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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:24

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Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, voici le récit des destinées sentimentales de trois soeurs qui vont vivre des amours contrariées dont certaines finiront bien, dans une campagne solitaire où elles demeurent avec leur mère Madame Dashwood après la mort de leur père, dont l'entière fortune est revenue à son fils, né d’un précédent mariage. A la suite de ce douloureux événement et à la conduite de la belle fille, une peste qui leur rend la vie dure, mère et filles décident de partir poursuivre une existence plus digne, mais fatalement plus restreinte financièrement, dans une demeure du Devonshire. Mais l’éloignement de la ville et leur modeste train de vie font craindre à la mère que ses filles ne puissent trouver un mari digne de leur rang social.

 

S’inspirant du roman éponyme de Jane Austen,  Emma Thompson a bâti un scénario solide, admirablement mis en scène par  Ang Lee,  qui a ciselé un film délicat, servi par des décors et costumes raffinés. On assiste, tout au long de cet ouvrage, cousu à petits points, au duo formé par les deux soeurs aînées, Elinor interprétée par la merveilleuse Emma Thompson qui n’est jamais si belle que lorsqu’elle cherche à s’enlaidir, et Marianne, la cadette, campée par Kate Winsle  tout aussi juste, la première privilégiant la raison, la seconde se laissant emporter par son romantisme passionné.

 

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Adaptation si réussie du roman de Jane Austen qu’elle a collectionné les récompenses en 1996, au moment de sa sortie en salles, notamment l’Ours d’Or de Berlin, le Golden Globe du meilleur scénario et l’Oscar de la meilleure adaptation. Ces prix mettent l’accent sur le remarquable travail d’Emma Thompson qui a su adapter le roman en trouvant le bon équilibre entre texte et transposition cinématographique. On perçoit le regard ironique que la romancière posait sur ses contemporains, la vivacité et la fraîcheur des sentiments exprimés admirablement par le jeu des acteurs.  Hugh Grant trouve dans le personnage d’Edouard, soupirant maladroit et confiné dans une position difficile, l’un de ses plus beaux rôles. D’autre part, l’élégance très classique de la mise en scène et la subtilité des situations nous assurent un plaisant moment de cinéma.

 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 12:26

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Daniel Day-Lewis vient d'entrer dans le livre des records en obtenant pour son rôle dans Lincoln son troisième Oscar. Ce n'est pas tout à fait un hasard quand on sait le perfectionnisme qui le caractérise et le peu d'apparition qu'il s'autorise sur les écrans, de façon à mieux s'immerger dans ses personnages et à ne les choisir qu'avec circonspection. Cet acteur à l'abord difficile, peu enclin aux épanchements, fuyant les shows médiatiques, né à Londres en avril 1957, est d'origine irlando-britannique et réputé comme le comédien le plus sélectif qui soit, avec seulement cinq films à son actif entre 1998 et 2010. Chacune de ses apparitions le mobilise si intensément qu'il entreprend à chaque fois les recherches nécessaires et méticuleuses pour être en mesure de les incarner selon ses exigences. Ce fut le cas pour Lincoln, rôle qu'il refusa dans un premier temps, avant de l'accepter après avoir mûrement réfléchi à la façon d'entrer dans la peau de cet homme d'état, lisant tout ce qui le concerne, jusqu'au plus infime détail, ce qui a permis à un critique d'écrire : Day-Lewis ne joue pas Lincoln, il est Lincoln.

 

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Après une enfance chaotique, ses parents l'envoient dans un internat privé pour pallier à son indiscipline et c'est là qu'il découvrira les trois activités qui le captiveront le plus par la suite : le travail du bois, la pêche et le métier d'acteur, ce qui ne l'empêchera pas, après la mort de son père en 1972, d'être interné dans un hôpital psychiatrique à la suite d'une overdose médicamenteuse. Rentré dans le rang, et alors qu'il excelle déjà sur la scène du "National Youth Theatre", il choisit de devenir ébéniste, mais son manque d'expérience lui vaut d'être refusé à un stage d'apprenti. C'est alors que, très déçu, il emprunte la voie du théâtre après avoir vu Robert de Niro dans Taxi Driver  en 1976. Inscrit au "Bristol Old Vic", il en suit l'enseignement pendant trois ans qui seront suivis d'interprétations sur les scènes de Londres et de Bristol et intègre par la suite la troupe de la "Royal Shakespeare Company" pour des oeuvres comme Roméo et Juliette et Le songe d'une nuit d'été. Ce n'est qu'en 1987 qu'il endosse le rôle principal dans L'insoutenable légèreté des choses  au côté de Juliette Binoche. Pour cela, il ira jusqu'à apprendre la langue tchèque et se refusera à quitter son personnage entre les prises de vue. C'est dire le souci maniaque qu'il entend consacrer à chacun de ses rôles. Désormais, il va alterner film et pièce, travaillera à l'adaptation de Hamlet, mais un malaise étrange, survenu au cours d'une répétition, l'éloigne à jamais du théâtre au profit du 7e Art.

 

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Il obtient son premier Oscar avec My left Foot  de Jim Sheridan en 1989, où il est le poète irlandais infirme Christy Brown et, pour s'imprégner de son personnage, passe des mois dans un fauteuil roulant afin d'avoir un aperçu réaliste de ce qu'avait été la vie de cet homme, surprenant  l'équipe du film par ses excentricités.

