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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:07

Après avoir emménagé avec sa famille à Los Angeles, le jeune Jim Stark (James Dean), 17 ans, s'inscrit à Dawson High School. Un soir, il est amené au poste de police pour ivresse sur la voie publique. Lorsque ses parents arrivent pour le récupérer, la situation familiale de Jim se révèle extrêmement conflictuelle. Son père ( Jim Backus ) essaye de le défendre, alors que sa mère, une femme autoritaire, entend imposer à son fils une éducation basée sur ses principes. Jim se sent non seulement incompris mais souffre de l'absence de force morale de son père face à une épouse dominante, ce qui provoque en lui un profond mal-être.

 

Tout en essayant de s'intégrer au mieux parmi les étudiants de son nouveau lycée, Jim est impliqué dans une dispute avec Buzz Gunderson, chef de la bande qui fait la loi au sein de l’établissement. Alors qu'il tente de faire face à Buzz  ( Corey Allen ), il devient ami avec un garçon de 15 ans, John, surnommé Platon ( Sal Mineo ), qui était également au poste de police lors de la première scène.

 

Après une visite au Planétarium où les jeunes gens assistent à un discours sur la fin de l'univers, Buzz défie Jim dans un combat au couteau dans lequel ils sont blessés tous les deux. Jim obtient cependant la considération de Buzz, qui lui propose de se mesurer à lui dans une course de voiture durant laquelle Buzz perdra la vie.

 

Jim, paniqué et menacé par les comparses de Buzz, tente de chercher de l'aide auprès de la police, sans succès. Trouvant du réconfort auprès de Judy ( Natalie Wood ), ex-petite amie de Buzz, ils s’enfuient ensemble et se réfugient dans une vieille maison abandonnée, où ils sont bientôt rejoints par Platon. Mais lorsque les amis de Buzz les retrouvent, Platon leur tire dessus avec une arme dérobée à sa mère et disparait.

 

Retranché dans l'Observatoire, Platon se laisse convaincre par Jim et Judy de se rendre à la police, qui l'attend à l'extérieur. C’est au moment où il sort enfin de l'observatoire, qu’il est abattu par un agent de police. Les parents de Jim croient d'abord qu'il s'agit de leur fils, puisque ce dernier a prêté sa veste à Platon, mais ils retrouvent finalement Jim sain et sauf, en compagnie de Judy. Le film s'achève sur la promesse du père de retrouver son autorité paternelle, et la présentation de Judy à la famille Stark.

 

Il est certain que ce film a fait date. On voit traité à l’écran, pour la première fois, la révolte d’une jeunesse contre l’autorité et l’établissement, de même qu’une violence larvée qui explose au grand dam de familles maladroites complètement dépassées par les événements. La fureur de vivre, film sorti en 1955, établit une sorte de frontière entre le classicisme de l’âge d’or hollywoodien et la modernité. Avec Géant et A l’est d’Eden, James Dean s’impose une fois encore dans une oeuvre culte et prouve son incroyable présence à l’écran et son charisme qui ont fait de lui une icône du 7e Art, insufflant au personnage de Jim sa force et sa détresse, ayant eu lui-même une enfance difficile. A ses côtés, la ravissante Natalie Wood qui, à l’époque jouissait déjà d’une incontestable notoriété, reste trop effacée et ne parvient pas à imposer son personnage de jeune fille libérée avec suffisamment conviction.

 

Dans ce récit solidement construit, où l’on voit une jeunesse fauchée dans sa fleur et une maturité à jamais blessée, nous assistons aux efforts tragiques que déploie un être marginalisé pour renouer avec la communauté qui l’a exclu. Ce thème était cher au cinéaste Nicholas Ray qui l’a repris dans Derrière le miroir, mais en sens inverse, puisque le malaise n’est plus celui d’un fils mais d’un père, au cœur d’une même quiétude urbaine, quiétude envisagée dès lors comme un enfer.

 

Dès la première scène, nous sommes dans l’ambiance métaphorique : nous découvrons un adolescent recroquevillé sur le bitume dans une position fœtale, tenant un jouet contre lui, image signifiante de son refus de grandir, alors que la musique sombre de Leonard Rosenman souligne cette mélancolie poignante. Cet opus reste l’une des grandes réussites de Nicholas Ray, cinéaste controversé et surtout inégal dans sa production, capable, néanmoins, comme c’est ici le cas, de fulgurances  bouleversantes.

 

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LA FUREUR DE VIVRE de NICHOLAS RAY
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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 10:50
JEAN RENOIR - PORTRAIT

Il faut toujours laisser la porte du plateau ouverte, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut y entrer.

Le Figaro Scope

La Nouvelle Vague l’appelait « le patron » avec affection. Jean Renoir est, il est vrai, l’un des grands initiateurs français de l’art cinématographique avec un A majuscule, laissant derrière lui un véritable testament artistique et une douzaine de films qui comptent parmi les chefs-d’œuvre du cinéma mondial. Eclectique et indépendant de nature, il semble qu’il ait financé ses premiers films grâce à la vente des tableaux de son célèbre père : Auguste Renoir. Catherine Hessling, ancien modèle du peintre et épouse du cinéaste, sera sa première interprète et, à l’évidence, il saura mettre en valeur le potentiel érotique de son physique de femme-enfant. Si bien que la jeune femme sera consacrée à deux reprises, mais de façon différente, sur la … toile.

