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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 09:35
NELLY ET Mr ARNAUD de CLAUDE SAUTET

Une jeune femme, Nelly, travaille occasionnellement dans des imprimeries, tandis que Jérôme, son compagnon, ne parvient pas à trouver du travail. Dans un café, Nelly fait la connaissance d'un sexagénaire, monsieur Arnaud, que lui présente Jacqueline, dont il fut autrefois l'amant. Monsieur Arnaud propose de l'argent à Nelly, qui refuse. Elle n'en affirme pas moins à Jérôme qu'elle a accepté et suscite ainsi une rupture qu'elle désirait secrètement. Nelly revoit monsieur Arnaud et se rend à ses raisons. Il peut l'aider financièrement. Elle, en échange, tapera à la machine et critiquera le manuscrit de ses mémoires qu'il est en train de rédiger...

 

Pour Mr Arnaud, ses mémoire sont déjà un adieu à la vie, pour Nelly sa rupture avec son mari est également une remise en cause de son avenir sentimental. Les deux personnages sont en quête de quelque chose qu’ils ne maîtrisent plus et qui fait d’eux des isolés, des cœurs solitaires soucieux de préserver leur quant-à-soi. Tous deux, dans ce quasi huis-clos, où le temps semble suspendu, se croisent, s’épient dans une intimité feutrée sans que leurs élans ne coïncident jamais. Au cœur d’un cocon bourgeois, c’est une tragédie lente et implacable à laquelle nous assistons : un face à face amer, impossible, contrarié, illusoire entre deux protagonistes que l’âge, le milieu social et les aspirations séparent. Avec cet opus, le dernier de sa carrière, Sautet traite avec délicatesse des instabilités de la vie, des impossibilités du destin, des rendez-vous manqués et les traduit en une musique de chambre douce, déchirante et pudique qui sied tellement bien à sa personnalité et trouve là sa tonalité la plus juste, comme cela l’avait déjà été pour Un cœur en hiver.

 

La souffrance des personnages est saisie par une caméra légère qui brosse chaque tableau avec des couleurs aquarellées et sait nous relater avec subtilité l’inconstance des sentiments, les variations des cœurs aux prises avec un réel qui ne les satisfait pas. Les flash-back ne sont là que pour prolonger l’écho des actes et situations qui, désormais, ne sont plus possibles, chaque tentative, chaque élan qui pourraient rapprocher la jeune femme et l’ancien juge sont toujours contrariés, brisés dans leur spontanéité.

 

Cette cantate pour cœurs solitaires est interprétée par deux solistes remarquables, violons qui s’accordent et se répondent sans parvenir à s’unir mais nous enchantent grâce à leurs partitions savamment dosées de gravité, de maturité, d’ironie, de raideur ou de bouleversant abandon. Ce sera ainsi de Mr Arnaud contemplant Nelly dans son sommeil. Michel Serrault et Emmanuelle Béart sont en osmose parfaite avec leurs personnages très tchékhoviens, tandis que les seconds rôles, Charles Berling dans celui du mari, Michael Lonsdale en ami trop envahissant et Jean-Hugues Anglade en soupirant disponible sonnent juste également. Quel plus bel adieu pouvait nous adresser Claude Sautet que cette cantate fauréenne ? 

 

 

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NELLY ET Mr ARNAUD de CLAUDE SAUTET
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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 10:28

 

Il ressemble à Beethoven dont il a le faciès rude, taillé à la serpe, et à personne dans le monde du spectacle qu’il habite depuis quelques années avec une incontestable présence. On ne peut oublier le visage aride de cet homme qui semble fait pour la tragédie et la violence, les rôles ambigus et les destins voués au drame. Il n’y a pas si longtemps qu’il a pris place parmi les grands acteurs du 7e Art, car sa carrière a mis du temps à démarrer et, dans un premier temps qui s’est révélé long, l’acteur s’est surtout passionné pour le théâtre, plus à l’aise sans doute sur les planches que derrière une caméra avec son physique de bucheron peu fait pour les rôles de jeune premier. C’est grâce à Jacques Audiard qu’il s’impose définitivement dans le film « De battre mon cœur s’est arrêté » où il crevait tout naturellement l’écran comme il le fera, davantage encore, dans « Un prophète » du même Audiard qui lui méritera un second César et l’imposera définitivement comme un comédien incontournable. Dans « Quai d’Orsay » de Bertrand Tavernier, il obtient un troisième César et surprend et subjugue dans le rôle d’un ambassadeur à la voix de velours qui a tout vu et tout su.

