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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 11:13
La corde d'Alfred Hitchcock

Féroce et implacable, le premier film en couleurs d’Hitchcock est une véritable prouesse dans tout le sens du terme. Les sous-entendus et la perfection technique sont si évidents que cet opus compte parmi les chefs-d’œuvre incontournables du maître. L’histoire est celle de deux  étudiants qui en suppriment un troisième, pour la seule beauté du geste. Défi suprême, le meurtre précède de peu une soirée où ils reçoivent les parents de la victime et leur ancien professeur, ce qui est cynique à souhait.

 

 

«  La corde » (1948) est tout d’abord une œuvre spéciale, inattendue, corrosive, dont le réalisateur semblait peu satisfait. Il l’aurait souhaitée plus efficace, ce qui me semble difficile. Dans cet opus apparaît pour la première fois l’acteur James Stewart qui bénificiera, par la suite, d’une longue collaboration avec Hitchcock et, d’ores et déjà, fait preuve d’une présence remarquable de persuasion. Pour donner plus de mordant à la pièce d’origine, signée Patrick Hamilton, Hitchcock a mis l’accent sur l’homosexualité des deux meurtriers. Le code Hays, alors en vigueur, empêche les auteurs de le déclarer ouvertement, mais de nombreux indices nous mettent sur la piste de cette appartenance sexuelle. Avec un sens de l’humour noir décapant, Hitchcock, en subtil démiurge, manipule ses acteurs comme de véritables marionnettes, avec une audace diabolique, invitant les spectateurs à se faire ses complices. Pervertissant l’adage selon lequel les élèves cherchent toujours à surpasser le maître, il montre les dangers d’un enseignement philosophique mal interprété. Faisant de la violence et du meurtre un jeu, l’auteur pointe du doigt toute forme de dogmatisme, sans jamais s’appesantir sur un message qu’il estimerait trop  moralisateur.




Ironique et subversif, « La corde » est aussi d’une inventivité incroyable qui se joue de l’unité de temps et de lieu et ne perd aucun de ses atouts à être tourné en vase clos. Composé de  onze plans séquences enchaînés de façon à donner une impression de totale continuité, le film surprend  par son brio technique et ses joutes oratoires. Effectivement, le procédé contraint chaque acteur à être parfaitement synchronisé à ses collègues. Un exploit technique qui a inspiré bon nombre de cinéastes dont Brian De Palma ou Alex de la Iglesia. Si James Stewart impose sans problème son personnage de professeur aux théories douteuses, il ne faut pas oublier le couple Farley Granger - John Dall. Ce dernier est implacable dans sa démonstration cynique et ajoute encore à la montée en puissance du climat de suspense qui s’établit dès les premières scènes. Ludique et souvent jubilatoire, « La corde » peut être considéré comme un condensé de l’oeuvre hitchcockienne, mêlant avec une habilité exemplaire l’humour le plus sombre et l’habileté la plus caustique. Epoustoufflant.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:39

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Thomas, un metteur en scène, se lamente dans un théâtre parisien vide. Sa journée passée à auditionner des comédiennes pour son adaptation de «La Vénus à la fourrure» a été un échec et l’a mis hors de lui. Désespéré par le niveau des aspirantes, il voit soudain débarquer Wanda, trempée par la pluie et en retard pour l'audition. Le metteur en scène est d'abord rebuté par l'arrogance et la vulgarité de la jeune femme et la jette dehors. Mais, celle-ci insiste, se déguise en Vanda, l’héroïne de la pièce qu’elle a visiblement lue, et plus l'audition avance, plus la jeune femme fait preuve de subtilité, parvenant régulièrement à surprendre Thomas, qui, peu à peu, se laisse séduire par la comédienne. Un étrange jeu va dès lors s'installer entre les deux artistes...

 

Voilà, le décor est planté, les personnages en place et ce huit-clos commence entre deux êtres que tout sépare et qui s'apprêtent à confronter leur vécu et leur fantasmé dans un climat tendu comme ceux qu'affectionne de plus en plus, au fil du temps, Roman Polanski, homme complexe et metteur en scène habile et provoquant. On retrouve, dès les premières images, son goût pour les travestissements, l'érotisation des situations, le burlesque et l'intellectualisme sulfureux et surtout l'enfermement de soi et des autres. Il semble bien que, mal remis de certains drames, le réalisateur polonais se plaise à gratter ses plaies et à se polariser sur les situations les plus extravagantes et surtout les plus confinées, dans une claustration  inquiétante. Je dois l'avouer, j'ai eu du mal à entrer dans ce film parce que la claustration n'est pas mon fort, que j'aime trop l'espace, l'air, la lumière pour prendre plaisir à une mise en abîme aussi castratrice, dans un décor composite fait de bric et de broc, car c'est de cela qu'il s'agit : deux personnages pris dans les rets du sado-masochisme qui se confrontent  pour mieux tenter de se détruire, grande scène des genres redistribués. 

