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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 09:43
MARION COTILLARD - PORTRAIT

 

 

Pour sa remarquable interprétation d'Edith Piaf dans le film "La môme", et après les Globes d'or, Marion Cotillard allait s'offrir un doublé historique en recevant, coup sur coup, le César et l'Oscar de la meilleure actrice, portée aux nues comme jamais comédienne ne l'avait été auparavant, au point qu'à son sujet on a parlé d'un sacre plus encore que d'une consécration. " Merci l'amour, merci la vie... C'est vrai qu'il y a des anges dans cette ville de Los Angeles" - s'était-elle exclamée en anglais, bouleversée sous les vivats des 3.400 spectateurs du théâtre Kodak situé dans le quartier historique du 7e Art, quarante-huit ans après que Simone Signoret ait reçu la statuette pour "Les chemins de la haute ville".

Née en 1975 à Paris, fille de deux comédiens et professeurs d'art dramatique, bercée dès son plus jeune âge dans le monde du spectacle, Marion Cotillard prend très vite goût à l'interprétation et décide de suivre la voie ouverte par sa famille. L'adolescente entre au conservatoire d'art dramatique d'Orléans où son père sera son professeur et puise dans ce creuset son goût pour le théâtre qui va la sortir d'un mutisme qui, très tôt, l'avait incité au repliement sur soi. Le théâtre joue ainsi le rôle d'une thérapie et la pousse à entrer dans la peau de personnages divers afin d'échapper à ses propres angoisses existentielles. "Le théâtre m'a aidée à retrouver les mots qui m'avaient tellement manqué, à m'ouvrir." - avouera-t-elle. Elle fera ses premières armes chez Arnaud Desplechin et Coline Serreau, mais elle atteint une certaine notoriété grâce au rôle de Lilly, fiancée excédée par les absences trop fréquentes de son petit ami Samy Naceri, chauffeur dans un certain "Taxi 2"  ( 1999 ). Elle se voit alors nommée pour le César du meilleur espoir féminin. Sa voie est dès lors tracée. Les dix millions d'entrées que totalise le film lui assurent une popularité qui ne va cesser de s'amplifier lorsqu'elle incarne les rôles des soeurs jumelles dans  "Les jolies choses"  ( 2000 ), d'après le roman de Virginie Despentes. Ce rôle difficile se voit récompensé par une nouvelle nomination au César du meilleur espoir féminin. L'année 2002 est particulièrement chargée pour cette comédienne travailleuse et talentueuse qui sera à l'affiche de trois films dont  "Taxi 3",  "Jeux d'enfants"  face à Guillaume Canet et "Big Fish" sous la direction de Tim Burton, déjà un succès américain...

 

          

 

Pour avoir incarné l'ange noir dans "Un long dimanche de fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet, elle remporte le César de la meilleure actrice pour un second rôle et son ascension ne cesse de s'affirmer avec le drame "Cavalcade", la comédie romantique "Ma vie en l'air", son rôle dans "Mary" d'Abel Ferrara face à Juliette Binoche, autre oscarisée, le thriller "La boite noire" et enfin  "Une grande année" avec Ridley Scott, odyssée vinicole, tous films de qualité qui lui permettront d'obtenir le rôle d'Edith Piaf dans "La môme" sous la direction éclairée d'Olivier Dahan, dont on regrette que le film n'ait même pas été couronné par la France, alors qu'il avait été plébiscité par 5 millions de spectateurs français et 10 millions d'américains, portant haut les couleurs du cinéma français sur le plan international.

 

 

                       Affiche américaine.

 

Piaf aura été le bon ange de Marion Cotillard qui, pour sa part, sut faire revivre de façon juste et vraie l'inoubliable chanteuse, au point que les spectateurs, comme les jurés, ne s'y sont pas trompés. " La première chose dont j'ai rêvé " - a dit la jeune actrice lors d'une de ses interviews - c'était d'avoir de grands rôles et celui-là, était immense, ma première composition digne de ce nom". Un avenir américain s'ouvrait pour elle tant sa performance avait été appréciée Outre-Atlantique. Ce triomphe international lui octroie une médiatisation qui ne sera pas de tout repos. En effet, des déclarations maladroites l'obligeront à exprimer publiquement des regrets et écorneront momentanément sa réputation. Cela ne l'empêche nullement d'entamer une carrière aux Etats-Unis où elle tourne "Inception" de Christophe Nolan au côté de Leonardo DiCaprio, puis "Nine", un remake musical du film "Huit et demi". Je dois avouer avoir été déçue par sa prestation dans "Inception" - une oeuvre absconse qui fait la part belle aux effets spéciaux  et où le talent de la jeune femme semble se figer à force d'être si peu sollicité. Heureusement, elle nous revenait bientôt avec un film "De rouille et d'os" ( 2012 ) qui la remettait en selle dans une composition à nouveau complexe et difficile comme elle sait le faire, prouvant que nous avions vu juste en décelant en elle un tempérament et un vrai talent qui  ne demandaient qu'à être mis en danger pour donner le meilleur.