 

En 1992, trois ans après l'Oscar, il collabore pour la première fois à une réalisation du cinéaste Martin Scorsese, face à la ravissante Michelle Pfeiffer. Ce sera Le temps de l'innocence qui l'incitera à se promener pendant deux mois vêtu des costumes de l'aristocratie de l'époque avec haut de forme et chemise à jabot. Ensuite, il entreprend de jouer dans Au nom du père de Sheridan, rôle pour lequel il prend plusieurs kilos, suivi de La chasse aux sorcières, un opus  inspiré de la pièce Les sorcières de Salem, puis, de nouveau, avec Sheridan pour The Boxer, ce qui nécessitera de sa part un entrainement de plusieurs mois  à ce sport, avant de s'absenter cinq années durant en Italie, où il renoue avec son ancienne passion pour l'ébénisterie.

 

En 2003, au retour de son exil italien qu'il n'expliquera jamais, il tourne avec Scorsese le film historique Gangs of New-York. Il y campe un inquiétant Bill le boucher dans le New-York du XIXe siècle. Et poursuit avec The Will Be Blood  de Paul Thomas Anderson en 2007. Son interprétation hallucinée de ce personnage maléfique et sombre lui vaudra son second Oscar, auquel s'ajouteront le Golden Globe et le BAFTA et l'unanimité d'une critique enthousiaste. Ainsi rejoingnait-il, dans la cour d'honneur des acteurs les plus récompensés, les Brando et Nicholson. Aujourd'hui, couronné par un troisième Oscar, il reste néanmoins derrière Katherine Hepburn qui détenait 4 statuettes. Mais Daniel Day-Lewis n'a sans doute pas dit son dernier mot. Avec un acteur de cette envergure, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

 

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 11:50

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Voilà un film qui respire la bonne santé, de ces comédies bien ficelées, bien argumentées avec des dialogues qui font mouches et des interprètes très attachants menés par un Gérard Lanvin au sommet de sa forme, et qu'on ne regrette pas d'avoir vu pour la simple raison qu'il ne nous inflige pas une seconde d'ennui et  n'est pas sans rappeler avec bonheur les comédies aigres-douces d'un Claude Sautet. Oui, c'est sain, probe, sympathique, sans prétention excessive, sinon celle de nous raconter une belle histoire d'amitié entre trois hommes qui, au final, ne partagent pas grand chose, sinon le plaisir de se retrouver, de partager une table bien garnie et des vins gouleyants aussi légers et agréables que l'opus qui nous est servi. Oui, un film qui vous met de bonne humeur, ne révolutionnera certes pas le 7e Art mais a le mérite de ne céder ni à la vulgarité, ni aux clichés racoleurs et vous délivre une bonne dose  de sincérité et de tendresse, ce qui n'est déjà pas si mal. Dommage que le titre soit convenu et aussi plat, ce qui explique que j'ai mis trois semaines avant de me décider à entrer dans la salle. Oui, regrettable que sur ce plan-là les réalisateurs n'aient pas eu davantage d'inspiration. Le film aurait gagné à avoir un titre plus explicite sur le sujet qu'il aborde, soit la variation des humeurs, la pudeur des émotions, la difficulté des rapports humains, les aléas de l'amitié, enfin les heures de grâce et de disgrâce des sentiments. A part cette maladresse  et une mise en scène trop conventionnelle, le film est une agréable bonne surprise.

 

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Les réalisateurs Stéphane Archinard et François Prévôt-Leygonie ont tout simplement porté à l'écran la pièce de leur composition qui, voici une dizaine d'années, avait recueilli un vif succès sur la scène et qui, transposée sur pellicule, n'a rien perdu de sa saveur, surtout qu'elle bénéficie d'une interprétation  de tout premier ordre avec un Gérard Lanvin en père poule divorcé particulièrement savoureux, fort en gueule et grand coeur aux prises avec les pieux mensonges de son entourage et dont les bons sentiments et les convictions sont mises à mal ; un Jean-Hugues Anglade, écrivain en panne d'inspiration qui va la retrouver en tombant amoureux de la fille de son meilleur ami, enfin un Wladimir Yourdannof libraire qui se replonge dans la politique à la faveur des législatives pour assouvir une vengeance sentimentale, enfin Ana Girardot séduisante jeune  fille trop couvée par un père tendre et tyrannique qui, à la veille de son grand oral de normal-sup, découvre qu'elle est éprise d'un quinquagénaire qui a pour autre inconvénient majeur d'être un ami de trente ans de son père. Ces personnages vont nous entraîner dans un plaisant marivaudage viril ou, plus que l'amour, c'est l'amitié qui brise les coeurs et ouvre les esprits. Tout cela est bien conduit  grâce à un scénario solide, des dialogues cousus main et tellement naturels dans la bouche des acteurs qu'on a l'impression qu'ils improvisent. Un travail très honnête qui semble avoir conquis un large public avec des moments touchants, des tendresses inattendues, quelques envolées à l'intention d'une gauche caviar volontiers moralisatrice, quelques lieux communs bien sûr mais qui ne parviennent pas à ternir un film d'excellente facture. Et cerise sur le gâteau, "Amitiés sincères " n'est pas sans évoquer les années 70-80 où il n'y avait pas de honte à avoir des principes, des convictions, un certain respect de l'ordre établi, un clin d'oeil que j'ai apprécié. Un film que l'on peut revoir sans ennui.

