné de Tippi Hedren lors de la sortie en France des Oiseaux. En 1955, une bergère croise le chemin d'un prince. Grace Kelly, en pantalon corsaire, que l'on croit fiancée au comédien Jean-Pierre Aumont va rencontrer Rainier III qui l'invite à visiter son palais. Ils se marieront le printemps suivant. En 1958, Martine Carol, qui était présente naguère avec son premier mari, puis avec le second, s'annonce sans le troisième. Celui-ci déclarera par la suite : " Et dire que je venais de lui offrir une voiture ! "

 

 Cinéma Public Films  Collection Christophe L.  MK2 Diffusion  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

 

En 1959, la belle Marpessa Dawn, vedette du film  Orfeu Negro  qui remportera la Palme, ensorcelle la Croisette, tandis qu'en 1960, Melina Mercouri et Anita Ekberg ne passeront inaperçues ni l'une, ni l'autre ; la première offre une fête grecque où l'on casse beaucoup d'assiettes, l'autre accompagne Fellini dont le film  La dolce vita sera l'événement de l'année. En 1964, c'est au tour de Catherine Deneuve de faire sensation pour sa première apparition. Elle a un profil de médaille, une grâce juvénile et elle est timide. Bientôt elle s'imposera comme la grande dame du cinéma français.  En 1966, Anouk Aimée est aux côtés de Claude Lelouch pour recevoir les lauriers d' Un homme et une femme et la Croisette chantonne chabadabada. Cette même année, les sifflets des critiques, lors de la projection de  L'Avventura d'Antonioni, feront pleurer la belle Monica Vitti.

 

 AlloCiné Bac Films  ARP Sélection Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr


En 1978, la contestation gagne le cinéma. On y traite de la guerre du Vietnam, de la corruption, de l'avortement. Mais une toute jeune actrice recueille l'approbation générale : Isabelle Huppert, l'héroïne de Violette Nozière, rôle pour lequel elle obtiendra le prix d'interprétation féminine. Il y aura un remake en 2001 pour  La pianiste.


En 1981, Isabelle Adjani, agée de 19 ans, reçoit le prix d'interprétation à la fois pour  Quartet  de James Ivory et  Possession de Zulawski, tous deux en compétition. Un fait unique dans l'histoire du Festival. Elle est gracieuse, silencieuse mais inaccessible. Ainsi, fait-elle savoir, par son attachée de presse, qu'elle n'est à Cannes que pour l'émission télévisée d'Eve Ruggieri et qu'elle refuse d'être photographiée. Quand elle arrive au bas des marches du Palais, le silence est glacial. Les photographes ont posé leur matériel à terre et se croisent les bras. Par la suite, ils lui pardonneront et elle sera la présidente du jury de la 50e édition en 1997. Quant à Nastassja Kinski, dans une superbe robe de soirée, elle fera vaciller le coeur des festivaliers en 1984. En 1987, on verra Fanny Ardant aux côtés de Vittorio Gassman, présentant ensemble  La Famille  d'Ettore Scola, alors qu'en 1991, Madonna reçoit un accueil délirant de la part de ses fans, mais le film qu'elle est venue promouvoir  In Bed With Madonna  ne suscite pas le même enthousiasme.

 

  Warner Bros.TFM Distribution AlloCiné  United International Pictures (UIP)

 

En 1995, Cannes s'enflamme à nouveau à l'apparition de Sharon Stone, la vedette sulfureuse de  Basic instinct qui, toute d'or vêtue, remet la Palme d'or à Emir Kusturica pour Underground. Elle est l'ambassadrice du cinéma américain comme l'ont été avant elle Olivia de Havilland, Elisabteh Taylor, Jane Fonda, Meryl Streep, Kim Basinger, qui ont marqué la mémoire des festivaliers et, comme l'ont été récemment, Demi Moore et Nicole Kidman.
Cette même année, Vanessa Paradis chante l'air de  Jules et Jim en l'honneur de Jeanne Moreau, alors présidente du jury.
En 1999, Sophie Marceau a 39 ans et resplendit. Elle est l'une des actrices françaises les plus populaires. A elle revient l'honneur de remettre la Palme d'or aux frères Dardenne pour Rosetta. Une bretelle glisse et découvre un sein, les flashes crépitent. 