 

En 2013, elle nous bouleverse à nouveau dans "Deux jours, une nuit" des frères Dardenne "où elle se coule avec infiniment de sensibilité dans la peau d'une jeune femme acculée au chômage. Personnellement je pense qu'elle excelle dans des personnages vibrants, tout en dualité psychique, ce qui lui donne l'occasion de livrer une multiplicité de sentiments qui  se partagent entre force et faiblesse, doute et conviction. Cette jeune actrice possède d'étonnantes ressources qui ne demandent qu'à s'exprimer, aussi serait-il dommage de la réduire à des rôles caricaturaux ou trop formatés comme c'était le cas dans "Inception" et "Minuit à Paris" de Woody Allen où elle était, à mon grand regret, une femme fatale sans consistance. L'actrice se plaît à prêter sa voix à des documentaires animaliers comme "Terre des ours" réalisé par Guillaume Vincent ou un dessin animé comme "Avril et le monde truqué" de Franck Ekinsi et Christian Desmares. Elle double par ailleurs la Rose dans l'adaptation américaine du "Petit Prince" de Saint-Exupéry et également la voix de Scarlet Overkill dans la version française de "Les Minions". Enfin elle est Jeanne dans l'Oratorio "Jeanne d'Arc au bûcher" d'Arthur Honegger sur le livret de Paul Claudel et sera sacrée "Femme de l'année" en 2013 par l'Université de Harvard. Voilà un parcours d'exception qui ne cesse de s'actualiser, puisque Marion Cotillard vient encore de nous bouleverser dans le dernier opus de Nicole Garcia "Mal de pierres" où elle est une femme  en mal de passion amoureuse, égarée par ses propres fantasmes. 

 

Pour prendre connaissance des critiques des films interprétés par l'actrice, dont La môme, Inception,  Minuit à ParisDe rouille et d'os, Deux jours, une nuit, Mal de pierres" cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS     

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN 

 

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 09:58
Mal de pierres de Nicole Garcia

Gabrielle (Marion Cotillard) a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale et où les aspects exaltés, que prend celle-ci, prêtent aux sarcasmes. À une époque, où l’on destine d’abord les femmes au mariage, Gabrielle dérange et on finit par la croire folle. Sa mère (Brigitte Roüan) la donne à José (Alex Brendemülh), un ouvrier saisonnier qui a fui l’Espagne de Franco, et le charge de faire d’elle une femme respectable, en aidant financièrement le jeune homme à installer sa petite entreprise de bâtiment. Gabrielle dit ne pas l’aimer et se refuse, dans un premier temps, à toute étreinte physique. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage (Louis Garrel), fait renaître en elle cette urgence d’aimer. C’est alors que le désir se change en illusion, que l’âpreté de la passion et sa fulgurance se transforment en un fantasme qui finira par l’ouvrir à l’âge adulte.

 

Adapté du roman "Mal di pietre" de Milena Agus  (Éditions Liana Levi), ce film sensible et émouvant est réalisé avec élégance par Nicole Garcia qui a misé avec discernement  sur l’extraordinaire écran sensible qu’est le beau visage de l’actrice Marion Cotillard. C’est sur sa grâce réceptive que repose cette version romanesque d’un amour transfiguré par l’imaginaire, quête aveugle et désespérée d’une illusion tragique, un mal de pierres d’un cœur et d’un corps malade de volupté et d’inquiétude. La structure en flash-backs, bien que peu novatrice, aide à mieux cerner les motivations de cette jeune femme prise au piège de ses sentiments et des préjugés d’une époque où le mariage a le pouvoir de sécuriser et stabiliser le rôle féminin. Folle, ou perçue comme telle par la petite communauté qui la stigmatise, Gabrielle ne renonce pas à ses espérances et montrera un bel acharnement à poursuivre ses fantasmes amoureux.

  

« Ce destin de femme incarne pour moi la forme de l’imaginaire, la puissance créatrice dont nous sommes tous capables lorsque nos aspirations, nos sentiments, nous conduisent aux extrémités de nous-mêmes, à notre propre dépassement » - a déclaré Nicole Garcia, qui s’est appropriée le matériau initial du roman, tout en le réinterprétant selon son inspiration, sans en trahir l’esprit. Il en résulte un récit qui unit la simplicité narrative à la complexité psychologique des personnages et flirte un moment avec le fantastique mais sans s’y frotter véritablement. Sans doute est-ce dommage car le final aurait mérité davantage de mystère et une plongée plus totale dans l’insécurité psychologique.  