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 11:05

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"Il faut que le cinéma soit clair, parce que tout le reste ne l'est pas. Les passions, les sentiments, la vie, rien n'est clair."


Manoel de Oliveira

 

Le cinéma portugais, privé d'infrastructures solides, se cherche depuis plus de vingt ans avec des succès divers mais une originalité incontestable. La révolution des oeillets a toutefois permis au pays de se doter d'un système d'aide à la production qui verra l'éclosion d'une nouvelles génération de réalisateurs au seuil des années 1980. En effet, le Portugal, au temps de Salazar, avait  bien peu encouragé le 7e Art, d'où un retard considérable comparé aux autres pays européens. Seule exception, la fondation de la "Tobis Portuguesa" en 1932 qui avait donné naissance à des comédies populaires d'un certain charme. Après les sombres années 1950, un renouveau se fait alors sentir, grâce au producteur Antonio da Cunha Telles. Les deux premiers films de Paulo Rocha  "Les vertes années" ( 1963 ) et  "Changer de vie" ( 1966 ) prouvent que le cinéma portugais n'a pas totalement été tenu à l'écart du renouveau cinématographique qui traversait l'Europe. La longue carrière de Manoel de Oliveira, plus que centenaire aujourd'hui, résume à elle seul ce cheminement cahotique, le cinéaste s'empressant de porter sur les fonds baptismaux une oeuvre d'une radicale modernité, éclectique, voire même excentrique qui entendait initier l'avenir du 7e Art portugais. Né en 1908, originaire de Porto, Oliveira tourne un premier documentaire en 1930 Douro Faina Fluvial, puis un film pour enfants "Aniki-Bobo" en 1942, avant de s'attaquer, dans les années 1970, à un long métrage avec "Le passé et le présent", suivi de  "Benilde ou la Vierge Mère", puis de  "Amour de perdition"  en 1978, son chef-d'oeuvre, adaptation du roman de Camilo Castelo Branco qui sera accompagnée d'une réflexion sur cet auteur que le cinéaste vénère "Francisca" ( 1981 ) et, enfin, par le remarquable "Jour du désespoir" ( 1998 ) où il mêle mélodrame et rigueur à la Dreyer et impose définitivement son style.

 

La découverte au Festival de Cannes 1981 de "Francisca" contribuera à la renommée d'Oliveira qui enchaînera ensuite film sur film et, dans la foulée,  ne manquera pas de focaliser l'intérêt d'un public peu sollicité jusqu'alors par la production portugaise.

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Chacun d'eux est un défi lancé au cinéma afin d'en reculer les limites. Défi à la littérature également quand il adapte la pièce de Claudel "Le soulier de satin" en 1985 et à l'histoire de son pays lorsqu'il ose un opus sur la déchéance de l'empire colonial avec  "Non ou la vaine Gloire de commander" en 1990. Par la suite, avec la complicité de la romancière Augustina Bessa-Luis, Oliveira se mesurera également à Madame Bovary de Gustave Flaubert, transposant l'oeuvre dans le monde viticole de la province de Porto, cadre provincial idéal, à la fois contemporain et décalé, propice au contraste entre bourgeoisie rurale d'affaires et ouvriers agricoles. Le film, dont le titre est "Le Val Abraham", se révèlera d'une grande sensualité, porté par une caméra qu'aimante la beauté lumineuse de l'actrice Leonor Silveira. ( voir photo en haut  ) 

 

C'est à cette époque-là qu'un Paulo Rocha revient en force avec  "L'île des amours" ( 1982 ), évocation de l'écrivain Wencesclau de Moraes, fasciné par le Japon, tandis qu'Antonio Reis et Margarita Cordeiro marquent les esprits avec "Ana" ( 1982 ). N'oublions pas de mentionner que l'on doit  à ce couple, en 1978,  le plus beau film sur la révolution portugaise "Tras os Montes", révolution telle qu'elle fût perçue dans les régions reculées.

 

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Une nouvelle génération arrive à son tour et se résume à trois noms. Tout d'abord Joao Botelho, avec "Conversa Acabada" ( 1981 ) qui met en scène deux écrivains portugais Fernando Pessoa et Mario Sa-Carneiro, et le très émouvant "Un adieu portugais" ( 1985 ) sur la fin des guerres coloniales en Afrique. Ensuite Joao Cesar Monteiro, influencé par la maître Oliveira et qui s'en libère en inventant le personnage de Jean de Dieu, mélange de Nosferatu pour l'apparence physique et de von Stroheim pour l'obsession sexuelle. Il lui donne vie dans "Souvenirs de la maison jaune" ( 1989 ), "La comédie de Dieu" ( 1995 ), "Les Noces de Dieu" ( 1999 ) et "Va et vient" ( 2003 ). Ces films sont centrés sur le héros Jean de Dieu, à l'érotisme pervers, qui séduit les jeunes employées de la boutique de glaces et sorbets qu'il dirige à Lisbonne, petits commerce qui s'avère une métaphore du Portugal, personnage qui collectionne leurs poils pubiens et les  consigne dans son "Livre des pensées". Beaucoup d'humour anime ces oeuvres bercées par la beauté des visages des jeunes filles, l'art du portrait en gros plan et  un goût maniaque du cérémonial érotique qui n'est pas sans rappeler les accents du cinéma d'un Erich von Stroheim ou d'un Luis Bunuel. Quant au troisième cinéaste, il  n'est autre que Pedro Costa, réalisateur exigeant à qui l'on doit "O Sangue" ( 1989 ), "Ossos" ( 1997 ) et "Dans la chambre de Vanda" ( 2000 ), peinture de la misère qui, toutefois, évite habilement de sombrer dans le misérabilisme.