 

Et qui est ce metteur en scène officiant dans le film ? Un homme visiblement insatisfait qui se cherche dans les textes des autres, comme dans celui-ci qu'il s'applique à adapter de Léopold von Sacher-Masoch et revisite sans en connaître vraiment les  tenants et les aboutissements, enclin à le modifier au cours de ce face à face avec une comédienne qui elle-même a besoin de s'affirmer, de donner un sens à sa vie et de dominée devenir dominante. Qui l'emportera ? Personne, au final,  sinon  Polanski qui nous propose un cheminement dans l'inconscient où chacun ne voit que ce qu'il veut bien voir... On sort de la projection dans un état de perplexité et de confusion tant on devine qu'il s'agit en tout premier lieu d'une introspection personnelle, où le metteur en scène nous livre ses sentiments les plus secrets en ce qui concerne ses rapports avec les femmes et tout d'abord avec la sienne. Car Emmanuelle Seigner est  ici au centre de l'écran : elle est la femme fatale qui éblouit et fait perdre pied, séduit et captive, inspire et désespère. Elle est magnifique de beauté et d'assurance, tellement forte face à un Mathieu Almaric qui est véritablement le double de Roman, émouvant à force d'être terrassé, constamment en position de faiblesse, victime de ses appréhensions, de son physique ingrat,  de ses propres leurres. Leur duo est déséquilibré dès le départ parce que l'on sent tout de suite que la femme est la plus forte, la plus acharnée à vivre,  à lutter, à survivre. Alors que son partenaire est déjà engagé sur la pente du déclin et que son intelligence est laminée par trop de  doutes. 

 


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Souligné par la musique aigre et parfois hurlante d'Alexandre Desplat, le film vaut surtout par la formidable interprétation du duo Seigner/Almaric, tous deux maîtrisant leur texte et leur jeu de façon  remarquable, elle s'imposant, lui se cherchant et s'interrogeant jusqu'à s'annihiler. Emmanuelle Seigner donne ici la mesure de son talent et surfe sur un vaste registre où elle passe de la femme vulgaire à l'intellectuelle inspirée et finaude, de la femme objet à la femme déesse, extase d'un homme aux prises avec ses démons les plus récurrents, ses rêves les plus improbables. Ce n'est certes pas un film que j'aime pour la raison que j'ai donnée un peu plus haut, mais qui éclaire de ses lueurs sauvages l'oeuvre complexe et ambiguë de Polanski. 

 

3-e-toiles

 

Pour consulter l'article que j'ai consacré à Roman Polanski, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 23:42

 

 

 

ANDRZEJ WAJDA

 

ETTORE SCOLA OU LA NOSTALGIE DE L'HISTOIRE

 

MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE

 

VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

 

JAMES CAMERON OU LE CINEMA AUTREMENT

 

PIER PAOLO PASOLINI OU UN CINEMA METAPHORIQUE

 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE 

 

Jean Renoir - portrait 

 

KENJI MIZOGUCHI OU LA FINALITE INEXORABLE DE L'ART 

 

BILLY WILDER, LE FAUX CYNIQUE 

 

COCTEAU ET LE CINEMA 

 

STEPHEN FREARS OU LA DIVERSITE DES GENRES 


JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN 

 

JEAN VIGO OU LE COMBAT SOCIAL 

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE 

 

STEVEN SPIELBERG OU LA LEGENDE EN MARCHE 

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR   

 

MICHAEL HANEKE   

 

CLAUDE MILLER VU PAR DEUX ECRIVAINS   

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE 

 

NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL 

  

THEO ANGELOPOULOS OU L'ODYSSEE DU QUOTIDIEN   

 

HOWARD HAWKS, L'HOMME PRESSE 

 

LOUIS MALLE ou UN CINEMA BUISSONNIER 


ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES 

 

FRANCIS FORD COPPOLA - PORTRAIT           

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT   

 

LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE    

 

ALAIN CAVALIER, CAVALIER SEUL DU 7e ART  

 

TERRENCE MALICK, POETE PANTHEISTE DU 7e ART      

 

ORSON WELLES OU LA DEMESURE   

 

SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE 

 

MARIO MONICELLI OU LE CINEMA DE L'ANTI HEROS 

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS 

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT 

 

ALAIN CORNEAU          NIKITA MIKHALKOV OU LE PASSE REANIME 

 

JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ          

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE 

 

ZHANG YIMOU - PORTRAIT            

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME 

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE 

 

STANLEY KUBRICK OU LE REGARD CAMERA         


CHARLIE CHAPLIN OU LE VAGABOND DE GENIE

 

DAVID LEAN,L'IMAGIER PRESTIGIEUX         

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT 

 

GERARD OURY, LE MAGICIEN DU RIRE      

 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE 


MICHELANGELO ANTONIONI OU UN CINEMA SUR L'INCOMMUNICABILITE 

 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR 

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN 

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE        

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 

 

RENE CLAIR OU L'ESPRIT FRANCAIS          

 