 

Si on interroge l’acteur sur le secret de cette réussite tardive, il vous répondra qu’il n’a jamais couru après les honneurs, que le théâtre est sa maison-mère et qu’il enrichit ses personnages fictifs grâce à ses blessures personnelles. S’il veut apporter quelque chose au public, il faut que ce soit quelque chose avec laquelle il est lui-même en cohérence, avoue-t-il. Il reconnait qu’il est volontiers un iceberg car son existence lui appartient, voilà pourquoi il n’aime pas parler de lui. C’est un territoire que j’essaie de préserver parce que je suis timide, introverti. Je n’ai pas envie de parler de mon monde intérieur fait de fébrilité. Je pense que nous sommes tous à la fois des barbares et des êtres intelligents. Comme tout le monde, j’essaie quotidiennement de maîtriser le barbare qui est en moi pour laisser place à l’intelligence. J’y arrive plus ou moins. Mais la particularité de l’acteur est de laisser parler le barbare en l’incarnant. Par exemple, je ne pourrais pas mimer une envie de tuer, ce serait ridicule. Alors je fais appel à des choses sombres qui rôdent en moi et qui s’en approchent. Je fais appel à mon cerveau reptilien, à cette pulsion de vouloir détruire l’autre. Je ne peux jouer qu’en m’oubliant moi-même ; il n’y a pas de plus grand bonheur pour un acteur que d’être l’autre.

 

Dans « 96 Heures » de Frédéric Schoendoerffer, son dernier film où il joue un truand qui kidnappe un flic, Niels en impose par son jeu complexe. Il fait passer en virtuose son personnage d’une relative courtoisie à une brutalité exacerbée face à un Gérard Lanvin qui excelle lui aussi dans son rôle de commissaire malmené. Ce truand, nous dit Niels, est un type dangereux, un malade rongé par une obsession : savoir qui l’a donné. Il a besoin de cette information pour pouvoir continuer à vivre. Et il est prêt à tout, même à kidnapper un commissaire. Je suis parti de ça pour construire le personnage, même si je ne sais toujours pas s’il agit par honneur ou par bêtise. Face à moi, j’ai découvert en Gérard Lanvin un acteur d’une grande justesse, extrêmement doué et très honnête sur sa ligne de jeu. Pour moi, cette rencontre aura été enrichissante sur le plan humain. Gérard n’est peut-être pas quelqu’un qui est toujours dans le bonheur, mais moi non plus. Alors ?

 

Une fois encore, je vais vous dire. Pour jouer, on doit planter des trucs dans la peau du personnage qui appartient à notre propre territoire. Un territoire qui, dans ce métier, est souvent fait d’amertume, de frustration, de dégoût… Heureusement, il y a aussi des choses enthousiasmantes.

 

Chaque acteur est placé dans un couloir – poursuit Niels Arestrup, fils d’un danois et d’une bretonne. J’ai hérité de celui du mauvais, du méchant, du complexe. Pourtant, j’adorerais jouer un truc sentimental, mais l’âge joue et j’ai 65 ans. Au théâtre, ça me plairait d’être dans une comédie. Et au cinéma, je me verrais bien dans l’univers de Dupontel. Je serais très heureux dans cette folie-là. Je ne le connais pas du tout mais pourquoi pas ! Je suis seul. Mes rencontres n’ont jamais débouché sur de vraies amitiés. Je ne sors pas, je ne vais pas aux premières ni dans les restos où il faut aller ; j’aime rester chez moi, en famille. Côtoyer mes contemporains ne me manque pas, je préfère me concentrer sur ma femme et mes enfants.. Oui, j’ai deux bébés, des vrais faux jumeaux. C’est une aventure de vie. Pour envisager d’avoir des enfants, il a fallu que je sois très amoureux, que j’arrive à un moment de mon existence où je suis enfin stabilisé. Avoir un petit garçon et une petite fille à mon âge, c’est bouleversant. Pas un rôle, non. C’est la vie, la vraie. Le bonheur, quoi.

 

 

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NIELS ARESTRUP, UN LOUP SOLITAIRE
NIELS ARESTRUP, UN LOUP SOLITAIRE
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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 08:44

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Joe Ransom ( Nicolas Cage )  descend les bouteilles aussi vite qu'il brûle sa vie. Joe est peut-être irresponsable, il n'en est pas moins un travailleur acharné. C'est dans une forêt, où il est employé à abattre les arbres, qu'il rencontre Gary (Tye Sheridan), un adolescent de 15 ans. Pour Gary, l'enfant malheureux maltraité par un père ivrogne et paresseux, tout n'est pas perdu, il est encore temps pour lui d'emprunter le droit chemin, à condition d'échapper à l'emprise néfaste de son père Wade qui n'hésite pas à tuer pour voler. Joe, touché par la volonté et le courage du jeune garçon qui souhaite s'en sortir et échapper à l'emprise malsaine de son père, ainsi que sauver sa mère et sa soeur de ses lâchetés et brutalités, l'engage et, contre toute attente, l'adolescent et l'ancien taulard finissent par sympathiser. Le chemin de la rédemption, dans une petite ville du Sud, sera jalonné de soirées en solitaire, de coups de gueule, de bagarres avec des fous de la gâchette épris de vengeance ou de revanche, ainsi que de visites au lupanar local. Un climat certes oppressant et une violence toujours omniprésente dans un opus conduit avec une certaine rigueur malgré des longueurs dans la première partie et des scènes gore dont on pourrait fort bien se passer. Inspiré d'un roman de Larry Brown, le film nous montre une Amérique malade de sa brutalité, de son matérialisme, de sa pauvreté latente, de son absence d'idéal,  sans nous priver toutefois  - et c'est là sa qualité première - d'une lueur d'optimisme. 