 

 Columbia Pictures Pan Européenne Edition New Line Cinema 20th Century Fox

 

Chaque année, nombreuses sont  les actrices qui se plaisent à être regardées, interpellées, photographiées. Pour certaines, ce ne sera qu'un petit vent de gloire, pour d'autres la consécration. Mais toutes auront subjugué la Croisette et réalisé pendant un instant leur rêve...de Cendrillon. Pour la 63ème édition en 2010, on attendait Cate Blanchett, Naomi Watts, Kirsten Dunst, Ellen Barkin, sans oublier Sharon Stone qui anima un dîner de l'Amfar. Cela pour les stars étrangères. Quant aux vedettes françaises, Juliette Binoche était très attendue et recevra le Grand prix d'interprétation, de même qu'Isabelle Huppert et sa fille Lolita Chammah, Ludivine Sagnier, Diane Kruger et l'incontournable Charlotte Gainsbourg. Amateurs et photographes professionnels voyaient s'emballer leurs objectifs !

 

       Pathé Distribution  Warner Independent Pictures 20th Century Fox Pathé Distribution

       Studio Canal Corbis Sygma 20th Century Fox Metropolitan FilmExport

 

Ce fut, plus récemment, au tour de Mélanie Laurent, de Vahina Giocante, de Rachel McAdams, de Marion Cotillard, de Jessica Chastain, de Adèle Exarchopoulos, de Kate Hudson, de Leïla Bekhti, de Cécile de France, de Léa Seydoux, de Zoé Félix, de Natalie Portman, de Marine Vacth de monter les célèbres marches. Laisseront-elles une empreinte aussi inoubliable que leurs aînées ? L'avenir le dira...

 

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LISTE DES ARTICLES ACTEURS DU 7e ART

 

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Gémini Films Rezo Films DreamWorks Pictures Pan Européenne Edition

 

 

 

Marine Vacth (2017)

Marine Vacth (2017)

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 09:29
FESTIVAL de CANNES - SON HISTOIRE

              

 

C'est au ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Jean Zay, que l'on doit la Création du Festival de Cannes. En toute innocence alors, la date inaugurale avait été fixée au 1er Septembre 1939. Louis Lumière avait accepté d'en être le Président d'honneur, une affiche avait été commandée à Jean-Gabriel Domergue qui y avait représenté la muse du cinéma, mais on sait, hélas ! ce qu'il advint : le 2 septembre 39, Hitler entrait en Pologne. Ainsi, avant d'avoir été ouvertes, les portes du palais du Festival s'étaient refermées sur cinq années de guerre. Mais en 1946, les heures de violence s'étant estompées, le 7e Art s'éveillait à nouveau, tel la Belle au Bois Dormant et, le 20 septembre, l'ancien casino s'apprêtait à recevoir ce premier Festival qui allait avoir davantage l'allure d'une agréable manifestation mondaine que d'une compétition, puisque presque tous les films présentés seraient gratifiés d'un prix et où Grace Moore chanterait de façon vibrante la Marseillaise, reprise en choeur par les quarante" Voix d'Antibes".


Mais au fil des années, l'augmentation des participants et l'importance des enjeux économiques feront de ce rendez-vous un événement majeur, quasi incontournable pour les professionnels. Aujourd'hui, il est médiatisé au point de réunir 4000 journalistes représentant quelques 1600 médias de par le monde et d'avoir un budget annuel qui s'élève à 20 millions d'euros.

A partir de 1959, la création du Marché du Film accroît encore l'influence, devenue internationale, de ce Festival, qui s'est choisi un lieu privilégié entre mer et arrière pays touristique pour son rendez-vous. Il faut avouer que le challenge était de taille mais que le pari sera tenu. Passeront ici et seront primés quelques-uns des plus grands chefs-d'oeuvre : La dolce vita, Le Guépard, Le Messager, Viridiana, Le salaire de la peur, Quand passent les cigognes, Mash, Andreï Roublev, L'arbre aux sabots, La ballade de Narayama, Mort à Venise, Kagemusha  - et Cannes recevra tout ce qui compte dans l'art de la pellicule : les Carné, Clément, Chaplin, Truffaut, Welles, Losey, Polanski, Rohmer, Coppola, sans oublier quelques princes et maharajahs, ministres, écrivains et poètes, dont Malraux, Giono, Genevoix, Dutourd, Cocteau - et, bien entendu les stars...

 

 

 

      Ciné Classic  Collection Christophe L.  Corbis Sygma  Collection Christophe L.

 

 

En 1998, Gilles Jacob crée la Cinéfondation qui a pour objectif de sélectionner de courts et moyens métrages d'écoles de cinéma du monde entier, de manière à promouvoir les jeunes talents et leur permettre d'accéder à la réalisation de longs métrages. Désormais, ce seront un millier de films qui parviendront de tous les continents au Festival dans l'espoir d'être retenus. En 2000, Gilles Jacob sera élu président par les membres du Conseil d'administration et succédera à Pierre Viot qui occupait cette fonction depuis 1985. 