LES GRANDS MAITRES DU WESTERN 

 

INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE 

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE        

 

FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT      

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR 

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR               

 

DAVID LYNCH          DINO RISI         SYDNEY POLLACK          

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT 

 

FEDERICO FELLINI        JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE 

 

ANDRE CAYATTE,UN CINEMA PLAIDOYER       

 

JEAN-PAUL LE CHANOIS ET LE REALISME SOCIAL 

 

JACQUES BECKER, UN CINEMA DU DESTIN           

 

ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE      

 

MAX OPHULS ET LE CINEMA BAROQUE 

 

CLAUDE AUTANT-LARA, UN CINEASTE DERANGEANT         

 

CHRISTIAN-JAQUE, UNE FILMOGRAPHIE ECLECTIQUE 

 

JEAN DELANNOY ET LE CINEMA LITTERAIRE          

 
HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

 

RENE CLEMENT ET LE CINEMA D'APRES-GUERRE 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE 

 

 

Collection Christophe L.  Collection Christophe L.   Collection Christophe L.  MK2 Diffusion

 

  Collection Christophe L. Moune Jamet TFM Distribution


 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 09:53

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Prenez un  clown génial et excellent acteur, un sujet scabreux mais traité avec la finesse de celui qui a vécu ce drame de l’identité dans sa chair et vous obtenez un film qui, malgré ses clichés et un narratif en dents de scie, ne peut laisser  indifférent le spectateur pour plusieurs raisons. La première est l’acteur et réalisateur lui-même qui vous ferait avaler des couleuvres tant il est sincère et qu’il parle d’un drame intime qui a déjà fait l’objet d’un one man show ; la seconde est qu’il fallait oser aborder le thème de l’homosexualité à l’envers, en montrant non un homo refoulé mais un hétéro incompris. Car Guillaume, le petit dernier d’une famille de trois enfants, dont deux frères aînés du genre hyper viril, est l’objet d’une attention malsaine de la part de sa chère maman qui aurait tant voulu une fille. Voilà les dès jetés : Guillaume est la victime constante d’un malentendu de la part de son entourage qui ne peut l’imaginer qu’homo pour la bonne raison que sa maman en est convaincue et qu’il ne sait rien lui refuser, alors se croyant homo, il la joue homo. Cette matrone, élégante mais baroque, interprétée par Gallienne, se révèle une castratrice de première grandeur et Guillaume une proie d’autant plus facile qu’il ne s’aime pas et se sent pris dans un engrenage inéluctable jusqu’à ce qu’il rencontre enfin la jeune fille de ses rêves … D'autant qu'avec sa tête de petit mouton, on le sent destiné à être tondu. Ici, la « théorie du genre » est mise à mal et vole en éclats dans cet opus qui prouve, avec une redoutable efficacité, que l’on naît bien dans l’un ou l’autre des genres masculin ou féminin, quoique que l’on tente d’insinuer…

 

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Bien entendu, l’opus n’échappe pas à la caricature et certaines scènes sont particulièrement lourdes et inconsistantes, telle celle avec Diane Kruger où le malheureux Guillaume, fan des cures et des spas, se voit infliger un lavement. D’autres sont vraiment très drôles, ainsi lorsque le jeune homme, qui tente d’échapper au service militaire, ne sachant que trop bien, pour avoir été dans les collèges anglais, ce  qui risque de lui arriver dans un contexte exclusivement masculin, se ridiculise à l’envi face à un malheureux psy de l’armée qui finira par perdre le fil de son discours.  Car Guillaume aime les femmes : sa mère à la folie, sa grand-mère, ses tantes et toutes les femmes qu’il cajole du regard et ne se lasse pas de côtoyer et d’écouter. C’est d’ailleurs lui qui joue le rôle de sa maman parce que personne ne pouvait mieux rendre leur incroyable proximité :

« J’étais le seul à pouvoir jouer ma mère. Je connais mieux que quiconque sa violence, mais aussi sa pudeur. Au tout départ, je pensais confier le rôle à une actrice, mais je lui aurais indiqué de façon si directive comment la jouer que cela aurait été insupportable pour elle. Du coup, l’idée de l’incarner moi-même s’est rapidement imposée. Il s’agissait pour moi de mieux la défendre... »

Il poursuit :

« Interpréter simultanément mon propre cas et celui de ma mère relève de l’évidence. Primo, j’illustre ainsi concrètement la confusion schizophrène de ma jeunesse. Secundo, je montre que je n’ai toujours pas réglé mon problème puisque aujourd’hui, à 41 ans, j’éprouve encore le besoin de jouer maman ! De toute façon, je ne crois pas que l’on règle ses problèmes. Au mieux on apprend à les apprivoiser, à ne plus les subir et à les poétiser. »

Et c’est ce qu’il fait avec autant de maladresse que de sincérité et si naturellement qu'on les lui pardonne volontiers pour la simple raison que le réalisateur a su, de façon délicate et sensible, pointer du doigt les malentendus redoutables que la société ne cesse de propager entre l’être et le paraître.