  

Malgré ces quelques réserves, Nicole Garcia nous offre un opus bien construit qui doit beaucoup à l’équipe artistique et technique ainsi qu’à l’interprétation. La photographie raffinée de Christophe Beaucarne joue habilement des contrastes ville/campagne  et nous procure de belles échappées sur la vie rurale, sur la Provence parfumée des années 50. Quant aux acteurs, ils sont tous excellents mais la palme revient à Marion Cotillard admirable de sensibilité, véritable stradivarius dont les expressions font de son personnage une poignante symphonie féminine de révolte et de tendresse, de fureur et d’abandon, de délicatesse et de violence, son regard étant à lui seul l’alpha et l’oméga de cette tragédie des sentiments, parfois un peu artificielle. Un film qui ouvre des perspectives sur les infinies variations du cœur féminin sans les rendre suffisamment crédibles.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 11:01
ANDRZEJ  WAJDA

Andrzej Wajda, qui vient de mourir d’une insuffisance respiratoire à l’âge de 90 ans, est le chef de file de l’école de cinéma polonaise qui s’est affirmée à partir de 1956 à la faveur d’un renouveau artistique et d’une relative libéralisation politique. Sa filmographie reflète d’ailleurs les aléas constants qui ont frappé l’évolution du pays, ainsi que l’illustrent les titres de ses opus successifs : « Cendres et diamants » en 1958, « L’homme de marbre » en 1977, « L’homme de fer » en 1981, « Korczak » en 1990, réalisations en prise directe avec l’actualité du pays. Cinéaste soucieux du moindre détail, Wajda a souvent eu recours à des formes baroques et n’a cessé de s’interroger sur l’histoire singulière et dramatique de la Pologne. Aussi le thème national a-t-il été abordé par lui de manière sensible et romantique sans pour autant que la critique, parfois même virulente, en soit absente. Ainsi fait-il la part belle à tous les actes de résistance qui ont eu lieu durant l’occupation allemande, puis sous l’occupation de l’armée rouge, résistance ignorée ou déformée par les discours officiels ou, pire, par la propagande de cette politique dominatrice qui étouffait en permanence les forces vives de la nation polonaise. Evoquant l’année 1945, « Cendres et diamants » met aux prises des opposants issus de la Résistance intérieure qui vont organiser l’assassinat d’un vétéran communiste, représentant du nouveau régime dictatorial. Portrait complexe des contradictions du moment, cette analyse poignante bénéficie d’une interprétation remarquable et promulgue l’acteur Zbigniew Cybulski  en véritable icône de la jeunesse. Sa mort prématurée sera à l’origine d’un film que Wajda lui dédie « Tout est à vendre », récit d’un tournage et approche de la création,  qu’il reprendra et approfondira plus tard dans son film « Chef d’orchestre » (1980).

 

 

Malgré la surveillance exercée par le pouvoir en place sur ses scénariis, Wajda s’applique à décrire les anachronismes de la Pologne d’avant-guerre avec sa célèbre charge de cavalerie contre les divisions blindées allemandes dans « Lotna », opus qui lui attire bien des critiques et exerce un inconfort évident sur sa volonté de scruter d’un œil neuf et impartial l’histoire réelle de son pays. Avec « Cendres », pour lequel il obtient de plus gros moyens financiers, il se livre à une large fresque sur le pays au lendemain de l’épisode napoléonien, puis aborde le temps des croisades avec « La croisade maudite » en 1968. Plus dramatique et personnel sera « Paysage après la bataille » qui évoque le destin des rescapés polonais des camps nazis, tandis que « Les noces », en 1973, dépeint  la nostalgie d’un passé où les héros de tous ordres s’illustraient avec force et panache. Par la suite, l’évolution politique de son pays l’incite à un engagement encore plus formel, cela au prix d’une lutte incessante. Ce sera le grand moment de « L’homme de marbre » (1977), un retour sur une époque de lutte incessante pour l’édification d’un socialisme à marche forcée,  film construit comme une enquête où le réalisateur restitue parfaitement le climat de propagande et l’obsession du sabotage des années staliniennes. Les événements ne cessant de s’accélérer avec les grèves de Gdansk et l’émergence du syndicat indépendant de Solidarnosc, il réalise sans plus tarder, et dans l’urgence, « L’homme de fer », où il met en scène le fils de l’Homme de marbre, mais également un journaliste mouchard. Ce film aura une réelle répercussion dans le monde entier et fera connaître le nom de Wajda, ce qui lui permettra dès lors de tourner à l’étranger sans être brimé par la censure polonaise marxiste. C’est ainsi qu’il produit « Danton » en France en 1983 avec, dans le rôle-titre, Gérard Depardieu, film où il s’implique dans des considérations sur le pouvoir et la révolution. Enfin avec des films comme « La semaine sainte » (1995) ou « Miss Nobody » (1996), Wajda médite sur la Pologne post-communiste et les changements survenus, confirmant haut et fort  ses critiques morales à l’intention d’un pays où le cinéma désormais n’est plus la proie des mêmes enjeux  politiques. 