 

Les débuts de Jean Renoir sont ceux d’un dilettante avec des premiers films ou courts métrages ludiques ; sa seule ambition étant alors de toucher le public le plus large et, à défaut de nom, de se faire un prénom. Ainsi "Tire au flanc" est-il une comédie militaire et "On purge bébé", d’après Feydeau, son premier film parlant qui lui servira à tester les bruitages de la bande-son.

 

Jean Renoir laisse déjà entrevoir son goût pour le naturalisme et s’engage, dès 1930, dans cette tendance réaliste en portant à l’écran deux œuvres de Zola, dont "Nana", dès son troisième essai de mise en scène, puis La bête humaine en 1938, de même que "Madame Bovary" de Flaubert, autre écrivain qu’il apprécie, "Partie de campagne" de Maupassant et "Les bas-fonds" de Gorki. Le cinéma parlant l’aide à travailler plus profondément son réalisme social en accompagnant ses images de propos qui vont dans le même sens, ainsi que le démontrent "La chienne" ou "La nuit du carrefour" d’après Simenon, première apparition de Maigret à l’écran sous les traits du frère du cinéaste : Pierre Renoir. Avec son utilisation véritablement narrative du son et des scènes importantes tournées dans la rue, "La chienne" annonce l’aisance technique de "Boudu sauvé des eaux" où le metteur en scène fait appel, pour la seconde fois, à un acteur prodigieux : Michel Simon. Dans ce film, Renoir fait déjà œuvre de moraliste en décrivant un milieu social avec un réalisme qui ose toutes les libertés et les fantaisies. Il y affirme sa personnalité et son goût pour les descriptions sans complaisance de la vie sociale. Il déclare d’ailleurs : « L’art du cinéma consiste à creuser de plus en plus et à s’approcher des vérités des hommes et non à raconter des histoires de plus en plus surprenantes. » "Le crime de Monsieur Lange" où l’influence de Prévert est notable est l’un des rares films qui exprime les aspirations au changement des milieux qui soutiendront le Front Populaire. Renoir s’engage alors aux côtés du Parti Communiste pour lequel il dirige "La Vie est à nous" (film militant) puis "La Marseillaise", opus qui exalte les mythes historiques et sociaux ancrés dans la Gauche politique.

 

Malgré des réalisations ancrées dans ses convictions politiques, Renoir prouve que ce qui le préoccupe tout d’abord n’est autre que l’individu et le réalisme intérieur des personnages. On s’en convainc avec deux oeuvres admirables : "La grande illusion" et "La règle du jeu". Ces films sont marqués du sceau de l’humanisme et du pacifisme le plus sincère, bien que le premier n’adopte pas les positions consensuelles sur la guerre, le nationalisme ou le racisme. Quant à "Partie de campagne", un film que le cinéaste n’achèvera pas et qui ne sera connu que dix ans plus tard, en 1946, c’est dès lors l’annonce d’un Renoir dionysiaque, sensuel, sensible à dame Nature, attitude qu’il conservera dans ses films postérieurs.

 

On a trop souvent minimisé les films des années 1940/1950 lors de son exil aux Etats-Unis, mais il est vrai qu’il s’était vu contraint à des films de commande, même si il exalte l’antinazisme et les valeurs des combattants. Mais il retrouvera bientôt avec "Le journal d’une femme de chambre", l’accent des oppositions de milieux qui était le sien précédemment, tandis que "L’étang tragique" et "L’homme du Sud" transposent le conflit entre l’individu et la société et que Le fleuve, en 1951, atteint une dimension panthéiste et quasi métaphysique de la condition humaine.

 

A son retour en France, Renoir conservera la même inspiration et la même philosophie depuis "Elena et les hommes" (1956) et "Le déjeuner sur l’herbe" (1959) et intégrera le spectacle dans le film, ce, jusqu’à son testament lyrique "Le carrosse d’or" ou "French-Cancan", deux films où il affiche définitivement une maîtrise absolue de l’outil cinématographique.

 

Pour consulter les articles que j’ai consacrés à ses films, cliquer sur leurs titres :

 

La grande illusion                 La règle du jeu

 

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 13:28

 

 

Pendant la Première Guerre mondiale, dans un camp en Allemagne, un groupe de prisonniers français, dont l'aristocrate capitaine de Boëldieu ( Pierre Fresnay ), le contremaître Maréchal ( Jean Gabin ) et le banquier d'origine juive Rosenthal, préparent leur évasion. Ces hommes sont à la veille de leur première tentative lorsque la nouvelle de la reprise, par les Français, du fort de Douaumont, suscite une vague d'enthousiasme parmi les prisonniers et conduit le bouillant Maréchal au cachot. Tous sont finalement transférés dans la forteresse que commande le capitaine von Rauffenstein ( Erich von Stroheim ). Entre Rauffenstein et de Boëldieu, une solide estime s'établit, fondée sur l'appartenance à la même caste...