3-e-toiles

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 10:09

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C'est durant les années 1980 que l'Amérique inaugure l'ère du blockbuster. Et pour en assurer la rentabilité, les studios n'ont qu'une solution : l'expansion.

 

La guerre des étoiles provoque, dès sa sortie en 1977, un véritable raz-de-marée et bien que le film ait coûté 11,5 millions de dollars il en rapporte 215 rien que sur le territoire américain. Son succès est symtomatique des évolutions en cours, parmi lesquelles un rajeunissement du public. Selon une enquête de la MPAA réalisée en 1979, 90% des spectateurs américains ont entre 12 et 19 ans ! Les studios enregistrent la leçon et généralisent la politique des blockbusters : Superman ( 1978 ), L'Empire contre-attaque ( 1980 ), Les aventuriers de l'arche perdue ( 1981 ) etc.

 

Le but affiché est de battre de nouveaux records au box-office, rien de plus. Dans ce nouveau contexte, la prise de risque devient difficile. Afin de la minimiser, les majors exploitent leurs succès jusqu'au bout, en misant sur des formules ou des suites qui s'enchaînent jusqu'à l'épuisement du filon...


Ces productions donnent lieu à un marché intérieur florissant et les salles obscures sont assurées d'être constamment remplies. La tendance se renforce avec l'arrivée des multiplexes. Aujourd'hui, l'Amérique est l'une des nations qui se déplace le plus pour se rendre au cinéma avec un taux de fréquentation moyen de 5,3 films par personne et par an. Le développement de la vidéo dans les années 80 et du DVD, dans la décennie suivante, ouvre de nouvelles perspectives et devient une source de revenus substantiels. Autant de facteurs qui favorisent une reprise de la production. En 1980, 125 projets étaient réalisés aux Etats-Unis. En 2003, on en comptait plus de 600.

 

En 1982, c'était l'année de tous les super-héros : Rambo d'un côté, Conan de l'autre ont fait exploser le box-office de la toute puissance de leur musculature. Cette dernière rassure manifestement une nation qui doute d'elle-même sur fond de traumatisme post-viêtnamien et de récession économique. Tout comme Conan le barbare, Rambo est un être solitaire, abandonné par les siens et qui lutte pour sa survie dans un monde hostile.

 

Afin de rentabiliser les blockbusters, dont les coûts ne cessent d'augmenter, les studios planifient des sorties en salle massives, soutenues par des campagnes de promotions quasi agressives. Le but est d'attiser la curiosité du public et de faire de cette projection un incontournable dans la vie d'un citoyen normal. Avec une durée de vie de plus en plus courte, le destin des films est scellé dès le premier week-end d'exploitation. Dès lors, le marché intérieur ne suffit plus à amortir les frais engagés, l'expansion est une nécessité. 

 

Aujourd'hui, le marché international représente 43% des revenus des studios. Les stratégies commerciales sont conçues de manière globale afin de valoriser au mieux le merchandising et les investissements promotionnels engagés. Les marchés extérieurs permettent également d'alimenter la machine hollywoodienne en fournissant des idées de remake. Les droits des films étrangers les plus créatifs sont achetés par les studios de manière à les adapter aux codes américains. Car au coeur de la puissance américaine se trouve une capacité de renouvellement permanente, nourrie par les talents étrangers. Aujourd'hui, comme hier, Hollywood continue d'attirer cinéastes et acteurs du monde entier. Le succès d'Antonio Banderas, de John Woo ou de Roberto Rodriguez en témoigne. Par leur présence, ces étrangers facilitent l'accès à certains marchés.

 

Si cette politique assure la domination du cinéma d'Outre-Atlantique sur le reste du monde, il n'en reste pas moins des poches de résistance. L'Inde fait figure d'anomalie avec ses 95% de parts de marché au profit d'un cinéma national. Dans ce pays, les productions hollywoodiennes doivent faire l'objet de remakes indiens afin d'atteindre les cimes du box-office.  Partout ailleurs, le cinéma américain s'arroge entre 50 et 83% du marché...


Les territoires anglo-saxons sont évidemment les plus perméables à cette influence. En revanche, les pays qui résistent le mieux à la vague américaine sont ceux dotés d'un système d'aides et de subventions, comme c'est le cas en France qui parvient à maintenir, vaille que vaille, un marché national de 33% contre 23% en Italie et 12,5% en Espagne. En Asie, la Corée du Sud se distingue également de ses voisins par une production locale importante, protégée par les pouvoirs publics. Privées de soutien, la plupart des autres industries cinématographiques restent fragiles face au géant américain.