 

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ANDRZEJ  WAJDA
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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 10:59
La philo vagabonde de Yohan Laffort

Invité à visionner ce film de Yohan Laffort sur la démarche du philosophe vagabond Alain Guyard, j’étais a priori un peu inquiet, le cinéma actuel ne m’inspire pas beaucoup, je préfère mettre mes propres images sur les mots que je lis et ma culture philosophique puise ses racines dans mes seules lectures et réflexions. Mais cette inquiétude a été rapidement vaincue, Yohan Laffort a su filmer le périple de Guyard en même temps qu’il filmait sa démarche, il a su accompagner le philosophe sans jamais imposer ses images. Il a su alterner ses enseignements avec les réflexions de ses auditeurs, avec les motivations de ceux qui l’invitent dans les lieux les plus insolites et parfois même incongrus, avec de magnifiques images du Gard et des environs, là où Guyard sévit.

 

 

Guyard, c’est une bête de scène comme on dit à la télé où les mots se raréfient plus vite que l’eau dans le désert. Guyard, c’est Depardieu dans "Crésus", c’est Mélenchon sans son égo démesuré et ses  ambitions ineptes, c’est une force, une puissance d’évocation, un tribun éclairé, un virtuose du vocabulaire, un grand acteur, une culture immense, une intelligence supérieure. Il m’a rappelé un professeur d’histoire qui nous expliquait avec des mots savants, comme ceux de Guyard, la mythologie grecque, la ramenant à une explication toute simple de la vie des populations de cette époque et de leurs préoccupations. Guyard fait la même chose avec la philosophie, il décortique, dissèque, dénoyaute les écrits, les pensées, les recommandations des auteurs, notamment des auteurs de la Grèce antique qu’il semble particulièrement affectionner.

 

 

Il ne cherche pas à éclairer l’auditeur, il s’applique à  l’embrouiller encore plus pour qu’il remette en question tout ce en quoi il croit, les cadres que la société a fabriqués pour que la majorité vivent selon les normes que certains ont définies : normes morales, normes sociales, normes économiques, normes religieuses, normes culturelles … tout ce fatras de normes qui devrait permettre de vivre en société alors que l’homme est avant tout un individu et qu’il ne vit que pour lui-même, pour se confronter à la vie et à la mort qui n’en est que le dernier épisode.

 

 

Laffort a mis ses souliers dans les pas de Guyard allant de la librairie à la médiathèque, de la prison à la ferme, de la boulangerie à l’école des puéricultrices, partout où les gens s’interrogent sur leur existence, leur raison d’être, leur façon de rendre leur vie possible et peut-être même agréable. Et, chaque fois, Guyard les a pris par surprise, leur faisant comprendre que tout ce qu’ils croyaient allait à l’encontre de ce qu’ils recherchaient. Le bonheur s’oppose à la joie, la violence populaire n’est que la manifestation de sa force, l’expression de la nécessité de renouveler la liste de ceux qui détiennent le pouvoir, l’accumulation des richesses n’est que l’expression de l’angoisse, de la peur, de la vie, de la nécessité de se protéger. De conférence en conférence, Guyard adapte ainsi son discours à son public pour toujours revenir à l’essentiel, à l’individu, à son essence, à la nécessité dans laquelle il est d’échapper aux forces qui le séquestrent dans l’un des systèmes inventé par les puissants. L’amour sans frustration n’est pas amour, l’éthique est personnelle et non professionnelle, la volonté prime sur la moralité … chaque public reçoit le message qui lui est adapté.

 

 

Se situant lui-même « entre Coluche et la métaphysique », Alain Guyard redonne une nouvelle dimension à la philosophie gravement dévaluée par les philosophes de télé qui essaient d’en faire une marchandise de librairie. J’ai retrouvé toute la puissance que Guyard a mise dans « La soudure », sa détermination à vouloir faire comprendre aux hommes que la vraie vie était en eux et que tous les systèmes étaient pervers. La philosophie, cela dérange, « ça fout la merde » dans les esprits parce que la vie, la raisons de vivre, ça ne s’explique pas, le philosophe est comme « l’homme qui pédale sans savoir qu’il pédale et qui doit descendre de vélo pour savoir s’il pédale bien et donc cesser de pédaler ». C’est la machine infernale, le mouvement perpétuel de la remise en question permanente. Il reste à chacun de déterminer ce qu’est pour soi « la valeur de l’existence ».

 

 

Un film qui met déjà en perspective la quasi-totalité des discours que nous devrons subir lors des prochaines campagnes électorales où l’adage de Nietzsche sera encore confirmé : « Nous sommes des décadents ». Il nous restera néanmoins la transgression pour créer un autre du monde hors du cadre défini actuellement.

