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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 09:50
NEW-YORK MELODY de JOHN CARNEY

Gretta (Keira Knightley) et son petit ami viennent de débarquer à NYC. La ville est d’autant plus magique pour les deux anglais qu’on leur propose de venir y vivre pleinement leur passion : la musique. Le rêve va se briser et l’idylle voler en éclat quand, aveuglé par sa gloire naissante, le jeune homme va la plaquer pour une carrière solo et... une attachée de presse. 


C’est alors, et bien que ses valises soient prêtes et son billet de retour pour Londres en poche, que Gretta décide de passer une dernière nuit à New York avec son meilleur copain. Ce dernier l’emmène dans un pub, la pousse sur scène et la force à chanter. Dans la salle, un producteur talentueux l’observe avec intérêt et émotion. A  la suite de sa séparation d’avec sa femme, il noie sa vie dans l’alcool et semble avoir perdu son feeling. Revenu de tout, du succès et de sa gloire passée, amer, rancunier, il se laisse couler... Soudain,  il entend cette voix, découvre cette grâce, ce talent brut et authentique... Une rencontre qui va remettre tous les cœurs à l’endroit.

 

Une romance qui ne le cède en rien à la facilité d’un sentimentalisme outrancier mais nous plonge dans l’univers de la musique, véritable thérapie pour sauver une jeune femme d'un désespoir amoureux et un père malheureux des affres que lui cause sa fille en pleine crise d’ado et même son ex-épouse incontestablement perturbée de se retrouver seule au foyer. Sans mélo excessif, ce scénario fait la part belle à la chanson, au rythme, à la bonne humeur, aux scènes de rue et, malgré quelques longueurs et répétitions inutiles, nous mène à une conclusion sympathique : celle des épousailles du réel et de l’espéré. Enfin  aucune scène de sexe, aucune vulgarité dans cet opus empli de bons sentiments qui nous ouvre un horizon positif et nous immerge dans une bonne humeur contagieuse. Tous les personnages se respectent en un univers où la musique adoucit les mœurs et Keira Knightley y est délicieuse de fraîcheur.

A voir, surtout si l’on souffre d’un peu de vague à l’âme.

 

 

Pour consulter la liste de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 11:34

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Etonnant Woody Allen qui, malgré son âge, a conservé une jeunesse d'esprit que nombre de jeunes réalisateurs pourraient lui envier. Son dernier opus, malgré une critique grincheuse, est un grand moment de plaisir et ne dessert en rien son palmarès, tant le rythme est enlevé, le scénario - qui articule quatre histoires s'entrecroisant sans cesse - est conduit avec une vraie cohérence et une indiscutable maîtrise de mise en scène et de supports comiques qui vous séduisent et vous amusent, l'humour et la malice étant sans cesse présents dans les dialogues et l'interprétation. Loufoque, extravagant, fantasque, il n'en reste pas moins vrai que Allen n'a rien perdu, au fil du temps, de sa verve, de son savoir-faire et de son talent à saisir les travers et  ridicules de notre époque qu'il pointe du doigt sans méchanceté mais avec un humour décapant, soit le goût immodéré de l'argent, du pouvoir,  du paraître et du sexe.

 

C'est la jeune femme qui, peu comblée par son époux, voue un culte naïf aux acteurs, le malheureux employé d'une société qui est soudainement pris dans l'engrenage d'une émission de télé-réalité avec des rebondissements désopilants et une remarquable interprétation de Roberto Benigni, le futur architecte qui sombre dans les bras d'une starlette déjantée, la psychanaliste qui a sur tout événement un jugement péremptoire et défaitiste, enfin le metteur en scène ( interprété par Woody Allen ) plus ou moins raté qui, en visite à Rome pour les fiançailles de sa fille, découvre que le futur beau-père, entrepreneur de pompes funèbres, a  une voix digne de Caruso quand il chante sous sa douche et se voit déjà, grâce à lui, prenant sa revanche sur son passé.

 

 

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Au fil des scènes, tout s'articule de façon inattendue, farfelue certes,  mais jamais banale, vulgaire ou vaine. On s'amuse beaucoup et on succombe une fois de plus au talent de cet éternel jeune homme qui n'a pas son pareil pour vous ficeler un film irrésistible et poétique, loin des sentiers battus et du misérabilisme ambiant.

 

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Voici d'autre part l'interview que Woody Allen a accordé à la presse  :

 

Le réalisateur américain Woody Allen a présenté vendredi à Rome son dernier opus "To Rome With Love" où il partage l'affiche avec Alec Baldwin, Penelope Cruz et Roberto Benigni, faisant revivre à la Cité éternelle un peu de la fièvre des années de la Dolce Vita.

"Aucune autre ville n'est comme Rome, contrairement à Londres ou Paris, compréhensibles pour un Américain, Rome est extrêmement exotique..., le mode de vie est totalement différent, tout comme les couleurs", a déclaré devant la presse le cinéaste après la projection en avant-première mondiale de la version doublée en italien de son film.

"J'ai grandi avec le cinéma italien, j'ai été influencé par les films qui sortaient à New York", a ajouté le réalisateur, en chemise et pull et égal à lui-même à 76 ans, entouré de la star espagnole Penelope Cruz, de l'Italien Benigni mais aussi d'Alec Baldwin et Jesse Eisenberg ("The Social Network").