 

En parlant de son scénariste Charles Spaak, Renoir déclarait : « Aux liens de notre amitié s’ajouta celle de notre foi commune dans l’égalité et la fraternité des hommes ». Sortie sur les écrans en 1937, alors que l’ombre d’un nouveau conflit mondial venait assombrir l’Europe, « La Grande Illusion » est une œuvre d’une humanité profonde dont le constat n’en est pas moins cruel. Renoir, grâce aux relations qui se nouent entre Boieldieu et von Rauffenstein, parvient à abolir provisoirement les frontières dressées entre les hommes. Mais, il redevient pessimiste lorsqu’il nous montre que ces barrières sont d’origines sociales et nous prouve qu’un immense fossé sépare irrémédiablement Boieldieu et Maréchal que la fraternité elle-même ne parviendra pas à gommer. Dans ce film, Renoir est plein d’espoir en l’homme, il a foi en chaque individu. C’est la société qui porte tous les maux, pousse les hommes à s’affronter et à se haïr. Peut-être Maréchal et Boëldieu ne sont-ils séparés que par leur appartenance à deux classes distinctes et par leur éducation ? Mais il semble que ce soit davantage encore leur conception de la guerre et la manière dont ils surmontent son absurdité qui les distinguent l’un de l’autre. Boëldieu et von Rauffenstein font partie d’un monde qui s’éteint, croyant en une chevalerie imaginaire de faits d’armes immémoriaux. Alors que Maréchal fait partie du peuple dont le principal souci est de défendre la nation et la démocratie pour laquelle leurs ancêtres ont versé leur sang, sans rien y ajouter de chevalerie romanesque.

 

Le film fut tourné, pour une grande part, à la caserne de Colmar et au château du Haut-Koenigsbourg qui répondait parfaitement à l’illustration de l’austère citadelle et à ce qu’il y avait d’altier dans l’attitude et le comportement de son commandant germanique. Renoir croyait sincèrement en la légitimité des guerres. Lui-même, combattant en 14/18 dans l’aviation, était animé par des sentiments de chevalerie qui trouvent leur incarnation dans les deux aristocrates de son film. Renoir donne ici la parole à chacun des camps, le français et l’allemand, et aux différentes couches sociales dont les idéaux diffèrent fatalement. Il ne décrit d’ailleurs que des actes justes, des hommes intègres et fraternels, nous plongeant dans des situations  qui touchent le cœur, celles que rencontrent inévitablement, et où qu’ils soient, les prisonniers de guerre. Le cinéaste nous offre, par ailleurs, un spectacle d’une rare intelligence. D’abord récit de prison, comprenant nombre de types humains hauts en couleur, le film se resserre sur quelques individus emblématiques, prisonniers d’un nid d’aigle, forteresse qui illustre bien le drame en train de s’y nouer. Puis, dans la blancheur éclatante de l’hiver, trois individus vont cristalliser les enjeux du film. Ce récit, distribué en trois chapitres, s’approche comme dans un lent travelling avant (figure que Renoir utilisait à merveille) de chacun des individus. C’est à la fois un récit d’évasion et une aventure humaine servie par une mise en scène magistrale en noir et blanc et un casting de tout premier ordre, véritable sommet de l’art cinématographique. Un des chefs-d’œuvre du cinéma français aux dialogues et aux interprètes inoubliables, une œuvre où se trame une véritable comédie et tragédie humaine sobrement ramassée en un scénarion solide et efficace.

 

Enfin et surtout, La grande illusion est celle qui consiste à espérer que cette guerre sera la dernière et que la fraternité entre les hommes sortira vainqueur des tranchées, puisque de part et d'autre les souffrances ont été les mêmes et, qu'au final, ce qui rapproche est sans doute plus fort encore que ce qui sépare. Mieux qu'un grand film admirablement construit et interprété ( tous les acteurs sont fabuleux ), La grande illusion prône déjà les vertus d'une Europe rassemblée, regardant dans la même direction, unie par ses valeurs communes et animée du souci d'en finir avec les divisions et les conflits de tous ordres. Alors que très osé pour l'époque, où les hostilités commençaient à se faire de plus en plus vives, ce long métrage ne fut pas toujours bien reçu et même interdit en Italie et en Allemagne, puis dans la France occupée. C'est dire à quel point, hélas !  le film de Jean Renoir méritait bien son titre. Soixante-dix-sept ans plus tard, savamment restauré, il est plus que jamais d'actualité, même si l'idée de sacrifice n'est plus à l'ordre du jour. Il retentit  en nous comme un écho douloureux et prégnant, car si  l'absurde finit trop souvent par l'emporter,  l'espérance ne doit jamais être découragée.

 

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 09:53
L'ILE NUE de KANETO SHINDO

Au Japon, sur une minuscule île de l'archipel de Setonaikai, un couple vit avec ses deux jeunes enfants. La terre est aride et l'île ne possède pas de ressource en eau douce. Pour cultiver cette terre ingrate et survivre, le couple est donc obligé de faire de continuels voyages en barque entre la terre ferme et l'île : ramener l'eau précieuse et en arroser avec attention et parcimonie chacun des plants cultivés. Ces gestes renouvelés sans cesse rythment le quotidien. Les jours passent, puis les saisons. Un jour, alors que les parents sont partis chercher l'eau, un des enfants tombe malade, sans raison. Il meurt rapidement sans que personne n'ait pu faire quoi que ce soit pour le sauver. Ses camarades de classe arrivent en bateau pour lui rendre un dernier hommage, puis repartent. Malgré un bref moment de révolte de la mère contre cette vie, le rituel reprend.