 

 

Et pour conclure, je voudrais ajouter que je partage avec Guyard cette façon d’aller à la rencontre des acteurs de nos territoires afin de les écouter et les conforter dans leurs démarches souvent à la marge des idées reçues. Là sont les vraies forces !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 11:27
Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Je suis allée voir ce film avec quelques à priori. Tout d’abord à cause du battage fait par une certaine presse qui voit en cet opus le chef-d’œuvre absolu et une autre qui pointe du doigt sa totale indigence. Trop de trop ne pouvait manquer d’aiguiser ma curiosité et m’inciter à me forger ma propre opinion. Que Xavier Dolan soit un jeune cinéaste doué, nous le savions depuis ses débuts à l’âge de 20 ans. Il en a aujourd’hui 27 et s’affirme avec plus de maturité, façonnant son style non sans quelques maladresses mais un souci constant d’originalité et une quête soucieuse du dire vrai et de l’image juste.

 

 

Cette dernière réalisation, bien qu’inégale, recèle des moments d’une vraie et profonde beauté et une exigence dans l’expression de l’incommunicabilité entre les êtres, les désordres intérieurs, l’incapacité de chacun à vivre une relation, à établir un dialogue, à sortir de son emmurement. Le silence est sans doute la plus grande liberté de l’homme, dont il sait si peu faire bon usage. Les personnages du film apparaissent tous, à l’exception du visiteur, comme les prisonniers d’eux-mêmes, les victimes de leur égo, les invalides de l’existence, partageant un huis clos  où ils n’ont pour pires ennemis qu’eux-mêmes. Tous vivent dans une agitation permanente, un onirisme sans consistance ; tous sont les victimes de la dictature du bruit et de l’éphémère, de la fébrilité et de l’inquiétude. Alors ils crient, ils fument, ils s’apostrophent avec violence, chacun est l’ennemi de chacun et pire encore : l’ennemi de lui-même.

 

 

Le bruit est le pire fléau de notre actualité. Il nous mutile et nous prive de l’essentiel : notre silence intérieur où s’épanouissent les fleurs de notre pensée, les fruits de notre réflexion. Alors, lorsque le silence survient dans ce désordre et plonge au cœur de ce chaos psychologique, tous les excès sont possibles et la tragédie se joue à coups d'estoc, de mots qui blessent, de formules éculées et misérables. Nous ne sommes plus en quête du mot juste, du mot vrai, mais du mot qui tue, œuvre d’un monde décervelé en totale déliquescence, un monde malade tout simplement. Le film de Dolan, inspiré de la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, est un concentré de ce vide abyssal dans lequel nous évoluons. Mais ce qui est intéressant, ce qui pose question et fait l’intérêt du film, est Louis, ce fils qui n’a pas revu les siens depuis 12 ans, ce jeune écrivain-dramaturge de 34 ans qui apparaît comme l’ange visiteur, silencieux et souriant, et pose sur eux – sa mère, sa sœur, son frère et sa belle-sœur comme l’écho émouvant de l’expérience du désert, la douceur intérieure de la certitude, le sourire de la grâce. Gaspard Ulliel est magnifique dans ce rôle où tout son jeu se résume à quelques paroles sobres, à cette gravité du regard qui concrétise l’approche du silence éternel. Ce qu’il était venu dire, il ne le dira pas et qu’importe : personne n’était en mesure de l’entendre. A la fin, un oiseau s’envole de la vieille horloge qui sonne encore les heures et se cogne contre les murs avant de trouver l’issu vers la lumière, la porte ouverte vers l’ineffable.

 

 

Symphonie des regards, monologues tronqués, jugements hâtifs, mots vains, colères puériles, tout cela est soudainement absorbé par les visages qui disent leur désarroi face au questionnement muet du visiteur dont ils perçoivent vaguement l’exigence et la fatalité. Un film qui pose les questions essentielles, se focalise sur les expressions inquiètes, les met en images de belle façon avec leur plein et leur vide, leurs interrogations et leurs dénis et bénéficie d’une parfaite interprétation de la part des comédiens. A ne pas douter, Dolan n’a pas fini de nous interroger sur nos finitudes.

 

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Juste la fin du monde de Xavier Dolan
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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 09:34
Le fils de Jean de Philippe Lioret

À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Sa mère n’a jamais voulu le lui révéler. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant, par la même occasion, qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence, ni ne semble vouloir la connaître…

 

Après l’émouvant « Je vais bien, ne t’en fais pas », du social « Welcome », Philippe Lioret s’inspire à nouveau des secrets familiaux pour concevoir un film tout en délicatesse. En choisissant Pierre Deladonchamps (meilleur espoir masculin en 2014 pour « L’inconnu du lac » de Guiraudie) afin d’incarner son personnage principal et en l’entourant de comédiens canadiens, dont l’accent rend plus crédible encore le climat qu’il entend faire régner avec une incontestable sensibilité, il actualise l’émotion et la douceur nécessaires à pareil sujet, sujet qu’il a puisé dans un roman de Jean-Paul Dubois « "Si ce livre pouvait me rapprocher de toi », dont il a conservé les lignes directrices..