 

Sources :  Laurent Delmas

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES  

 

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L'ERE DES BLOCKBUSTERS
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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 10:02

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Né en 1898 dans une famille qui sera ruinée par la crise économique de 1904, Kenji Mizoguchi eut une enfance difficile et très pauvre auprès d'un père violent qui vendra sa fille comme geisha et frappera sa femme. Devenu apprenti peintre sur tissu, le jeune kenji se passionne bientôt pour la peinture et obtient un diplôme de l'académie des arts plastiques, puis travaille dans la publicité. En 1918, alors qu'il participe à des émeutes, il perd son emploi. C'est alors qu'il entre dans l'industrie cinématographqiue comme acteur et, en 1942, réalise son premier film "Le jour où l'amour revint", tellement imprégné de ses convictions socialistes qu'il sera censuré par le gouvernement. 

Après le drame de sa soeur vendue par son père à un riche protecteur, une nouvelle épreuve le frappe. Une de ses anciennes maîtresses le blesse d'un coup de couteau peu après son mariage, si bien que la femme comme victime, cumulant sur ses épaules toutes les épreuves du monde, deviendra l'un des thèmes récurrents de son oeuvre. Le courage des femmes, leur détermination et également leur violence vont illustrer nombre de ses productions dont "Cinq femmes autour de Utamaro" ( 1946 ), où l'on voit une femme jalouse s'attaquer à la rivale qui lui a pris son amant. Malheureusement, la plupart des opus de sa féconde période des années 1920 ont disparu mais on sait qu'il se passionna pour le plan-séqeunce et qu'il a usé le plus souvent comme dans "Les contes des chrysanthèmes tardifs" ( 1939 ), de longs tarvellings accompagnant la marche des personnages, figures de mise en scène qui rappellent la peinture sur rouleau japonaise ( emaki ), où la latéralité se substitue à la profondeur du champ. Mizoguchi a toujours privilégié la rigueur du cadre à une trop grande mobilité de la caméra.

 

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Epris de littérature, le cinéaste s'est plu à adapter à l'écran les oeuvres des auteurs japonais comme Junichiro Tanizaki dans "Mademoiselle Oyu" ( 1951 ) ou Monzaemon Chikamatsu dans "Les amants crucifiés" (1054 ) et même Guy de Maupassant, un auteur français parmi ses préférés dont il adaptera "Boule de suif" devenu "Oyuki la vierge" en 1935. Par ailleurs, il posera un regard sans complaisance sur la bourgeoisie commerçante du XVIIe siècle, obsédée par l'argent et le sexe,  ainsi ce thème apparaîtra-t-il dans l'une de ses oeuvres majeures "La vie d'Ohara, femme galante" en 1952. Après la guerre de 39/45, Muzoguchi va se consacrer à montrer le désastre des conditions de vie, ainsi dans "Femmes de la nuit" (1948 ) inspiré du néoréalisme rossellinien. Son souci de l'introspection va nourrir l'histoire de son temps et se manifestera par un esthétisme raffiné que ce soit dans les grandes fresques historiques comme "L'intendant Sansko" ( 1954 ) ou dans les drames plus intimes comme "La femme d'Osaka" ou "Cinq  femmes autour d'Utamaro" ( 1948 ) qui restitue un peu de l'existence du célèbre peintre d'estampes.

 

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Son actrice de prédilection sera Kimuyo Tanaka, capable de par sa complexion fragile et la détermination de son caractère, de tout jouer. On la découvrira tour à tour en jeune fille, en actrice de théâtre, en mère accablée par l'enlèvement de ses enfants, en  vieille prostituée, riche incarnation de la femme confrontée en permanence à la lâcheté et à la trahison des hommes. Ce portrait de la femme trouvera son plein accomplissement dans "La rue de la honte" (1956), le film le plus sombre du réalisateur où des prostituées, après avoir quitté leur maison close, préfèrent y retourner, découragées par la condition féminine dans la société. 

Chez Mizoguchi, le quotidien frustrant et désespérant n'en reste pas moins transfiguré par l'intensité des sentiments qui s'allie à une quête sacrificielle du sublime. Rares sont ceux qui auront porté à ce degré d'élévation leur exigence de vérité et de beauté. Mizoguchi meurt à Tokyo le 24 août 1956 à l'âge  de 58 ans. Il reste, pour la plupart des cinéphiles, le plus grand des cinéastes japonais.

 

Pour consulter les articles des films de Mizoguchi que j'ai critiqués, cliquer sur leurs titres :

 

LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI

 

LA VIE D'OHARU, FEMME GALANTE de KENJI MIZOGUCHI

 

a Kenji Mizoguchi Ugetsu monogatari DVD Review 2133

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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA ASIATIQUE
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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 11:52

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Ariane Felder est enceinte ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité, le père de l'enfant n'est autre que Bob Nolan, un criminel poursuivi pour une atroce agression. Ariane, qui ne se souvient de rien tant elle était ivre cette nuit-là, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend...