Interrogé sur son choix de métropoles européennes (Barcelone, Londres, Paris) pour une série de films récents, il a lancé sur un ton ironique: "Je ne pourrais pas filmer à la campagne ou dans le désert. Ces villes sont similaires à New York en termes d'énergie et culture".

Woody Allen connaît bien Rome, où il vient presque tous les étés jouer de la clarinette avec son groupe de jazz.

La dernière oeuvre du maestro new-yorkais qui sort le 20 avril en Italie, le 21 juin aux Etats-Unis, retrace en quatre séquences la vie d'un groupe d'Américains et d'Italiens, "leurs romances, leurs aventures et diverses situations difficiles qu'ils traversent", selon la présentation officielle du film.

Benigni, célèbre au plan international depuis sa comédie douce-amère "La Vie est Belle" sur l'Holocauste (1998, 3 Oscars), incarne dans le film un homme ordinaire pris par erreur pour une star et poursuivi par les paparazzi dans tous les recoins de sa vie intime.

"Le film a été tourné dans l'Italie de l'époque" quand Silvio Berlusconi était chef du gouvernement, a souligné l'acteur, dont les spectacles moquent souvent le magnat des médias. "Nous avions notre Premier ministre, les escorts, les fêtes, maintenant tout a changé, on a la pluie et (le sobre Premier ministre Mario) Monti", a poursuivi l'acteur.

Penelope Cruz, qui joue le rôle d'une prostituée, a dit avoir "adoré travailler avec Woody Allen". "C'est une surprise tous les jours, il est vraiment particulier, très précis avec les acteurs. Mon personnage est un vrai bijou, agréable à préparer et à jouer, même si je l'ai rendu fou avec mes questions", a confié la belle actrice.

Alec Baldwin a plaisanté en racontant avoir mal lu le script du film et avoir accepté son rôle d'architecte parce qu'il pensait se retrouver à faire l'amour avec Cruz dans une chambre d'hôtel. "J'ai immédiatement dit oui", a-t-il lancé.

"To Rome with Love" arrive juste après un autre hommage à une capitale européenne, le film "Midnight in Paris" ("Minuit à Paris"), le plus gros succès commercial de Woody Allen à ce jour, où il raconte le voyage imaginaire dans le Paris des années 30 d'un scénariste hollywoodien en panne d'inspiration.

Les fans de Woody Allen ont vu dans son film parisien les signaux d'un renouveau créatif de l'auteur de films culte des années 70 comme "Annie Hall" et "Manhattan", des comédies de moeurs à fond psychanalytique, et plus récemment du surprenant thriller "Match Point".

Allen Stewart Konigsberg, né en 1935 dans une famille d'immigrants juifs de New York, a grandi à Brooklyn. Très jeune, il écrit des gags pour des comédiens, puis se fait connaître comme auteur d'émissions télévisées avant de faire ses débuts au cinéma en 1966 avec "Quoi de neuf, Pussycat ?". Sa carrière prolifique qui s'étale sur un demi-siècle compte plus de 40 films.

Interrogé par la presse sur son rythme d'un film par an, il a répondu que cela "l'amuse beaucoup". "Si je ne faisais pas des films, je serai assis à la maison à ruminer sur combien la vie est difficile".

Grâce à son film, Rome et son mélange de ruines antiques et de façades baroques retrouve un peu de sa gloire d'antan, quand la Cité éternelle servait de toile de fond à des chefs d'oeuvre comme "Vacances Romaines" (William Wyler, 1953) et "La Dolce Vita" (Federico Fellini, 1960).

Le tournage l'été dernier sur des sites aussi célèbres que la Place d'Espagne, le Colisée ou la Via Veneto avait suscité la fièvre des paparazzi comme aux plus beaux jours de la "Dolce Vita" quand on pouvait croiser Audrey Hepburn ou Gregory Peck à la terrasse d'un café.

Ces "chasseurs d'images" étaient à l'aéroport jeudi soir à l'arrivée de Penelope Cruz avec son bébé Leo et sa mère, et guettaient la moindre promenade au parc ou le moindre shopping de Baldwin et de sa fiancée ou du jeune Eisenberg, avant la soirée de gala prévue à l'auditorium de Rome vendredi soir.

 

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Woody Allen cliquer sur son titre :

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 08:57

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Troisième film du très doué François Truffaut après "Les quatre cents coups" et "Tirez sur le pianiste", "Jules et Jim", sorti en 1962, est une fantaisie dramatique d'une grande poésie qui va installer définitivement son auteur sur les plus hautes marches du 7e Art français. Inspiré du roman de  Henri-Pierre Roché, qui mourra avant d'avoir pu assister à la projection du film, il est aujourd'hui de nouveau dans les salles en une version restaurée en haute définition par MK2, à l'occasion de son cinquantième anniversaire, ce qui va ravir les cinéphiles peu gâtés par les productions actuelles

 

 L'histoire est la suivante :

 