Le Festival développe, depuis lors, une série d'actions en faveur  des professionnels, ainsi que tous les moyens possibles pour le soutien à la création artistique internationale. En 2005, une nouvelle salle est ouverte en sein du Village et Cinéfondation initie un Atelier qui retient une vingtaine de projets dans le souci d'aider les réalisateurs à faire aboutir leur plan de financement. S'il s'affirme davantage chaque année comme un lieu de rencontre privilégié, le Festival de Cannes jouit depuis longtemps d'une renommée qui ne se démentit pas et a trouvé un bon équilibre entre qualité et commercialité, assurant aux films qu'il couronne un tremplin unique de diffusion, tout en s'attachant à promouvoir ce que l'on a appelé " le cinéma d'auteur pour grand public". Bien entendu, il a essuyé quelques scandales - on se souviendra, par exemple, de celui soulevé en 1973 par le film  La grande bouffe - et a laissé passer des opportunités, commis des erreurs d'appréciation et des injustices, mais il a savouré ses heures de gloire et contribué à faire sortir de l'ombre des talents méconnus, et qui le seraient restés, sans son coup de projecteur souverain.


Ainsi, au fil des années, la rencontre cannoise se poursuit-elle avec persévérance et enthousiasme, sans exclure la nostalgie qu'inspire les saisons d'antan trop vite effacées. Grâce à lui, des centaines de personnes se voient ainsi intronisées dans l'univers cinématographique. Pour elles, il existe un avant et un après, car leur carrière s'est décidée là, en ce lieu où les rencontres inespérées décident des avenirs... Douze mille robes longues, quinze mille smokings, trois-cent mille bouteilles de champagne et cent fois plus de cannettes de bière, des bataillons de gardes en uniforme et de zélés intervenants, six tonnes de papier imprimé et des kilomètres de pellicule, c'est cela Cannes. Depuis qu'est apparue "l'écriture des lumières" aux environs de 1860, formidable mémoire de nos songes que l'on baptisa le 7e Art, Cannes n'est pas seulement un tremplin, une foire aux chimères, mais une sentinelle des talents. François Chalais, célèbre chroniqueur, en parlait avec lyrisme dans un article qu'il consacrait au festival le 8 mai 1986 :

" Ce minuscule recoin de planète ne se réduisait pas pour nous à de gracieux nombrils, à la douceur d'un ciel, à l'agrément de quelques propos, à des images superbement apprivoisées, à l'état naissant où, dans la lumière d'un couchant prodigieux, nous avons eu la révélation des plus grands noms, des oeuvres les plus considérables. Brusquement, des civilisations ont chancelé, des moeurs ont modifié leurs fondements. Des ruines véritables, dont beaucoup ne se sont pas relevées, nous ont rappelé qu'au-delà de l'écran, le monde existe, que nous en faisons partie, que seul le vent qui se confond avec le souffle de la liberté en active l'épanouissement, voire en prolonge la survie. Et il en sera toujours ainsi tant qu'une caméra continuera de tourner, pourvu que, derrière elle, rebelle aux diktats des snobismes et des censures, quelqu'un éprouve le besoin de connaître et d'aimer".



Et il est vrai que comme la peinture et la musique, le cinéma est capable d'apporter aux hommes un supplément d'espoir. Il est donc un art à part entière. Et ce Festival, qui le sert, parfois le dessert et toujours le défend grâce à l'expérience, à la sensibilité, à l'imaginaire des cinéastes, propose chaque année une nouvelle perspective, de nouvelles créations, de nouveaux styles,  reflets du quotidien et découvertes du futur. Celui de 2017 s'est ouvert ce mercredi 17 mai, faisant de Cannes la capitale du cinéma pour une dizaine de jours et la manifestation annuelle la plus médiatisée et la plus bling-bling du monde, déployant sur un rythme échevelé le bal des vanités et le bal des talents. Ainsi Cannes (75.000 habitants) devient-elle superstar et s'habille-t-elle de glamour au-delà du tapis rouge. Ici, dans la bonne humeur, on se frôle, on s'entasse et on se pousse dès qu'apparaît la silhouette d'une vedette. Cannes a sa haute réputation et tient son rang à coups d'audaces, de scandales, de polémiques, mais également grâce à une sélection exigeante, si bien que sa magie n'a jamais cessé d'opérer pour le plaisir de tous et pour que le 7e Art conserve sa place dans le monde artistique.

 

 

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          Collection Christophe L.

 

 

FESTIVAL de CANNES - SON HISTOIRE
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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