 

«Je préfère parler de drame rigolo que de comédie - confie le cinéaste-auteur-acteur. Je n’écris jamais de choses drôles. Mes histoires sont toujours une tragédie. Là, il s’agit d’une juge imbue d’elle-même, carriériste, austère, et qui descend en enfer quand elle comprend qui elle est!» Cette vieille fille aigrie, fière de ne s’être jamais abaissée à devenir mère, va se retrouver, après une cuite, engrossée par un tueur, un psychopathe qui croque les yeux de ses victimes… «Une fois que j’ai écrit un drame, qu’en faire? Je le traiterais comme un Ken Loach si j’avais son talent. Alors, par pudeur, je travestis la tragédie en Grand-Guignol»  - ajoute notre réalisateur.

 

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Comédie totalement déjantée, "9 mois ferme" a l'avantage de ne jamais se prendre au sérieux. Nous sommes dans l'absurde et le burlesque du début à la fin. Rien n'est vrai et tout est permis à ce cinéaste qui jongle avec les formules, invente le mot globophage et ne cherche même pas à nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Si on n'entre pas dans sa loufoquerie, autant quitter la salle, c'est sans espoir... Si on aime le burlesque, il y a de bons moments et surtout une interprétation de qualité, autant de la part de Sandrine Kiberlain qui parvient à nous effarer, autant qu'elle l'est elle-même,  que de celle d'Albert Dupontel révulsant  en permanence et attendrissant sur la fin, enfin par Nicolas Marié qui, en avocat bègue, nous fait une démonstration fort éloquente de ce que peut être une plaidoirie lorsque la bande sonore se détraque. Je ne vous parlerai pas des scènes gore, il y en a, par exemple celle d'un médecin légiste en train de découper son cadavre à la tronçonneuse - mais à ce moment j'ai fermé les yeux et ne peux tout vous décrire, alors remboursez ! -  où les scènes interdites au moins de 14 ans qui sont floues au final, alors ?

 

Ai-je apprécié ce film ? Pas vraiment, c'est un peu trop absurde, trop saugrenu, trop extravagant, pour, en fin de compte, être très moral. Mais oui ! Comment une psycho-rigide peut arriver à assouplir sa rigidité et comment un dangereux psychopathe parvient à retrouver un comportement quasi sociable. Le pire engendre parfois le meilleur...au mieux le moins mauvais. Et puis Sandrine Kiberlain parvient à rester crédible, même dans les moments les plus insensés.

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 11:18

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Prenez une bande dessinée pleine d’humour et  d’insolence, un metteur en scène de talent, des acteurs bien dirigés, un rythme ébouriffant et vous obtenez un film désopilant, conduit à cent à l’heure dans les lieux qui ont vu s’écrire des pages d’histoire d’où le ridicule, le trivial, le surabondant, l’énorme n’ont jamais été absents. Oui, il fallait oser entrer dans les ors de la République, saupoudrer ce moment de la vie politique française de très bons acteurs, en faire un festival de la parole drue et ajouter une cadence folle au rythme des négociations qui se tramaient alors entre l’Oubanga et la France. Tavernier l’a osé et a eu grandement raison car il nous livre une excellente comédie politique comme nous n’en voyons que trop rarement avec le brio, la justesse de ton et les envolées lyriques qui font mouche.

 

Nous sommes en 2003 et le ministre des affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms, lecteur d'Héraclite et mégalo, est un homme plein de panache. Il opère sur la scène mondiale et y apostrophe les puissants de ce monde en invoquant les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les agités et les nerveux ( lui qui l’est cependant ) et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix. Alexandre Taillard de Worms est un esprit brillant qui attribue à la puissance du langage la primauté diplomatique : légitimité, lucidité et efficacité ne cesse-t-il de proclamer à son équipe. Il pourfend par ailleurs les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, récemment diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” sous son haut ministère. En clair, il doit écrire ses discours ! Encore faut-il apprendre à composer avec l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares, trouver les mots qu’il faut placer dans la bouche de ce mentor exigeant et manœuvrer malgré l’inertie des technocrates. La tâche est écrasante mais le jeune homme s’y attelle avec bonne volonté…

 

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En 2003, les fonctionnaires fumaient comme des pompiers dans les bureaux du Quai d'Orsay. Surtout, la France avait une voix dans le concert des nations: « Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe (…), qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie, un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes ». Tel sera le discours de l’ONU prononcé par Villepin, auquel le personnage d’Alexandre Taillard de Worms ressemble comme un gant et qui nous restitue une page de notre passé non dénué de nostalgie. Car malgré le  désordre apparent, les coups bas, les excès de tous ordres régnaient encore une élégance, un faste, qui ne sont nullement balayés par le rythme haletant, les effets de manche et les ridicules des divers protagonistes. Les dessous du pouvoir sont restitués avec un humour salutaire mais jamais déshonorant car, à l’évidence, ce petit monde fonctionne et travaille et si le chaos menace, le ministre tente de garder son équilibre même au cœur des situations les plus burlesques.