Jules et Jim sont deux personnages très proches au début du film, leur relation fait même naître certaines rumeurs dans Paris, toutefois lorsqu'ils partent en vacances avec Catherine ( Jeanne Moreau ) les deux personnages deviennent distants et leur amitié cède place au trio, tous deux tombant amoureux de la jeune femme. Il existe une part de fatalité dans la première moitié de ce long métrage, lorsque Jules avertit Jim que Catherine sera sa femme et qu'en conséquence il ne doit pas tenter de la séduire ; le spectateur prend alors conscience de l'aspect tragique du film. S'ensuit une période trouble durant la Première Guerre mondiale où Catherine prend des amants et s'éloigne de ses amis hantés par la peur que l'un tue l'autre au combat. Après l'armistice, la complicité entre Jim et Catherine devient croissante, ils aspirent même à avoir un enfant, d'autant plus que le couple qu'ils forment ne dérange pas Jules, celui-ci promettant d'aimer Catherine quoi qu'il advienne. La fougue amoureuse liant les deux amants va toutefois s'estomper progressivement et laisser place à un climat tendu. Catherine menace de tuer Jim. Le pire ne pourra être évité : elle se donnera la mort avec celui-ci en empruntant un pont détruit au volant de sa nouvelle automobile et en négligeant de freiner à l'extrémité de la chaussée. L'auto chute à pic, ne donnant nullement l'impression de prendre son envol, ce qui rend cet instant encore plus pesant. Jules assiste impuissant à la catastrophe.

 

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Malgré la fin douloureuse et le climat souvent oppressant, il n'en reste pas moins vrai que ce film poétiquement farfelu reste une variation, une fantaisie sur les aléas de l'amour, la folie des sentiments et l'irresponsabilité affective, ce qui lui imprime cette allure irréelle, lunaire, capricieuse, passionnelle et, au final, bohème. A sa sortie en 1962,  Jules et Jim  fut curieusement reçu par un public sous le charme de cette improvisation géniale, de la musique délicieuse, de l'interprétation remarquable des trois acteurs, Jeanne Moreau irrésistible de grâce et de naturel, Henri Serre et Oskar Werner très convaincants dans leur duo d'amitié que rien ne peut finalement détruire, mais choqué par ce ménage à trois qui s'accorde toutes les libertés et les audaces. C'est une sorte de folie extravagante qui coure tout au long de l'opus comme une ritournelle et dispense ses accents nostalgiques et séduisants selon le rythme répétitif de la chanson interprétée avec talent par Jeanne Moreau.

Une réussite bien sûr et un ton, un style qui vont caractériser désormais l'oeuvre du réalisateur.  A voir et à revoir d'urgence.

 

4-e-toiles

 

Pour consulter l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre : 
 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

 

Et pour prendre connaissance de ceux de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 11:59
VIOLENCE ET PASSION de LUCHINO VISCONTI

 

 

Avant-dernier film de Luchino Visconti,  ce huis clos mélancolique jette une lumière aveuglante sur la vanité de notre condition.

 

Un vieux professeur, vivant seul dans sa maison romaine remplie de livres d’art, de tableaux et de souvenirs, est dérangé par l’intrusion de Bianca Brumonti, une comtesse qui insiste pour louer le deuxième étage de sa maison, afin d’y loger son étrange tribu : sa fille Lietta, Stefano, le fiancé de cette dernière ainsi qu’un gigolo, Konrad. A titre de loyer, elle lui offre un tableau, une pièce unique qui manque à sa collection. Dès lors, sa vie se trouve bouleversée par l'irruption de cette famille extravagante dont tous les codes moraux sont renversés. Le professeur est ulcéré par la vulgarité de ce monde aristocratique en voie d’embourgeoisement, dépourvu de culture et d’éducation. Mais il est aussi fasciné par l’intelligence de Konrad, cachée sous son cynisme de prostitué, et se lie d’amitié avec le jeune homme, qui devient pendant une courte période le fils qu’il n’a jamais eu.

 

Œuvre testamentaire de Visconti déjà miné par la maladie – il mourra deux ans plus tard - Violence et passion, tourné en 1974, est un huis clos où évolue, dans l’ambiance feutrée d’un appartement cossu de Rome, un professeur ( magnifique Burt Lancaster ) collectionneur de portraits de famille anglais du XVIIIe siècle – des conversation  pieces –, attaché à ses habitudes au point qu’il ne peut envisager de changer quoi que ce soit dans l’ordonnance de sa vie et celle de ses collections. Jusqu’à ce que déboule subrepticement dans son existence la marquise Brumonti, interprétée par une Silvana Mangano aussi souveraine que dans Mort à Venise, épouse d’un riche industriel sans doute fasciste, qui entend bien s’installer dans sa demeure. Pour parvenir à ses fins, elle va utiliser toutes les ressources de sa séduction avec, pour seul objectif, celui de vaincre ses dernières réticences. Si bien que le vieil homme va bientôt voir son univers basculer dans un désordre cynique à souhait et cette famille prendre avec impertinence possession des lieux et mettre à mal ses habitudes. Mais, au fil des jours, ce dérangement va le distraire et l’amuser, d’autant que l’amant de la marquise, le séduisant Konrad ( Helmut Berger irrésistible ) détient un lourd secret.

 

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Admirablement interprété par des acteurs au faîte de leur talent, filmé dans des décors d’une beauté décadente et précieuse et d’une mélancolie profonde, ce film est un hommage à l’art, à un passé soudain vulnérable que la modernité ne cesse plus de désenchanter. Un chant d’adieu bouleversant.