 

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D'autant que les acteurs sont parfaits, tous habités par leur personnage et que Nicolas Cage fait là un retour remarqué sur le grand écran. Il s'investit totalement dans ce rôle en demi teinte où il apparat comme un mauvais sujet repenti, touché par une sorte de grâce et devenant spontanément un père de substitution pour l'adolescent en quête d'un avenir respectable. Et celui qu'il lui propose est empreint d'une vraie humanité et d'un esprit d'abnégation qui sort l'histoire de son ornière de frénésie et de perdition. Pour ce final lumineux et sobre, le film mérite notre intérêt et se singularise au coeur d'une production américaine d'une violence quasi insupportable qui tourne sur elle-même comme l'animal qui se mord la queue. Ce qui justifie pleinement l'accueil excellent qu'il reçut au 39e Festival du film américain de Deauville, ce dernier profitant de l'occasion pour rendre un hommage appuyé et enthousiaste à l'acteur principal : Nicolas Cage.

 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 09:04
QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ? de PHILIPPE de CHAUVERON

Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale, sont des parents plutôt "vieille France". Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit...Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois. Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

 

Sur ce canevas casse-gueule, Philippe de Chauveron qui, jusqu’alors, ne nous avait proposé que des comédies assez plates, nous offre un opus amusant, enlevé et fort bien ficelé qui n’est pas sans rappeler des films, qui furent en leur temps des succès, comme Rabbi Jacob ou La vérité si je mens. Alors, ne boudons pas notre plaisir lorsque se présente à nous un film savoureux, drôle sans jamais être vulgaire, et qui égratigne gentiment toutes les communautés sans jamais être méchant ou blessant. Ici on est dans le gag soft et la caricature plaisante où la xénophobie de chacun n’engage que lui-même sans porter offense à l’autre. Voilà qui nous réconcilie avec le multiracial et le multiculturel revisités de façon burlesque mais volontairement optimiste.

 

Il faut dire que chacun a l’élégance de ne pas se voiler la face et de balayer devant sa porte avant d’accuser quiconque et que les gendres font preuve d’un sens familial évident, acceptant même de passer un Noël chrétien chez les beaux-parents, ce que bien des gendres français oublient de faire. Mais ceux-là ont, à l’évidence, assez de cœur pour comprendre que leurs beaux-parents ont quelques raisons d’être un peu déboussolés dans leur quotidien. Bien que catholiques  pratiquants, Claude et Marie Verneuil ont eux aussi des vertus de tolérance et l’amour du prochain n’est pas un vain mot selon eux, d’où le côté conciliateur et apaisant de ce film qui nous brosse un tableau idéal du mélange des peuples, des religions, des coutumes et, ce, avec allégresse. On en aurait presque la larme à l’œil. Aussi faut-il le remercier de nous avoir concocté, à un moment où les tensions sont si grandes, une comédie qui réconcilie au lieu de diviser, qui amuse au lieu de choquer, qui apaise au lieu d’irriter. Un grand bravo pour ce tour de force sans prétention cinéphile peut-être, mais qui nous propose une dose d'euphorisant à moindre prix.

 

Je ne citerai pas chaque acteur car ils sont tous excellents, parfaitement crédibles et visiblement très bien dans leur peau. Christian Clavier en notable bon enfant, auprès d'une Chantal Lauby délicieuse de gentillesse, est simplement formidable, avec ce poids que les ans lui ont donné et qui lui va comme un gant dans ce rôle de père aux prises avec son époque et ses inévitables bouleversements.

 

A voir si le quotidien vous a mis l’humeur à l’envers.