 

Kaneto Shindo, disciple de Mizoguchi a fait de cet opus une véritable ode à la nature et aux forces telluriques, une forme de poème en images au lyrisme austère et grave, circonscrit autour du silence. Pas un mot ne sera prononcé, seules les images et les expressions des visages traduiront les sentiments, les douleurs éprouvées, la rudesse des conditions de vie et surtout l’immense résignation des protagonistes. Une force incroyable émane de ce chant poétique aux contours aussi sobres que celui d’un documentaire mais où le vie est traversée par les larmes, le sacrifice et l’effort quotidien et par l’inexorable fatalité.

 

Voilà ce qu’écrivaient les critiques de l’époque lors de sa sortie dans les salles françaises en 1961 :

« Il me faudrait aussi parler de la tendresse et de l'humour dont ce film est baigné. Il me faudrait surtout parler "technique" : on devine l'importance du montage et de la photographie dans un ouvrage de cette sorte. Il me faudrait faire l'éloge de l'interprétation, critiquer peut-être le caractère trop insistant par endroits de la musique, exprimer des réserves sur un épilogue que l'on aurait aimé plus ramassé. Mais à quoi bon ? L'Île nue est un film qui, dans une large mesure, échappe aux jugements ordinaires. Ou bien il vous touche au coeur, et – comme ce fut mon cas – on oublie vite ses défauts. Ou bien le contact sensible ne se produit pas, et sans doute risque-t-on alors de le trouver bêtifiant et passablement ennuyeux. »


Jean de Baroncelli, Le Monde du 1er décembre 1961.



« La pluie sur une mer douce, les brumes sur les montagnes, puis les reflets de la lune sur la brillance des vagues, le soleil au crépuscule du soir, l'indécision de l'aube : jamais la nature n'avait été reconnue avec plus de délicatesse, plus de tendresse. A ce cinéma de poète, je pense qu'aucun être doué pour la sensibilité ne saurait résister. »


Pierre Marcabru, Combat, 2 décembre 1961.



« L'Île nue, comme les précédents films de Kaneto Shindo (La Vie d'une femme, Les Enfants d'Hiroshima), est profondément engagé dans la vie réelle de notre temps. Mais, et l'on pense à Flaherty, Kaneto Shindo nous offre beaucoup plus qu'un documentaire sur les difficiles conditions d'existence de certains paysans de l'actuel Japon. L'Île nue est un poème grave, lent, volontairement pesant, consacré à l'effort de l'homme. A déconseiller aux habitués du Rex. »


Jean-Louis Bory, Arts, 6 décembre 1961.

Malgré sa lenteur, sa retenue, son économie de moyen, son austérité, ce film est de ceux qui marquent à jamais, dont on se souvient et que l’on cite volontiers comme l’expression même de la dignité et de la soumission aux lois implacables de la nature.

 

 

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L'ILE NUE de KANETO SHINDO
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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:43

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L'histoire se passe à Téhéran. Simin demande le divorce, car son mari, Nader, qui s'y refuse, ne veut pas la suivre à l'étranger en compagnie de leur fille de onze ans, Termeh, afin que celle-ci soit assurée d’un meilleur avenir. Dépitée, la jeune femme part habiter chez sa mère. Nader, resté seul avec sa fille, ne peut s'occuper de son vieux père atteint de la maladie d'Alzheimer et engage une femme de ménage, Razieh. Celle-ci est enceinte mais le dissimule sous un large tchador. Elle vient travailler le premier jour, suivie de sa petite fille Samayeh, mais s'effraie à l'idée de devoir laver le vieillard incontinent. Le lendemain, Razieh laisse le vieil homme sans surveillance : furieux, Nader, rentré plus tôt que d'habitude, la congédie. Razieh réclame le paiement de ses heures travaillées. Nader la repousse violemment sur le palier ; celle-ci tombe dans l'escalier. La jeune femme fait une fausse couche et intente un procès à Nader, soutenue par son mari qui n'était au courant de rien, mais cette fausse couche a-t-elle été provoquée par Nader ? Simin, revenue soutenir son mari, paie la caution qui permettra à Nader de ne pas se retrouver en prison…Cependant Razieh a-t-elle dit la vérité ? Et Nader s’est-il retranché derrière un mensonge ?

 

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Une histoire simple mais si admirablement détaillée et interprétée que cette séparation a été l'événement de l'année cinématographique 2011, couronnée par le Lion d'or et l'Oscar du meilleur film étranger et que la France, à elle seule, a enregistré près d'un million d'entrées. Oui, un événement ! Malheureusement j'avais raté le film que j'ai pu visionner et apprécier sur ARTE hier soir et pour lequel je joins mon adhésion à celle de l'immense public qui l'a salué avec enthousiasme. Nous sommes là au coeur d'une fiction qui ne cesse de nous dérouter par l'intelligence et la précision implacable de son scénario et la qualité du jeu des acteurs, tous excellents, particulièrement les deux fillettes, principales victimes de ce drame intime et dont le regard ne cesse de nous interpeller. 
 