 

 

Thierry Lhermitte est un Alexandre Taillard éblouissant – il se livre ici à un festival de grande classe et colle parfaitement à son personnage pétri de suffisance, d’audace et de séduction ; Niels Arestrup, en directeur de cabinet impavide, est absolument parfait et nous fait toucher du doigt la vacuité des mots quand ils sont utilisés à des fins de manipulation et apparaît comme le seul personnage calme au cœur d’une véritable tornade logorrhéique ; enfin  Raphaël Personnaz, en Candide qui a la charge redoutable de composer avec le prince, est très convaincant dans celui du jeune énarque à qui le ministre vient de confier la responsabilité du … langage. Tous les rouages fonctionnent et le film est une véritable réussite, même si quelques longueurs auraient pu être évitées.

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 10:02

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Billy Wilder naquit en Austro-Hongrie le 22 juin 1906 dans une famille juive autrichienne et passera son enfance à Vienne où il fera ses études classiques avant de rejoindre l'université et de se diriger vers le journalisme. Après avoir publié des articles sur le sport et les faits divers, il s'intéresse au cinéma et au théâtre, si bien que ses contacts le mettent en relation avec des milieux très divers et le plus souvent artistiques. C'est l'époque du cinéma muet et l'idée lui vient de composer des scénarios. Le succès de l'un d'entre eux Les hommes du dimanche en 1930 lui vaut de signer un contrat avec la Universum Film AG, puis de gagner les Etats-Unis où, grâce à son aptitude à très vite se familiariser avec la langue anglaise, il obtient un nouveau contrat avec la Paramount à Hollywood. Remarqué par Ernst Lubitsch, autre emmigré allemand, il rédige, en collaboration avec Charles Brackett, les scénarios de La huitième femme de Barbe-Bleue et de Ninochka qui seront des succès. Sa voie est désormais tracée, d'autant qu'un film avec Howard Hawks Boule de feu en 1941 est un nouveau coup de maître et que plus rien ne s'oppose à ce qu'il soit également le metteur en scène de ses propres fictions. 

 

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Sa première réalisation derrière la caméra Uniformes et jupons courts en 1942 sera suivie de cinq autres films de qualité et d'inspiration différente, avant Boulevard du crépuscule en 1950 qui va assurer sa consécration de metteur en scène qui compte dorénavant dans le 7e Art hollywoodien. La scandaleuse de Berlin en 1948, achevée trois ans après la Libération de Berlin, est une comédie grinçante qui annonce déjà le style humoristique, voire féroce, de Wilder et brode autour d'un personnage de femme devenu la maîtresse d'un ancien nazi, sans omettre de nous dévoiler les coulisses du marché noir avec l'armée américaine dans le décor d'un Berlin pratiquement en ruines. En quelque sorte : rire d'un sujet grave - mode d'emploi...

 

Wilder signera ensuite d'autres oeuvres fortes, selon des compositions diverses car ses goûts sont éclectiques. Sunset Boulevard est un chef d'oeuvre où l'auteur revisite les mythes cinématographiques et obtient ainsi un formidable effet de trompe-l'oeil ; cette fiction sur le rôle mortifère du cinéma a recours à un vertigineux jeu de miroirs grossissants où le tragique ne cesse de côtoyer le comique. Stalag 17 en 1953 sera également d'inspiration tragi-comique et traite de la débrouillardise humaine au coeur d'un camp de prisonniers, suivi par deux ravissantes comédies avec Audrey Hepburn : Sabrina et Ariane. Par ailleurs, Billy Wilder contribuera au mythe Marilyn avec Sept ans de réflexion en 1955 et Certains l'aiment chaud en 1959, une des comédies les plus réussies de l'âge d'or hollywoodien, qui feront de la jeune actrice une icône planétaire. Il y aura encore La garçonnière en 1960, Embrasse-moi, idiot en 1964, Fedora en 1979, des oeuvres pleines de sens, drôles et mélancoliques à la fois, selon le style de cet artiste qui cachait sous un faux cynisme une sensibilité à fleur de peau teintée d'une once de moralité.

 

Pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées aux films de Wilder, cliquer sur leurs titres :

 

ARIANE de Billy WILDER  

 

SABRINA        

 

SEPT ANS DE REFLEXION de BILLY WILDER

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous: 

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

493px-Gloria Swanson & Billy Wilder - ca. 1950  Avec Gloria Swanson  

 

 

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 10:44

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César mérité du meilleur documentaire.
 

« Sur le chemin de l’école » de Pascal Plisson est un film merveilleux par sa simplicité et la formidable leçon de courage qu’il propose avec pédagogie : cinq enfants de 9 à 12 ans dont l’itinéraire, pour rejoindre leurs écoles respectives, est un véritable parcours du combattant au travers de lieux désertiques et pauvres. Il y a Carlos et Micalea qui vivent sur les plateaux de Patagonie en Argentine, Samuel et ses deux frères en Inde, Jackson et sa sœur Salomé au fin fond de la savane kényane, enfin Zahira dans les montagnes du Haut-Atlas au Maroc. Chacun d’eux a cependant la chance d’aller à l’école. Mais à quel prix ! 15 kilomètres à pied à travers la brousse pour Jackson et sa sœur Salomé, 22 kilomètres pour Zahira et ses amies dans les montagnes, 18 kilomètres à cheval dans la lande pour Carlos et sa sœur Micalea. Enfin, Samuel, jeune paraplégique, est tiré et poussé sur son fauteuil roulant fait de bric et de broc par ses deux frères sur 4 kilomètres de chemins terreux, parsemés de ruisseaux. Alors pour quelles raisons vont-ils à l’école ? L’un pour devenir médecin et soigner les enfants paralysés comme lui, l’autre pour être pilote et survoler le monde, une troisième pour enseigner et permettre à tous les enfants du monde d’accéder au savoir, enfin un autre encore pour devenir vétérinaire. 