 

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QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ? de PHILIPPE de CHAUVERON
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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 08:46
LES CHOSES DE LA VIE de CLAUDE SAUTET

Pierre (Michel Piccoli), architecte d'une quarantaine d'années, est victime d'un accident de voiture. Éjecté de son véhicule et gisant dans une prairie à peine conscient, il revoit son passé et les deux femmes qui comptent dans sa vie, Catherine (Léa Massari) dont il est séparé et avec qui il a eu un fils et Hélène (Romy Schneider) avec qui sa relation amoureuse est à un tournant. A partir de ce thème, inspiré d’un roman de Paul Guimard, Claude Sautet compose un drame sentimental de belle facture sur un scénario travaillé en collaboration avec Jean-Loup Dabadie qui a écrit également les dialogues et sur une musique d’un charme envoûtant que l’on doit à Philippe Sarde. L’ensemble est une réussite d’autant plus appréciable que le montage est un petit chef-d’œuvre d’habileté qui nous conte la vie de Pierre Bérard grâce à des flashs- back qui pointent ainsi les moments clés de son existence.

 

Séparé de sa femme, Pierre vit une passion avec la belle Hélène mais on ne tourne pas si facilement une page qui a compté beaucoup de moments heureux, on ne s’éloigne pas de son passé si aisément, si bien que Pierre est à un virage qu’il ne sait pas mieux amorcer que celui où il trouvera la mort sur une petite route départementale, par un jour de pluie, alors qu’il roule à trop vive allure…

 

Ce sont ces choses de la vie faites de petits riens, de réunions de famille, de rencontres, de bavardages entre copains en buvant un café, ce sont ces visions fugitives d’un passé qui vient soudain percuter le présent et le colorer d’une subtile mélancolie que Claude Sautet hisse à la hauteur d’un drame antique et que saisit une caméra sensible et nostalgique. Ce film est également une chronique des années 70, la fin des 30 Glorieuses où l’air semblait plus léger qu’aujourd’hui, où les femmes s’habillaient de couleurs vives, de robes structurées, se coiffaient de chignons bas sur la nuque, où la classe moyenne des cadres étaient plus à l’aise que de nos jours, où l’on fumait beaucoup et où l’insouciance se faisait la part belle aussi bien professionnellement que sentimentalement. On commençait à voir pointer les familles recomposées, les liaisons affichées, mais tout cela restait feutré par une évidente élégance du cœur.

 

Les choses de la vie, par sa composition remarquable, son casting, sa musique sera le premier succès de Claude Sautet et son entrée par la grande porte dans le monde des cinéphiles. Ce film recevra d’ailleurs le prix Louis Delluc 1970 et obtiendra un grand succès en salles. Il est vrai que les acteurs y sont pour quelque chose et que Sautet a su les choisir avec discernement. Michel Piccoli s’impose dès les premières scènes par sa présence, Lea Massari est magnifique et très classe dans le rôle de l’épouse qui ne se laisse nullement abattre par les événements et déchirera au bon moment une lettre compromettante, enfin Romy Schneider est sublime de charme, de tendresse, d’inquiétude, elle est la femme qui se tient en équilibre sur un fil entre espérance et désespoir, cet état qu’elle savait si bien traduire à l’écran avec son beau visage interrogateur. Oui, un film que l’on revoit avec émotion et qui distille une mélancolie poignante car la vie est ainsi faite de ces choses qui ,tour à tour, exaltent et fracassent.

 

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LES CHOSES DE LA VIE de CLAUDE SAUTET
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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 10:09

On connait l’admiration de John Turturro pour Woody Allen, si bien que son désir de collaboration avec le célèbre et incontournable réalisateur américain  nous vaut aujourd’hui une comédie douce-amère qui n’a certes pas l’envergure des comédies du maître mais nous fait passer un agréable moment avec des actrices en grande forme et deux comédiens qui se donnent la réplique avec une complicité évidente.

 


Certes le résultat n’est pas un chef-d’œuvre, il y manque un rythme plus soutenu et surtout des dialogues plus percutants, mais l’ensemble reste plaisant à regarder, d’autant que les femmes sont belles à damner les saints et que les deux compères Allen et Turturro jouent sur le registre des moeurs avec une retenue pleine de délicatesse et de bonne humeur. Pas de scènes salées, mais une vision de la sexualité nimbée d’une touche de pudeur qui rend l’approche autrement plus fine que l’acte en lui-même ; pour un peu, on se croirait revenu aux années 60. Et pour le même prix, on nous offre une Sharon Stone plus sculpturale que jamais et une Sofia Vergara délivrée de tous tabous et suffisamment sexy pour rester dans les starting-blocks.

 

 

Cependant  la surprise de cette histoire où un libraire propose à son ami fleuriste, afin d’arrondir leurs fins de mois difficiles, d’offrir ses bons services d’amant occasionnel à des femmes friquées et esseulées, l’un devenant le mac de l’autre, est la prestation de Vanessa Paradis absolument délicieuse en veuve d’un rabbin ultra orthodoxe qui s’affranchit enfin de ses peurs et de ses inhibitions auprès de cet homme doté de chaleur humaine et de tact. Il est vrai que John Turturro n’a rien d’une bête de sexe et c’est l’intelligence du film de pianoter sur les touches de la tendresse plutôt que du vice et de ne voir en ces partenaires d’un jour ou d’un soir que les victimes de la solitude. Comédie de mœurs qui délivre un message certes simpliste sur le droit de chacun à goûter au plaisir, elle n’en n’égratigne pas moins la religion juive avec l’humour de bon augure dont a toujours usé Woody Allen. A ce seul détail, nous savons que son influence ne fut pas négligeable.