La Séparation nous met en présence de deux milieux sociaux, l’un plus aisé que l’autre, mais tous deux prisonniers d’un système de pensée où l’honneur, le religieux, l’orgueil masculin tiennent une large part. Asghar Farhadi décrypte ainsi les difficultés quotidiennes que l’on rencontre dans ce pays, l’Iran, qui a bien du mal à concilier tradition et modernité. Le regard du spectateur est habilement sollicité par le rôle du juge, cet arbitre judiciaire qui, à certains moments, ne sait plus qui a raison, qui à tort. C’est, par conséquent, la principale réussite de La séparation d’amener le spectateur à douter comme lui, à changer de camp à maintes reprises et à prêter à cette affaire, où milieux et familles s'affrontent, une portée d’abord familiale, puis sociale et enfin politique.

 

Par ailleurs, le cinéaste nous décrit habilement les scènes de cette vie ordinaire – qui sont souvent peu éloignées des nôtres – et où le mensonge et les petits arrangements font florès. Il apparaît que les femmes ont, en définitive, le rôle décisif , les hommes cédant trop facilement à la colère et à l'outrance et, ce, sous le regard interrogatif des enfants mêlés malgré eux à des situations douloureuses et conflictuelles. Par conséquent, à chacun sa lecture de ce  drame social et humain où intimidation et mensonge se taillent la part du lion. Une vraie réussite.

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 11:03

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Sam, un jeune étudiant, cherche à séduire Alice, une fille engagée et pleine d'idéaux, mais elle ne fait pas attention à lui. Quelques années plus tard, devenu millionnaire avec deux copains grâce à Internet, il apprend que la jeune femme, qu'il n'a jamais oubliée, est sur le point d’être licenciée par son entreprise. Il décide alors de racheter la société en faillite, sans mettre Alice au courant. Pour cela, il abandonne sa vie facile de millionnaire et travaille comme ouvrier dans sa propre entreprise...

 

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L’intrigue est légère, certes, mais gentiment attendrissante, même si l’on ne croit pas une minute à cette bluette qui vole assez bas et si les personnages restent peu crédibles. Mais les acteurs sont bons ; Max Boublil en Roméo enamouré prêt à tout pour séduire l’étudiante d’autrefois qui savait si bien le moquer, et Aïssa Maïga en pétroleuse syndicaliste prêt à tout, elle aussi, pour sauver son usine, font avaler ce brouet qui sans eux serait totalement insipide. Quant à Patrick Timsit, en directeur complètement dépassé par les événements, il est assez drôle. A voir si l’on n’a vraiment rien d’autre de mieux à faire…

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 10:30

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Le film aurait pu se nommer " Une vie " comme le roman de Guy de Maupassant, à la différence que l'héroïne du film est une jeune femme actuelle, éprise de liberté qui envisage son avenir de toute autre façon que la Jeanne du roman. Suzanne, à peine sortie de l’adolescence, supporte mal l’autorité d’un père pourtant très attentif, veuf depuis des années et qui élève seul, avec courage et dignité, ses deux filles. Magnifique personnage que ce routier qui partage son existence entre son travail et l’éducation de ses  enfants. Il est remarquablement bien interprété par un François Damiens profondément immergé dans son rôle d’homme de devoir, dont la vie n’est éclairée que par la présence et l’amour de ses filles.

Suzanne est visiblement la plus rebelle, face à une sœur, émouvante Adèle Haenel, qui l’adore et lui passe tous ses caprices. Un jour, le père est appelé par une conseillère familiale qui lui apprend que Suzanne est enceinte de 3 mois. C’est le choc, car il est visible que cette femme/enfant n’est pas en mesure d’élever son bébé. D’ailleurs elle va bientôt l’abandonner pour suivre Julien, un jeune malfrat qui l’entraînera dans sa dérive, larguant définitivement les amarres. Coup de cœur dont s’ensuivra une cavale, la prison, l’amour fou, le petit garçon placé dans une famille d’accueil, un autre enfant, une autre cavale et,  pour finir, la réclusion avec son deuxième bébé, une petite fille, dans un lieu de détention pour femmes.

 

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Lorsqu'elle s'est présentée à l'audition, nous dit la cinéaste Katell Quillévéré, Sara Forestier s'était vêtue comme elle pensait que Suzanne s'habillerait et avait préparé une des scènes les plus difficiles, celle où, au parloir de la prison, elle apprend par son avocate que son fils a été placé dans une famille d'accueil : "Sara est la première actrice que j'ai vue pour le rôle et j'ai su aussitôt que ce serait elle. Elle dégage une énergie phénoménale, qui contrebalance le caractère tragique de la trajectoire de son personnage. Elle veut toujours aller au bout de l'exploration, demande des prises supplémentaires et livre une infinité de variations, c'est un stradivarius." Dans le rôle de la soeur cadette, Adèle Haenel est éblouissante, "très drôle dans la vie de tous les jours, mais à l'écran elle dégage une forme de gravité qui donne beaucoup de densité à Maria, qui, dans le film, fait figure d'aînée". Le père, joué par François Damiens, "est de la même famille que ses filles de cinéma, toujours dans le plaisir du jeu."