 

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VIOLENCE ET PASSION de LUCHINO VISCONTI
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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 09:30
DE ROUILLE ET D'OS de JACQUES AUDIARD

     

A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, le destin d’Ali croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre, elle est belle et pleine d’assurance. Tout les oppose. Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Lorsque l’un de ses spectacles tourne au drame, Stéphanie se retrouve bloquée à vie dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions. Il va l’aider simplement, sans compassion ni pitié ...  à revivre.

 

A partir de ce synopsis, qui ne rend nullement compte du  climat  du film, des personnages déglingués s'affrontent et tentent de s'en sortir, l'une de son grave accident professionnel, l'autre parce qu'il s'est fait virer de ses emplois successifs et se retrouve en errance avec son gamin de 5 ans. En conséquence, un sujet peu enthousiasmant s'il n'y avait, pour lui tenir la tête hors de l'eau, la présence de Marion Cotillard qui le porte sur ses épaules et me rappelle la Simone Signoret de "Les chemins de la haute ville". Voilà qu'elle me séduit à nouveau après m'avoir tellement déçue dans  "Inception" et quelques-unes de ses récentes apparitionet me rassure sur son potentiel dramatique et l'aisance qu'elle a à montrer les fêlures les plus intimes d'un personnage.

 

Une fois de plus, Jacques Audiard, qui n'a guère l'humour de son père, ni sa fibre comique, se complaît dans un climat glauque, violent, qui ne nous prend pas aux tripes pour autant hélas ! mais nous laisse sur le carreau, malmené par des images chaotiques et brutales, des dialogues qui ne sortent guère de la banalité ordinaire. C'est déjà ce que l'actualité nous sert quotidiennement, alors dommage que le 7e Art ne fasse que de nous la resservir ...en pire. Car tout y est : l'amputation, la maltraitance, l'amour vache, la clandestinité, le chômage, les combats de rue, le sang, la peur, l'abandon, rien ne nous est épargné des noirceurs du monde et des hommes. Mais, je le répète, il y a Marion Cotillard, émouvante, les paupières lasses, la voix cassée, la détresse à l'état pur et l'enfant aux yeux si bleus, innocence submergée dans les eaux glacées d'un lac, scène poignante dans un paysage comme immobilisé sur son irréelle beauté. Pour le reste, une humanité à la dérive qui a bien du mal à nous toucher. A voir si on aime Marion Cotillard.

 

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DE ROUILLE ET D'OS de JACQUES AUDIARD
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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:35

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Si les années 1970 furent politiquement douloureuses pour l'ensemble du continent latino-américain et ont marqué un coup d'arrêt à la production cinématographique, il semble bien qu'aujourd'hui trois pays se distinguent à nouveau dans leur vision authentique et novatrice du 7e Art : le Mexique, l'Argentine et le Brésil.

 

 Au Brésil, il faudra attendre les années 1990 pour connaître un nouvel élan. Carlota Joaquina, princesa do Brasil de Carla Camurati sera un succès en 1994 qui ramène le public vers les salles obscures. Mais c'est avec Central do Brasil ( Carnets de voyage ) de Walter Salles en 1998, un touchant road-movie inspiré des carnets de Ernesto Guevara, puis avec La cité de Dieu de Fernando Meirelles ( 2002 ), film d'une étourdissante énergie que la reconnaissance critique viendra enfin couronner ces réalisations et bien augurer de l'avenir. Central do Brasil n'est autre qu' un périple de 15 000 km réalisé avec les moyens du bord qui a pout but de nous faire découvrir la réalité sociale d'un jeune étudiant en médecine de Buenos-Aires. Des mines de cuivre chiliennes à une léproserie colombienne, c'est là un véritable voyage initiatique que décrit ce film spectaculaire qui rencontra un vif succès en France.

 

Au Mexique, Arturo Ripstein continue à se montrer fort prolifique et dévoile avec La reine de la nuit ( 1994 ) et Carmin profond ( 1996 ) un univers sombre d'une rare intensité. Avec Pas de lettre pour le colonel en 1998, Ripstein s'attaque à un sujet étonnament sobre, adapté de Gabriel Garcia Marquez. Huis clos entre un colonel et sa femme, le film révèle les derniers instants de ce couple tombé dans la déchéance affective et sociale dont le style change des univers habituellement foisonnants de l'auteur. Du côté des jeunes talents, l'enthousiasme naît avec Les épices de la passion de Alfonso Arau ( 1992 ) et Les amours chiennes, audacieux triptyque d'Alejando Gonzalez Inarritu ( 2000 ). Cependant ces deux cinéaste réaliseront leur second film aux Etats-Unis. On note enfin la naissance d'un réalisateur à part entière : Carlos Reygadas qui, avec Japon en 2001, puis Bataille dans le ciel en 2005 impose un regard et un univers définitivement singulier. Or dans Japon, il n'est nullement question de ce pays d'Extrême-Orient, ce qui n'est pas la moindre des étrangetés de ce long métrage qui raconte le destin d'un homme désireux de se donner la mort et qui, pour cela, va quitter la ville et se rendre dans un village perdu au fin fond du Mexique. Cette histoire de voyage au bout de la mort permet de nous faite admirer de somptueux décors naturels magnifiés par le format Scope. Le cinéma de Reygadas oscille ainsi en permanence entre un réalisme quasi documentaire et un lyrisme purement méditatif. C'est ce même univers que l'on retrouvera dans son oeuvre suivante : Bataille dans le ciel.