 

 

Dans son rôle de gigolo doux et rassurant, John Turturro est parfaitement crédible, tandis que Woody Allen en marlou sans scrupules et toujours prêt à délivrer la bonne parole est égal à lui-même et nous amuse sans en faire trop et en restant  le partenaire des enfants qui l’entoure, comme si cette paternité complaisante le lavait d’une partie de sa faute. Il y a toujours de sa part un clin d’œil qui allie les contraires de façon comique. Un film sans prétention, que l’on oubliera vite, mais qui, flirtant avec le vice n'en garde pas moins un peu de vertu

 

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APPRENTI GIGOLO de JOHN TURTURRO
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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 08:48
SALAUD,ON T'AIME de CLAUDE LELOUCH

Un  photographe de guerre à la retraite, Jacques Kaminsky interprété par Johnny Hallyday  buriné à souhait, vient visiter avec sa dernière compagne un chalet alpin qu’il entend acheter pour fuir Paris et ses pompes et se retirer à l’écart du monde. La jeune femme ( Sandrine Bonnaire ), qui lui fait visiter les lieux, dégage un charme auquel cet amoureux des femmes ne résistera pas, si bien que nous le retrouvons, quelques mois plus tard, s’installant en sa compagnie dans ce lieu idyllique veillé par un aigle photogénique et un environnement exceptionnel de cimes enneigées. Bientôt le meilleur ami du photographe, un médecin campé par Eddy Mitchell, lui rend visite et voyant combien son ami souffre de ne pouvoir réunir ces quatre filles, nées chacune d’une mère différente et qu’il a coupablement négligées, imagine de leur faire croire que leur père est très malade, ce qui a pour conséquence immédiate de les faire arriver en catastrophe et de créer une suite d’imbroglios plutôt sympathiques. Malheureusement cette chronique familiale va brusquement virer au polar de façon alambiquée, ce qui enlève au film sa cohésion et surtout le prive de toute crédibilité.

 

Dommage qu’une fois encore Lelouch ait cédé à son travers de faire compliqué alors que la simplicité du début lui seyait autrement mieux et surtout conférait une unité à son film. Mais on ne guérit pas de ses travers. On sait qu’il y a toujours eu chez Lelouch, cet éternel gamin fou de caméra, un petit quelque chose d’amateurisme. Chez lui, les découpages ont trop souvent manqué de nerf et les scénarios de muscle, ce qui les fait partir en vrille comme nous le constatons avec "Salaud, on t’aime".

 

Heureusement les images sont belles. Lelouch est un œil, pas toujours une tête, ce qui produit des longs métrages bancals comme ce dernier auquel peu de choses suffisait pour emporter l’adhésion. Reste un casting plaisant, un duo composé des deux ténors de la chanson populaire, le joli sourire de Sandrine Bonnaire, des paysages magnifiques et la dose habituelle, que n’oublie jamais Claude Lelouch, de romanesque composite, de rigolades entre copains, de belles échappées, de quelques larmoiements et d’une bordée de lieux communs, le tout servi sur un lit d’images superbes et de tendresse amusée. Toutefois, le cinéaste aurait été mieux inspiré s'il s'était contenté de nous livrer le bilan d’une vie, qui n’est autre que la sienne, teinté de nostalgie, de plaisirs hédonistes et d’inévitables regrets.

 

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SALAUD,ON T'AIME de CLAUDE LELOUCH
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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 09:49
KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE

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Le 14e édition du Festival du film asiatique de Deauville, qui s'était tenue du 7 au 11 mars 2012, avait honoré cette année-là Kiyoshi Kurosawa, après Lee Chang-dong  en 2009, Mendoza en 2010 et Kim Jee-woon en 2011. Kiyoshi Kurosawa, né à Kobé en 1955, à ne pas confondre avec son homonyme Akira Kurosawa,fait partie de la nouvelle vague des cinéastes japonais découverts dans les années quatre-vingt-dix. Durant son enfance, il sera influencé par Godzilla et les films de Don Siegel, Sam Peckinpah, Richard Fleischer ou Robert Aldrich qu’il découvre avec son père. Au lycée, préférant sécher les cours, ce sera Fellini, Oshima et Godard. Inspiré par le style et les préoccupations d'Oshima, il tente de l'imiter dans son premier court-métrage et pose la question de l'affrontement entre professeurs et élèves. A la suite de l'accueil glacial qu'il reçoit de la part de ses proches, Kiyoshi Kurosawa part étudier la sociologie à l'université mais vite désintéressé de ces études, il se dirige  vers le cinéma en suivant les cours de Shiguehiko Hasumi qui ne font que confirmer ses pressentiments. Après une courte période à rédiger des critiques et à produire quelques films en super 8, il est assistant sur des films commerciaux puis se décide à devenir réalisateur.