 

Aujourd'hui des films sulfureux et étranges comme "O Fantasma" ( 2000 ) et "Odete" ( 2004 ) de Joao Pedro Rodrigues laissent perplexe mais semblent plaire à un certain public. Alors...

Sources : Laurent DELMAS

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 10:58

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Né en juin 1941 à Leicester, Stephen Frears, après de solides études, débute sa carrière cinématographique comme assistant de Karel Reisz. Il réalise son premier film Gumshoe en 1970, mais c'est  My beautiful Laundrette, en 1985, qui le révélera au grand public. Par la suite, il ne va plus cesser de diversifier ses sujets et d'attacher une grand importance à la rédaction de ses scénarios qu'il travaille lui-même avec une précision maniaque. Son expérience de la télévision fait qu'il est aussi à l'aise dans la vérité documentaire, la reconstitution d'une époque, le thriller comme dans The Hit  ou le constat social à la manière d'un Ken Loach. Cette diversité, qui le caractérise, n'est dûe qu'à une chose : Frears entend être un cinéaste libre et ne se fier qu'à son instinct et à ses désirs.  De même qu'il alterne les films à budget modeste aux grandes fresques, passe sans transition de la splendeur vénéneuse des Liaisons dangereuses  à la verve des Arnaqueurs.

 

Mieux il ose les mélanges audacieux, ainsi le métissage du film noir et du western dans The Hi-Lo Country ou de psychanalyse et d'horreur avec Mary Reilly. On perçoit sa jubilation de la mise en scène, son goût du détail, les changements de ton, le réalisme, ainsi le Londres des années 1970 dans Prick Up Your Ears ou l'Amérique des années 1980 dans High Fidelity, sans que Stephen Frears ne cède jamais au simple travail illustratif. A chaque fois, il fait en sorte de trouver le style adéquate, le réalisme  qui sert le mieux son thème. Ce sera le cas avec The Queen  en 2006 interprétée par la merveilleuse Helen Mirren ou, en 2005, avec Mme Henderson présente, véritable réussite, finement ciselée, chronique du music-hall anglais sous le blitz et mélange d'ironie et d'émotion qui symbolise admirablement l'art très personnel de ce grand cinéaste. Enfin, il vient d'abattre une carte conséquente avec son très réussi "Philomena" qui a tous les atouts pour être un des films marquants de l'année 2014.

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:18

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Deux aristocrates brillants et spirituels, la marquise de Merteuil et le séduisant Vicomte de Valmont, signent un pacte d'inviolable amitié à la fin de leur liaison. C'est au nom de celui-ci que la marquise demande à Valmont de séduire la candide Cecile de Volanges qui doit prochainement épouser son ex-favori, M. de Bastide. Mais Valmont a entrepris de séduire la vertueuse Mme de Tourvel.

 

Adapter un chef-d'oeuvre de la littérature en film projeté sur grand écran, soit transposer en images la beauté des phrases, est toujours un pari dangereux, mais il faut reconnaître à Stephen Frears de l'avoir accompli brillamment et d'offrir au 7e Art un bijou facetté avec virtuosité et délicatesse, donnant aux images la fraîcheur et la grâce des merveilleuses toiles d'un Boucher, d'un Fragonard ou d'un Watteau. Christopher Hampton, qui a conçu l'adaptation, a su conserver l'essentiel du texte, sans que la transposition ait trop à souffrir de passer des propos épistolaires aux dialogues. " Ce qui m'intéresse chez les personnages de Laclos, c'est la vérité des sentiments et leur actualité. Et puis resserrer les images sur les couples, c'est privilégier la spontanéité. Les plans larges donnent un effet guindé, culturel, historique, que je veux absolument éviter. Pour la même raison, j'ai préféré des comédiens américains aux comédiens anglais. Les Anglais ont un jeu formel, les Américains, émotionnel. " - disait Frears au moment de la sortie du film en 1989.