 

En Argentine, lorsque l'activité cinématographique reprend, c'est pour régler ses comptes avec le passé. Ainsi L'histoire officielle de Luis Puenzo en 1985, Tangos, l'exil de Gardel de Fernando Solanas en 1985 également. L'attente naît dorénavant de talents disparates, mais fort prometteurs, tels que celui de Lucrecia Martel qui produisit à la suite l'un de l'autre La cienaga en 2001 et La nina Santa en 2004. Mais chez ces créateurs encore faudrait-il se libérer enfin d'un passé trop omniprésent.


A Cuba, le Festival international de La Havane est créé en 1979 et l'Ecole des trois mondes, consacrée au cinéma et à la télévision, en 1986. La chute du bloc communiste bouleverse la donne et, hormis de rares succès tels que Fraise et chocolat de Tomas Gutiérrez Alea et Tabio, le cinéma cubain doit avant tout compter sur les coproductions pour survivre. Fraise et chocolat aborde sur un ton ironique et léger les faiblesses d'un modèle de société vieillissant et lance un appel à la tolérance. Le duo de ces deux cinéaste se reformera trois ans plus tard pour réaliser Guantanamera. Et de nouveaux venus assurent la relève.

 

 Les autres pays jouent les parents pauvres du 7e Art latin. L'activité balbutiante du cinéma chilien a été stoppée par le coup d'Etat de 1973 et des réalisateurs tels que Patricio Guzman ( La bataille du Chili - 1975 ), Miguel Littin ( Le recours de la Méthode - 1978 ), Raul Ruiz ( Trois vies et une seule mort - 1996 ) - 1999 et Les âmes fortes - 2001 ) ont dû poursuivre leur carrière en exil. En Bolivie, comme au Pérou, les rares mouvements cinématographiques se sont formés autour d'un intérêt marqué pour la question indigène. Pour les autres, la fragilité économique et l'étroitesse du marché déjà encombré par les géants du continent, réduisent la production.

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 09:24

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Michael Haneke est le fils d'un acteur protestant et d'une actrice catholique né à Munich le 23 mars 1942 et qui a grandi non loin de la capitale autrichienne, étudiant la philosophie puis l'art dramatique à l'université de Vienne. Devenu critique de cinéma, il va bientôt collaborer, en temps que rédacteur à la station de télévision allemande Südwestrundfunk, puis passer à la mise en scène afin de diriger plusieurs pièces du répertoire comme celles de Strindberg, Goethe ou von Kleist. De même qu'il assure des représentations d'opéras à Munich, Berlin et Vienne, avant de débuter derrière la caméra à la télévision.

 

Le voilà définitivement immergé dans la mise en scène et s'exerçant à en maîtriser les multiples aspects. Son premier long métrage sera "Le septième continent" en 1989 qui ne lui apporte pas la notoriété. Pour cela, il faudra attendre "Funny Games" en 1997 qui révèle son style particulier, froid et implacable, le voit dénoncer en clinicien les tares humaines et la barbarie, la désagrégation de la cellule familiale, la violence ordinaire, la culture de divertissement qui foudroie l'autre et les problèmes liés au racisme et au refoulement de l'histoire, autant de sujets qui ne cesseront plus d'inspirer une oeuvre exigeante et difficile.

 

Mais c'est en 2001 avec "La pianiste", qui aborde une sulfureuse thématique sexuelle et n'est pas sans provoquer des vagues au sein de la critique, qu'il reçoit le Grand Prix du jury à Cannes et devient un cinéaste de portée européenne qui compte aux yeux du public. Ses acteurs Isabelle Huppert et Benoît Magimel seront d'ailleurs honorés d'un double Prix d'interprétation. En 2006, de retour à la mise en scène d'opéra, il signe celle de "Don Giovanni" au Palais Garnier, reprise en 2012 à l'opéra Bastille, prouvant, si besoin est, qu'il ne se cantonne nullement dans le seul univers du 7e Art.

 

En 2009, nouveau succès à Cannes où "Le ruban blanc" se voit honoré de la Palme d'or à laquelle Isabelle Huppert, présidente du jury cette année-là, a contribué. C'est la réponse de la bergère au berger... Ce premier film en costumes et en noir et blanc raconte l'histoire d'une société villageoise allemande sombrant dans l'obscurantisme à l'aube de la Première Guerre mondiale. Enfin le jury du Festival de Cannes 2012, le 65ème,  présidé par Nanni Moretti, qui ne se  cache pas d'être un admirateur de Haneke, le couronne d'une seconde Palme d'or avec "Amour", un film sur la déchéance physique et psychologique d'un couple âgé interprété par Emmanuella Riva et Jean-Louis Trintignant et dont le succès sera également au rendez-vous, tant ce sujet difficile sur le douloureux déclin du grand âge est traité avec intelligence et sensibilité. Ainsi Haneke devient-il le sixième réalisateur à être doublement palmé après Coppola, Imamura, Kusturica, Bille August et les frères Dardenne.