 

Ses deux premiers films, Kandagawa Wars (1983) et The Excitement of the do-re-mi-fa girl (1985), sont des pinkyu-eiga (film érotique) godardiens et cinéphiles, des délires ludo-érotiques situés entre les expérimentations de Shuji Terayama et La chinoise. Sept ans plus tard, il réalise son premier film abouti The Guard From the Underground  (1992) inspiré du giallo de Bava et Argento. Suivra la série Suit Yourself Shoot Yourself  (1996) dont le dernier opus sera une variation pornographique du film Les proies (1971) de Siegel. En 1997, après The Revenge (entre série B et essai de distanciation),  il tourne Cure dont l’histoire de serial killer hypnotiseur lui ouvre les portes de l’Occident. Après Serpent's path et The Eyes of the Spider  (1998), sur le thème de la vengeance, il réalise Licence to Live (1998), son premier film hors genre. En 1999 suivent Vaine Illusion et l’étrange Charisma, entre conte philosophique et farce absurde. Puis, Séance (2000) et Kaïro (2001), des films de fantômes remarqués pour leur ambition théorique. Depuis Kurosawa s’est spécialisé dans ce genre avec des succès inégaux (Jelly Fish, Doppelganger, Loft ) qui ont fait baisser sa côte de popularité en Occident. Jusqu'à Tokyo Sonata (2009), très beau portrait de famille qui lui vaut le Prix spécial du jury à Cannes.

 

Le cinéma original et interrogatif de Kiyoshi Kurosawa est de proposer des méditations ouvertes, au sein desquelles chacun peut frayer le chemin de ses propres réflexions. Il s'agit avec Charisma, par exemple, d'une réflexion philosophique aux enjeux métaphysiques et politiques, qu'il appartient à chaque spectateur d'investir à son gré. Je me permettrai toutefois d'attirer l'attention sur une des approches possibles, qui font que l'arbre puis l'homme qui s'appellent "Charisma" dans le film incarnent les multiples formes de la tension entre l'exigence collective et la revendication individuelle. Si bien qu'au début du film, placé sous l'empire d'un autre genre cinématographique, le polar, est affichée une étrange revendication « Il faut rétablir les règles du monde ». La grande force de Charisma est de mettre en évidence de manière dramatique comment ces règles ont été trahies et comment l'homme, livrée à la solitude de sa conscience, ne trouve d'issue ni dans la nature, ni dans la société. Cette ambivalence féconde, qui met en cause tous les grands systèmes binaires, concerne en particulier son rapport aux autres, l'opposition culture/nature, au point que l'on parvient à douter du caractère  "naturel"  de la nature et que l'on se prend à se demander alors ce que peut ou doit  être une attitude civilisée et ce que l'homme est en mesure de faire en tant qu'individu. Cette destructuration va permettre de parvenir à un point incontournable où chaque personnage finit par expliquer, et sans doute par croire, que tous les autres sont fous et que l'être n'est pas davantage capable de sauver la nature que la nature ne l'est de le sauver et de se sauver elle-même. Ce qui a pour conséquence de placer le spectateur dans une posture d'incertitude qui a quelque chose d'inconfortable, mais aussi de stimulant. Cette ambivalence, cette réversibilité de la référence raisonnable est une aubaine pour un cinéaste moderne, qui travaille sur la mise en question de la logique dramatique et sur ce que peut signifier "le destin". Un tel univers permet de rendre imprévisible le plan suivant, de rendre - de manière parfois effrayante et presque toujours onirique et incroyablement brutale et cruelle - le comportement de chacun des protagonistes. C'est une formidable liberté bien qu'elle soit dangereuse, comme toute vraie liberté. Il faut donc un grand artiste pour en user afin que son œuvre ne devienne pas illisible ou incohérente.  Par ailleurs, il y a dans ce film un mystère que Kiyoshi Kurosawa  travaille avec des moyens visuels simples et parfois obscurs aux non initiés. Il n'est pas facile de se frayer un chemin dans ce narratif où, à tout moment, intervient une solution contradictoire. Mais la tentative est intéressante et le film a le mérite d'introduire le questionnement à défaut de proposer des solutions.