Des femmes comme Suzanne, Katell Quillévéré en a rencontré lorsqu'elle a présenté son film dans une prison lyonnaise : "C'est là que j'ai mesuré la violence de mon film. Une mère séparée de son enfant comme Suzanne m'a dit, après la projection, qu'elle aurait aimé voir le film, mais dehors. Vous imaginez une histoire, vous racontez la vie de quelqu'un qui n'existe pas et voilà qu'elle apparaît devant vous… Des Suzanne,  il y en a plein les prisons." 


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L’originalité de l'opus de Katell Quillévéré est de se dérouler par séquences, laissant aux spectateurs la liberté de combler, à leur gré, les espaces vides, les lignes en suspens, ces vies entremêlées et toutes douloureuses, sans cesse contrariées dans leurs espérances. Ce sont bien des vies qui volent en éclats, des existences ratées et pourtant lourdes de sens, de souffrances quotidiennes, d’aspirations renoncées et d’une luminosité déchirante, tant nous les côtoyons chaque jour. Le réalisme du film n’en reste pas moins teinté d’une poésie tendre, celle des visites au cimetière sur la tombe de la mère disparue, celle d’un père en sanglots au chevet de sa fille, d’une sœur qui abdique ses désirs personnels pour rester proche de son père et toujours disponible pour sa sœur, d’un environnement modeste et provincial, France profonde qui cache tant bien que mal ses drames et ses deuils. Un film qui vous prend à la gorge et dont l’émotion pudique ne vous quitte pas, peut-être parce que les images restent dans un cadre intime, dans une intériorité expressive et parce que les acteurs sont d’un bout à l’autre bouleversants et vrais. Il faudra 25 ans pour que Suzanne tente de recoller les morceaux épars de sa vie chaotique. Elle le fera, désormais sans rêve, ni illusion, soumise à la seule loi qui vaille : celle du cœur.

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 09:50

PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1)    

 

Au soir de sa vie, une vieille dame raconte à sa fille l'histoire qu'elle a cachée à tous. Dans les années 50, après une étreinte hâtive sous les étoiles avec un joli garçon, elle s'est retrouvée enceinte. Chassée du domicile familial  par ses parents, elle a été placée dans une institution religieuse où elle a donné naissance à un fils Anthony qui restera auprès d'elle dans le couvent où la jeune femme est employée comme lingère, jusqu'à l'âge de trois ans. Mais, bientôt, l'enfant lui est retiré car, adopté comme beaucoup d'autres  par des Américains aisés, et emmené vers une destination que l'on se refusera toujours à lui communiquer. Alors que tout espoir de retrouver Anthony est définitivement perdu, Philomena croise la route d'un journaliste désabusé par la politique, un certain Martin Sixsmith ( Steve Coogan ) qui, après bien des tergiversations, accepte de mener l'enquête avec elle, supposant qu'au final cet article "people" risque de redorer son blason.

 

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Dès la conception du film, les scénaristes Steve Coogan et Jeff Pope ont choisi de changer l'optique du livre-témoignage de Martin Sixsmith " The lost child of Philomena Lee" dont le scénario est tiré, afin de faire de la relation entre la vieille dame et le journaliste le centre de l'histoire. Le couple, à l'écran, fonctionne parfaitement, nous donnant deux versions de l'existence totalement opposées mais fort bien senties, tant il y a d'humanité entre ces personnages différents par l'âge et la mentalité, mais habités l'un et l'autre par une absolue sincérité. 

D'une grande finesse, le scénario va de découverte en découverte et traite les enjeux sans tomber dans la polémique ou l'hostilité. Traité en demi-teinte, il  surfe sur l'antagonisme des caractères, en conservant la mesure et en prenant sans cesse de la hauteur. Finalement, ce sera Philomena, par sa sagesse et sa tolérance, qui saura donner à l'histoire sa philosophie constructive, ce que Judi Dench excelle à faire grâce à son jeu subtil. Elle prête à Philomena une bouleversante densité humaine et nous émeut profondément en optant pour une grande sobriété d'interprétation. C'est là où l'on juge une actrice. Un regard, un sourire suffisent à traduire l'essentiel. Face à elle, Steve Coogan, également scénariste, se révèle convaincant. 

 


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L'intérêt de l'opus réside en cette double vision des choses : chez Philomena, une incitation constante à voir au-delà des apparences en se gardant de juger et de condamner ; chez Martin, le journaliste, ce sera le contraire, la mansuétude et la bienveillance n'existant pas, la vie est un combat qu'il faut tenter de remporter à n'importe quel prix, sans s'embarrasser de scrupules. Le regard qu'il porte sur le monde est manichéen, à l'opposé de celui de Philomena, ce qui fait de lui un homme amer et désenchanté, alors qu'une joie profonde et simple habite la vieille dame. Et  cette dualité est admirablement traduite, sans lourdeur aucune, avec autant de justesse que d'intuition et d'audace et ce qu'il faut d'humour pour éviter les écueils de la sensiblerie pleurnicharde et du mélo classique. Aussi, saluons une démarche qui veille à ne sombrer ni dans les préjugés hâtifs, ni dans les jugements arbitraires et a, entre autre privilège, celui d'être bien orchestré, bien ficelé et bien joué ; de même qu'il faut se réjouir de cette savoureuse et intelligente leçon de vie que nous propose Stephen Frears, à nouveau bien inspiré. Cette leçon de vie se résume en quelques mots mais ils ont leur importance : Philomena se contente de mettre les Evangiles dans sa vie, sans chercher à imposer quoi que ce soit aux autres, ce que l'Eglise, au cours des siècles, a trop souvent oublié de faire...