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 09:33

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Les écrivains Emmanuel Carrère ( La classe de neige ) et Philippe Grimbert ( Le secret ) ont vu tous deux leurs romans adaptés au cinéma par Claude Miller et racontent ici les souvenirs qu’ils gardent de ce cinéaste de l’intime récemment disparu et dont le dernier opus «  Thérèse Desqueyroux » sera projeté à Cannes pour la clôture de ce 65 ème Festival.

 

 

 

« Sa mort n’a pas été une surprise, puisque je suis allé le voir plusieurs fois à l’hôpital et, à chaque visite, je savais que cela pouvait être la dernière. Je suis triste, mais en même temps, il me donnait l’impression d’une vie accomplie, d’un homme en paix. Nos dernières conversations n’étaient pas glauques du tout, même si je sentais qu’il avait conscience de son état, sans jamais en parler. En plus, il vient de terminer Thérèse Desqueyroux, qui est l’un de ses meilleurs films. Il l’a réalisé dans un état de grande fatigue, mais Philippe Le Guay (qui s’était porté garant pour finir le film au cas où Claude n’aurait pas pu le faire) lui a rendu visite sur le tournage. Il m’a raconté à quel point il avait trouvé beaux le respect et l’affection dont il était entouré par l’équipe, grâce à son humanité, son attention aux gens, sur ce film dont tout le monde savait que ce serait son dernier.


Je ressens une profonde émotion, mais tempérée par le sentiment d’une vie d’homme et d’artiste menée à son terme. Nous n’étions pas intimes, mais entretenions un rapport d’amitié véritable. Nous avions dîné ensemble avant l’été 2011, alors qu’il s’apprêtait à tourner ce dernier film. Il parlait comme quelqu’un qui fait le bilan de sa vie, non pas avec autosatisfaction, mais en se disant : "J’ai fait ce que j’avais à faire". Il avait la réputation d’être un grand anxieux, d’être parfois colérique, et même si je ne l’ai jamais connu sous ce jour, il y a quelque chose qui, au fond, me touchait énormément chez lui : il était devenu, très tôt, un cinéaste important, reconnu, qui comptait, mais il n’est jamais devenu un notable du cinéma. Il est resté jusqu’au bout ce jeune homme inquiet, angoissé qu’il avait été. J’aimais cette coexistence entre l’inquiétude et l’harmonie finalement assez paisible qui s’était installée.

 

 

 

Nous avions travaillé deux fois ensemble. D’une part, sur un projet qui n’a pas abouti. D’autre part, sur l’adaptation de mon livre La Classe de neige : la collaboration a été idyllique. Claude savait très bien ce qu’il voulait en faire ; nous nous sommes installés trois jours ensemble à la campagne, et nous avons lu le roman à haute voix, en alternance, en faisant des remarques au fur et à mesure. Puis j’ai écrit un premier jet, qu’il a retravaillé, et ainsi de suite.


Ses dernières années ont été comme un précipité de sa carrière, avec le grand succès d’Un secret et, dernièrement, l’échec commercial de Voyez comme ils dansent. Dans toute sa filmographie, il y a cette alternance entre les déceptions et les films suivants qui "rattrapent le coup" de façon éclatante : c’est ainsi qu’il a réussi à passer 35 ans sans jamais cesser de travailler. Il avait gardé une humilité qui datait de ses débuts. Tout le monde avait encensé son premier film, La Meilleure Façon de marcher, qui avait été suivi par le four de Dites-lui que je l’aime, un film que j’adore. Ensuite, il a tourné Garde à vue, où il assumait très bien l’idée d’un cinéma artisanal, efficace, "à l’ancienne" : un triomphe. Par la suite, il a maintenu de façon singulière un équilibre entre le cinéma d’auteur très personnel et une place dans l’industrie du cinéma français de qualité. Il a su louvoyer dans cette profession avec beaucoup de souplesse et d’intelligence. Il a construit, au fil des ans, une très belle courbe de carrière : avec la distance, je pense que cela apparaîtra nettement, plus encore que de son vivant. »

 

Philippe Grimbert : « Je pleure ce frère retrouvé »

 

En 2007, Claude Miller adapte le roman de Philippe Grimbert, Un secret. Un livre à travers lequel le cinéaste évoquait l’histoire des siens, une famille juive pendant la Seconde Guerre mondiale. 

 

 

 

« J’ai eu la chance de le voir il y a encore trois jours, il avait gardé une grande lucidité et un humour incroyable. Même sur son lit d’hôpital, il partageait encore avec nous ce sourire qui était la marque d’un courage formidable. Je pleure ce frère retrouvé. Nous sommes restés amis jusqu’au dernier jour, ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde du cinéma où les amitiés durent le plus souvent le temps d’un film. 
Claude n’avait jamais parlé de ses origines et j’ai été extrêmement heureux et bouleversé qu’il ait choisi mon livre pour raconter sa propre histoire. Par la suite, j'ai été très ému de la fraternité qui est née entre nous.
Il m’a dit une chose qui m’a beaucoup marqué : "Si mon scénario ne te plait pas, je ne fais pas le film." C’était la preuve de ses scrupules, de son respect immense envers les auteurs et de l’exigence qu’il avait vis-à-vis de lui-même lorsqu’il adaptait une œuvre. C’est toujours troublant de voir des gens que l’on a connus intimement interprétés par des gens connus médiatiquement. Une fois le film terminé, j’ai été totalement convaincu par l’incarnation à l’écran de mon père par Patrick Bruel et la conviction qu’il a mise dans son jeu. Il a été très actif car il souhaitait interpréter le rôle. Il avait lu le livre. Bien sûr, Claude lui a proposé le rôle mais il est allé au devant de lui. 