 

 

Ainsi la peur, l'angoisse sont-elles les caractéristiques de l'oeuvre de Kiyoshi Kurosawa. Il ne craint nullement d'aborder des sujets effrayants, des tueurs en série, des hommes dotés de pouvoirs hypnotiques, d'employés atteints de parasites inguérissables qui les transforment en zombies, de kidnappeurs ou d'adolescents enclins au suicide ; oui, les cas les pires animent ses divers films avec un âpre réalisme. C'est en quelque sorte la puissance du négatif, le spectre d'une contamination inexorable qui frappe aussi bien l'homme, condamné à détruire son proche, que la nature produisant ses propres poisons pour mieux s'annihiler elle-même. Visiblement hanté par la bombe d'Hiroshima, le cinéaste considère le Japon comme un monde désertifié, frappé à tout jamais par les traumatismes de son Histoire. Si bien que dans la solitude urbaine, aussi bien que dans l'ennui rural, en l'absence de toute transcendance, la silhouette humaine se voit condamnée à devenir spectre, fantôme, ombre et, ayant perdu jusqu'à sa propre trace, à s'effacer progressivement. En définitive, un cinéma du doute et de la désespérance, une forme de perte d'humanité qui hante le monde moderne.

 

 

Avec son avant-dernier film en deux volets Shokuzai, présenté en 2013 et en avant-première à Deauville, le réalisateur nous proposait un monde tout aussi éprouvant mais avec une approche plus classique, très élégante même, un raffinement tout en demi-teinte et fardé d'une subtile poésie et d'une vraie finesse psychologique à défaut d'une réelle espérance. Le dernier d'entre eux, Réal, en avant-première à Deauville pour le 16e Festival du film asiatique 2014, a été projeté en présence du metteur en scène et ne déroge nullement à ses thèmes non-conformistes et à son souci des explorations hors des sentiers battus. Cette fois, Kurosawa nous entraîne dans l'inconscient d'une jeune femme, victime d'un coma prolongé, mais nous déroute aussitôt sur une autre voie qui nous interpelle différemment : en définitive du couple d'amoureux lequel est la victime de l'autre et qui se méprend le plus sur la réalité de leur existence conjugale ? Ainsi, comme à son habitude, le réalisateur japonais prend-t-il un chemin de traverse pour susciter notre surprise et notre interrogation à travers les volutes et méandres de l'esprit, où le réel et l'irréel, le vrai et le supposé se confondent, nous conviant à une aventure métaphysique et onirique surprenante et d'une indéniable efficacité.

 

Pour prendre connaissance du dernier film du réalisateur, cliquer sur son  titre :

 

SHOKUZAI ( PENITENCE ) de KIYOSHI KUROSAWA

 

REAL

 

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images-copie-3.jpg  penance japan 2012 -40633

 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 11:24

Atsumi ( Haruka Ayase ) est une jeune et jolie dessinatrice de mangas. Mais, depuis un an, elle est dans le coma après avoir tenté de se suicider. Pour trouver une explication à son geste, son petit ami, Koichi ( Takeru Sato ), rejoint un programme censé lui permettre de pénétrer dans l'inconscient de la jeune femme. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Kurosawa nous invite à un curieux voyage dans le temps et l’inconscient qui, mieux que le conscient, enregistre non le réel supposé mais l'illusoire, l'inexistant, le virtuel, soit notre propre re-création ou, plus précisément, notre propre transposition du monde et de la vie. L’eau omniprésente nous rappelle la profonde réflexion du philosophe Gaston Bachelard dans « L’eau et les rêves » : L’être voué à l’eau est un être en vertige, il meurt à chaque minute.

Oui, l’eau fait tour à tour mourir et renaître et c’est ce qui arrive à Koichi, victime de sa mémoire mais aussi de ses rêves, au point qu’il touche tour à tour au fini et à l’infini, à la mort et à la résurrection. C’est au pays d’enfance que le couple se retrouve en pensée, sur une île aujourd’hui déserte, autrefois paradisiaque, que la réalité brutale des hommes a transformée en un enfer surréaliste.

Film de science-fiction mais d’une science-fiction intime et interrogative sur nos propres dérives mémorielles qui n’est pas sans rappeler L’aventure de Mme Muir de Joseph Mankiewisz, davantage que Inception de Christopher Nolan dont le discours onirique restait en surface, Kurosawa ouvre des pistes en faisant dialoguer le visible et l’invisible, le réel et le fantasmé avec une rigueur d’une rare intelligence.

Familier de l’étrange et du surgissement inquiétant de l’inconnu, Real nous immerge au cœur de cette hantise à travers le dialogue d’un jeune couple dont l’un des deux est dans un coma profond, mais lequel plus que l’autre ? Car le coma semble ici être un refuge, peut-être davantage une voie pour déchiffrer l’incompréhensible, le subjectif, la face cachée des choses et un lieu prédestiné où l’être prend sa vraie mesure et où l’existence se déploie dans sa véritable dimension. Enfin, la faute originelle et la quête du rachat prennent une importance obsédante. C’était déjà le cas avec Shokuzai, ce l’est avec Real qui nous déconnecte du réel pour nous entrainer dans les méandres surprenants, fascinants du cerveau et de ses incroyables fantasmagories.