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Tourné au château de Neuville, dans un décor digne des plus belles pages du XVIIIe siècle, ce long métrage ne laisse rien au hasard  : mise en scène soignée et élégante où tout est voué au culte du raffinement et de la beauté et, ce,  au service d'une société privilégiée qui a fait du désir et du plaisir l'essentiel de sa vie. Mais dans cette fable cruelle où la séduction se pratique comme l'art de la guerre, les illusions des sens vont bientôt laisser place aux désillusions des sentiments, si bien que le vicomte finira par céder à l'amour et la marquise de Merteuil à la jalousie et au déshonneur. Les deux principaux personnages sont interprétés par des acteurs de premier plan : Glenn Close, magnifique marquise qui semble invulnérable tant elle exerce sur elle-même une maîtrise qui ne semble pouvoir être jamais ébranlée et qui, néanmoins, le sera. Quant à John Malkovitch, en prince des alcôves et démon de la stratégie, il est tout simplement terrifiant de perversité  et trouve là un de ses meilleurs rôles. Le film doit beaucoup à leur présence maléfique et à leur beauté hautaine. A leurs côtés, l'adorable Michelle Pfeiffer est une Madame de Tourvel fragile et délicate, un véritable petit Saxe que le vicomte va se plaire à briser entre ses doigts et dont la douleur est rendue de façon bouleversante par la jeune actrice. Victime consentante de ce jeu élaboré cyniquement par le couple maudit Merteuil/Valmont, elle sera toutefois celle grâce  à qui la morale sera sauve : la marquise tombera enfin de son piedestal et Valmont se laissera tuer en duel.

 

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Réussite indiscutable, ce film d'époque n'en reste pas moins d'actualité. Il y a aujoud'hui encore dans notre société permissive des Valmont qui savent user et abuser des autres afin d'assouvir leur volonté de puissance et de séduction, et des Madame de Merteuil prêtes à toutes les compromissions pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs vanités. Oui, le monde n'a guère changé, sinon que le décor et les toilettes, le raffinement des objets, la grâce des coloris sont rarement à ce niveau d'élégance. Et surtout que la belle langue française n'est plus parlée et écrite  à ce degré de perfection. Il y  a eu depuis lors beaucoup de relâchement ... Au final, nous n'avons conservé au XXIe siècle que le plus mauvais : la privauté des moeurs.

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 11:18

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Jerry Lewis, de son vrai nom Joseph Levitch, est un humoriste, acteur, producteur et réalisateur de cinéma, né le 16 mars 1926 à Newark dans l'État du New Jersey, aux États-Unis. Considéré comme un pitre sans ambition, c'est en France qu'il va véritablement rencontrer un public. Plus qu'aux burlesques, c'est à un grand clown qu'il fait penser par la construction en scènes et épisodes successifs de ses scénarios. Ce rapprochement inclut également la dimension existentielle et tragique du personnage qu'il incarne et qui ne le réduit jamais à un faiseur de grimaces.

 

Issu d'une famille de comédiens de tradition juive, Joseph Levitch commence sa carrière dans les cabarets et forme bientôt avec Dean Martin un duo comique très populaire dans les années 50. L'intervention d'un cinéaste, du nom de Frank Tashlin, va susciter progressivement l'intérêt que Jerry  prend  pour la mise en scène. Le réalisateur, quant à lui, s'empresse de réunir sur la pellicule les deux inséparables Martin/Lewis, supputant la veine comique qu'il entend exploiter. Hélas, au fil du temps, la séparation va se révéler inéluctable, chacun  des deux acteurs aspirant à poursuivre sa carrière en solo, et Lewis ne rêvant plus que de devenir l'auteur complet de ses films.

 

Le Dingue du palace en 1960 impose son style de scénariste : une situation, un décor et une suite de saynettes qui tiennent du court métrage et qui, en s'alignant, modifient continuellement la situation et le personnage jusqu'au dénouement. En règle général, le héros souffre d'un complexe qu'il finira par surmonter, mais à quel prix !

Lewis a réalisé 13 films dont les meilleurs se situent au début des années 60. L'ensemble constitue un discours sur la beauté intérieure, bien supérieure à la beauté extérieure qui est faite pour disparaître, alors que l'autre a le pouvoir de résister au temps... Ce sera le cas dans Dr Jerry et Mr Love, son oeuvre maîtresse où le héros finit par conquérir sa propre autonomie. La démarche est certes dangereuse puisque la progression du personnage vers la "normalité" s'accompagne immanquablement de la perte progressive du comique dont il était porteur. Parfois Jerry Lewis n'hésite pas à flirter avec le fantastique - la femme chauve-souris par exemple dans Le tombeur de ces dames. Par son goût pour le décor féerique coloré et brillant, il n'hésite pas davantage à pointer du doigt une certaine esthétique américaine. Il se dégage de ces opus une sorte de jubilation, ainsi le jeu avec le gigantesque décor de l'hôtel, en coupe comme une maison de poupée, dans Le tombeur de ces dames (1961). Lewis a d'autre part tendance à remplacer les gags attendus par des instants de contemplation esthétique ( la danse du couple de laiderons dans Jerry souffre-douleur ) ou par des pastiches qui fonctionnent grâce à l'ingéniosité de la mise en scène ( les différents oncles dans Les Tontons farceurs et la parodie du film d'espionnage dans Jerry la grande gueule ).

 

Plus tard, en abordant la seconde guerre mondiale avec Ya ya mon général  en 1970 et avec l'inédit  Le jour où le clown pleura, Lewis désirait s'engager dans l'héritage chaplinien, mais le public refusa de le suivre et sa carrière s'acheva ainsi sur une voie de garage, ce qui fait de lui définitivement le clown triste du Jour où le clown pleura.