C’était la première fois que l’un de mes romans était adapté au cinéma mais avec Claude, très vite, la confiance s’est installée. Il m’a expressément demandé d’interpréter le passeur, je ne l’aurais jamais exigé ! C'était pour moi une façon symbolique d’apporter ma caution d’auteur au film et à l’adaptation de Claude.
Sa carrière était exceptionnelle. Exemplaire en matière de respect envers les acteurs, en matière de qualité. Je parlerais de touche française à son propos, pour ne pas dire french touch. Après avoir vu de près son travail de réalisateur, je comprends ce parcours de grand adaptateur qu’il a eu.  N’étant pas  du milieu du cinéma, j’ai ce regard naïf, et j’ai vu son grand respect des livres, qui transparait dans son œuvre. C’est une carrière absolument exemplaire dans le cinéma français. Au moment du tournage j’ai vu quelqu’un plein d’humilité, de respect pour mon œuvre, j’insiste là-dessus, et aussi de respect envers les acteurs. Il était très loin d’être un dictateur. »

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:32

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                                              QUELQUES PALMES D'OR

 

Le Festival de Cannes n'est plus ce qu'il était - se plaignent de nombreux journalistes et festivaliers de la première heure qui eurent le privilège de connaître l'époque où l'on croisait Burt Lancaster en bras de chemise sur la Croisette et où l'on assistait, sur la terrasse de l'ancien palais, à l'interview de Luchino Visconti. Il y avait alors à Cannes une ambiance bon enfant, un air de fête villageoise où des stars sans lunettes noires, ni gardes du corps déambulaient joyeusement dans les rues comme n'importe quel quidam, sensibles au charme que distillait cette station balnéaire qui suspendait ses lampions et faisait retentir ses flonflons avec une délicieuse fierté provinciale. Et tandis que le soleil répandait sans réserve ses rayons printaniers sur les collines environnantes, on apercevait Brigitte Bardot et Jacques Charrier devisant sous la tonnelle de la "Maison des Pêcheurs", un restaurant d'Antibes remplacé de nos jours par un hôtel de luxe.

 

Il faut reconnaître que la ville de Cannes n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, soit, durant une douzaine de jours, le lieu le plus médiatisé et l'Olympe patentée des dieux et déesses du 7e Art. Nouveau palais, nouvelle équipe dirigeante, nouvelles générations, nouvelles techniques, nouveaux regards, le Festival n'a pas cessé de grandir et d'innover depuis les années 50, devenant la plus grande manifestation cinématographique du monde, mais c'est cette surdimension qui lui a fait perdre une grande part de son âme. Un vent de feuilles mortes, évoquant le temps d'un Festival champagne avec ses films classiques et ses batailles de fleurs, souffle avec nostalgie dans les vastes espaces où se déploie, derrière une sorte de cordon sanitaires, les riches heures des tractations. Qu'il parait lointain ce paradis perdu, désormais soluble dans la foule bruyante qui se presse avec ses cartes magnétiques et ses accréditations infalsifiables ! Grâce à l'achat et la vente des longs métrages, le Festival a engendré un marché officieux et lucratif et démontré en 1996, par exemple, avec plus de 400 films et 800 projections son incontestable dynamisme dans le négoce. Jadis, même aux pires moments d'accélération, Cannes conservait sa fraîcheur, celle des petites villes du sud qui semblent avoir été posées par des fées bienfaisantes au bord d'une mer indigo, dans le seul souci de faire rêver les peintres, les poètes, les cinéastes et les starlettes en mal de célébrité. Rien à voir avec la course au profit actuelle qui a transformé l'art cinématographique en un marché où s'opère une sélection draconienne très souvent influencée par des impératifs politiques, ce qui permet aux critiques de s'écharper par journaux et médias interposés. Quant au rêve, il n'a cessé de s'éloigner. Consignés derrière des barrières, découragés par un service d'ordre musclé, l'amateur, le fan, le badaud, ou plus simplement le vulgaire pékin n'a d'autre consolation que d'entrevoir fugacement ses vedettes préférées gravissant cérémonieusement les marches de l'Olympe ou cadenassées dans leurs limousines aux vitres fumées qui s'empressent de les conduire à leur club privé ou à leur palace.

 

Il fallait venir, il y a vingt-cinq ans - racontent les habitués. C'est simple, vers cinq heures, quand on avait fini de travailler, on appelait Kirk Douglas et on allait faire une pétanque sur la Croisette - se souvient une envoyée spéciale de Paris Match. Tandis qu'une de ses consoeurs renchérit en affirmant : L'argent ne coulait pas à flots, mais les rires, si ! 