 

Mathieu est un trentenaire parisien divorcé et père d’un jeune garçon qu’il visite régulièrement. Il semble mener une vie tranquille. Alors qu’il travaille à son bureau dans sa société de croquettes pour animaux, il reçoit un coup de fil d’un correspondant étranger se présentant comme un ami de son père qui vient de mourir. Celui-ci lui demande son adresse postale afin de lui adresser un colis que ce père inconnu a laissé à son intention. C’est alors que Mathieu décide d’aller lui-même récupérer le paquet au Québec à l’occasion de l’enterrement et, ainsi, de faire la connaissance de cette fratrie lointaine qui lui tombe soudain du ciel. A son arrivée, il est surpris du peu d’empressement que suscite sa venue de la part de Pierre, son hôte canadien, l’ami intime de son père qui lui avait téléphoné pour lui apprendre l’existence de celui-ci. Dès qu’ils se rencontrent à l’aéroport, Pierre lui déconseille de façon autoritaire et brutale de ne dévoiler sa réelle identité à quiconque et surtout pas à ses deux frères.  A ce moment du récit, le doute s’installe sérieusement quant aux sentiments de ce personnage peu sympathique incarné par un Gabriel Arcand très convaincant dans ce rôle d’ours bougon qui va, au fil de cette visite, changer totalement de registre. Qu’a-t-il à cacher ? A-t-il une responsabilité quelconque dans la mort de son ami, médecin comme lui, noyé dans un lac alors qu’ils pêchaient ensemble ? Qui sont vraiment ces deux garçons cupides et bagarreurs qu’il présente à Mathieu comme étant ces demi-frères ?

 

Le film va se dérouler sur un tempo fragile et délicat, malgré quelques scènes d’affrontement, mais l’essentiel réside ici dans le non-dit, le suggéré, les regards, les aspirations et les regrets, ceux de gens simples qui affrontent des révélations et remettent en cause leur acquit, balançant dès lors entre inquiétude et espérance. En choisissant la pudeur, Lioret évite de sombrer dans le mélo et la pleurnicherie et, avec beaucoup de discernement, choisit deux acteurs qui  usent de cette corde sensible avec infiniment de doigté. Pierre Deladonchamps est formidable de naturel avec sa gueule d’éternel enfant, sa gentillesse, sa vulnérabilité, dans le rôle de Mathieu, et Gabriel Arcand joue avec finesse celui de l’ami du père qui se laisse gagner par la gentillesse de ce parisien inconnu et s’ouvre, sur le tard, à une conception tout autre des rapports humains, à une tendresse qu’il ne concevait pas. Quant aux femmes, mère et fille de Pierre, elles sont parfaites et apportent au film une touche supplémentaire de douceur sans mièvrerie.  Une jolie réussite.

 

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Le fils de Jean de Philippe Lioret
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 10:41
Cézanne et moi de Danièle Thompson

L'histoire de l'amitié et de la rivalité entre Paul Cézanne, peintre impressionniste et père fondateur de l'art moderne et d'Emile Zola, écrivain chef de file du mouvement naturaliste dans la France tourmentée du XIXe siècle. Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosités, espoirs, doutes, filles, rêves de gloire, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, montent à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil. Aujourd’hui Paul est peintre, Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent, une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

 

 

Sur ce canevas, soit la vie de deux grands artistes que la création tourmente comme tout vrai artiste, ces deux-là ne vont cesser de s’affronter face à des destins opposés où l’un connait enfin la renommée et où l’autre se heurte avec violence à ses doutes et à son incapacité à se plier aux réalités quotidiennes ; où l'un, né pauvre, devient riche et ou l'autre, né avec une petite cuillère dorée dans la bouche, se retrouve démuni après avoir rompu avec les siens. Cézanne, contrairement à Zola, ne s’abaisse à aucune concession ; ce tempérament violent, volcanique, coléreux, grossier est admirablement campé par un Guillaume Gallienne qui trouve là un rôle à sa mesure et crève l’écran par une présence bouleversante de réalisme et de sensibilité qui finit par porter ombrage à l’interprétation, pourtant parfaite, de Guillaume Canet dans le rôle d’Emile Zola, personnalité plus lisse, plus consensuelle et d’une infinie compréhension à l’égard d’un ami dont il s’afflige qu’il use des dons qu’il possède tout autant pour peindre que pour se détruire et se faire détester. Ce duo de deux personnalités en train de bâtir une œuvre de façon totalement opposée, Cézanne en l’élaborant dans un paroxysme de souffrance et de négation, Zola en épousant les soucis et les incompréhensions de son époque et en essayant d’y remédier et d’en rendre plus visible les inégalités et les scandales ; l’un enfermé en lui-même, victime de son génie incompris, l’autre en captant  les ondes d’actualité d’un art qu’il cherche à renouveler et dont il subit les aléas avec une évidente lucidité. De ce dialogue, empli de contradictions, qui traverse leur vie, de leur enfance à leur maturité, Danièle Thomson nous donne une version pleine d’orages et d’images sublimes due à la caméra inspirée de son directeur de photos Jean-Marie Dreujou qui sait harmoniser les scènes et nous les restituer dans une sorte de re-création subtile et colorée de l'époque, époque où les femmes  semblent sortir tout droit d’une toile de Degas ou d'Auguste Renoir, magnifique succession de scènes travaillées avec talent. Les dialogues crus et émaillés de tous les jurons du répertoire peuvent parfois un peu agacer, mais la cinéaste conduit cela avec  maestria, les flashes-back offrent un narratif moins linéaire et d’ailleurs les dates sont toujours indiquées de façon à ce que le spectateur ne perde pas le fil de l’histoire. Un film qui rend sensible les douleurs multiples des génies, les souffrances de la création, les doutes, les vies menées à hue et à dia sur cette ligne infiniment ténue qui est celle de l’homme en proie aux vertiges de son inspiration. Les acteurs sont magnifiques, les femmes belles, on y aperçoit Sabine Azéma toujours pleine de grâce, et le film est une heureuse surprise. Une très heureuse surprise après celle toute récente de "Frantz" de François Ozon. Le cinéma français reprend des couleurs grâce à eux.