Voilà une œuvre marquante qui sait émouvoir et questionner sur la part chimériqu de chaque vie. C’est par ailleurs l’œuvre d’un visionnaire qui met en perspective la responsabilité des hommes en proie à une angoissante manipulation de la matière et des forces nucléaires représentées par un monstre préhistorique surgissant de l’eau, miroir du temps, comme si le présent mordait la queue du passé, incarnation de notre évidente culpabilité. Oui, un grand film. Décidément l’audace et la nouveauté nous viennent de l’Est.

 

LISTE DES FILMS DE LA RUBRIQUE CINEMA ASIATIQUE

 

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REAL de KIYOSHI KUROSAWA
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA ASIATIQUE
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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 11:29

En famille, il arrive que l’on se soutienne, il arrive aussi que l’on se déchire à belles dents et avec une voracité d’où le cynisme n’est pas exclu. Suite à la disparition de leur père, un professeur, poète à ses heures, qui a choisi de se suicider à bord d’une barque au milieu d’un lac, les trois filles Weston se retrouvent, après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. C’est là qu’elles sont à nouveau réunies avec la mère paranoïaque et lunatique qui les a élevées. A cette occasion, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface…et avec quelle violence !

 

Ce huis-clos tragique et loufoque inspiré de la pièce de Tracy Letts n’est pas sans nous évoquer des œuvres comme Cris et chuchotements ou Sonate d’automne du cinéaste Ingmar Bergman et, plus récemment,  Carnage de Roman Polanski où les affrontements donnaient lieu à des scènes quasi tragiques. Chacun des personnages s’avançait cuirassé de haines et de faiblesses et se livrait à des dialogues d’une rare virulence et à des scènes de détresse, dès lors que le dévoilement mettait chacun d’eux en danger.

 

Ici, il s’agit principalement d’une mère et de ses trois filles confrontées en même temps à leur passé et à leur présent dans une ambiance de deuil qui exaspère les sentiments, ce, sur fond de frictions générationnelles. Car les parents ont eu un départ difficile, ont  obtenu ce qu’ils possèdent à la force du poignet, tandis que leurs filles, élevées dans la facilité, ont reçu nécessaire et superflu sans avoir à combattre. D’où les rancoeurs accumulées chez la mère et l’inconscience et la débonnaire insouciance des filles dont les seuls soucis sont ceux qu’elles se créent elles-mêmes. Cette comédie dramatique, fort bien orchestrée par John Wells, est un véritable règlement de compte accentué par l’amertume d’une mère droguée, en proie à un cancer de la langue, ce qui est un clin d’œil à ce que la langue peut avoir de pervers et de redoutable. Cette femme aigrie en veut également à une société qui s’autodétruit, à un monde où les adultes n’ont plus aucune conscience morale, où les enfants sont trop livrés à eux-mêmes et où chacun, ne pensant qu’à soi, s’isole dans son égocentrisme. A travers cette famille, c’est l’Amérique qui nous livre ses tourments, une société déstructurée qui se flagelle avec une sorte de complaisance paranoïaque et une efficacité redoutable, faisant de nous des témoins consentants, car les problèmes de l’Amérique ne sont-ils pas les nôtres ?

 

Ce lavage de linge sale est également un grand moment de théâtre, plus encore que de cinéma – c’est décidément à la mode que le théâtre s’invite à l’écran – mettant en scène un quatuor d’actrices magnifiques  avec en tête Meryl Streep, admirable dans un rôle où elle ose tout, face à une Julie Roberts étonnante, loin des comédies sentimentales qui ont fait sa réputation, sans oublier Juliette Lewis en jeune femme évaporée et Julianne Nicholson en femme sans caractère, fragile et désarmée. Ces actrices portent l’opus avec panache et leurs rivalités, l’ordonnance ou la dés-ordonnance de leurs natures font tout l’intérêt de ces duels successifs où personne ne finit par l’emporter, sinon la désillusion et le cynisme. Famille, je vous hais est sous-jacent tout au long de la projection, d’autant que le secours ne viendra que du dehors, la beauté silencieuse de la nature pour  Alexandra, l’aînée des filles, et les bras secourables de l’employée de maison indienne, soit l’étrangère, pour Violet, la mère. Pour les autres ce sera la fuite et sans doute l’oubli. Un film grinçant où tout s’oppose, même l’amour. Mais il y a les oiseaux en escadrilleau loin et la lumière qui filtre à travers les rideaux. Il arrive que l'on fasse sa vie avec ce qui vous manque.

 

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UN ETE A OSAGE COUNTY de JOHN WELLS
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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