 

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Pour consulter l'article que j'ai consacré à Stephen Frears, cliquer sur son titre :
 

STEPHEN FREARS OU LA DIVERSITE DES GENRES

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 10:25

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Ce nouveau biopic français, élégant et sophistiqué, allie le meilleur et le pire en une salade composée indigeste souvent, fastueuse et touchante parfois, et que supporte sur ses épaules menues un jeune acteur éblouissant Pierre Niney. Surdoué du théâtre, pensionnaire à la Comédie française, il s'est véritablement incarné en Yves Saint Laurent au point d'en avoir adopté les tics, la voix, les gestes, le phrasé, les mains. Réincarnation troublante qui méritait un scénario autrement mieux ficelé, une véritable approche de ce qu'est l'enfer du génie, une plongée dans cette créativité libre et colorée, exaltante et usante, au lieu que le film insiste lourdement sur l'aspect sombre du personnage, son addiction à l'alcool et à la drogue, son instabilité affective, son vieillissement prématuré, bien qu'il ne se concentre que sur les 20 premières années de la vie professionnelle de Saint Laurent. Dommage !

 

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C'est malheureusement une mode tristement actuelle d'appuyer sur tout ce qui relève du domaine le plus intime et d'obliger ainsi le spectateur à devenir un voyeur en lui assénant des scènes de sexe parfaitement inutiles, se plaisant à souligner les détails les plus crus, se complaisant dans une luxure qui certes ne grandit personne et surtout pas le metteur en scène. Encore une fois, dommage ! Ce  parti pris de voyeurisme inonde nos écrans et finira par décourager le public pour qui le sexe risque de sombrer dans les basses fosses de l'ennui. Yves Mathieu Saint Laurent méritait mieux. Ce n'est pas son homosexualité et son comportement instable de toxico-maniaco-dépressif qui ont suscité l'admiration du monde mais son génie créateur, son inventivité, son goût inné de la beauté. C'est cette part de lui-même que nous attendions et espérions, celle d'un esthète incomparable, d'un homme amoureux des arts, d'un collectionneur éclairé et novateur qui a changé nos habitudes vestimentaires, créant un style reconnaissable entre tous. C'est également l'amoureux des écrivains et des peintres, l'initiateur d'une mode nouvelle qu'il était intéressant de mettre en scène, non le malheureux qui se vautrait dans une débauche de riche parvenu.

 

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Né à Oran en 1936 dans une famille de la bourgeoisie modeste, le jeune Yves Mathieu monte à Paris pour suivre des cours de modélisme et très vite se fait remarquer par son talent. Choisi par Christian Dior pour devenir son assistant, il assure la relève à sa mort, bien qu'il n'ait que 24 ans. Le petit prince de la mode, comme on l'appelle, rencontre immédiatement le succès avec les 178 modèles proposés qui imposent déjà sa propre inspiration. Ce sera une coupe trapèze très différente de celle du maître disparu. Mais appelé en 1960 à faire son service militaire qui, à l'époque, durait 27 mois, Yves Mathieu redoute plus que tout d'aller se battre dans son pays natal, l'Algérie, et tombe malade ; il sera hospitalisé au Val de Grâce pour dépression et finalement réformé et licencié par la maison Dior que gouverne le tout puissant Marcel Boussac. Grâce à Pierre Bergé, dont il partage déjà la vie, Yves Saint Laurent gagnera son procès pour rupture abusive de contrat et créera, toujours avec le soutien de Pierre Bergé qui en sera le directeur financier, sa propre maison de couture dont on sait le renom mondial qu'elle obtiendra, faisant de la griffe Saint Laurent une vitrine pour le commerce de luxe français et le fleuron incontesté de la Haute couture.

 

C'est donc cette vie que Jalil Lespert était sensé nous raconter et qu'il fait par bribes, avec de très beaux moments : ceux des collections sur une musique d'opéra où nous voyons défiler quelques-unes des plus belles toilettes sorties des mains inspirées du couturier. Mais à côté de ces moments de grâce, l'opus insiste non sans complaisance sur les pages sombres, les orgies très romaines dans la splendeur du palais marocain, les traits qui s'épaississent, les débauches courantes qui sont si peu en harmonie avec la beauté ambiante des intérieurs et des collections. J'ai déjà dit combien Pierre Niney est absolument génial dans son interprétation et il est curieux de remarquer que nombre de films récents doivent plus aux acteurs qu'aux metteurs en scène. Ce fut le cas pour "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski qui repose sur les interprétations remarquables d'Emmanuelle Seignier et de Mathieu Almaric. Même chose avec le film de Lespert qui ne serait rien sans Pierre Niney et Guillaume Gallienne, l'un et l'autre formant un duo extrêmement crédible, Gallienne transformé en un Pierre Bergé attentif et implacable, véritable mentor qui assure le bon fonctionnement de l'empire Saint Laurent/Bergé. Le final est un peu bref. On s'arrête en l'an 1976, alors que l'empire demeure toujours, simplement parce qu'il devait être bien difficile de confier au jeune Niney la face vieillissante de Saint Laurent. Quant aux autres personnages, que ce soit Loulou de la Falaise, Betty Catroux, Bernard Buffet, Victoire, ils ne font que de la figuration et se perdent dans les décors toujours somptueux.