 

Pour consulter la critique du film Docteur Jerry et Mister Love, cliquer   ICI

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 09:52
HAPPINESS THERAPY de DAVID O. RUSSEL

     
Le film, inspiré d'un roman de Matthew Quick, commence alors que Pat Solatano, trente ans, sort de huit mois d'hôpital psychiatrique pour avoir tabassé l'amant de sa femme, un professeur d'histoire surpris avec elle sous la douche, dans sa propre maison. Ayant tout perdu, maison, travail, épouse, il revient vivre chez ses parents, tous deux assez mal lotis par le sort, son père, sans situation, se plaîsant à parier sur des matchs de foot afin de tenter de gagner un peu d'argent et d'ouvrir un restaurant, sa mère passant la plus grande partie de ses journées à préparer des petits plats pour régaler les copains de passage. Invité par des voisins, Pat va faire la connaissance de Tifany, une très jeune veuve qui vient d'être virée de sa boîte, parce qu'elle assume trop bien la part érotique de sa personnalité et a couché avec tous les hommes et femmes de son business. Ne parvenant pas à mettre Pat, dès le premier soir dans son lit, la jeune femme va tout faire pour le convaincre de participer avec elle à un concours de danse et, pour y parvenir, car le supposé partenaire se montre récalcitrant, lui proposer de le mettre en relation avec sa femme par le truchement d'une lettre qu'il lui écrirait. Appâté par cette proposition, le supposé participant va accepter le défi. Dès lors, le décor planté, le long métrage ne va pas mettre moins de deux heures pour nous livrer son message qui n'est autre que celui-ci : nous sommes tous les victimes de notre propre folie... En voilà d'une découverte !

 

 

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Dans la banlieue de Philadelphie où  il se  déroule, il est vrai qu'il ne se passe pas grand chose. En dehors du foot, des réunions entre amis pour discuter et parier sur les joueurs, les petits plats mijotés par madame Solatano, c'est la platitude absolue, un monde où chacun vit sa propre démence dans un désert psychologique et culturel total. L'opus ne fait d'ailleurs rien d'autre que de pointer du doigt ce vide abyssal et cette déchéance progressive où plonge une Nation qui ne semble plus avoir ni repère, ni ambition, ni perspective. Si bien que les troubles obsessionnels et compulsifs sont le lot de chacun. Voilà ce que ce film met deux longues heures à nous démontrer, recourant pour cela à des images banales, des dialogues creux, au cours d'une action languissante qui se contente d'alterner les crises de nerfs successives des différents protagonistes. Passionnant ! Cette soi-disant thérapie du bonheur n'a certes pas fait la mienne, ni semble-t-il celle des spectateurs qui se trouvaient hier après-midi dans la salle. Car, quel est le but du metteur en scène David O. Russel, sinon de nous faire partager sa vision négative et bien peu comique du bipolarisme dans lequel plonge l'Amérique toute entière ? Fallait-il, pour nous en convaincre, ce film affligeant d'ennui où les acteurs eux-mêmes se répètent et qui est terni par le recours aux artifices les plus éculés. Malgré une rythme plus brouillon que convaincant, même un acteur aussi exceptionnel que Robert de Niro en perd le souffle et l'inspiration... La seule à sortir son épingle du jeu est, selon moi, Jennifer Lawrence qui nous séduit lors de quelques rares moments de charme véritable, surtout à la fin où, après une si longue attente, elle nous gratifie d'un court instant de grâce.

En conclusion, beaucoup de bruit pour rien.

 

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HAPPINESS THERAPY de DAVID O. RUSSEL
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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:58

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D'origine catalane, Jean VIGO est le fils d' Eugène Bonaventure de Vigo ( 1883 - 1917 ), un fervent militant anarchiste qui connaîtra la prison dès l'âge de dix-sept ans. Accusé d'espionnage dans l'affaire du Bonnet rouge ( journal qu'il avait fondé en 1913 ), Eugène de Vigo est retrouvé étranglé dans sa cellule dans des conditions qui restent assez obscures. La justice penchera pour le suicide et le petit Jean sera confié à la garde d'un parent de la branche paternelle. Commence pour lui huit années de pension dans des collèges et internats à Nîmes, Millau, Chartres où il doit porter un nom d'emprunt, parce qu'il est le fils du traite. De ces années difficiles et humiliantes, son oeuvre cinématographique va se nourrir. A l'automne 1925, Vigo s'inscrit à la Sorbonne pour une licence de philosophie et renoue avec sa mère. C'est alors qu'il est tenté par le 7e Art, jugeant qu'il lui sera  plus facile d'y exprimer la révolte qui le hante et de réhabiliter la mémoire de son père. Ses débuts sont décevants, d'autant que la tuberculose commence à le tourmenter. Assisté de l'opérateur Boris Kaufman, il entreprend sans moyens financiers  A propos de Nice. Le film s'inscrit dans la mouvance revendicatrice de l'époque et attire sur lui l'attention, sans lui valoir pour autant la notoriété. Néanmoins, Vigo est convié à participer au IIe congrès international du cinéma indépendant de Bruxelles ( 1930 ) où il se fait de nouveaux amis et trouve de précieux soutiens ( Germaine Dulac, Henri Storck ).