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Mais l’originalité du film consiste à nous faire partager le trajet de chacun de ces écoliers au coeur de paysages sauvages et la plupart du temps déserts. Comme si le trajet comptait autant, voire plus, que l’objectif final. Le réalisateur nous invite ainsi à nous rendre à la rencontre de ces enfants-marcheurs et nous convainc, par la même occasion, que le véritable apprentissage commence par la marche, que  l’important n’est peut-être pas l’école mais  de s’y rendre, tant il est vrai que l’on n’apprend que d’un effort, d’un cheminement avec d’autres, au sein d’une communauté. A contrario, on n’apprend rien en consultant son smartphone. Rimbaud écrivait : « Je suis un piéton, rien de plus. »  Dans le mot piéton ou mieux passager, il y a le symbole d’un lieu où l’on se rend, d’un désir vers lequel on tend, d’un choix que l’on aspire à réaliser. Il y a donc ce passage à effectuer pour devenir autre, pour grandir, apprendre et se réaliser, pour entrer dans le monde de la connaissance.

 

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Mais, avant l'étape du parcours, il y a certains rites à respecter : ainsi Jackson lave-t-il son uniforme dans un trou qu’il creuse dans le sable afin d’atteindre l’eau rare et précieuse ; Carlos se coiffe-t-il avec soin ; Zahira trimbale-t-elle une poule dans un sac qu’elle échangera au marché contre de la nourriture et Samuel enfile-t-il, avec l’aide de ses deux frères, sa chemise d’uniforme afin d’être présentable au moment d’entrer au collège, car la plupart de ces enfants portent un uniforme, une façon d’être tous semblables. Que penser de nos petits français qui viennent en classe la casquette vissée sur la tête, en jeans délavés et troués, les chaussures délacées avec le string ou le caleçon bien mis en valeur par la coupe taille basse ? A de tels détails nous mesurons à quel point l’Europe, qui fut si longtemps un modèle pour ces pays, ne l’est plus guère aujourd’hui. Nous avons renoncé à trop de choses essentielles au profit de ce que nous appelons la modernité, cette course en avant qui nous a fait perdre la plupart de nos repères et qui nous revient aujourd’hui à la figure comme un boomerang. Ainsi les parents et les professeurs ont-ils en partie renoncé à leur autorité et l’enfant-roi n’est autre qu’un enfant égaré, victime des abandons successifs des adultes.

 

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Mais le pire est sans aucun doute ce refus de l’effort qui caractérise nos sociétés.  Nous faisons de nos enfants des assistés permanents, ce qui est le meilleur moyen de les aliéner. Contrairement aux enfants du film qui sont en permanence confrontés à la difficulté, voire à la peur – ce sera celles des animaux sauvages croisés sur leur chemin, les pentes abruptes à dévaler, les cours d’eau à traverser. Oui,  l’effort, la peur sont sans cesse présents mais ils façonnent leur volonté, structurent leur mental : il faut à chacun de ces enfants vaincre, résister. Très tôt, ils sont mis en présence d’un monde qui n’est pas bienveillant et qu’ils devront leur vie durant surmonter. A aucun moment, nous ne les voyons faiblir, moins encore renoncer. La rivière, les éléphants, la cheville endolorie, la roue du fauteuil roulant qui ne tourne plus, à ces écueils ils trouvent des  solutions, souvent grâce à l’entraide des gens du pays. Ces petits écoliers sont une fierté pour eux, l’avenir en marche. Aussi rares sont ceux qui ne se montrent pas coopérants.

 

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Au bout de ces parcours difficiles que nous partageons avec eux, il y a l’école, les copains, le maître que l’on aime et respecte, les cours que l’on écoute avec une attention joyeuse et l’avenir dont on rêve. Le rêve existe encore pour ces enfants qui n’ont autour d’eux que des exemples simples mais solides : la famille, la nature dans sa beauté inchangée, la sérénité des cœurs simples. J’avoue que ce film m’a infiniment émue parce qu’il est comme un long poème, un retour aux sources, à la pureté des choses originelles. Certains penseront qu’il ne nous apprend rien, alors qu’il nous apprend tout, ne serait-ce qu’à poser un regard neuf sur ce qui nous entoure, à écouter la voix du monde quand elle chante aussi juste. 

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

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