 

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Pour consulter les articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 09:54

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                                     VIDEO

 

C’est à la suite d’un voyage autour du monde durant lequel il s’inquiète des effets de lacrise économique de 1929 que Charlie Chaplin écrit le scénario des « Temps modernes ».Après avoir rédigé une version définitive de son scénario, d’abord intitulé "Les masses",Chaplin commence un tournage marathon le 11 octobre 1931 dont le dernier tour de manivelle aura lieu le 30 août 1935. La première projection mondiale est organisée au Rivoli Theater de New York le 5 février 1936. S’ensuivirent alors trois grandes projections, respectivement à Londres, Hollywood et Paris. Malheureusement, le film reçoit un accueil mitigé, une partie de la presse reprochant à Chaplin une tentative de propagande des idéologies communistes.

 

 

Dès le générique, Chaplin affiche ses ambitions, non pas de construire un film consacré uniquement à Charlot mais de réaliser une satire prenant pour cible le modèle social américain. Ainsi le personnage qu’il interprète est-il un « factory worker » (un ouvrier d’usine) autrement dit un rouage auquel on a retiré toute forme d’humanité. Chaplin filme les hommes allant chercher un travail à l’usine comme les vulgaires moutons d’un immense troupeau. Ces premières images plantent le décor : les nouvelles aventures de Charlot seront fortement ancrées socialement avec une ambition politique, résumée dès les premières images, évoquant "Un récit sur l’industrie, l’initiative individuelle et la croisade de l’humanité à la recherche du bonheur", ce qui ne sera pas du goût de tout le monde.

 

Chaplin montre également les conséquences du travail à la chaîne sur la santé des ouvriers. Devenu fou, Charlot ne cesse de vouloir serrer des boulons, que ce soit ceux des pièces qu’il fabrique ou les boutons de la « grosse femme » qu’il croise dans la rue. Il finit par être interné dans un hôpital psychiatrique. Chaplin aborde ensuite les thèmes du chômage et de la pauvreté. « Le chômage est la question vitale. L’humanité devrait profiter de la machine. La machine ne devrait pas signifier la tragédie et la mise au chômage » - confiera Chaplin à une journaliste. ( "Charlot entre rire et larmes"  de David Robinson.)

 

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En effet, Charlot ne garde jamais très longtemps son travail. Il enchaîne les petits boulots : ouvrier dans un chantier naval, gardien de nuit ou serveur. Il n’est pas le seul personnage à souffrir de la crise. Dans le magasin, où il a été engagé comme veilleur de nuit, Charlot retrouve Big Bill, son camarade de l’usine, devenu voleur après la perte de son emploi. De même, la Gamine, dont le père est au chômage, vole des bananes et du pain pour nourrir sa famille. Le père meurt d’ailleurs tragiquement lors d’une manifestation. Charlot et elle rêvent d’une vie bourgeoise et sécurisante où le mari partirait le matin au travail et où la femme s’occuperait de la maison. Dans leur masure, la Gamine tente de mettre en scène cette vie rêvée en préparant un « festin » composé d’un sandwich et d’une boîte de conserve.


Le monde extérieur est si hostile que Charlot, emprisonné à plusieurs reprises, préfère rester enfermé pour s’assurer le gîte et le couvert. L’omniprésence de la police est un autre thème récurrent. Charlot, avec ou sans la Gamine, se fait arrêter cinq fois. Ces arrestations, avec la sirène qui retentit et le véhicule de police qui emmène Charlot, ponctuent le film et marquent symboliquement la fin d’une étape. Après l’espoir d’une vie meilleure, tout doit être reconstruit. La police, qui représente l’état, ne se manifeste que par son caractère répressif. Mais l’espoir n’abandonne jamais les deux héros convaincus qu’un jour ils trouveront enfin la sérénité et surtout que leur amour est leur rempart contre le malheur.

 

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Les temps modernes est, selon moi, un chef-d’œuvre absolu, l’œuvre d’un génie unique dans l’histoire du 7e Art, ce que l’on a fait de mieux dans la critique d’une modernité qui parvient à déshumaniser l’homme. Le rire le dispute à l’émotion toujours présente d’un Charlot qui sait les manier comme nul autre. Son comique n’a jamais été surpassé et semble défier le temps parce qu’il touche chacun de nous en nos points les plus sensibles et que la dérision y est en permanence une soupape sécuritaire. A côté de Chaplin infiniment touchant, il y a Paulette Goddard, la gamine, belle comme le jour, pleine de charme et insubmersible tellement la vie en elle est ardente et fraîche. Le couple qu’elle forme avec Charlot est l’un des plus marquants du cinéma et leurs silhouettes, s’éloignant sur la route du destin, n’ont cessé d’habiter l'imaginaire depuis plus de 70 ans.

 

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Pour consulter l'article que j'ai consacré à Charlie Chaplin, cliquer sur son titre :

 

CHARLIE CHAPLIN, LE VAGABOND DE GENIE

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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