 

Il obtient alors un contrat pour la réalisation d'un court métrage documentaire : La natation par Jean Taris ( 1931 ). A la suite de cette réalisation, il rencontre Jacques-Louis Nounez qui lui permet de tourner son premier long métrage Zéro de conduite ( 1933 ), malgré un budget modeste. Mais ce film sera mal accueilli par la profession et aussitôt interdit par la censure et L'Atalante, qui suivra ( 1934 ),  le sera tout autant. Au moment où les distributeurs remanient son film et le rebaptisent Le chaland qui passe, Vigo agonise des suites d'une septicémie. Il n'aura donc fallu à ce jeune cinéaste que deux courts métrages et deux longs pour imposer sa vision du monde empreinte d'une originalité sans précédent et pour bâtir une oeuvre originale qui inspirera les cinéastes de la Nouvelle Vague. Avec Vigo, le 7e Art s'impose aux autres arts comme une nécessité. "C'était un cinéaste né " - écrira Elie Faure, un créateur qui, ne trouvant pas sa place dans la société, l'avait trouvée sans peine dans le monde des arts.

 

Sources : Jean GILI

 

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L'ATALANTE de JEAN VIGO

 


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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:31

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Le jour où il revient de l’hôpital après une attaque cardiaque, l’avocat britannique Sir Wilfrid Robarts reçoit la visite de Leonard Vole, élégant homme sans le sou soupçonné du meurtre d’Emily French, une riche veuve brutalement assassinée quelques jours plus tôt. Quand il est révélé que Vole était l’unique bénéficiaire du testament de la victime, Sir Wilfrid cherche à contacter Christine, l’épouse du prévenu, dont le témoignage pourrait le disculper. Mais cette allemande mystérieuse, que Vole a rencontrée à Berlin, loin d’étayer le fragile alibi de son mari, se révèle être un témoin à charge.


A l’origine, The Witness for the Prosecution est une nouvelle qu’Agatha Christie écrivit en 1924 et qu’elle adapta, plusieurs décennies plus tard, pour la scène : la première de la pièce eut en effet lieu en octobre 1953 à Londres, avant d’être montée à Broadway l’année suivante. Devant le succès, les producteurs hollywoodiens ne tardèrent pas à s’y intéresser, d’abord L. B. Mayer, puis Gilbert Miller et, enfin, Edward Small, lequel remporta l’affaire avec l’aide d’Arthur Hornblow Jr. Les deux hommes confièrent la réalisation du projet à Sheldon Reynolds, réalisateur de télévision, mais face à l’ampleur de ce travail, se retournèrent vers Billy Wilder, qui  en  fera la réalisation que l’on sait.


Le tournage ne commença dans les studios Goldwyn qu’en juin 1957, Wilder ayant été entre-temps très occupé par le montage de Love in the Afternoon et par l’élaboration de multiples projets, dont la plupart ne virent jamais le jour. Bien que filmant Love in the Afternoon à Paris, Wilder avait dès août 1956 commencé à tourner quelques plans extérieurs de Witness for the Prosecution , avant même que le casting ne soit définitivement établi. Concernant le casting, et alors que Wilder préférait Kirk Douglas, Small et Hornblow avaient misé sur Tyrone Power. Souffrant de dépression, tant pour sa carrière déclinante que pour sa vie personnelle agitée, celui-ci déclina l'offre. On envisagea alors, pour incarner le couple Vole, une association Ava Gardner - Jack Lemmon, mais Wilder, qui avait, dès le départ, songé à son amie Marlene Dietrich, réussit à la convaincre d’endosser le rôle de Christine. Pour des raisons financières, Small et Hornblow se mirent alors à chercher des noms moins prestigieux, et on évoqua un jeune acteur britannique du nom de Roger Moore… Finalement, celui qui avait été leur premier choix, Tyrone Power, désormais moins dépressif et finalement emballé par le sujet, revint sur sa décision et accepta - contre un salaire faramineux de 300.000 dollars et un pourcentage sur recettes - un rôle qui s’avéra finalement être son dernier, puisqu’il mourut d’une crise cardiaque quelques mois plus tard. Enfin, pour une somme beaucoup plus modeste de 75.000 dollars, le troisième rôle  fut confié à Charles Laughton, dont Billy Wilder était l’ami. Ce troisième choix ré-orientera le travail de réécriture de Wilder et de Harry Kurnitz qui trouvaient la trame de la pièce intéressante, mais les personnages trop superficiels ; indéniablement, Laughton donnera du corps au personnage de Sir Wilfrid, assez différent de celui de la pièce. En effet, l’avocat pensé par Agatha Christie était solide, autoritaire et dynamique ; tandis que le Sir Wilfrid écrit par Wilder et composé par Charles Laughton nous apparaît, dès la première scène, comme un homme âgé, d’un grand esprit mais de santé fragile, qui revient de l’hôpital à la suite d'une attaque. Bien qu’il soit tenu de réduire ses activités professionnelles, l'avocat mettra sa vie en danger pour sauver la tête de Leonard Vole.