 
Aujourd'hui on rit jaune ou on ne rit plus. Le business a tout envahi. On ne parle plus que chiffres et rentabilitéSi bien que se pose la question : ce Festival fait-il toujours rêver ?  Oui, sans aucun doute, les compagnies cinématographiques et les hommes d'affaires internationaux qui ont fait du cinéma l'art le plus populaire et, par conséquent, le plus médiatisé. On ne concentrera jamais autant de curiosité et d'intérêt autour d'un écrivain, d'un peintre ou d'un poète qu'auprès d'un réalisateur ou d'un acteur. C'est une évidence. D'autre part, le cinéma brassera nos rêves encore longtemps tant il est une fenêtre extraordinaire ouverte sur le monde, un guetteur et une sentinelle avancée. Ce qui prête moins au rêve est l'institution en elle-même, cette foire aux vanités que les images propagent. Dans une actualité de plus en plus difficile, Cannes se devrait de se montrer plus artistique que mondaine, plus vraie que factice, plus proche des cinéphiles que des magnats de l'argent et plus discrète que tapageuse.

 

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  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Collection Christophe L.  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Collection Christophe L.

 

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 09:26

      


 

Je ne crains pas de le dire, de l'avouer et de le reconnaître que j'ai savouré avec un plaisir tout particulier cet opus charmant et poétique de Woody Allen, oui un cru excellentissime, où la star suprême, l'icône bellissime n'est autre que notre capitale filmée avec amour par une caméra impressionniste qui sait la décliner sous tous les éclairages, ensoleillé, lunaire, fastueux, romantique, usant juste ce qu'il faut, et à touches légères, des clairs-obscurs et de l'éclat pailleté des noirs et blancs. Un film qui renoue avec ce qui a fait de Woody un cinéaste singulier, ironique, déroutant, irrévérencieux, tendre et toujours pétillant, car ce quarante et unième long métrage a un ton, une atmosphère, un je ne sais quoi de vif et de léger qui n'appartiennent qu'à lui. On reconnaît d'emblée un Woody Allen à ce savoir-faire qu'il a su imposer au long d'une oeuvre qui, sans atteindre à chaque fois les sommets, les côtoie avec une incontestable aisance.

 

Owen Wilson & Rachel McAdams. Mars Distribution   Léa Seydoux. Mars Distribution

 

Ce millésime est un enchantement, un moment rare où tout vous requiert de l'image, du son, des dialogues, où nulle fausse note ne vient gâter votre plaisir car tout y est en place afin de vous embarquer dans l'illusion où passé et présent fusionnent sans que vous y preniez garde. Tel est le sujet de l'opus : un jeune homme, scénariste américain de passage à Paris avec sa fiancée et ses futurs beaux-parents, rêve de devenir écrivain, considérant qu'il a jusqu'alors galvaudé ses dons et découvre, dans la capitale française, à ses yeux le plus merveilleux concentré d'inspiration qui soit, ce qu'il cherche depuis toujours : l'accession à la mémoire émotive capable de vous faire remonter le temps, de vous remettre en phase avec les plus belles heures de la vie culturelle d'antan. Dans Paris, notre héros hume ce qui lui manque en Amérique : l'ailleurs et l'autrefois. Et il s'en grise.

 

 

Marion Cotillard & Owen Wilson. Mars Distribution   Owen Wilson & Rachel McAdams. Mars Distribution

 

 

Comme Cendrillon, quittant sa fiancée qui préfère le Paris contemporain des soirées bien arrosées, des boutiques de luxe et des grands restaurants, Gil, notre héros, s'en va marcher dans la ville déjà gagnée par les ombres de la nuit, faisant de sa balade une ballade nostalgique et envoûtante, un bal des illusions qui s'arrête à minuit sonnant. Tandis que la capitale crêpite de mille feux, que le carillon d'une église égrène les heures, le jeune homme est invité à monter dans la diligence qui, traversant le miroir du réel, le reconduit à l'âge d'or des années 20, celui de Modigliani, Picasso, Hemingway, Dali, Bunüel, Zelda et Scott Fitzgerald, de Cole Porter, de Man Ray et Gertrude Stein, qui n'a cessé d'exalter son imaginaire, tant il est vrai que l'on est rarement satisfait de son époque.

 

 

Owen Wilson & Rachel McAdams. Mars Distribution   Owen Wilson. Mars Distribution

 

 

Il fallait oser brouiller les cartes, tailler dans la réalité afin d'habiller la fiction et cela sans rien perdre de sa légèreté et de son humour, dosant d'un doigté habile la facétie. C'est là que Woody Allen est grand. Ne cédant jamais à la confusion des genres et à la facilité, tout s'emboîte à merveille comme des poupées russes et les âges d'or se superposent, s'agencent et nous emportent dans leur carrousel. Ne manquez pas ce film, il est formidable. De la beauté des images à la concision et à la pertinence du texte, à la qualité de l'interprétation, où domine l'alter ego de Woody, l'acteur Owen Wilson qui sans singer l'original fait mieux, il le réinvente selon sa sensibilité, avec un charme plus enfantin, un émerveillement plus naïf, tout est un régal pour les spectateurs que nous sommes. Et c'est ainsi qu'à 75 ans, le vieil adolescent qu'a toujours été Woody Allen, nous démontre, une fois de plus, que le monde des rêves peut produire une superbe réalité cinématographique, de celle dont on ne se lasse pas. Salut l'artiste !

 

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WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT

 

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Mars Distribution   Carla Bruni & Owen Wilson. Mars Distribution

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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Stanley Kubrick

 

 

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