 

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 10:01
Frantz de François Ozon


1919 - le film s’ouvre sur le calme d’une bourgade allemande endeuillée par la guerre, où une jeune fille (Paula Beer) vient chaque jour fleurir la tombe de Frantz, son fiancé mort au front. Le reste de ses journées, elle les passe à consoler ceux qui auraient dû devenir ses beaux-parents et qui la considèrent comme leur fille. L’arrivée d’Adrien, soldat français tout juste démobilisé (Pierre Niney), va complètement bouleverser leurs vies. Cet opus de François Ozon s’inspire d’une pièce de Maurice Rostand, plaidoyer pacifiste rédigé peu après la fin des hostilités et le traité de Versailles, et qui fut porté à l’écran par Ernst Lubitsch en 1932 dans « L’homme que j’ai tué ». Ozon s’éloigne du canevas formel pour donner à son film une dimension autre et broder sur le sujet une page très personnelle, un mélodrame traité d’une façon classique et élégante, d’une belle rigueur où la philosophie s’imprègne de celle d’un Cioran, soit que la vie n’est jamais qu’une balade fébrile au bord d’un abîme.

 

 

Ozon a choisi le noir et blanc et la langue allemande pour nous conter l’histoire de ce soldat français venu se recueillir sur la tombe d’un soldat germanique qu’il aurait connu à Paris. Invité chez les parents de ce jeune Frantz, il raconte comment il a partagé avec lui des souvenirs de jeunesse, des cours de violon et des visites au musée du Louvre où une toile de Manet « Le suicidé » les interpellait l’un et l’autre. Bientôt les parents malheureux voient en lui un fils de substitution et, malgré les remous que provoquent sa présence dans la petite ville allemande mal remise de sa récente défaite et de ses nombreux morts, la sympathie qu’ils portent à cet ennemi d’hier redonne soudain un sens à leur vie. Je ne dévoilerai pas la suite du film qui tourne autour des thèmes admirablement traités du mensonge, de l’imposture, du remord et de la difficile réconciliation entre des peuples qui se sont déchirés avec une telle violence.

 

 

Ozon a su user, pour nous conter cette histoire sombre, d’une imagerie délicate, d’une reconstitution d’époque subtile et soignée et d’une mise en scène extrêmement fluide, juste éclairée, par moments, de quelques notes de couleurs chargées de nous prouver que l’espérance demeure. La jeune Paula Beer est délicieuse de fraîcheur dans le rôle d’Anna, meurtrie par son deuil récent mais animée d’une vie où se devine toute la grâce d’un amour renaissant, tandis que Pierre Niney est un Adrien Rivoire dont les séquelles de cette guerre ne parviennent pas à se cicatriser et qui traverse ces lendemains en état de choc permanent. Il donne à son personnage meurtri une dimension d’un tragique presque hallucinatoire et une ferveur qui ne se dément pas. Une prestation que certains jugeront peut-être excessive et que je considère personnellement comme une introversion remarquable de rigueur et de véracité. Malgré quelques faiblesses vers la fin où une certaine lenteur ou langueur nuit à la rigueur du narratif, Ozon réalise là son film le plus abouti.  