 

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Wilder, sous le charme de la composition de son acteur Charles Laughton, ne tarira pas d’éloges, dans ses mémoires, sur la performance et l’investissement phénoménal de ce dernier :

 

« Il est le meilleur acteur avec qui j’aie jamais travaillé (…). En 1958, pendant le tournage de Witness for the Prosecution, tous les soirs à six heures nous restions un moment ensemble, nous nous demandions quelle scène nous tournerions le lendemain et nous fixions le programme. Puis Laughton venait dans mon bureau. Et tout en buvant un verre, il me disait : « la scène que nous allons tourner demain me semble particulièrement importante. J’ai ce monologue. Et il m’est venu une idée. Que diriez-vous de … ». Et il commençait à me jouer la scène. C’était brillant. Lorsqu’il avait fini, je disais : « Bon d’accord, on fait comme ça. » Et après une petite interruption, Laughton reprenait : « Je pense qu’on pourrait aussi… » Et il recommençait à jouer la scène. Dans une version toute différente cette fois, mais encore plus convaincante. Et pour finir il demandait : « Ou bien est-ce qu’on fait ça ? ». Je répondais encore :  "C’est très bien. On tournera comme ça demain." Et je n’exagère rien, cela se répétait jusqu’à ce qu’il m’eût joué vingt versions d’une même scène. Et chacune était un enrichissement, ou représentait tout au moins une variante intéressante par rapport à la précédente. Jusqu’au moment où je lui disais : « Bon, maintenant c’était vraiment la meilleure solution, et c’est comme ça que nous tournerons demain. Ne l’oublie pas ! » Le lendemain matin, peu avant le début du tournage, il venait me trouver, me prenait à l’écart et me disait : « J’ai eu une idée cette nuit. J’ai encore imaginé autre chose. Je crois que ce serait plus efficace. » Il me jouait la nouvelle version. Et il avait raison, c’était encore mieux. Laughton pouvait fouiller dans son talent comme un enfant comblé dans un coffre à jouets qui déborde. »

 

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Il est indéniable que Charles Laughton compose un admirable Sir Wilfrid, mêlant la rigueur et la précision maniaque du brillant avocat à l’espièglerie du bon vivant bravant la mort avec panache. De son propre aveu, Laughton s’était inspiré d’un avocat britannique du nom de Florance Guedella (l’avocat de Dietrich) qui triturait nerveusement son monocle lors de chaque entrevue ; Laughton reprit à son compte ce tic, afin de créer une technique d’interrogation propre à son personnage, qui se plaisait à aveugler son interlocuteur  en manipulant l’objet de façon telle qu’il fasse office de loupe.



Grâce à l’indéfectible amitié entre Laughton et Wilder (ce film fut curieusement leur seule collaboration ), l’ambiance sur le tournage fut très détendue, Elsa Lanchester et Marlene Dietrich se relayant pour concocter à Laughton de nombreux petits plats, les prouesses culinaires de Dietrich faisant dire à Wilder que « les hommes ne toléraient ses jambes qu’à cause de ses talents de cuisinière. » Mais au-delà de ces anecdotes, Wilder fut frappé par la profondeur de l’investissement de Marlene Dietrich, qui se mit à jouer « comme si toute sa carrière en dépendait. » On peut comprendre que le rôle de Christine Vole ait été pour elle un défi passionnant car assez éloigné de ses rôles précédents. Ne lui offrait-il pas l’occasion de brouiller son image de froide manipulatrice en explorant des facettes plus complexes de sa personnalité. Dans un premier temps, fidèle à cet archétype de la blonde fatale, sa première réplique sera - « Je ne m’évanouis jamais car je ne suis pas certaine de tomber avec grâce, et je n’utilise jamais de sels car ils me font gonfler les yeux » - réplique qui la montre conforme à son image de femme calculatrice, distante, implacablement dépassionnée, rôle qu’elle avait peu ou prou déjà tenu pour Wilder dans La Scandaleuse de Berlin, avant que le personnage de Christine ne se fissure, nous livrant soudain une facette émotionnelle dans laquelle la comédienne apparaît plus que convaincante, extrêmement émouvante. Dietrich s’impliqua également dans la composition d’un autre rôle essentiel à l’intrigue, en cherchant à devenir une « cockney » crédible et en se modelant un faux nez avec l’aide d’Orson Welles, ou en travaillant son accent avec Charles Laughton et Noel Coward, obtenant un résultat saisissant - à tel point que certains peinent aujourd’hui encore à croire qu’il s’agit bien d’elle. L’actrice considérait cet emploi comme l’accomplissement de sa carrière, si bien qu’elle fût fort déçue qu’un concert de louanges n’ait pas lieu, le public de l’époque ayant probablement été surpris et désorienté de la voir dans la peau d’un personnage qui ne lui correspondait pas.

 

Au final, le metteur en scène nous livre un film de grande qualité, dont le suspense se maintient jusqu’au bout et que les acteurs magnifient par un jeu très concentré mais non dépourvu d’humour. Le noir et blanc ne fait qu’accentuer une atmosphère lourde et idéalement londonienne. Détail amusant : c’est la femme de Charles Laughton qui joue son infirmière dans l’opus. Bien sûr, on pense à Hitchcock dont le style est proche et on applaudit avec enthousiasme à cette variation sur le thème du mensonge et  de la mystification.

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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