 

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 11:16
Le septième juré de Georges Lautner


L’auteur  des « Tontons flingueurs » aborde avec cet opus, inspiré du roman de François Didelot que Bernard Blier lui avait proposé de porter à l’écran, un drame où la justice accuse sans vergogne un innocent d’un geste crapuleux et ignoble, celui d’avoir étranglé sa petite amie pour de l’argent. Le motif peut sembler recevable à une société qui entend ne pas mélanger les torchons et les serviettes et continuer à ronronner dans un apparent confort matériel et moral. Or, la vérité est tout autre. Ce crime a été commis par l’un des notables de la ville, un certain Duval, pharmacien installé depuis des années et dont la notoriété de tranquille mari et père de famille ne peut être mise en cause. C’est néanmoins lui qui commet le forfait dans un élan de folie inexpliqué, en découvrant, à la suite d’un déjeuner bien arrosé, une jeune fille endormie à moitié nue sur une petite plage au bord d’une rivière, non loin de son domicile, ce qui va éveiller en lui une pulsion subite. Alors qu’il tente de l’embrasser, la jeune fille se débat et, pris de panique, le pharmacien l’étrangle et revient prendre sa place auprès de l’ami avec lequel il a banqueté en ce paisible dimanche, ami qui a eu la bonne idée de s’assoupir, ce qui est pour l’auteur du crime un alibi en béton. Mais voilà que ce notable, magistralement interprété par Bernard Blier, est choisi pour être le septième juré lors de ce procès qui parait jugé d’avance. C’est alors que tout se corse. En effet, le pharmacien est progressivement envahi par le doute et le remords et va tenter d’innocenter le malheureux jeune homme, sans s’accuser pour autant.

 

 

Film atypique et intelligent, « Le septième juré »  est une histoire tragique, admirablement écrite, où l’on suit l’évolution progressive de Grégoire Duval, peu à peu  rattrapé par le souci de remettre en ligne de perspective la réalité et la cohérence des choses. Davantage que la moralité, c’est le sens du réel qui le tourmente. La vie ne peut reposer sur l’extravagant, le saugrenu, l’inepte. Et cette petite société bourgeoise, rancie dans ses prérogatives et ses accommodements, pas davantage que les autres. D'autant plus et d'autant mieux, qu’un certain nombre de preuves accablent le malheureux Sylvain Sautral, l’amant de la jeune femme assassinée, qui s’était éloigné d’elle un moment pour aller acheter des cigarettes.

 


Georges Lautner a pris l’astucieux parti d’ajouter une voix off qui nous permet de ressentir les impressions de Grégoire Duval et de suivre le lent processus qui va l’amener à sauver la peau de l’accusé. Ces interventions précises et irréfutables vont confondre les accusateurs et les contraindre à relâcher le malheureux jeune homme dans la nature. Pour autant, il ne restera pas moins l’accusé de la petite ville qui ne peut se contenter de ce non-lieu. Il lui faut un assassin à tout prix afin d’assouvir sa bonne conscience et celui-ci, ce libertin un peu marginal, est le candidat idéal.

 

 

Les choses vont se compliquer encore lorsque Grégoire Duval se met en tête de se dénoncer. Pas question que le pharmacien vienne noircir le tableau béat d’une petite ville en tous points conforme à la moralité et à la bienséance. Sa femme qui, depuis longtemps, soupçonne sa culpabilité, va arranger les choses, aidée en cela par les nantis que ce drame menace fatalement. Plutôt qu’assassin, c’est comme fou que l’on enferme le pharmacien Duval, de façon à ce que la morale soit sauve. Les dialogues de Pierre Laroche sont d’une grande justesse et sonnent l’hallali avec une confondante précision. Les joutes verbales valent à elles seules le visionnage de cet opus passionnant et admirablement interprété. Tous les protagonistes seraient à citer dont Francis Blanche dans le rôle du procureur général. L’autre qualité du film est sa critique  fine et subtile d’une bourgeoisie provinciale quasi assurée de sa toute puissance et qui ne peut envisager un instant de se remettre en cause. A tout honneur, tout déshonneur. Ce film est une grande réussite. Et le noir et blanc le sert à merveille. On comprend que Georges Lautner considérait « Le septième juré » comme son film le plus abouti.

 

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 08:54
Genius de Michael Grandage

Maxwell Perkins (Colin Firth), éditeur à New-York, a le don pour flairer les grands auteurs. Il publie Francis Scott Fitzgerald, puis Ernest Hemingway. Un jour, le jeune Thomas Wolfe (Jude Law) franchit sa porte avec un imposant roman qui a été refusé par tous mais qui semble bien marqué du signe du génie. Une amitié inattendue va naître entre ces deux hommes qu’une seule chose rassemble : l’amour des mots.

 

 

Une histoire vraie que Michael Grandage conte sans innover mais avec une sensibilité de bon aloi. Si Jude Law a tendance à cabotiner en interprétant cet écrivain torrentiel et insupportable, histrion non dénué de génie qui stigmatise les écrivains tourmentés, Colin Firth est, comme à son habitude, d’une grande sobriété et joue avec beaucoup de naturel un homme déchiré entre sa vie privée et son métier d’éditeur qu’il assume comme un sacerdoce. Ce film est en quelque sorte un hommage à l’art littéraire, à la puissance poétique des mots qui transfigure le réel et nous donne à voir un monde où l’exigence est toute entière focalisée sur la transmission et la transposition. Un régal. 

 

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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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